thumb|Localisation du Groenland.
L'histoire du Groenland se divise en plusieurs phases très distinctes. Colonisé successivement ou parallèlement par divers peuples (Inuits, Scandinaves, etc…), le Groenland jouit d'une autonomie importante au sein du royaume du Danemark depuis 1979.
Préhistoire du Groenland (2500 av. J.-C. - 950 ap. J.-C.) La préhistoire du Groenland.. est une succession de vagues d'immigration en provenance d'autres îles d'Amérique du Nord. Étant l'un des avant-postes les plus lointains de ces cultures, la vie de ces immigrants ne tenait souvent qu'à un fil et différents peuples se sont succédé au cours des siècles. L'archéologie ne peut donner que des périodes approximatives pour ces différentes cultures.
Culture de Saqqaq Vers 2500 av. J.-C. eut lieu la première vague de migration d'Amérindiens vers le Groenland. Il s'agissait de membres de la culture de Saqqaq. Leur territoire s'étendait du district de Thulé au nord jusqu'au district de Nanortalik au sud. Du côté est, de la pointe sud de l'île jusqu'à la vers le nord. Il semblerait qu'un nombre assez important d'individus aient occupé cette riche région côtière du Groenland.
Ils laissèrent des traces de camps de chasse, notamment dans la baie de Disko et à Qaja, près du fjord Jakobshavn (Ilulissat). Ces traces montrent que leur mode de subsistance reposait principalement sur le caribou et les petits mammifères marins. Les fouilles archéologiques ont démontré qu'ils exploitaient toutes les ressources disponibles. Des ossements d'au moins 45 espèces de vertébrés ainsi que les restes de mollusques ont été retrouvés.
Les sites archéologiques saqqaquiens démontrent qu'il existait un large éventail d'habitations allant de la double-maison semi-souterraine avec passage commun jusqu'à la simple tente. Pour la fabrication de l'outillage, ils utilisaient plusieurs sortes de pierres locales, du bois, des os, des andouillers, de l'ivoire et des peaux.
Les pierres de taille étaient sûrement la matière première d'échange entre les Saqqaquiens. Le bois de dérive, les andouillers et l'ivoire ont aussi été objets de commerce entre les diverses régions habitées de ce groupe culturel.
Ils disparurent vers 800 av. J.-C. et furent remplacés par le groupe d'Indépendance II.
Culture de l'Indépendance I
Tout au nord de la calotte glaciaire du Groenland, sur les rives du fjord Indépendance (Terre de Peary), Eigel Knuth découvrit en 1948 les restes de la population la plus septentrionale du globe qui vivait dans la région la plus isolée et désolée de tout l'Arctique. Ces vestiges de campements, situés sur les paliers de plage les plus hauts, donc les plus anciens, remonteraient selon la datation au radiocarbone entre 2000 et 1700 On a retrouvé plus tard, des sites d'occupations semblables dans d'autres endroits au nord du Groenland ainsi que sur les îles Ellesmere, Devon et Cornwallis dans le Haut-Arctique canadien.
Dans le Nord du Groenland et sur l'île Ellesmere, les membres d'Indépendance I semblent avoir chassé principalement le bœuf musqué. Comme les Esquimaux polaires du , les gens d'Indépendance I ne chassaient que très peu le caribou. À cause de cette particularité, on pense que leurs vêtements étaient plutôt confectionnés de peaux de bœuf musqué, d'ours polaire, de renard, de lièvre ou d'oiseaux.
Les campements étaient formés de une à quatre tentes familiales, munies d'un foyer ouvert au centre avec des espaces de couchage de chaque côté. Un espace pour quatre à six personnes était disponible dans chacune des tentes. Ces petits villages de tentes regroupaient donc environ 20 à 30 résidents. Les petites quantités de charbon de bois (saule arctique et bois flotté) et d'os carbonisés laissent penser que le feu était un luxe très occasionnel.
Malgré le peu d'informations disponibles sur la vie des petits groupes d'Indépendance I, les chercheurs supposent qu'ils ont sûrement eu une vie très difficile où la famine revenait régulièrement durant les longues nuits polaires et le froid intense de l'Extrême-Nord du Canada et du Groenland.
Culture de l'Indépendance II Les terres dénudées du Nord du Groenland et du Haut-Arctique canadien avaient été abandonnées par le groupe d'Indépendance I vers 1700 Ce n'est que 700 ans plus tard, vers 1000 , qu'une deuxième culture que l'on nommera arriva dans ces régions.
Les conditions de vie de cette culture étaient très proches de celles décrites pour la culture Indépendance I. Ce n'est que dans les pointes de harpon et autres outillages en pierre qu'une différence notable est remarquée. Ces objets de pierre taillée ressemblent plutôt à ceux des Prédorsétiens des îles Cornwallis, Bathurst, Devon et Ellesmere qu'à ceux d'Indépendance I de la Terre de Peary. En résumé, on peut facilement penser qu'il y a eu une double influence (Prédorsétien et Indépendance I) dans la culture des gens d'Indépendance II.
Cette culture disparut vers le début de l’ère chrétienne.
Culture de Dorset Vers 800 av. J.-C., une autre culture s'implante au Groenland : la culture de Dorset. Le monde des Dorsétiens s'étendait à l'ouest de l'île Banks jusqu'à Tasiilaq (Ammassalik, Groenland) à l'est et du district de Thulé (Groenland) au nord à Saint-Pierre-et-Miquelon au sud. C'est Diamond Jenness, un ethnologue des Musées nationaux du Canada, qui identifia certains artefacts en provenance de Kinngait (Cape Dorset, Nunavut) comme étant différents des objets thuléens. Il donna donc le nom de Dorset à cette nouvelle culture encore inconnue à cette époque (1924).
L'étude des sites dorsétiens démontre, sans l'ombre d'un doute, que ces derniers étaient beaucoup mieux adaptés à leur environnement que leurs ancêtres Prédorsétiens. Ils passaient le printemps et l'été à chasser les morses qui s'aventurent sur la grève, à harponner le phoque depuis la banquette côtière ou sur l'eau, à l'aide de kayak. Plus tard, ils se rassemblaient en groupes dans les endroits où l'on trouvait en grand nombre l'omble chevalier et le caribou dans leurs migrations annuelles. Ensuite, ils devaient passer l'automne dans des maisons semi-souterraines en attendant que la glace se forme. Certaines familles demeuraient dans ces maisons de terre pour le reste de l'hiver, mais la plupart des Dorsétiens se rassemblaient dans des villages d'igloos sur la banquise où ils chassaient le phoque près des trous de respiration.
La culture de Dorset disparut du Groenland vers 300, pour revenir au . Elle s'éteindra définitivement au . Parmi les diverses hypothèses de la disparition des Dorsétiens, il y a la famine causée par le réchauffement climatique du , le meurtre par les nouveaux arrivants que sont les Thuléens ou bien, la possibilité d'une assimilation totale avec ces derniers, puis finalement, l'arrivée des Norrois, avec leurs lots de microbes européens. C'était la fin des « Tuniit », nom donné aux Dorsétiens par les Thuléens qui les ont remplacés.
Vikings au Groenland (-s)
thumb|L'occupation du Groenland par différentes cultures de 900 à 1500. Une population de Vikings, venue d'Islande et de Scandinavie, a vécu au Groenland pendant cinq siècles durant le Moyen Âge, avant l'arrivée des InuitsUne grande partie de ce paragraphe est issue du livre de Jared Diamond , qui se base lui-même sur différentes sources, dont Kirsten Seaver et de nombreuses publications archéologiques récentes (pour plus de détails, voir sa bibliographie)..
Au fil du temps, un dialecte spécial du vieux norrois (la langue des vikings) s'est développé parmi ces vikings : le norrois du Groenland.
Chronologie générale Début du : Gunnbjörn Ulfsson aperçoit les côtes du Groenland. 978 : Snæbjörn Galti y débarque. 982 : début de l'exploration et de la colonisation par Erik le Rouge. 1000 : début de la christianisation. 1000-1015 : explorations et tentatives d'établir des colonies sur le continent. 1121 : l'évêque Erik Gnupsson part pour le Vinland. 1126 : Arnaldur, premier évêque de Garðar. 1261 : le Groenland reconnaît la souveraineté norvégienne en échange de l'assurance d'être visité par deux bateaux par an. Le commerce avec le Groenland devient alors un monopole royal. 1342 : des habitants émigrent en terre ferme, mais le renseignement ne date que du . 1347 : un navire groenlandais, poussé du Markland (Labrador) par la tempête, aborde directement en Islande. 1349-1350 : la peste noire tue une grande partie de la population et interrompt les relations commerciales. 1355 : le roi Magnus Erikson de Norvège envoie une expédition de secours dirigée par Paul Knutson. 1362 : un texte mentionne qu'une expédition avait été menée pour chasser les Inuits de l'établissement de l'Ouest, mais qu' 1368 : dernier bateau envoyé par le roi de Norvège, qui coule l'année suivante. 1378 : mort d'Álfur, dernier évêque résident. 1379 : les Inuits tuent 18 Norvégiens et capturent une femme et deux enfants. 1380 : la Norvège, et donc le Groenland, passent sous domination danoise. 1389 : un bateau de contrebandiers fait naufrage en revenant du Groenland. 1407 : bûcher d'un sorcier. 1408 : mariage dans l'église de Hvalsey. 1410 : retour direct en Norvège d'un contrebandier du Groenland (le commerce avec le Groenland reste un monopole royal, même si aucun bateau ne l'assure) qui ne signale rien d'anormal. 1418 : dernier denier de saint Pierre connu parvenu à Rome et pillage par signalé dans une lettre pontificale controversée de 1448. 1435 : dernier vestige (une robe) daté au radiocarbone. 1484 : plus de 40 matelots viennent chaque année à Bergen, port situé sur la côte occidentale de la Norvège, vendre « des marchandises de prix » du Groenland. 1492 : le pape Alexandre VI nomme le moine bénédictin Matthias évêque, mais on pense qu'il n'y parvint pas. vers 1500 : dernières tombes au cimetière d'Herjolfsnæs. 1519 : le pape Léon X nomme le et dernier évêque catholique Vincentius Pedersen Kampe, confesseur du roi Christian II de Danemark, mais il n'y parvient pas non plus. 1520 ou 1534 : Ögmundur Palsson, évêque de Skalholt en Islande, rejeté par la tempête à Herjolfsnæs, y aperçoit des hommes, des étables, des moutons et des agneaux. 1540 : le capitaine islandais Jon, dit le Groenlandais, y trouve des Inuits et le cadavre d'un colon. 1541 : le capitaine hambourgeois Gerd Mestemaker ne peut entrer en contact avec personne. 1576 : redécouverte du Groenland par Martin Frobisher qui y trouve des Inuits et des ruines. 1578 à 1674 : une douzaine d'expéditions danoises sont trompées par la dénomination d'« ouest » et d'« est » des colonies, ne les retrouvent pas, mais les marchands danois ne cessent d'y commercer. 1723 : redécouverte de l'établissement de l'Est par Hans Egede.
Découverte du Groenland Selon les sagas islandaises, un certain Gunnbjörn Ulfsson aurait découvert vers 930 les rochers qui portent aujourd'hui son nom, alors que son navire était détourné de sa course lors du voyage de la Norvège à l'Islande. Ces rochers, qu'il nomma Gunnbjarnarsker (rochers de Gunnbjörn), se situent probablement à proximité d'Angmagsalik.. Il n'y débarqua pas, mais ramena la nouvelle en Islande. En 978 Snaebjörn Galti débarque sur la côte ouest.
En 982, Erik le Rouge, riche propriétaire terrien banni de Norvège puis d'Islande pour meurtresTimeline of the history of Norse Greenland., part à la recherche de cette terre ; il explore la côte est puis la côte ouest. Selon les sagas, il nomma cette terre Pays vert . En fait, si ce nom peut paraître étonnant pour ce pays, il n’en est pas moins justifié : . Par ailleurs, d'après les historiens et paléoclimatologues, le Groenland était à l'époque bien plus vert et hospitalier qu'aujourd'hui, notamment sur les côtes sud et est (en raison de l'optimum climatique médiéval).