vignette|Marque de l'imprimeur Joos Lambrecht en 1550, dans son ouvrage , Sat Quercus, abréviation de , traduction de la sentence grecque, . (romanisé en ), traduit en latin par « » ou « », qui peut être traduit littéralement par , et diversement par , ou est un proverbe grec. La plus ancienne mention de « » date du de Porphyre (234-305), deux citations provenant de Théophraste (Abst. 2.5.36) et de l'anthropologie de Dicéarque (Abst. 4.2.43). Il fait référence à la balanophagie antique, et à l'âge d'or d'Hésiode. Il est encore utilisé de manière détournée par Voltaire au et a reçu en passant par Lucrèce, Cicéron, Marcel d'Ancyre, Érasme, Lambrecht, et d'autres, différentes interprétations.
Généralités
Le proverbe est cité par deux philosophes péripatéticiens, Théophraste (372-288 ), et Dicéarque (entre 375 et 347 - entre 285 et 280 ), repris dans un ouvrage de Porphyre (234-305), le (, le Traité sur l'abstinence des viandes) . Ils ont souligné la frugalité des premiers hommes sur terre et ont divergé sur la question de savoir s'il fallait privilégier la vie contemplative (, ) ou la vie active ().
fait référence à la consommation de chêne par les premiers hommes, relatée par Hérodote. La balanophagie, soit la consommation des fruits du chêne, dans la Grèce antique, pratique alimentaire confirmée par l'archéologie, est étroitement associée à l'histoire de sa fondation, à l'Arcadie, et se retrouve par la suite illustrée dans la poésie et les arts, pendant et après l'Antiquité. Plus particulièrement le gland fait référence à l'âge d'or de la mythologie grecque puis de la mythologie romaine, partie du mythe des âges de l'humanité, ou à l'Arcadie mythique. Cette période qui se termine avec la domestication du blé, introduit par Cérès (Déméter), traditionnellement se poursuit par une période de décadence. Les glands sont devenus un motif de la poésie grecque et romaine antique et un mème, un symbole d'une vie sauvage et primitive, par exemple par rapport au pain, puis la consommation de viande, qui sont devenus des symboles la vie civilisée.
selon les parémiographes, aurait été employé par l'homme primitif lorsqu'il s'est lassé de manger des glands et s'est tourné vers les fruits cultivés de Cérès.
Il est par ailleurs fait allusion à cette consommation de glands par les premiers hommes dans d'autres locutions et proverbes. À Athènes, lors des cérémonies du mariage une autre expression a été utilisée : un jeune garçon se présentait dans la salle du banquet à demi-couvert de rameaux de chêne, et une assiette couverte de pain, entonnant un hymne, où se trouvait répétées la formule sacrée, , rappelant à la mémoire des Grecs, l'heureux jour où, renonçant au gland qui leur avait servi de nourriture, ils s'adonnèrent à la culture du blé. Symboliquement, ce rite signifie donc que les époux avaient atteint un niveau de vie supérieur. Il faut aussi rappelé la phrase célèbre de Glaucon à Socrate dans La République de Platon (les cochons aussi mangent des glands) : .
Les Lumières feront allusion à la balanophagie antique, comme à propos d'un passé dont il faudrait se détourner ; éventuellement une frugalité qui n'est plus de mise par rapport à un certain hédonisme, et un luxe jugé nécessaire au développement des Nations.
La décrit par Théophraste semble globalement conforme à celle d'Aristote dans le livre X de l'Éthique à Nicomaque. Les extraits de Dicéarque dans le sont tirés de sa Vie de la Grèce (), ouvrage aujourd'hui perdu, mais trois cents ans plus tard, du temps de Cicéron, probablement plus accessible par bribes. Théophraste et Dicéarque sont mis en scène par Cicéron dans une lettre célèbre à Atticus de 59 , où il débat selon la dichotomie /, de la prise de responsabilité dans les affaires de la cité ou de l'opportunité d'une mise en retrait par rapport à celles-ci. Cette lettre semblerait-il fait partie d'un long cheminement entre Dicéarque et Cicéron qui mènera à l'élaboration du De Republica en 54 .
Lucrèce, contemporain de Cicéron, dans son , probablement inspiré par Dicéarque; réitère l'idée générale qui sous-tend l'explication anthropologique du proverbe chez Dicéarque.
Le proverbe sous sa forme « » apparaît chez Zénobios ( 2, 40) ; Diogène (1, 62); Michel Apostolius (, 2, 42. 2), Pline (. XVI, 15), Catulle (37, 20.), Cicéron (lettre à . II, 19 ; IV, 5, 1 et II, 1, 8.) ; Eusèbe de Césarée (), Grégoire II de Chypre (, ), Érasme (, 02. I, IV, 2), Joos Lambrecht et reçoit différentes interprétations.
Libanios, (Ep. ), montre que le proverbe était encore utilisé au .
Antiquité classique
Le proverbe est cité par Théophraste (, 2.5.36) et Dicéarque (, 4.2.43), au , tous deux dans le (, le Traité sur l'abstinence des viandes) de Porphyre, ouvrage du qui traité de l'éthique du végétarisme. Ce traité en quatre livres est composé par le philosophe sous forme d'une lettre ouverte à , un condisciple de Plotin qui avait renoncé au végétarisme.
La citation de Théophraste dans le , 2.5.36 :
La citation de Dicéarque dans le , 4.2.43 :
Dicéarque est considéré par certains historiens (John Bagnell Bury) comme le premier ayant mis en place une , une histoire générale de la culture. L'étude des antiquités (, littéralement , l'« amour du savoir inutile »), doit beaucoup à l'école péripatéticienne, tant pour la préservation des archives que pour l'exploration des recoins du passé. Platon qui s'est peu intéressé à l'histoire, dans les Lois, avait abordé une reconstitution du développement du genre humain à partir d'un déluge (pas le premier, il y a eu d'autres cataclysmes, tels que déluges, pestes, où l'humanité serait repartie de zéro) : « La désolation de ces hommes primitifs engendrerait en eux un sentiment d'affection et d'amitié ; et ils n'avaient nul besoin de se battre pour leur subsistance, car ils disposeraient de pâturages en abondance », le gouvernement passe alors d'un système patriarcal, basé sur la description des Cyclopes par Homère, à l'essor de l'agriculture et de la vie urbaine ; les prémices de la législationOn y sent bien sûr aussi l'influence de l'âge d'or d'Hésiode. Cet âge primitif présenté comme moralement florissant devait être à l'esprit de Dicéarque lorsqu'il proposa sa propre . Mais si Dicéarque a puisé son texte chez Platon, son œuvre était un produit caractéristique de l'école péripatéticienne à laquelle il appartenait.
D'après Dicéarque, rapporté par Porphyre, la paix et l'amitié régnaient aux premiers temps de l'humanité, lorsqu'il n'y avait pas de trophées suffisamment précieux pour justifier des combats. De plus, Dicéarque situe l'origine de la guerre dans une phase ultérieure où la possession de biens d'une certaine valeur engendrait une rivalité entre ceux qui aspiraient à les acquérir et ceux qui voulaient les défendre à tout prix ; il suggère qu'avec le développement du niveau de civilisation, les acquisitions antérieures ont perdu de leur valeur en raison de l'apparition de produits nouveaux et plus prisés ; c'est, selon Dicéarque, l'origine du proverbe grec « ».
Porphyre attribue ce récit à Dicéarque lui-même ; quant à sa méthode, il affirme avoir écrit « succinctement et précisément », « rassemblé » et « étudié » les informations ; cependant, rien n'éclaire les libertés qu'il a prises avec le texte original de Dicéarque. Les extraits de Dicéarque dans seraient tirés de sa Vie de la Grèce (), ouvrage initialement en trois volumes. Dicéarque, originaire de Messine en Sicile et né vers 376 , fut, avec Théophraste et son ami proche Aristoxène, l'un des premiers disciples d'Aristote. Bien que très estimé par la suite, notamment par les Romains (Lucrèce, Varron et Cicéron) ses écrits furent perdus de son vivant, et seules quelques traces subsistent aujourd'hui pour éclairer son œuvre philosophique. a pu rassembler 118 témoignages et fragments dans son recueil de textes, toujours considéré comme une référence, « L'École d'Aristote », malgré la rareté des documents textuels qu'il contient.
La théorie anthropologique de Dicéarque mêle des éléments de la tradition hésiodique du déclin à des théories progressistes (primitiviste et progressiste donc). Il reprend d'Hésiode le concept de « race dorée », qui menait une vie « excellente et heureuse » avant de dégénérer sous l'effet de la cupidité, laquelle engendra la guerreLovejoy et rapprochent Dicéarque d'Empédocle par ailleurs cité par le premier. La théorie primitiviste de la dégénérescence progressive chez ces auteurs suppose que le meilleur moment est au début de l'histoire de l'humanité, la suite étant marquée par un déclin qui se termine à cause de cette détérioration ou par une catastrophe. Dans son œuvre Dicéarque vise à démontrer que l'homme (civilisé) est le pire ennemi de l'homme et que la guerre a causé plus de destruction que toutes les catastrophes naturelles réunies ; le primitivisme de Dicéarque s'apparente à du Pacifisme ). Dicéarque croyait que la vie des premiers humains, telle que décrite par Hésiode, était un fait historique, avec la seule réserve que les récits trop mythiques devaient reposer sur des fondements naturalistes et raisonnablesLovejoy-Boas, affirme qu'historien, Dicéarque rejetait la mythologie traditionnelle, il considérait néanmoins la légende de l'âge de Cronos comme une version probablement non naturelle d'un fait historique. Ce concept est associé à des idées progressistes, telles que la vie rude des premiers hommes et le développement graduel des arts. Dans sa reconstitution, Dicéarque distingue trois étapes : la race dorée, où les hommes primitifs vivaient des fruits sauvages de la terre ; la vie pastorale, marquée par la domestication et la chasse ; et la vie agricole, avec l'introduction de l'agriculture. Lucrèce, dont l'anthropologie, comme celle de Diodore de Sicile et de Vitruve, s'appuie probablement sur une œuvre perdue de Démocrite, rejette la conception idéalisée d'une ère primitive entièrement paisible. Lucrèce a connu et combattu Dicéarque ; il s'en est par ailleurs cependant inspiré pour son anthropologie, à commencer par sa réutilisation de « ».
Lucrèce