Kamāl al-Dīn Ḥusayn ibn ʿAlī Kāshifī souvent connu sous le nom de Ḥusayn Wā'eẓ Kāshifi ou encore Molla Husayn (Sabzevar, 1436 - Hérat, 1504) fut un auteur prolifique, à la fois poète, exégète du Coran, érudit soufi, prédicateur éloquent, astronome de la fin de l’époque timouride. Kashifi était son nom de plume, tandis que son laqab al-Wāʿeẓ (« le prédicateur ») renvoie à son activité.
Il passa la majeure partie de sa carrière à Hérat, où ses activités académiques furent soutenues par Ali-Shir Nava’i, un vizir de la cour timouride sous le règne du sultan Husayn Bayqara, ce qui explique que Kashifi dédia la plupart de ses œuvres à Nava’i. Il était également très proche du célèbre poète persan et soufi Nur al-Din 'Abd al-Rahman Jami.
Parmi ses œuvres célèbres figurent Akhlaq-e Mohseni et Anwar-e Sohaili en prose persane, ainsi que Jawaher al-Tafsir et Mawaheb-e 'Aliyya, qui sont des tafsirs en persan du Coran.
Biographie Kashifi est né en 1436 à Sabzevar, ville située à cette époque dans le Khorassan et chef-lieu de la sous-province de Bayhaq. Kashifi se nomme donc lui-même al-Kashifi al-Bayhaqi dans certains de ses livres (par exemple dans Jawaher al-Tafsir). « Kashifi » était son nom de plume (takhallus). Il était également connu sous le nom de Mawlānā Wāʿiẓ Kāshifi ou simplement Mollā Ḥusayn.
Sabzevar - Hérat - Sabzevar Après avoir travaillé quelque temps comme prédicateur (wâ'ez) à Sabzevar, il quitte la ville pour se rendre d'abord à Nishapur, puis à Mashhad. En 860/1456, il aurait eu une vision en rêve, dans laquelle il était appelé à Hérat par le maître naqshbandi Sa'ad-al-din Kashagari mort la même année. Il s'installe dans la ville et rencontre le successeur de Kashagari, Nur al-Din 'Abd al-Rahman Jami, célèbre poète et soufi. Il fut aussi initié à la Naqshbandiyya. Il retourne ensuite à Sabzevar, où il est nommé qadi pour la région de Bayhaq par Soltan Abu Sa'id (r. 1458-1469), le nouveau maître timouride du Khorassan.
Hérat vignette|Hérat en 1879. La citadelle et la ville. Artiste inconnu. Après l'arrivée au pouvoir de Soltan-Hosayn Bayqara (r. 1469-1506), Kashifi retourne à Hérat vers 1470, répondant peut-être à son invitation. En tout cas, à Hérat, il est placé sous le patronage de Soltan-Hosayn ainsi que de dignitaires de la cour timouride, principalement Ali-Shir Nava’i, célèbre figure politique et littéraire. Soltan-Hosayn l'élève au rang de sheikh, faisant de lui le supérieur de la khânaqâ de la ville (peut-être même construite à son intention) au centre de Hérat, dans le Chahar suq.
Kashifi déploie une importante activité de prédicateur dans divers lieux de prestige : sa khanaqa, le vendredi matin ; la mosquée de Ali-Shir Nava’i après la prière du vendredi ; dans le complexe madrasa-khanaqa de Soltan-Hosayn, le jeudi, etc. Son titre de wâ'iz indique qu'il est un prédicateur indépendant, qui n'est pas attaché à une mosquée particulière comme le khâtib qui, lui, prononce un prêche standardisé le vendredi (khutba) dans la mosquée qu'il dessert. Le wâ'iz est une personne érudite, dont les sermons sont d'un haut niveau théologique. On rapporte que Kashifi attirait de grandes assemblées, enthousiasmées par ses prêches, séduits par sa belle voix et sa rhétorique brillante, mais aussi par sa capacité à exposer clairement des notions du Coran et du Hadith.
Kashifi a été enterré à Hérat. Un monument a sa mémoire a été érigé en 1973 à Sabzevar. Il est inscrit au Patrimoine national en Iran sous le numéro 3517.
Chiite ou sunnite ? vignette|Sabzevar à l'époque qajar. Une discussion s'est élevée, déjà du temps de Kashifi, sur son appartenance au courant sunnite ou chiite. Cependant les preuves de sa dévotion et sa piété envers les Ahl al-Bayt sont convaincantes, et il semble clair qu'il était adhérait au sunnisme. L'affirmation selon laquelle il était shiite s'appuie essentiellement sur le fait que son ouvrage Rawzat al-ShuhadaVoir la section « Œuvre ». (« Le Jardin des Shahid ») est un martyrologe de la branche alide de l'islam, c'est-à-dire de celle qui descend de Ali ibn Abi Talib.Toutefois, différents éléments plaident en défaveur de cette adhésion. Tout d'abord, dans l'introduction du livre, Kashifi mentionne les noms des quatre califes bien guidés, qui sont une des bases de l'orthodoxie sunnite. D'autre part, il faisait partie de l'ordre soufi de la Naqshbandiyya, d'obédience strictement sunnite, ainsi que de la futuwwa (chevalerie spirituelle), également sunnite. De plus, les autorités timourides (d'obédience sunnite) l'ont nommé juge (qadi) en chef de la sharia pour la région de Bayhaq, puis nommé supérieur d'une loge soufie créée pour lui par le souverain timouride Husayn Bayqara. Par ailleurs, s'il a vécu à Savzevar, qui était traditionnellement un centre chiite, sa relation avec Jami et Ali-Shir Nava’i y était connue, si bien qu'il était, dans cette ville, vu comme un sunnite. Enfin,
Par conséquent il paraît hautement improbable que Kashifi ait pu être chiite. . Mais il n'en reste pas moins que de nombreux chercheurs le considèrent comme shiite, essentiellement à cause du Rawzat al-Shuhada et de sa provenance de Savzevar.
Œuvre Kashifi fut un véritable polymathe, et son œuvre compte une quarantaine d'ouvrages, presque tous en persan, qui traitent des sujets couvrant l'ensemble des domaines du savoir dans l'Iran médiéval de la seconde moitié du . Il semble avoir expressément visé à produire l’équivalent d’une « bibliothèque populaire » de son temps, et la liste de ses ouvrages témoigne de l’étendue de son champ intellectuel.
Parmi ses ouvrages les plus célèbres, on peut mentionner :
Akhlaq-e Moheseni : traité en quarante chapitres sur l’éthique et l’art de gouverner, achevé en 907/1501-2 et dédié à Solṭān-Ḥosayn. Jawaher al-Tafsir le Tohfat al-Amir : tafsir des trois premières sourates du Coran. Kashifi le composa en utilisant environ quarante tafsirs en arabe et en persan, ainsi qu’une vingtaine d’autres traités et livres de savants musulmans, comme référence. Le Tafsir al-Kabir d’Al-Razi et Al-Taysir fi al-Tafsir d’Abu Hafs Umar al-Nasafi semblent être les plus cités. C’est une œuvre volumineuse, et lorsque Kashifi remarqua qu’il lui faudrait trop de temps pour faire un commentaire complet du Coran, il abandonna le projet après les trois premières sourates. Mawaheb-e 'Aliyya : tafsir complet, mais abrégé, du Coran. Ce livre, ainsi que Jawaher al-Tafsir, sont été devenues comme des œuvres de tafsir populaires en Afghanistan et dans le sous-continent indien au cours des cinq derniers siècles. Lobb-e Lobab-e Masnawi : anthologie abrégée de passages du Masnavi de Jalāl al-Din Rumi, compilée en 875/1470-71. Rawzat al-Shuhada : un martyrologe de alide en dix chapitres et une conclusion, qui se concentre principalement sur l’imam Ḥosayn et les événements tragiques de Karbala, composé en 908/1502-3.
Anwar-e Sohaili Anwar-e Sohaili : version en prose et quatorze chapitres des célèbres fables animalières Kalila wa-Dimna (dans la traduction en persan de ), commandée par et dédiée à l’émir timouride Neẓām-al-Din Sheikh Aḥmad Sohayli. Le titre, « Lumières de Sohayli », joue sur le nom du dédicataire et sur celui, en persan, de l'étoile Canopus (sohayl)Édouard Lancereau « Avant-propos » in Pañcatantra (trad. et avant-propos par É. Lancereau ; préface de Louis Renou) Gallimard, coll. « Connaissance de l'Orient », 1991 , 383 p. p. 29-30.
Cet ouvrage a connu un grand succès, et il a été à la base de la première traduction en français des Fables de Bidpaï (c'est-à-dire Kalila wa-Dimna), intitulée Livre des Lumières, et probablement due à Gilbert Gaulmin, qui contient les quatre premiers chapitres du recueil en persan. En 1858, il fut traduit en anglais par . Avec ce livre, Husayn Kashifi se proposait de mettre l'ouvrage à disposition d'un plus grand nombre de lecteurs. À la fin du , Akbar, le grand empereur moghol, trouvant que la traduction de Kashifi contenait encore trop d'expressions arabes, demanda à Abul al-Fazl ibn Mubarak d'en donner une nouvelle version persane épurée. La version de Kashifi fut également traduit en turc sous le règne de Soliman le Magnifique. Par la suite, l'ouvrage a été l'objet de nombreuses adaptations et traductions, notamment en Inde. En outre, il a été une grande source d'inspiration pour les miniaturistes et
Galerie
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
Études
Éditions en persan
Traductions
Catégorie:Exégèse du Coran