Walden ou la Vie dans les bois (titre original ) est un récit publié en 1854 par l'écrivain américain Henry David Thoreau (1817-1862).

Le livre relate son séjour dans la forêt de son ami et mentor Ralph Waldo Emerson, où il habita une cabane durant deux ans, deux mois et deux jours aux abords de l'étang de Walden (), près de sa famille et ses amis qui résidaient à Concord au Massachusetts.

Walden est écrit de telle façon que le séjour semble durer un an seulement. La narration suit les changements de saisons et Thoreau présente ses pensées, observations et spéculations. Il dévoile également comment, au contact de l'élément naturel, l'individu peut se renouveler et se métamorphoser, prendre conscience enfin de la nécessité de fonder toute action et toute éthique sur le rythme des éléments.

Walden n'est ni un roman, ni une autobiographie, ni un journal naturaliste. Sa dimension critique à l'encontre du monde occidental en fait un véritable pamphlet. La part de l'imagination est considérable et Thoreau consacre de nombreuses scènes à décrire l'étang de Walden mais aussi les animaux et la façon dont les gens le considèrent du fait de son isolement, tout en dégageant des conclusions philosophiques. Ces longs passages concernant la nature appartiennent à la tradition transcendantaliste et appellent à refondre l'éthique.

Plus d'un siècle plus tard, Walden reste une œuvre phare de la littérature américaine et l'ouvrage fondateur du genre littéraire du . La pensée écologiste moderne voit également en Walden le roman du retour à la nature et de la conscience environnementale. Les observations et spéculations de Thoreau font en effet de la nature, dans le récit, un protagoniste à part entière. Walden est enfin la lente introspection de Thoreau, le fil directeur d'une recherche de sens dans un monde de plus en plus marqué par l'industrialisation et la transformation de l'espace.

Il existe plus de 200 traductions de Walden à travers le monde. L'ouvrage a été traduit en français en 1922 par Louis Fabulet (1862-1933) et redécouvert en France lors des événements de mai 68. Il demeure l'un des livres de référence de la pensée écologiste, voire libertaire. Il a inspiré Walden Two, roman dystopique et uchronique de B. F. Skinner (1948). En 2017, Walden ou la Vie dans les bois a été retraduit par Jacques Mailhos et republié par Gallmeister.

Retraite à Walden Pond thumb|upright=1.3|alt=Vue sur l'étang de Walden et sur sa rive boisée qui s'étend sur la droite de l'image. Quelques gros nuages blancs remplissent le ciel bleu.|L'étang de Walden. Choix de Walden Pond Fin 1844, le philosophe Ralph Waldo Emerson, ami et mentor de Thoreau, achète un terrain autour de l'étang de Walden (situé à Concord, dans le Massachusetts, aux États-Unis) et le met à sa disposition. Thoreau souhaite en effet se retirer au calme pour écrire, bien qu'il ne demeure pas toujours seul ; de nombreux amis (dont William Ellery Channing qui séjourne avec lui à l'automne 1845.) ainsi que des admirateurs lui rendent souvent visite... D'après Michel Granger, Thoreau se retire à Walden Pond car il a cherché à disparaître momentanément de Concord, sa ville natale. Avec son ami Edward Hoar, en , il a en effet mis le feu par inadvertance à une partie de la forêt voisine.. D'autre part et outre cette volonté de redevenir respectable, .. Toutefois, selon Leo Stoller, c'est un profond dégoût pour la société des hommes, et particulièrement pour les habitants de Concord, qui conduit Thoreau à puis : , in ..

Le choix de Thoreau se porte donc sur l'étang de Walden, car il constitue un lieu ni trop à l'écart ni trop proche du monde des hommes. De plus, il en connaît l'existence depuis son enfance et l'étang demeure pour lui un lieu mystérieux. Il se retire donc dans une clairière sur une de ses rives, ( selon son expression) et suffisamment vaste pour qu’il dispose d’une marge protectrice, mais ne soit pas pour autant séparé de la nature par une barrière. Dans cet espace (baptisé en sa mémoire .), remarque Michel Granger, et le lieu est propice aux personnifications romantiques (ainsi les aiguilles de pin, par exemple, se dilatent pour lui témoigner leur sympathie lorsqu'il s'y installe)..

« Deux ans, deux mois, deux jours » En , Thoreau commence donc la fabrication d'une cabane de pin. Ses dimensions sont de soit . Elle est située sur les rives de l'étang, à de sa maison natale. Il dort dans sa cabane dès la nuit du , jour anniversaire de la Déclaration d’Indépendance aux États-Unis. Pour Michel Granger, il s'agit de .. Si Thoreau fait tout pour donner une impression d'éloignement d'avec le monde des hommes, il n'en est en réalité rien puisque sa cabane ne se situe qu'à de Concord. Mais ce déplacement . Il ne s'agit alors pas d'une fugue (l'écrivain vivait auparavant chez son père) ou d'une vie d'ermite (puisque Thoreau revenait souvent voir ses amis) mais d'un choix délibéré. C'est le début d'une expérience qui dure ., menée en autarcie et pendant laquelle Thoreau lit, écrit, étudie la nature et cultive ses propres légumes. Il a ainsi planté un hectare de pommes de terre, de fèves, de blé et de maïs.

thumb|left|upright=1.3|alt=L'intérieur de la cabane de Thoreau. Au fond et au centre : une cheminée de briques rouges à côté de laquelle est une caisse de bois de chauffe et à droite et à gauche : deux fenêtres. À droite, un lit fait ; à gauche, une chaise et une petite table ronde. On aperçoit sur le côté gauche, au premier plan, une partie d'un secrétaire pour écrire.|

Thoreau quitte définitivement sa retraite de Walden Pond le . Le sentiment d'avoir renouvelé son existence au contact de l'élément naturel l'a orienté vers un véritable engagement écologiste. Après 1850, selon Donald Worster, Le Thoreau d'après Walden est davantage radical, appelant à la lutte armée contre l'État américain qui justifie l'esclavagisme. Les conclusions obtenues lors de son séjour à Walden Pond se transformeront en un véritable réquisitoire social dans Remarks After the Hanging of John Brown. (1859) puis à la violence dans La Désobéissance civile, in .. Les parts d'ombre demeurent cependant, quant à la réalité de l'expérience vécue mais aussi quant aux raisons de sa venue et de son départ de l'étang. Une version de Walden, de 1852, montre qu'il ne sait pas pourquoi il avait voulu vivre dans les bois, prétextant sans conviction un Henry David Thoreau, Journal, III, .. ; il .

Vie à Walden Lors de son séjour à Walden Pond, Thoreau tient son journal à partir duquel il écrit Walden ou la Vie dans les bois. Il débute aussi la rédaction de Une Semaine sur les rivières Concord et Merrimack (A Week on the Concord and Merrimack Rivers, 1849), son premier succès littéraire et son premier écrit témoin d'. et qui doit être aussi une commémoration de son frère John, mort en 1842. L'écriture de Walden prendra plusieurs années et cumulera huit versions manuscrites. Thoreau veut vivre simplement, et seul, dans les bois, y mener ., mettre en application son Toutefois, l'authenticité de l'expérience réellement solitaire de Thoreau a été remise en cause. En effet, selon Michel Granger, le . Il prône l'autodiscipline, du corps et de l'esprit. Thoreau refuse de chasser les animaux sauvages ou de consommer de leur viande. En plus d'être abstème et adepte du végétarisme., de refuser de fumer, de boire et de renoncer au thé et au café., il fait l'éloge de la chasteté et du travail. Walden se pense ainsi pour Thoreau comme la ..

L'ascèse est de chaque instant à Walden si bien que, lors de son éloge funèbre, son ami Ralph Waldo Emerson qualifie Thoreau de .. La vie à Walden a donc tout d'une et Thoreau y .. En cela, il est proche du philosophe romain Musonius Rufus, mais aussi de Goethe ou Jean-Jacques Rousseau selon Pierre Hadot. Mais Thoreau n'est pas seulement un contemplatif. Ses activités sont principalement tournées vers l'observation et la compréhension des phénomènes naturels comme la profondeur ou l'origine hydrologique de l'étang, ou les effets d'optique de la glace, par l'étude de la faune et de la flore également.

Composition de Walden thumb|upright=1.3|alt=Lieu où Thoreau édifia sa hutte et délimité par des stèles en pierre. Le sol est recouvert de feuilles d'automne. Au fond, à l'arrière-plan : les bois de Walden. Une stèle affichant « Site of Thoreau's cabin » est au premier plan.|Lieu où Thoreau édifia sa hutte. Chapitres Walden se compose de 18 chapitres alternant récit autobiographique, réflexions tendant vers l'essai, poèmes et descriptions naturalistes.

- Économie (« ») C'est le premier chapitre et aussi le plus long de l'ouvrage. Thoreau présente son projet : passer deux ans et deux mois dans une cabane rudimentaire dans les bois près de l'étang de Walden Pond. Il le fait, dit-il, afin d'illustrer les avantages spirituels d'un mode de vie simplifiée. Il y précise les quatre nécessités de la vie selon lui (Nourriture, Abri, Vêtements, et Combustible). Il enregistre minutieusement ses dépenses et ses revenus pour construire sa maison et acheter et cultiver sa nourriture, démontrant sa compréhension de l'« économie ». Pour une maison et pour sa liberté, il ne lui en coûtera par conséquent, calcule-t-il, que .

Paragraphe complémentaire (« ») : ce chapitre se compose entièrement d'un poème, Les Prétentions de la pauvreté (The Pretensions of Poverty), du poète anglais du , Thomas Carew. Le poème critique ceux qui pensent que leur pauvreté leur donne une sorte de morale facilement gagnée ainsi qu'une supériorité intellectuelle.

- Où je vécus, et ce pour quoi je vécus (« ») Après avoir songé à acheter une ferme, Thoreau décrit l'emplacement de sa cabane. Puis il explique pourquoi il a décidé de séjourner dans les bois de Walden :

- Lecture () Thoreau explique les bienfaits de la lecture, celle de la littérature classique (de préférence en version originale grecque ou latine) et déplore l'absence de sophistication à Concord, qui se manifeste par la trop grande importance de la littérature populaire. Il aspire à une époque utopique dans laquelle toute la Nouvelle-Angleterre soutiendrait des Sages pour éduquer et, par conséquent, ennoblir la population.

- Bruits () Thoreau ouvre ce chapitre par une mise en garde contre une trop grande importance accordée à la littérature comme moyen de transcendance. Au lieu de cela, il faut l'expérience de la vie pour soi-même. Ainsi, après avoir décrit l'esthétique des paysages entourant sa cabane et ses habitudes de ménage occasionnel, Thoreau critique le sifflet du train qui interrompt sa rêverie. Pour lui, le chemin de fer symbolise la destruction du mode de vie pastorale. Il énumère ensuite les sons audibles depuis sa cabane : les cloches de l'église, le meuglement des vaches, le chant du whip-poor-will, le hululement des hiboux, le coassement des grenouilles et le chant des coqs.

- Solitude () Thoreau évoque les effets positifs de la vie solitaire et proche de la nature. Il aime être seul : ., expliquant qu'il n'est jamais seul tant qu'il est proche de la nature. Il estime qu'il est inutile de rechercher en permanence le contact avec le reste de l'humanité.

- Visiteurs () Thoreau nous parle des personnes qui lui rendent visite dans sa cabane. Parmi les 25 ou se trouve un jeune bûcheron canadien-français, que Thoreau idéalise car il est la figure de l'homme idéal, menant une vie simple, tranquille et solitaire. Il parle aussi d'un esclave fugitif que Thoreau aide lors de son voyage vers la liberté au Canada.

- Le champ de haricots () Thoreau porte ses efforts sur la culture de deux acres et demi de haricots. Il les plante en juin et passe ses matinées d'été à désherber le terrain avec une houe. Il vend presque toute sa récolte et son petit bénéfice de couvre ses besoins.

- Le village ()