François-Louis Rousselet, comte puis marquis de Châteaurenault (ou Châteaurenaut, ou Châteauregnaud), né le probablement à Château-Renault (Indre-et-Loire), et mort le ., à Paris, est un officier de la marine royale française des . Après une brève carrière dans l'armée de terre, François-Louis Rousselet intègre la Marine royale. Dans ce corps il prend part à la guerre de Hollande, à la guerre de la Ligue d'Augsbourg et à la guerre de Succession d'Espagne et s'illustre à de nombreuses reprises, notamment dans la baie de Bantry en 1689 au large de l'Irlande et dans celle de Lagos au Portugal en 1693. Il termine sa carrière militaire couvert de gloire et d'honneur, avec le grade de vice-amiral du Levant et maréchal de France.

Biographie Origines François-Louis Rousselet de Château-Renault naît le dans une famille d'origine roturière. Du côté paternel, il compte un bisaïeul et un trisaïeul marchands à Lyon, seigneurs de La Pardieu, devenus échevins de la ville, et du côté maternel, il descend d'une famille de marchands drapiers parisiens (famille Compans).. Toutefois, il était allié à la puissante famille de GondiCardinal de Retz, Mémoires, éd. Michel Pernot, Paris, Gallimard, coll. Folio classique, . : son père, François, était le neveu d'Albert de GondiC'est par les Gondi que les Rousselet sont devenus marquis de Châteaurenault. C'est grâce aux Gondi que Châteaurenault lui-même a pu avoir pour parrain le duc de Beaufort, César de Vendôme. (Voir le site Racines&Histoire, par Étienne Pattou, 2003 et 2023 : Gondi.pdf, p. 3).. C'est la raison pour laquelle, Jean-François Paul de Gondi (1613–1679), le petit-fils d'Albert, coadjuteur de Paris (1643), cardinal de Retz (1652) et archevêque de Paris (1654–1662), sera le protecteur du jeune François-Louis au début de sa carrière.

Son père, François Rousselet, marquis de Château-Renault en Touraine, baron de Noyers, seigneur de Blancharsdaye en Bretagne, est le gouverneur des villes et château de Machecoul et Belle-Isle. Il est enfant d'honneur du roi Louis XIII dans sa jeunesse. II meurt le .

Sa mère, Louise de Compans, est la fille de Noël de Compans, seigneur d'Arci et de Villiers-sur-Orge, et de Louise de Dreux. Le couple se marie le , et de cette union naissent neuf enfants : François, lieutenant mestre de camp du régiment des gardes en 1648 ; Albert Rousselet, abbé de Pornic en Bretagne, mort le ; Balthazar Rousselet, abbé de Pornic et de Landévennec en Bretagne, et de l'abbaye de Fontaine-les-Blanches en Touraine (1647), mort en 1712 ; François-Louis de Rousselet ; Ainsi que cinq filles, toute religieuses au Boulay et à Beaumont en Touraine.

Carrière militaire Jeune, Château-Renault sert d'abord dans les armées de terre sous les ordres du vicomte de Turenne Henri de La Tour d'Auvergne et du Grand Condé Louis II de Bourbon-Condé. Il se distingue à la bataille des Dunes lors du siège de Dunkerque (1658), à l'âge de . En 1661, il devient enseigne de la marine, et il se distingue à la prise de Djidjelli par le duc de Beaufort, François de Vendôme en 1664, où il reçoit une grave blessure. Il est nommé capitaine de vaisseau en .

En 1671, il reçoit le commandement d'une division de cinq bâtiments, de quatorze à cinquante-six canons, chargée de la lutte contre les corsaires de Salé, sur les mers du Levant et le long de la côte d'Afrique (dans l'actuel Maroc).. Il croise devant Salé, coule et prend plusieurs navires corsaires, et bombarde cette base pirate ainsi que différents forts de la côte.

Guerre de Hollande (1672–1678)

En 1672, à la tête d'une division navale, il est chargé de patrouiller depuis le détroit de Gibraltar jusqu'à l'entrée de la Manche, et capture un nombre important de bâtiments de commerce hollandais au large de la Galice, ces prises lui vaudront d'être promu chef d'escadre, en ..

Au mois de , il reçoit l'ordre de convoyer des navires des principaux ports marchands de France, et détache à cet effet trois des cinq bâtiments de guerre qu'il commandait. C'est alors que, ne disposant plus que de deux bâtiments, l'un de 50 canons et l'autre de 30 canons, il rencontre, le , à sept lieues du cap Lizard, une flotte de cent vingt navires hollandais, qui sortait de la Manche sous la conduite de Engel de Ruyter (dit le Jeune), le fils du célèbre amiral Michiel de Ruyter. Cette flotte, majoritairement composée de navires marchands hollandais, comptait néanmoins huit bâtiments armés de cinquante à soixante canons chacun et de six cents hommes d'équipage, quatre l'étaient de quarante à cinquante canons. Malgré l'inégalité flagrante des forces en présence, Château-Renault donne l'ordre d'attaquer, il atteint avec son vaisseau le navire amiral et, en compagnie du marquis de Nesmond André de Nesmond, il force deux bâtiments ennemis de soixante canons à amener leur pavillon. Le combat se poursuit à la nuit tombée, dont il passe une partie à poursuivre et harceler les Hollandais. Aux premières lueurs du jour, le combat reprend. Il ordonne à ses canonniers de ne tirer qu'à portée de pistolet et à ses soixante mousquetaires de faire leur décharge dans les sabords de l'ennemi. Obligé par un changement de vent à prendre le large, il était parvenu à démâter, et rendre inopérants un grand nombre de navires ennemis, en particulier le vaisseau amiral, obligé de se rendre à Falmouth en Angleterre, pour réparations.

En 1677, à la tête d'une escadre de sept bâtiments de guerre, il sort de Brest pour s'opposer aux navires corsaires ennemis. Le , à vingt-cinq lieues de l'île d'Ouessant, il rencontre un convoi hollandais de cinquante navires confié au contre-amiral Thomas Tobias. Avec ses plus gros bâtiments, il attaque l'escorte, forte de trois vaisseaux de guerre et de cinq à six pinasses, pendant que ses bâtiments légers fondent sur le convoi. Une brume épaisse met fin au combat qui tourne à l'avantage de la flotte française. Malgré la défense de Tobias, Châteaurenault parvient à prendre quatre navires hollandais, évalués à plus d'un million de livres, et deux autres sont coulés.

L'année 1678 est marquée par de nouveaux succès. Le , à la tête de six vaisseaux et de trois brûlots, Château-Renault attaque une flotte de vingt-et-un bâtiments de guerre hollandais commandée par l'amiral Cornelis Evertsen le Jeune, au large de l'Espagne. Malgré la disproportion des forces et l'habileté de son adversaire, il prend l'avantage en ne laissant pas au Hollandais le temps de former son ordre de bataille. Maltraitée, la flotte hollandaise profite d'un vent favorable pour fuir le combat.

La signature de la paix de Nimègue en 1678 donne quelques années de repos à Château-Renault. Mais, malgré cette paix il continue à affronter les Barbaresques de la côte d'Afrique, et prend part aux bombardements d'Alger qui ont lieu à cette époque. Après deux nouvelles campagnes devant Salé en 1680 et 1681, il passe sous les ordres de Anne Hilarion de Costentin de Tourville en Méditerranée.

En 1684, il épouse Anne-Renée de La Porte, dame d'Artois et comtesse de Crozon. Il est reçu chevalier de l'ordre de Saint-Lazare de Jérusalem et de Notre-Dame du Mont-Carmel en 1681. En 1687, il est fait Grand Prieur de Bretagne de l'ordre de Saint-Lazare.

Guerre de la ligue d'Augsbourg (1688–1697)

vignette|220px|Bataille de Bantry Bay, par Adriaen van Diest. vignette|220px|Bataille de Lagos, huile sur toile de Théodore Gudin.

En 1688, il est dans la flotte du lieutenant général Anne Hilarion de Costentin de Tourville qui fait voile depuis Alicante vers Alger, où il allait se placer sous les ordres du maréchal Jean II d'Estrées. Le , l'escadre française rencontre un vaisseau espagnol, le Capitan, 66 canons, commandé par le vice-amiral Onorato Bonifazio Papachino (dit Papachin), et la frégate San Jerónimo, 54 canons, qui se dirigeaient sur le port d'Alicante qu'il venait de quitter. Dans cette flotte Châteaurenault commande une petite frégate, Le Solide, en soutien au navire amiral Le Content. Le vice-amiral espagnol refuse de saluer le pavillon français et Tourville, conformément aux instruction qu'il avait reçues, ordonne l'assaut pour l'y contraindre. Après une heure de combat, les Espagnols amènent leur pavillon« C'était la première fois que se présentait l'occasion de mettre à exécution les instructions du roi sur le salut en mer : les commandants des bâtiments français devaient exiger le salut de tous les bâtiments qu'ils rencontraient, ceux de l'Angleterre exceptés ; ils ne devaient ni le demander ni le donner à ceux-ci. Lorsque les deux divisions se trouvèrent à portée de canon, le lieutenant général de Tourville, qui était au vent, fit mettre la sienne en panne et envoya une embarcation au vice-amiral Papachin pour l'inviter à saluer le pavillon de la France ; cet officier général s'y refusa. Le Content fit servir immédiatement, et, sans tirer un seul coup de canon, il aborda le vaisseau amiral espagnol par l'avant ; quelques coups de fusil furent cependant tirés, malgré la défense qui en avait été faite. Le Capitan ayant riposté par une décharge de tous ses canons, le Content fit également usage de son artillerie. Après une demi-heure, les deux vaisseaux se décrochèrent et le combat continua à portée de pistolet. Le capitaine de Châteaurenault qui, ainsi que le comte d'Estrées, s'était adressé d'abord à l'autre vaisseau, vint en aide au Le Content lorsque, après une heure de défense, le San Jerónimo eut amené son pavillon. Le vice-amiral Papachin ne pouvait lutter longtemps contre ces deux combattants ; il fit amener son pavillon, mais il l'avait vaillamment défendu pendant trois heures. Une nouvelle sommation le décida à se rendre à l'invitation qui lui avait été faite : le pavillon de la France fut salué de neuf coups de canon qui furent rendus coup pour coup par Le Content et le lieutenant général de Tourville envoya ensuite offrir ses services au vice-amiral espagnol. Les avaries étaient nombreuses de part et d'autre ; Le Content était entièrement dégréé et la frégate du capitaine de Châteaurenault avait perdu son petit mât de hune. Le vaisseau amiral espagnol avait été démâté de son grand mât. Le lieutenant général de Tourville avait reçu une blessure à la figure et une autre à la jambe. » .. Cet affrontement, et les exigences françaises pour le salut du pavillon, inciteront la monarchie catholique espagnole à se ranger du côté de la ligue d'Augsbourg dans le conflit qui était sur le point d'éclater.

En 1689, il est nommé lieutenant-général des armées navales, et Louis XIV lui confie le commandement de la flotte destinée à transporter pour aider le roi d'Angleterre Jacques II dans sa conquête de l'Irlande.

Parti de Brest le avec trente-deux bâtiments de guerreVingt vaisseaux de ligne, dix brûlots et deux frégates., Château-Renault parvient en vue de la baie de Bantry sur la côte sud-ouest d'Irlande le , et entre dans la baie le lendemain.. Le débarquement des troupes était entamé, lorsque l'amiral anglais Arthur Herbert arrive à la tête de vingt-deux vaisseaux de ligne et de plusieurs autres bâtiments pour s'y opposer. Château-Renault, devinant les plans de son adversaire fait signal à l'avant-garde française, commandée par Jean Gabaret, de s'avancer. Le plan d'Herbert consistait à gagner le large et de le mettre entre deux feux afin de pouvoir le défaire et ensuite attaquer le débarquement. Dans un combat acharné, vaisseau à vaisseau, il parvient à contraindre l'amiral anglais à gagner le large. De nombreux vaisseaux anglais sont démâtés. Grièvement blessé, Herbert, qui a à son bord et un grand nombre de blessés, donne le signal de la retraite, permettant aux Français d'achever leur débarquement sur la côte d'Irlande. Et, sur le chemin du retour vers Brest, il s'empare d'un nouveau convoi de navires marchands hollandais.