La nécropole de Mesu ‘e Montes est un site préhistorique daté du Néolithique, situé dans la commune d'Ossi, dans la province de Sassari, en Sardaigne (Italie). La nécropole regroupe environ 18 domus de janas creusées durant la période prénuragique, dont une (domus II) est ornée d'un très riche décor. Trois d'entre elles ont été transformées en tombes de géants à « façade architecturale » durant la période nuragique.

Le site a été inscrit en 2025 sur la liste du Patrimoine mondial avec 26 autres sites néolithiques de Sardaigne.

Historique

En 1968, à la suite d’un signalement de l’avocat G. Spanedda, l'archéologue Ercole Contu identifie 7 domus sur le site et publie la description de six d’entre elles. En 1969, il identifie 10 domus supplémentaires. Dans les années 1970 et 1980, le riche décor des tombes est étudié et mentionné à plusieurs reprises par les archéologues. En , G.M. Demartis et V. Canalis dirigent une fouille archéologique complète de la domus II. À partir de 1994, la nécropole fait l’objet de travaux de nettoyage et de mise en valeur, alors que les domus X et XII sont encore utilisées comme abris pour le bétail, et deux nouvelles tombes sont identifiés.

En 2025, le site archéologique de la nécropole de Mesu ‘e Montes fait partie de l'ensemble inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO sous le nom « Tradition funéraire dans la Sardaigne préhistorique – Les domus de janas ».

La nécropole

La nécropole est située sur les pentes méridionales du mont Mamas. Elle a été creusée dans une paroi calcaire orientée est-ouest. Elle regroupe 18 domus de janas, numérotées de manière croissante d’ouest en est et réparties en un groupe occidental (domus I à VIII) et un groupe oriental (domus IX à XVIII). Toutes les domus ont été creusées dans la paroi rocheuse à l'exception de quatre (domus IV, XV, XVa, XVIII) qui ont été réalisées au pied de la falaise. Toutes les tombes se caractérisent par un plan horizontal et leur entrée est plus ou moins surélevée par rapport au niveau du sol. Le plan pluricellulaire des domus résulte d'agrandissements successifs. Conformément à ce qui a été observé dans d'autres nécropoles pré-nuragiques, on considère généralement que ces divers travaux d’agrandissement ont été justifiés par des besoins croissants d’espace en raison de la démographie ou par de nouvelles exigences liées au domaine religieux.

vignette|gauche|Façade architecturale de la domus III.

4 domus (I, II, V, et XIII) se distinguent par leur décor comportant des symboles gravés en lien avec un rituel funéraire et 7 domus sont décorées avec des éléments qui évoquent les caractéristiques architecturales des habitations pré-nuragiques (plafonds, poteaux, soubassement en pierre, foyer). Les représentations des plafonds correspondent à plusieurs techniques d’exécution : certains sont sculptés de manière réaliste, d’autres sont simplement rendus en relief plat ou par incision. Le type à double pente, avec une « poutre faîtière » transversale, est figuré sur les plafonds de trois cellules de la domus XVI, tandis que dans la domus II, les plafonds à double pente sont seulement figurés de manière schématique. La représentation des « solives » radiales est bien visible dans l’antichambre de la domus XIII. Le soubassement en léger relief que l’on observe souvent à la base des parois des cellules pourrait symboliser le muret de soubassement en pierre des cabanes sur lequel devait s'élever une structure en bois complétée de branchages. La représentation des demi-piliers (lésènes), que l'on retrouve souvent dans les angles des murs mais plus rarement au centre (domus II), où ils encadrent des panneaux comportant des décorations symboliques, évoque vraisemblablement les structures porteuses en bois (poteaux) des habitations.

Trois domus (III, IV et XVI) creusées durant la période prénuragique ont été transformées en tombes de géants à « façade architecturale » à l’époque nuragique.

Domus I La domus est constituée de 12 pièces : sur un schéma originel en « T » composé de trois cellules, deux ailes ont été ultérieurement ouvertes (1 côté gauche, 1 côté droit) au niveau de la troisième cellule.

L’entrée, orientée au sud-est, est précédée d’un bref seuil creusé dans la roche, s’élevant d’environ 0,50 m par rapport au niveau du sol sur son côté gauche mais endommagé sur son côté droit. L'entrée débouche dans l'antichambre, de plan quadrangulaire, avec un sol plat, des parois rectilignes aux angles marqués et un plafond incliné vers l’extérieur. Les surfaces des parois sont particulièrement soignées, richement ornées de motifs architecturaux constitués de panneaux rectangulaires abaissés, qui ont été divisés en deux parties par une lésène médiane sur les parois latérales.

Au fond de l'antichambre, une ouverture, dont le seuil est traversé par une petite rigole, donne accès à la seconde cellule. La seconde cellule est de forme quadrangulaire, segmentée dans sa profondeur, par deux courtes cloisons et un léger dénivelé, en deux espaces également rectangulaires. La seconde cellule comprend le même décor que précédemment mais enrichi avec un motif de bucrane sur le côté gauche de l’entrée et des corniches encadrant les panneaux abaissés sur les parois latérales. Les deux portes situées au fond de la cellule, donnant accès aux ailes latérales, sont encadrées par un motif représentant deux « bandes-cornes » (une de chaque côté) se pliant vers le bas en décrivant une sorte de « Z ».

L'aile gauche de la domus est constituée d'un espace surélevé, de plan oblong, donnant accès à trois autres cellules : une de plan quadrangulaire côté occidental et deux plus petites de forme sub-circulaire coté oriental. La paroi du fond de l'une des deux a été abattue et permet désormais de sortir vers l’extérieur. L'aile droite de la domus est constituée d'un espace sub-rectangulaire à développement transversal, avec deux cloisons alignées avec l’entrée, à peine marquées sur le sol. Un petit espace, de plan réniforme, est accessible dans l'angle à gauche de l’entrée.

Domus II La tombe est située dans le secteur occidental de la nécropole, à à l’est de la domus I. Elle se compose également de 12 pièces disposées selon un schéma planimétrique en « T », modifié par des cellules ouvertes au niveau de l’axe transversal de la pièce principale. Cette tombe se caractérise par la richesse et la variété de ses décorations architecturales et symboliques.

vignette|gauche|Intérieur de la chambre dans la domus II

L’entrée est précédée d’une sorte de petit dromos avec un sol plat délimité à droite par un mur bas rectiligne et à gauche par le rocher à peine retouché. La porte est dépourvue d’encastrement : une cavité rectangulaire visible au sol devait être destinée à recevoir le dispositif de fermeture.

L’antichambre présente un plan trapézoïdal, son sol est légèrement plus bas que celui du dromos et son plafond concave s'incline vers l’extérieur. Les parois sont richement ornées avec de part et d'autre de l’entrée, un bucrane dont la tête est bien visible avec un museau arrondi. Sur la paroi gauche, une lésène sépare les deux panneaux : trois bucranes superposés sont représentés dans le premier panneau et des doubles cornes en forme de barque surmontées d’un motif en « sablier » sont représentées dans le second. La paroi de droite est décorée avec une série de « V » rapprochés dessinant un zigzag horizontal.

La chambre, de plan trapézoïdal, constitue la pièce la plus vaste de la domus, elle était probablement destinée aux pratiques cultuelles. La paroi d’entrée est légèrement curviligne, avec un portail surmonté côté intérieur de deux larges cornes. Sur la paroi du fond, on peut voir une fausse porte, surmontant une marche en relief. La fausse porte est ornée au centre, d'une rangée de chevrons incisés, dans sa partie haute de deux larges cornes superposées se confondant avec les montants et sur les côtés de deux motifs spiraliformes. Les grandes parois sont décorées avec des divers motifs (des lesènes, des chevrons, des « dents de loup », un pilastre d’angle fusionné avec un motif corniforme en forme de barque, une demi-corne en « Z ») et elles comportent des traces de peinture rouge. Le décor du plafond de la pièce représente un toit à double pente avec ses solives et une poutre principale reposant sur deux piliers réels taillés dans la pierre et ornés de représentations taurines. Les deux piliers encadrent un foyer circulaire, délimité par un anneau en relief avec trois bosses elliptiques disposées en triangle, sculpté au niveau du sol. Sur les côtés courts de la chambre s’ouvrent les accès à deux groupes de cellules (quatre côté ouest et cinq côté est), chaque groupe étant constitué d'un vestibule interne desservant les autres cellules interconnectées.

L’analyse stylistique et les résultats des fouilles indiquent que ce plan complexe résulte d'au moins trois agrandissements, tous réalisés durant la même période culturelle (culture d’Ozieri). Le noyau initial, avec un plan en « T », fut creusé dans une première phase tandis que l'ensemble des décors fut réalisé dans une seconde phase (abaissement du sol, aménagement du foyer, des piliers et des marches, décor de la paroi du fond de la chambre et de l’antichambre). Les deux groupes de cellules latérales auraient été creusés durant la dernière phase.

Domus III La domus est située à environ 100 m à l’est de la domus II, dans la partie haute de la nécropole. Jusqu’à une époque récente, elle était utilisée pour y fumer du fromage, ce qui explique que les surfaces intérieures soient complètement noircies. C'est l'une des trois domus de la nécropole qui fut réaménagée à l'âge du bronze en tombe des géants « à façade architecturale ». À l'origine, la tombe comportait plusieurs chambres puis elle fut réaménagée en démolissant presque tous les murs de séparation. vignette|Domus III : couronne à bétyles et lunette de la « stèle cintrée ». Extérieurement, la façade a été profondément creusée dans la paroi rocheuse pour créer une section voûtée de de hauteur avec une exèdre mesurant de largeur à la base. Un banc a été aménagé à la base de l'exèdre ( de hauteur pour une profondeur maximale de ). La « stèle cintrée » comprend encore dans sa partie haute une lunette ( de large sur de hauteur et de profondeur) bien visible alors que sa partie basse est endommagée ( de large sur de hauteur et de profondeur). On peut observer trois cavités (mesurant respectivement de gauche à droite 14,5 x 15 x 21 cm, 16 x 21 x 15 cm et 14 x 23 x 27 cm) creusées dans la couronne de la stèle où devait être installée la « triade bétylique ». Au-dessus de l'exèdre et de la stèle, la roche a été taillée sur de profondeur et environ de hauteur pour représenter un « tumulus » symbolique.

Plusieurs marches, peut-être récentes, aménagées à la base de l'entrée, permettent d'accéder à la tombe. La porte d'origine, qui était située en bas de la stèle cintrée, a disparu. L'entrée se fait désormais par un passage fortement altéré (1,60 m de large sur 1,60 m de haut), orienté est-sud-est. Il débouche sur une grande salle vaguement trapézoïdale (3,00 m de large, 4,50 m de long et 1,95 m de haut), au plafond grossièrement concave et au sol irrégulier, dont les murs sont fortement endommagés. Un gradin ( de hauteur sur ) court sur toute la longueur du mur du fond et correspond au niveau du sol des pièces adjacentes. Côté gauche, on peut voir une pièce de forme subrectangulaire (4,00 m de large, 1,90 m de long et 1,45 m de haut). La pièce a été agrandie par une niche surélevée. Côté droit, il existe une première cellule de plan rectangulaire (2,25 m de large, 1,30 m de long et 1,00 m de haut) suivie d'une seconde cellule, également de forme rectangulaire (2,00 m de large sur 1,35 m de long et 1,00 m de haut) comportant au sol un aménagement du type « lit funéraire ». C'est la seule cellule de la domus qui n'a pas été substantiellement altérée.

vignette|gauche|Entrée de la domus V.

Domus IV