L'Alhambra ou Alhambra Maurice-Chevalier est une salle de music-hall parisienne inaugurée en 1904 au 50, rue de Malte dans le , et démolie en 1967.
Un nouvel Alhambra a été inauguré en au 21, rue Yves-Toudic (), à trois cents mètres de l'ancienne salle.
Histoire Inaugurée le , la salle abrite d'abord le Cirque-Impérial, ex-Cirque-Olympique dont l'ancienne salle avait été détruite par le baron Haussmann en 1862 lors de la création de la place du Château-d'Eau, aujourd'hui place de la République. Ses en font le plus grand cirque d'Europe. Dirigé par Bastien Franconi, descendant d'une longue lignée d'artistes de foire créateurs du Cirque-Olympique, on y présente des spectacles équestres et patriotiques. Mais ces modes de spectacles étant passées, la faillite survint dès l'année suivante. Après une première tentative infructueuse de reprise par Hippolyte Hostein, ancien directeur du Châtelet, sous le nom de théâtre du Prince Impérial, la salle tombe entre les mains d'Hippolyte Cogniard, directeur des Variétés, qui l'acquiert en 1869 pour le compte de son fils Léon.
vignette|redresse|gauche|Bug-Jargal au théâtre du Château-d'Eau (1880). Rebaptisée théâtre du Château-d'Eau, il en prend la direction à la mort prématurée de Léon en . Il y présente de nombreux drames, fééries et revues jusqu'en 1875 où il passe la main à Eugène Dejean. Ce dernier ne possédant pas le talent de son prédécesseur, la faillite est prononcée en 1876. L'auteur dramatique Jules Dornay s'y essaie à son tour aussitôt remplacé par une société créée par ses propres comédiens et dirigée par Ulysse Bessac. Le drame y est rejoint par l'opéra-comique à partir de 1879 puis par l'opéra en 1881. Mais les subventions manquent et le théâtre est repris par Georges de Lagrenée en 1883. Les reprises de La traviata et Le Trouvère de Verdi, Norma de Bellini, Roland à Roncevaux d'Auguste Mermet et Le Brasseur de Preston d'Adolphe Adam sont programmés.
Désormais Opéra-Populaire, on y représente un répertoire lyrique traditionnel qui ne parvient pas à attirer les foules. Après une série de directions éphémères, les « Artistes associés » de Bessac font leur retour en 1886 et y imposent avec un relatif succès le mélodrame. C'est sous le nom de théâtre de la République (la place ayant été, elle, renommée en 1879) que s'ouvre la saison 1893-94. L'auteur dramatique Alphonse Lemonnier y présente une série de drames puis accueille en 1898 avec grand succès la troupe de l'Opéra-Comique pour une série de représentations à bas prix.
Successivement Opéra-Populaire et théâtre du Château-d'Eau à nouveau en 1900, Victor Silvestre, ex directeur des Folies-Dramatiques y programme des opérettes (La Fille du tambour-major d'Offenbach) et des opéras (Le Crépuscule des Dieux et Tristan et Isolde de Wagner), tout en dirigeant également les Bouffes-Parisiens. Il dépose le bilan en 1903.
En , une société constituée par l'homme d'affaires anglais Thomas Barrasford, l’Alhambra Limited, prend possession des lieux, misant sur la nouvelle vogue du music-hall venue d'Amérique. L’Alhambra devient immédiatement le lieu à la mode, devançant ses illustres aînés : l’Alcazar, l’Eldorado ou la Scala. On peut y applaudir de nombreuses vedettes parmi lesquelles Yvette Guilbert, Nitta Jo, Fragson, Polin, Dalbret, le clown Grock, le contorsionniste et magicien Houdini, Tramel, Raimu, Bouglione, Georgel et Mistinguett. Le jeune Maurice Chevalier, élève du désopilant Little Tich, y apparaît en 1907 dans la revue Alhambra 1905, imitant Fragson et Sarah Bernhardt. Chevalier se souviendra de ses débuts en chantant en 1957, à , lors de son retour à l’Alhambra la Marche de Ménilmontant :
Le à quatre heures du matin, un incendie se déclare, la salle est entièrement détruite pour être reconstruite avec encore plus de luxe sur les plans de l'architecte G. Guimpel. La société d'exploitation, dirigée désormais par MM. Black et Gulliver, ayant acquis le foncier du terrain (l’antique du Cirque-Impérial de 1866) ainsi que les bâtiments sauvés de l’incendie, le nouvel Alhambra bénéficie d'une architecture pleine d’audace pour l’époque : de face avec deux balcons suspendus et soutenus par des arches accrochés à la charpente du toit, une scène de , une salle de projection, avec ventilation, chauffage, ascenseur, etc. Décoré dans le style « Art nouveau » par Pellegry et Lavignac, éclairé par le maître-verrier Gaétan Jeannin, ses stucs nappés à la feuille d’or impressionnent le public qui le baptisera le « temple doré » (ou « théâtre en or »). Gumpel et sa création se voient cités dans la Construction Moderne du et dans le Génie Civil ! Cette année-là, enfin, s'y donnent en alternance des spectacles de music-hall, des séances de cinéma et des représentations d'opérette. On y acclame Dame Barbette, la Teresina, Pola Negri, Raquel Meller, Pierre Dac, Muratore, Ninon Vallin, la Casanova, Suzy Solidor, etc. Encore une nouvelle faillite ou mauvaise gestion ? La direction anglaise baisse les bras en 1934, mais reste propriétaire des murs.
En 1935, Kurt Robitchek, un cabaretier berlinois, créateur du fameux KDK (Kabaret der Komedians) qui fuit le nazisme, s'allie à Yves Bizos, ancien directeur de Bobino pour reprendre la direction et présente la toute jeune Mireille ou Marianne Oswald que Jean Cocteau appelait la « torche du chant ».
En , les grandes grèves populaires n'épargnent pas l’Alhambra. Afin d'apaiser la CGT, Jean Zay, ministre de la Culture du Front populaire, et Cassou, directeur de la toute jeune Maison de la Culture, confient la direction à Louis Aragon et Jean-Paul Le Chanois, membres éminents du parti communiste français. Rebaptisé « théâtre du peuple et de la République », il devient le fief de l’idéologie théâtrale socialiste et universelle. Le , le retour d'exil de l'écrivain Romain Rolland est marqué par la représentation de son , réunissant la participation de près de deux mille personnes (dont trois cents sur scène), parmi lesquelles Pablo Picasso pour la réalisation du rideau de scène (sa première œuvre engagée avant Guernica, aujourd'hui au musée de Toulouse), Darius Milhaud, Arthur Honegger, Charles Koechlin, Georges Auric, Jacques Ibert, Lazarus pour la musique, Raymond Roussel pour les textes, rejoints par des sociétaires de la Comédie-Française dont Marie Bell qui chantera ce soir-là L'Internationale le poing tendu. Le spectacle est radiodiffusé dans toutes les grandes villes françaises en alternance avec les discours de Léon Blum. Dans l’entrée du théâtre, une exposition d’art moderne accueille les spectateurs : Henri Matisse, Fernand Léger, Picasso, Pignon, Taslitzky et d'autres membres de l'école post-cubiste ou de l’AEAR (Association des Écrivains et Artistes révolutionnaires). L’engouement est cependant de courte durée et en , la scène est à nouveau vide.
Robitchek reprend les rênes et, le 4 du même mois, propulse sur scène pour la première fois la môme Piaf, qui n'a que . Face à la concurrence de l'Olympia et de l'ABC, les programmes sont assurés par l imprésario Emile Audiffred jusqu'en 1947, il affiche et présente Fernandel, Ray Ventura et ses Collégiens, Maurice Rostand, Fred Mella qui joue la Marche de l’Alhambra, Cécile Sorel et Harry Baur. Mais la menace nazie incite Robitchek à partir pour New York. Albert Beauvais reprend la direction en 1937. Durant l'Occupation, se succèdent Bourvil, Raymond Souplex et Jane Sourza, Achille Zavatta, Charpini, Georgette Plana, Georges Guétary, Georgius, Georges Milton, Lucienne Boyer, Ray Ventura et son orchestre, Django Reinhardt, André Claveau, etc. Une nouvelle revue de Mistinguett voit également le jour. Après la Libération, Albert Beauvais tente de séduire le public avec des opérettes comme La Bonne Hôtesse avec Bruno Coquatrix et Bourvil, Le Maharadjah ou Le Chevalier Bayard avec Henri Salvador, Yves Montand et Ludmila Tcherina. Mais la formule s’essouffle et Beauvais prend en 1949 Jane Breteau et Pierre Andrieu comme associés.
Née en 1900 dans le quartier du Montparnasse et diplômée de commerce puis directrice d’école, Jane Breteau fait ses classes avec un certain succès dans le monde du cinéma parisien (le Ciné-rire des Acacias, le Chezy de Neuilly, le Rochechouart, le Lynx de la place Pigalle). Nommée directrice de l'Alhambra en 1951, elle reprend le bail de la société Bertice d’Albert BeauvaisUn film de fiction populaire de Jean Loubignac, Piedalu à Paris, témoigne de cette prise en main du music-hall. Pierre Andrieu, directeur artistique, y joue son propre rôle et les portraits de Jane sont accrochés à tous les piliers.. En 1954, elle rachète les murs à la Rank Organization, société anglaise exploitant près de six cents salles et productrice de films et de spectacles dans le monde. Sa détermination et son savoir-faire redonnent à l’Alhambra ses lettres de noblesse en en faisant un cinéma-music-hall populaire et bon marché, proposant trois heures de spectacle ininterrompu. Son immense écran et sa salle de projection ultra-moderne lui permettent de projeter des films en cinémascope comme le Gaumont Palace ou le Grand Rex. Pierre Andrieu signe également un contrat d'exclusivité pour la retransmission d'émissions populaires avec la télévision naissante et la radio. Parmi celles-ci, En direct de l’Alhambra, La Joie de vivre d’Henry Spade ou Discoparade avec Jean Fontaine, Jean Nohain et Jacqueline Joubert.
Andrieu ramène des États-Unis le boxeur Sugar Ray Robinson, l’hypnotiseur le Grand Robert, Xavier Cugat, Frankie Laine ou le jazzman Harry James, faisant peu à peu de l'Alhambra un nouveau temple du jazz. Il accueille l’avant-gardiste Stan Kenton mais aussi Sidney Bechet, Jacques Hélian, Oscar Peterson, Ella Fitzgerald, Claude Luter, Claude Bolling, Xavier Cugat, Dizzy Gillespie, Duke Ellington, Quincy Jones et Stéphane Grappelli. En 1955, après un spectacle d'Ugo Tognazzi et Raimondo Vianello, Pierre Andrieu quitte soudainement les lieux. Bruno Coquatrix, qui vient de reprendre le cinéma de l’Olympia pour en faire également un music-hall, le remplace à la programmation. Entre séances de cinéma et spectacles comme Monsieur force la chance avec Charles Aznavour, la salle produit également le championnat du monde de catch des poids mi-lourds. Mais un an plus tard, Jane Breteau refuse de s'associer à Bruno Coquatrix dans un cartel du music-hall et c'est René Gola, jeune directeur technique et beau-frère de Georges Ulmer, qui devient directeur artistique. Il adopte alors la formule « 100 % music–hall », précisant le « style Alhambra » audacieux et ouvert aux jeunes talents. Connus ou inconnus, nombre d'artistes y font leurs premiers pas ou connaissent une nouvelle carrière : parmi eux, Fernand Sardou, Renée Lebas, Léo Fuld, Tino Rossi, Moly Picon, Dario Moreno, Claude Bolling, Georges Ulmer, Lucienne Boyer, Marie Dubas, Sim, Mick Micheyl, Yma Sumac, Mouloudji, Perez Prado, Charles Trenet, Sidney Bechet, Les Compagnons de la chanson, Patachou, Marcel Amont, Jacques Pills, le Music-hall de Moscou, Bill Coleman, les Paraguayos... et Édith Piaf, encore et toujours.
À la suite d'une rencontre au Balajo avec Maurice Chevalier qui rentre d'Hollywood après dix ans d’absence sur la scène française, Jane Breteau décide de monter une nouvelle revue en l'honneur de l'une des plus grandes vedettes du music-hall à la rentrée de la saison 1956-1957. Associée au producteur Jacques Canetti, directeur du cabaret des Trois Baudets, elle confie la mise en scène à un inconnu au style révolutionnaire Alejandro Jodorowsky, les decors à Ruth Michelly, et s'adjoint les talents des jeunes Michel Legrand et Raymond Devos. Elle rebaptise également sa salle Alhambra Maurice-Chevalier.
L'Alhambra devient avec Bobino et l’Olympia l’un des trois piliers incontournables du music-hall parisien à une époque où naît un conflit musical entre le jeune rock'n roll et le jazz. Boris Vian et Alain Goraguer écrivent pour Magali Noël l’Alhambra rock :