Ranuce Farnèse, en italien , est un prince souverain italien né le à Parme (Italie) et mort dans la même ville le . Il est le quatrième duc de Parme et de Plaisance de 1592 jusqu'à sa mort.
Ranuce est éduqué à l'exercice du pouvoir par son grand-père Octave, son père Alexandre, aussi gouverneur des Pays-Bas espagnols, guerroyant dans le Nord de l'Europe pour le compte de Philippe II d'Espagne.
Ranuce est le premier duc à ne pas engager le duché dans une guerre, ce qui lui laisse le temps de mettre en place de nombreuses réformes. Dès qu'il accède au trône, Ranuce réorganise l'administration, s'assurant une domination sans partage du duché. Celle-ci va rester inchangée durant toute la gouvernance de la maison Farnèse. Il amoindrit aussi considérablement la puissance de l'aristocratie féodale du duché notamment par la violence.
Homme cultivé, il agrandit sa capitale, Parme, et il y développe la vie culturelle.
Biographie Ranuce est le fils du Alexandre Farnèse et de Marie du Portugal. Il est élevé par son grand-père le duc de Parme et Plaisance Octave, son père étant continuellement absent, combattant dans les Flandres aux ordres du roi Philippe II d'Espagne. Sa mère meurt alors qu'il n'a que huit ans.
Jeunesse Il existe peu d'information sur la petite enfance de Ranuce, si ce n'est au travers de quelques lettres de Giovan Battista Pico, secrétaire du duc Octave, et du secrétaire d'Alexandre, Cosimo Masi. Il reçoit une éducation des armes et des lettres et sciences humaines du comte de Montechiarugolo, Pomponio Torelli. Celui-ci le décrit comme un élève peu appliqué et qui progresse peu.
Avec la mort de son épouse Marie du Portugal, qui était la petite-fille du roi Manuel de Portugal, Alexandre revendique sans succès pour son fils Ranuce la couronne du Portugal alors que débute la crise de succession portugaise en 1580. Afin d'atteindre cet objectif, il mobilise tous les membres influents de la famille, Octave, sa mère Marguerite d'Autriche et son oncle le cardinal Alexandre Farnèse.
Dès 1582, alors que Ranuce n'a que 13 ans, la famille commence à envisager son mariage, différents noms sont évoqués, la fille du grand-duc de Toscane, la sœur du duc d'Urbin et la fille du duc de Sabbioneta. C'est à cet âge qu'il tient sa première audience publique, remplaçant son grand-père Octave qui souhaite l'initier à la chose publique en raison de son état de santé. Il est atteint de la goutte.
Ranuce va connaître au cours de ces années, deux événements qui vont le marquer. Tout d'abord l'échec du mariage de sa sœur Marguerite avec Vincent Gonzague, futur duc de Mantoue envers qui il va conserver de l'animosité. Le , Vincent épouse Marguerite alors âgée de 13 ans. Après deux ans, le mariage est annulé pour ne pas avoir été consommé, non sans de longues tergiversations, en raison d'une malformation physique de l'épouse et Marguerite se retire dans un couvent sous le nom de sœur Maura Lucenia. Octave déjoue aussi un complot à son encontre, expérience dont Ranuce va s'inspirer lors de son règne. Claudio Landi, dont le père avait participé à l'assassinat de Pierre-Louis Farnèse, est incriminé. Le procès permet à Octave d'affaiblir le pouvoir économique des Landi, les biens alimentent la politique ecclésiastique du duc qui sont octroyés aux Jésuites.
Au début de 1586, Ranuce se rend à Ortona prendre possession de la dépouille de sa grand-mère, Marguerite d'Autriche et la ramène dans le duché où elle est inhumée dans l'église de San Sisto à Plaisance. Au printemps, il se rend à Rome où il est emprisonné pour s'être présenté armé devant le pontife. Son oncle lui permet de s'échapper ce qui provoque la colère du pape.
Apprentissage du pouvoir thumb|Pomponio Torelli À la fin de l'année 1586, l'état de santé d'Octave se dégrade et Ranuce assiste son grand-père dans les derniers instants. Il devient en raison de l'absence de son père la plus haute autorité du duché et assure la régence, son père Alexandre s'étant vu refuser par Philippe II de rentrer dans son duché. Ranuce nomme secrétaire Carlo Recordati qu'il envoie, dans les Flandres, auprès de son père devenu désormais duc afin de connaître les dispositions à prendre. Cela concerne l'administration de la justice et le traitement à réserver aux « serviteurs de la maison ». Puis il interroge son père sur la conduite à tenir à l'égard des deux cités Parme et Plaisance et à l'égard de Milan et des princes italiens. Alexandre l'invite à suivre les recommandations de son oncle, le cardinal et à servir le roi d'Espagne. Avec les conseils de son père, il règle une multitude de questions qui vont de la sépulture de sa grand-mère à l'héritage des Pallavicino dont il prend possession en 1587.
Ranuce continue à recevoir l'assistance de Torelli qui lui conseille de ne jamais remettre en cause les hommes et les ordres de son père afin de maintenir la concorde au sein du duché. Les craintes de Torelli s'avèrent prémonitoire et malgré des bons rapports entre le duc et son fils, en 1588, un complot est ourdi contre Ranuce sans résultat. Les compétences reconnues de Torelli par son élève lui valent de devenir un de ses diplomates. Il s'entoure tout au long de son règne d'homme de valeur Cosimo Masi, Papirio Picedi qui devient évêque de Parme, son frère Édouard, Alexandre Sforza et encore Alexandre Anguissola
Ranuce est impliqué dans tous les secteurs de la vie économique, en matière de monnaies, d'abattage des animaux afin de limiter les exportations en raison du manque de viande, de laine afin de protéger les producteurs locaux. Cependant, à partir de 1589, le duché connaît une période de disette, Ranuce sur les ordres de son père limite tant que possible les exportations de produits alimentaires. Il entre en conflit avec le conseil des anciens qui se refusent à acheter le blé nécessaire à la population et seule la pression d'Alexandre fait plier les « anciens ». En 1590, la situation est telle qu'Alexandre, malgré les tentatives de Ranuce de s'approvisionner dans la péninsule italienne, est obligé de faire venir du blé des Flandres. La situation des plus pauvres est critique et nombre de jeunes commettent de petits larcins afin d'être emprisonnés et ainsi nourris. La disette se poursuit jusqu'en 1592. En 1591, Alexandre renouvelle l'opération alors que la crise arrive à son comble. Ranuce est alors dans la Flandre où il a rejoint son père.
Sur le trône pontifical, une succession de papes sont élus qui vont avoir des répercussions sur la famille ducale. Ainsi avec l'arrivée de Grégoire XIV, Alexandre et Ranuce s'entretiennent sur la possible nomination d'Édouard à la fonction de cardinal, qui intervient le . Il prend ainsi le relais de son grand-oncle mort en 1589.
thumb|Alexandre FarnèsePortrait d'Otto van Veen (ca 1585) En , Ranuce rejoint son père. Quelque temps plus tard, en l'absence de celui-ci parti à Bruxelles rencontrer les ambassadeurs de l'empereur, il accueille, à Valenciennes, le duc de Guise. Il y a peu d'informations sur les participations de Ranuce à des opérations militaires, cependant en , Ranuce participe à des combats, il se montre « le digne fils de son père ».
Relations tendues avec Mantoue En 1591, alors que Ranuce a rejoint son père, il s'oppose au marquis del Vasto, cousin du duc de Mantoue, Vincent de Gonzague, pour une sombre affaire d'incendie de salle d'armes. Le désaccord conduit à un duel d'écrits prenant à témoin les cours italiennes ce qui inquiète les princes qui craignent le déclenchement d'une guerre. Des négociateurs sont envoyés dans les capitales respectives des deux duchés. Ranuce s'allie avec les Gonzague de Castiglione. La discorde ne prend fin qu'avec la mort d'Alexandre qui conduit Philippe II et Clément VIII à imposer la paix.
Mort d'Alexandre
Le , Alexandre avec hommes marche au secours de Rouen assiégée par Henri IV. Le roi de France le repousse au-delà de la Somme avec seulement cavaliers. Il parvient néanmoins à dégager la ville, mais lors des combats devant Caudebec, le , Alexandre est blessé au bras, p. 382.. Malgré la pression des troupes d’Henri IV, Alexandre, par une grande manœuvre, permet à son armée de s’échapperFrançois Puaux, Histoire de la réformation française, quatrième tome, Michel Lévy frères, éditeur, 1860, page 7, 8. Il rentre en Flandre, puis après s’être rétabli, se déclare prêt à reprendre les opérations en France. Ranuce, quant à lui, a rejoint Parme en juillet. À Parme, le bruit court qu'en cas de disparition de son père, il pourrait prendre la tête des armées espagnoles. La santé d'Alexandre s'aggrave subitement et dans la nuit du 2 au , il meurt à l'abbaye Saint-Vaast d'Arras. Ce n'est qu'en octobre de l'année suivante que sa dépouille est ramenée à Parme.
Ranuce, duc de Parme et Plaisance
Durant son long règne qui dure 30 ans, il réorganise les structures du duché, il établit un nouvel équilibre entre le gouvernement et le pouvoir féodal et il cherche à encourager le commerce et les industries de la soie et de la faïence.
Premières années thumb|upright=2.0|L'administration sous Ranuce Dès le début de son règne, Ranuce doit préserver son duché des prétentions sur Borgo Val di Taro du comte Federico Landi dont la famille a été dépossédée après la conjuration de Claudio Landi à l'encontre d'Octave Farnèse (1580). Au début de 1594, Ranuce jure fidélité au roi d'Espagne tout en espérant que celui-ci tranche en sa faveur. La ville reste aux mains des Farnèse.
En 1594 et 1595, il promulgue les Constitutions () qui s'inspirent de l'État voisin, Milan et qui s'appuient sur l'ancien droit romain. Elles resteront en vigueur pendant toute la période farnèse. Ces constitutions se composent de trois groupes de règlements qui organisent, pour les premiers, les charges les plus importantes de l'État, pour les seconds, les procès civils et pour les troisièmes, la fiscalité et le patrimoine du prince. La vraie nouveauté est le fait que les représentants du duc, remplaçant les disposent des principaux pouvoirs. Ainsi ces gouverneurs convoquent les conseils, fixent l'ordre du jour, gèrent le déroulement des travaux et approuvent les délibérations avant leurs exécutions. Ces constitutions s'accompagnent d'un texte sur les ordres et privilèges militaires. Une milice locale est constituée de quelques centaines d'hommes qui complète les troupes mercenaires composées de Suisses, d'Irlandais et de Corses. Ils sont complétés, en 1597, d'un texte sur la tutelle de la religion catholique. Par un règlement de 1589, il décrète que les Juifs bénéficient des mêmes droits que les habitants du duché, qu'il ne leur est pas fait obligation de porter un signe distinctif et qu'ils doivent verser une redevance semestrielle de 250 .
Par de nombreux privilèges, exemptions d'impôts, immunité, Ranuce attire à Plaisance les banquiers génois qui quittent Besançon (présents depuis 1535) afin de créer une foire au change qui prend le nom de . Les foires de se tiennent à Plaisance de 1579 à 1621 puis de 1638 à 1641. Elles attirent de nombreux étrangers favorisant le commerce et rapportent un revenu non négligeable, Ranuce retenant un petit pourcentage sur les opérations financières. Cependant, en 1597, la foire connait des difficultés en raison de la banqueroute espagnole qui touche de nombreux banquiers dont les Génois.
En 1602, Ranuce connait une déconvenue avec la perte de Novare que son aïeul Pierre-Louis avait acquis de Charles Quint pour la somme de écus. La vente comprenait une clause : le retour de Novare à Milan contre la restitution de la somme et d'indemnités. Le comte Fuentes, gouverneur de Milan et rival d'Alexandre, fait valoir son droit malgré la résistance du duc. Ranuce éprouve de la haine envers le gouverneur de Milan, d'autant plus que celui-ci a, par le passé, soutenu les prétentions de Barbara Sanseverino sur le fief de Colorno que Ranuce convoite invoquant que la succession d'un fief à une femme est illégitime. Toutes ses rancœurs vont resurgir quelques années plus tard.