L'autocanon De Dion-BoutonL'orthographe d'époque est auto-canon (et auto-caisson), l'orthographe moderne est autocanon (et autocaisson). est un véhicule antiaérien français, conçu par l'atelier de construction de Puteaux peu avant la Première Guerre mondiale. Il associe un châssis fabriqué par De Dion-Bouton (type FZ) à un canon de modèle 1897. Le transport des munitions est assurés par un auto-caisson également fabriqué par De Dion-Bouton.

Historique

Prototypes gauche|vignette|Le prototype modèle 1910 illustré dans Le Petit Journal en 1913.|alt=Page du supplément illustré du Petit journal présentant le canon sur châssis automobile pointé en direction d'un dirigeable. À partir de 1908, l'artillerie considère . Un premier prototype d'auto-canon est produit en 1910 par l'atelier de construction de Puteaux, sur châssis De Dion-Bouton six cylindres . Il est essayé avec des munitions à blanc en lors des grandes manœuvres de Picardie, où il se révèle apte à viser tous les dirigeables et les aéroplanes visibles. Le mois suivant, il mène une première campagne de tirs au camp de Châlons, sur des planeurs tractés par des automobiles). Non blindé, il est légèrement modifié en 1911, tandis que sort la même année un modèle d'auto-caisson, également sur châssis De Dion six cylindres. L'auto-caisson est plus un démonstrateur qu'un véritable auto-caisson : il transporte 60 obus dans une boîte métallique mais la boîte en bois placée derrière est factice.

En 1912, le système est testé contre des planeurs remorqués par des torpilleurs à Toulon et à Calais. Après d'autres modifications, donc l'ajout d'un blindage, il est adopté sous le nom d'auto-canon et d'auto-caisson modèle 1913 et, en , est commandé à l'atelier de Puteaux en 20 exemplaires. Après quelques hésitations sur le choix d'un châssis à , l'atelier de Puteaux choisit de conserver des châssis De Dion-Bouton, à moteur huit cylindres. En 1914, l'inspection de l'artillerie augmente la commande à trente exemplaires.

Production vignette|gauche|Un auto-canon de début de production, avec roues en bois, photographié vers mars-avril 1915.|alt=Un auto-canon en position de tir, avec un pointeur et un régleur dans la tourelle. Le premier exemplaire modèle 1913 sort des ateliers de Puteaux en . Les quantités produites augmentent à partir d'octobre, jusqu'à un total de 199 exemplaires de série sortis en . Une nouvelle commande de 100 exemplaires est passée en mais ils sont livrés après l'Armistice, à 70 exemplaires environ. Toutefois, la production est ralentie en 1915 par le manque de nouveaux tubes de campagne. Quelques châssis De Dion-Bouton FZ ne seront pas utilisés comme auto-canons mais comme voitures de liaison torpédo ou berline, dont une utilisée personnellement au général Joffre en 1915.

La sortie du modèle définitif d'auto-caisson est plus lente. Le premier auto-canon modèle 1913 est associé à un auto-caisson sur châssis de camion De Dion-Bouton FRL'identification des premiers modèles d'auto-caissons aux châssis De Dion-Bouton FR et DV est faite dans l'étude de Pierre-François Aujas mais est cependant notée comme ().. Onze (ou dix) de ces modèles sont produits, ainsi qu'un (ou deux) auto-caissons sur châssis de camion/autobus De Dion-Bouton DV. Ensuite sont produits quatre ou cinq auto-caissons sur châssis De Dion-Bouton GM (empattement long) à capot blindé. Enfin, à partir de , sort le modèle définitif d'auto-caissons sur châssis De Dion-Bouton GO, également blindé.

Modernisation En 1933 et 1934, l'Armée française étudie la modernisation de l'auto-canon modèle 1913 : un exemplaire reçoit un canon de 75 modèle 1928 à grande vitesse initiale et un autre un appareil central de tir direct moderne. C'est cette seconde modification qui sera adoptée à partir de 1934 sur tous les auto-canons.

Conception L'auto-canon modèle 1913 est constitué par un canon modèle 1897 placé sur une plateforme pivotante à l'arrière d'un châssis De Dion-Bouton.

Canon et tir vignette|alt=Photographie d'un auto-canon tube pointé vers le ciel, les servants sont assis dans la tourelle ou sont debouts derrière l'auto-canon.|upright=1.5|Un auto-canon en position de tir en juin 1917 : à gauche le pointeur manœuvrant les volants de pointage en hauteur et en direction, puis le régleur de site et le régleur de dérive, l'artilleur debout à gauche lit l'altimètre (quart de disque près de la culasse), le chargeur prépare un obus et le servant de hausse (quasiment caché sur cette photographie) assis à droite. Au-dessus de l'auto-canon, un câble électrique permet la transmission des informations depuis les appareils de mesure extérieurs. Pour le tir, des vérins de stabilisation sont abaissés. Le canon peut pivoter horizontalement sur . L'angle mort de correspond à la zone où la culasse serait positionnée au-dessus du capot moteur mais deux butées bloquent la rotation. Le canon peut tirer de en site. Le frein du canon se règle automatiquement selon l'inclinaison du tube.

Les canons disposent de plusieurs types d'obus : obus à balles modèle 1897, 1897-1911 et 1897-1917 (le premier avec une fusée 22/31 donnant une portée , les seconds avec une fusée 30/55 donnant une portée ), obus traceurs modèle 1913, obus explosifs modèles 1900, 1915 et 1917 et obus éclairants modèle 1916.

Au total, chaque pièce dispose d'une équipe de 12 artilleurs dirigés par un sous-officier chef de pièce.

Initialement, la pièce dispose de trois hommes en tourelle : un pointeur pointe la pièce, un pointeur régleur corrige l'angle entre le tube et la lunette de visée en fonction de la distance et un servant règle la hausse du tube. À partir de 1916, la tourelle reçoit un télémètre d'altitude placé près de la culasse du tube et lu par un servant à terre, ainsi qu'un quatrième siège pour un second régleur de visée. En 1916 apparaissent également un goniographe de dérive et un sitogoniographe placés près de la lunette du pointeur et surmontés de deux voltmètres après l'ajout du correcteur électro-magnétique Brocq en 1917. Ces appareils adoptés en 1916-1917 reçoivent le millésime 1913 et sont remplacés dans les années 1920 par les appareils de pointage modèle 1918, avec des systèmes d'optiques légèrement différents.

Véhicule type FZ vignette|alt=Un auto-canon avec les volets de calandre et le capot blindés entrouverts pendant un défilé, transportant quatre artilleurs. Au second plan, deux auto-caissons transportant trois artilleurs.|Un auto-canon défilant le , avec les volets de calandre et le capot blindés entrouverts. Au second plan, deux auto-caissons De Dion-Bouton GO. Un blindage protège le moteur et le radiateur de l'auto-canon. Le moteur est un De Dion-Bouton V8, huit cylindres , de (puissance réelle ). La vitesse maximale est de .

L'auto-canon est long de (longueur du châssis ), large de et haut de . L'empattement est de et la voie de .

D'abord dotés de roues en bois à bandages, les châssis De Dion-Bouton FZ sont produits à partir de 1915 avec des roues en acier coulé et bandages. Le pare-brise blindé présent initialement est supprimé et l'axe avant est renforcé.

Auto-caissons

Les auto-caissons sur châssis FR et DV ne sont pas blindés et disposent de quatre caisses en bois transportant chacune 48 obus. Dotés d'un capot blindé, les auto-caissons sur châssis GM et GO reçoivent deux caisses métalliques de 80 obus.

Utilisation au combat Première Guerre mondiale vignette|alt=Vue d'un poilu près d'un auto-canon à la tourelle détruite et au tube tordu.|Auto-canon d'une section détruite par un bombardement d'artillerie allemande en 1917. Unités d'auto-canons Le prototype de 1910 et un exemplaire sorti en 1913 sont les seuls en service dans l'Armée de terre française au déclenchement de la guerre. L'unique auto-canon modèle 1913 (), affecté au d'artillerie de campagne et accompagné d'un auto-caisson sur châssis FR, est utilisé pour la protection antiaérienne du Grand Quartier général français. Il est rejoint fin août par le prototype de 1910-1912Deux études plus anciennes ( et ) indiquent qu'il s'agit de la pièce (de nouvelle production) et ne mentionnent pas l'usage du prototype pendant la guerre., également accompagné d'un auto-caisson sur châssis FR. En , la pièce est envoyée défendre Anvers mais doit se replier en octobre. Les pièces sortent en . À cette date sont constituées deux sections d'auto-canons (SAC), chacune constituée de deux auto-canonsLe prototype étant affecté à la avec la pièce ., deux auto-caissons et d'automobiles de soutien. Au fur et à mesure de la production de nouveaux auto-canons, de nouvelles sections sont mises sur pied. Leur organisation est fixée en : les deux auto-canons et les deux auto-caissons sont accompagnés d'un véhicule d'allégement.

En , onze sections sont en position, dont six affectées au camp retranché de Paris. En , l'Armée française compte 182 auto-canons en service : 142 servent aux armées sur le front français (71 sections), dix-huit servent à l'Armée française d'Orient (neuf sections), vingt-et-un (dont le prototype) sont en réserve à Puteaux et une pièce sert à la mission militaire française en Russie.

vignette|alt=Image du Petit Journal montrant des civils observant de nuit un dirigeable allemand en flamme encadrés de faisceaux de projecteurs.|La destruction du LZ 77 par la d'auto-canons le , illustration parue dans Le Petit Journal. C'est un auto-canon de la qui est la première unité des Alliés à abattre un Zeppelin : le au soir, assisté d'un projecteur antiaérien, il abat le venu bombarder Revigny-sur-Ornain. Parmi tous les matériels d'artillerie antiaérienne de la guerre, les auto-canons français détiennent le record du nombre d'aéronefs abattus, revendiquant la destruction de 283 avions, deux Zeppelins et un Drachen, pour la perte totale de cinq pièces (dont une coulée pendant son transfert vers la Grèce).

Méthodes de réglage et de préparation Le réglage des tirs est initialement très compliqués à réaliser, faute de règlements adaptés. Le , l'atelier de Puteaux sort un pour les auto-canons. Suivant l'orientation de l'avion, des tableaux donnent les corrections de pointage à apporter. La méthode est perfectionnée sous le nom de , en supposant que la vitesse de l'avion et son altitude ne changent pas pendant le réglage du tir, contrairement à son orientation qui influe sur la distance future. Sous l'impulsion du commandant Eugène Pagézy de nouvelles méthodes sont développées, d'abord pour prévoir les positions futures de l'aéronef ennemi plutôt que régler le tir à partir des observations passés. Dès 1916, les auto-canons commencent à recevoir un sitogoniographe et un goniographe de dérive, qui permettent au régleur de site et de dérive d'obtenir plus précisément les corrections.

vignette|upright=.8|alt=Un appareil de mesure sur trépied.|Appareil Brocq à double viseur. Fin 1916, la production en série de tachymètres électromagnétiques Brocq permet au commandant Pagézy de faire appliquer la conçue en août : en mesurant la vitesse de l'aéronef ennemi en azimut et en site on peut facilement calculer sa position future, sans devoir estimer son orientation. Les tachymètres Brocq ne sont pas montés sur la tourelle mais la mesure est faite par un viseur à terre et les corrections sont transmises aux régleurs par affichage sur voltmètre, placé au-dessus du goniographes et du sitogoniographe. Ceux-ci reçoivent des abaques dédiées pour l'usage de la . Le tachymètre Brocq entre en service en 1917 et tous les auto-canons sont mis à jour par des équipes mobiles.

Camouflages Les véhicules sont initialement peint en , couleur de base des canons français en 1914. À partir de 1916, ils reçoivent au front une peinture de camouflage pour empêcher leur repérage par les observateurs aériens allemands. Les véhicules peuvent également être protégés par des filets de camouflage et certains servants reçoivent des blouses et des combinaisons à cagoule conçues par Lucien-Victor Guirand de Scévola.

Avec les Alliés