L’église du Moûtier est une église chrétienne, en grande partie de style roman, située dans la ville basse de Thiers dans le département du Puy-de-Dôme. La fondation de cette église est considérée comme la plus ancienne de la ville notamment parce qu’elle est mentionnée par Grégoire de Tours au dans un de ses ouvrages hagiographiques.
L’église du Moûtier est dédiée à Symphorien d'Autun, martyr chrétien romain exécuté à la fin du , c’est pourquoi on la retrouve aussi sous le vocable d’église Saint-Symphorien de Thiers.
De style roman, l’édifice a subi de nombreuses modifications et réparations au cours du temps dont l’une des plus significatives s’est déroulée à la fin du ce qui l’a amputée de son ancien chœur primitif.
Aujourd’hui entièrement restaurée et classée Monument historique en 2006, elle est le dernier édifice de la ville à obtenir ce titre.
Localisation L'église est localisée dans le département français du Puy-de-Dôme, sur la commune de Thiers. Elle se situe au cœur du quartier du Moûtier, accolée à l’abbaye dont elle est liée depuis au moins l’an mil. Cette zone correspond au passage et débouché de la rivière Durolle depuis les contreforts du Forez dans la plaine de la Limagne. Le quartier du Moûtier a été considéré, par les historiens et depuis le début du , comme le secteur originel de l’implantation humaine à Thiers. Aujourd’hui ceci est fortement remis en cause, voire infirmé, suite à la découverte archéologique du castrum primitif de Thiers en hauteur, dans les Margerides, secteur escarpé à l'est de la ville de Thiers. Le Moûtier n’en demeure pas moins un haut lieu de l’histoire thiernoise depuis le début du , voire dès l’époque carolingienne. Le nom est issu de l’ancien monastère appelé au Moyen Âge.
Histoire
Origines gauche|vignette|266x266px|Vue générale du quartier du Moûtier à Thiers (ville basse) Jusqu’à 2022, tous les historiens locaux et chercheurs universitaires situaient l’origine de Thiers à l’emplacement de l’église et de l’abbaye du Moûtier. Ceci était dû au fait que l’église Saint-Symphorien est mentionnée dans un ancien texte de Grégoire de Tours, écrit vers 580, indiquant que l’église primitive, en bois, fut brulée par les troupes franques du roi Thierry vers 530 et ceci à l’intérieur du Thigernum Castrum, la forteresse primitive de Thiers. La position actuelle de l’église romane () a donc cristallisé celle du castrum mérovingien dans l’emprise de l’église et de l’abbaye du Moûtier. Aucun reste archéologique n'était venu jusque-là étayer cette théorie très largement reprise dans divers ouvrages.
En 2022, la présence d’un établissement fortifié de hauteur a été mise en lumière dans les Margerides, à l’est de la ville haute, sur le site des Millières. Les sondages archéologiques et les prospections au sol réalisés en 2023 et 2024D. Martinez - Site des Millières à Thiers / Aux origines de la ville de Thiers : le Thigernum castrum de la fin de l’antiquité et du haut Moyen Âge / Rapport de prospection thématique et de sondages – 2024 – ARAMEA ont permis de confirmer que le site des Millières abrite le Thigernum castrum (traduisible en château, forteresse ou place-forte de Thiers) mentionné par Grégoire de Tours. Cette confirmation scientifique indique également que l’église primitive de Saint-Symphorien se trouve, par déduction, intra-muros aux Millières et non dans l’emprise du secteur du Moûtier qui était admise jusque-là.
Le texte originel de Grégoire de Tours, écrit vers 580, mentionnant l’église de Saint-Symphorien est le suivant (La Gloire des martyrs) :
alt=Site archéologique abritant le "Thigernum castrum" mentionné par Grégoire de Tours au |vignette|Site des Millières à Thiers dans les Margerides.
Édifices antérieurs Le témoignage écrit de Grégoire de Tours nous permet de savoir qu’une église en bois, probablement le premier édifice chrétien de la région, a été construite à l’intérieur du castrum de Thiers, avant 530, peut-être dès la fin du . Ceci indique que la religion chrétienne est officiellement reconnue par l’autorité locale, celle du castrum, dès le début du . Une fois brulée et le miracle de la cassette des reliques constaté, une nouvelle église est reconstruite au même emplacement. On s’accorde généralement à déduire que le second édifice est cette fois réalisé en dur avec des murs maçonnés. alt=Enceinte défensive ouest de l'établissement fortifié de hauteur identifié comme de Thigernum castrum|gauche|vignette|Le mur de fortification ouest du castrum des Millières La deuxième église Saint-Symphorien, positionnée dans le castrum des Margerides est donc, durant cette période, le seul et le principal lieu de culte chrétien de la région thiernoise et ce jusqu’à la construction de l’église Saint-Genès vers 570-580 sur une hauteur voisine (noyau médiéval actuel de la ville). Cette dernière a été fondée par Avitus de Clermont, évêque et mentor de Grégoire de Tours. Ce fait est aussi décrit par un texte hagiographique de Grégoire de Tours (66. De saint Genès d’Auvergne). Les premières données archéologiques, qui restent à confirmer, semblent indiquer que le castrum n’a pas été exploité au-delà du . Le transfert des reliques de Symphorien d’Autun de l’église du castrum vers une nouvelle église au Moûtier s’est vraisemblablement déroulé durant la période carolingienne mais aucune date n’est aujourd’hui connue.
Les auteurs locaux ont indiqué que l’église est à nouveau détruite en partie vers 732-733 par les sarrasins, puis reconstruite dans la foulée. On peut lire également qu’un monastère se serait installé à proximité de l’église à une période indéterminée entre le . D’autres sources écrites indiquent parfois que l'abbaye du Moûtier est fondée en 765 par Aldebert, évêque de Clermont et placée sous l'égide de saint Benoît. Les sources sur l’attaque des sarrasins et l’installation d’un monastère à Thiers, durant la période carolingienne, sont discutables et peu fiables. C’est surtout par déduction que les historiens ont considéré que les méfaits des troupes sarrasines sur l’Auvergne et ses lieux cultuels chrétiens ont concerné logiquement Thiers, zone de peuplement et de culte importante, sans preuve ni trace écrite probante.
Édifice actuel alt=Quartier du Moûtier : église et ancienne abbaye|gauche|vignette|Vue générale de l'église du Moûtier L’église du Moûtier actuelle est en grande partie datée des . Les structures architecturales romanes sont en adéquation avec les premières mentions écrites de l’église et de l’abbaye entre 1011 et 1016. L’église de Saint-Genès et celle de Saint-Jean-du-Passet sont également mentionnées à cette période de l’an mil. C’est à partir de 1011 que l’église Saint-Symphorien de Thiers passe en donation à l’ordre de Cluny et donc adopte la règle bénédictine.
Maintes fois modifiée, reconstruite, l’église du Moûtier présente des vestiges qui, probablement, sont issus de deux campagnes principales de travaux, au milieu de (anciens chœur et transept) puis au (nef, narthex et bas-côtés).. L’hypothèse émise, sans preuve, est que c’est la donation de Cluny en 1011 qui serait à l’origine de la construction du chœur, donc de la première église romane, voire préromane, comme le suggèrent certains auteurs du .. alt=Carte postale ancienne vers 1900 : église et abbaye du Moûtier|vignette|Vue générale de l'abbaye et de l'église du Moûtier Le complexe religieux formé par le monastère et l’église a permis, vraisemblablement dès l’an mil, la mise en place d’une grande foire ou marché dans un pré voisin appartenant aux moines : le pré du Breuil (Brolium). Cette foire qui se déroulait tous les ans en septembre, autour du 14, pour fêter l’exaltation de la croix, est toujours pratiquée aujourd’hui et se nomme encore la « Foire au pré ». Un acte de pariage daté de 1251 en fait mention mais on s’accorde à admettre son existence depuis au moins la mise en place de l’église romane et de son monastère dès le .
Évolution monumentale alt=Abbaye du Moutier et église sur le dessin de Revel (armorial de Revel vers 1450)|gauche|vignette|Abbaye du Moutier et église sur le dessin de Revel (milieu ). Sur le dessin de l’armorial de Revel datant du milieu du , l’église du Moûtier est dessinée d’une manière qui laisse penser qu’elle a déjà été profondément remaniée à la fin du Moyen Âge. En effet, sur la représentation, elle ne possède déjà plus sa tour de croisée (traditionnellement octogonale) qui, si les bâtisseurs ont respecté les codes de construction romane du , devait exister et être placée au-dessus de la croisée du transept. Or, sur le dessin de Revel, le clocher semble carré et placé au-dessus du narthex (entrée). Idem pour le narthex, il montre une entrée avec une porte avec arc brisé finement décorée de sculpture gothique. Si le dessin reflète la réalité, l’église romane a été remaniée entre le . Aucune trace écrite ne décrit ces travaux ou modifications. Sur le dessin de Revel, l’église et les bâtiments de l’abbaye sont liés et forment un tout, englobé intra-muros, la route actuelle (avenue Joseph Claussat) qui sépare l’église du châtelet et de l’abbaye n’a été créée que lors des travaux de 1882-83. L’armorial de Revel présente également le blason de la puissante famille De Lalière, ayant fourni deux abbés du Moûtier de Thiers au . Le blason indique le nom de l’abbé, De Laliere abbé de Tihert, l’écusson est le suivant : d’azur au lion d’argent – l’écu posé sur une crosse. alt=Blason de l'abbé du Moutier - armorial de Revel (extrait) - vers 1450|vignette|Blason de l'abbé du Moutier (De Lalière) - armorial de Revel. Plusieurs mentions écrites des états et réparations de l’édifice ont été retrouvées dans les diverses archives et permettent de connaitre quelques bribes de l’histoire de l’édifice du jusqu’à nos jours. Après des siècles de relative prospérité durant le second Moyen Âge, l’église du Moûtier et son Abbaye entrent dans une longue phase de déchéance et de difficultés dès le et ce jusqu’à l’époque moderne. Il semblerait que le déclin de l’abbaye et de l’église du Moûtier commence même dès 1301, lorsque Thiers (château-fort, ville et domaine) est cédée par Guy de Thiers au comte du Forez. Ce dernier et ses successeurs, à l’exception de Louis II de Bourbon, ne feront que contester et grignoter les droits, privilèges et subventions envers les membres religieux du monastère du Moûtier. D’après l’historien Alexandre Bigay, l’abbaye comptait 24 moines et un abbé en 1332, 8 en 1618, en 1751, ils ne sont plus que deux et à après l’année 1767, l’abbaye semble complètement désertée.
Début 1568, lors de l’attaque des Huguenots sur la ville, l’abbaye est pillée et semble-t-il incendiée. On suppose que des réparations ont dû être effectuées une fois le conflit terminé mais peut être qu’en partie, car en 1624, le grand vicaire de l’abbé de Cluny décrit l’église du Moûtier comme étant alt=CPA : Eglise du Moûtier - face sud - vers 1900|gauche|vignette|Église du Moûtier - façade sud - vers 1900. En 1679, des textes la décrivent comme en ruine notamment la nef et le clocher, de nouveaux travaux sont alors mis en œuvre à une date non connue. C’est suite à un procès engagé à la demande du procureur général de Cluny, que les luminiers sont contraints aux travaux de réparation de l’édifice. L’église est alors menacée de fermeture par l’évêque si les travaux ne sont pas exécutés. Les réparations sont alors réalisées sous la contrainte mais elles vont plonger la communauté religieuse locale dans les dettes, ce qui entrainera la dispersion inéluctable des membres du monastère. alt=Vue église du Moutier avant les travaux de 1882-83 (photo E Brassard)|vignette|Vue de l'église du Moutier avant les travaux de 1882-83.