Dans la Grèce antique, le concept d'autochtones (du grec ancien « soi-même », et « sol » ; c'est-à-dire « peuple issu de la terre elle-même ») désigne les habitants indigènes d'un pays, compris les figures mythologiques, par opposition aux colons, et ceux de leurs descendants qui se sont tenus à l'écart de tout mélange d'entités colonisatrices.

Dans chaque cité-État grecque où existait une telle tradition, les héros autochtones () étaient considérés comme nés du sol même de leur cité (). Leurs descendants, par conséquent, étaient originaires de cette terre et leurs droits sur celle-ci étaient incontestables. À travers ces héros, les traditions des cités-États illustraient la transition de l'ancien monde primitif au monde civilisé. Certains d'entre eux, comme Cécrops à Athènes, fondèrent la classe civilisée, tandis que d'autres créèrent la classe politique. Parmi ces derniers figurait Érichthonios/Érechthée, dont le nom dans l'Iliade désigne tous les habitants de l'Attique.

Dans la mythologie, les autochtones sont les mortels nés de la terre, des rochers et des arbres. Ils sont enracinés à la terre et lui appartiennent éternellement.

Définitions de l'autochtonie Bien que (« né de la terre ») et ne soient pas synonymes, le dernier peut être considéré comme un cas particulier ou une sous-catégorie du premier. , tout est, en revanche, . Ils sont explicitement définis comme tels (Angelo Brelich 1978).

Selon Vincent L. Rosivach, le terme représente une création délibérée du vocabulaire attique classique, désignant à l'origine l'habitation permanente d'un groupe dans une région sans référence à des origines chthoniennes littérales (« autochtone » signifiant non pas « né de la terre », mais « ayant la même terre »). Ce n’est qu’avec le mélange progressif, par les Athéniens, des mythes de leur descendance d’Érechthée, né de la terre, avec les mythes de leur habitation permanente en Attique que le concept d’autochtonie a officiellement étendu son champ de signification pour inclure la naissance de la terre, un changement que Rosivach décrit comme un « développement particulièrement athénien ».

Ces mythes d’autochthonie permettent à une communauté de s'enraciner sur un territoire et de forger une identité politique en la reliant à un ancêtre commun, toujours masculin, en d'autres mots de qualifier leur autochtonie ; l'autochtonie est donnée par exemple aux Athéniens par héritage (Érichthonios/Érechthée) ; ou éventuellement l'autochtonie est accordée sans médiation et se subordonne à la citoyenneté ()

, né de la terre Le sens du mot , signifiant « né de la terre » est employé à juste titre , . Cette notion d'autochtonie selon , naît dans la religion grecque, de la dévotion particulière à la terre, ou , Gaïa, l'une des divinités les plus anciennes. Dans les premiers poèmes grecs, elle est invoquée avec Zeus, , Hélios, le soleil et les Furies pour maudire celui qui a parjuré, et plus particulièrement chez Hésiode, où elle apparaît comme l'une des premières divinités et l'ancêtre de celles qui lui ont succédé.

Cet épithète de était appliqué aux Géants, collectivement et individuellement, créatures immenses et violentes, que la Terre enfanta à son époux Ouranos (« le Ciel »), appelées chthoniennes (de , « la terre »). On les considérait souvent simplement comme une génération d'hommes antérieure, plus grands, plus féroces et plus rustres que la génération actuelle. Hésiode raconte leur naissance, et des poètes postérieurs leur donnent cet épithète de . Une grande bataille dut être livrée contre ces races, la Gigantomachie, avant que le pouvoir de Zeus et des autres dieux ne soit assuré. Pour en revenir à la définition de Brelich, les Géants ne sont pas nécessairement liés à un lieu, et ne peuvent être qualifié d'.

Cette notion de peut être appliqués aux , les Spartes, et aux Pélasges. Les Corybantes phrygiens auraient été chassés de la colline comme des arbres par Rhéa, la grande mère, et étaient donc appelés (né de la terre)Voir Encyclopædia Britannica de 1911, « Autochthones ». Il ressort clairement de la pièce grecque antique Prométhée enchaîné, généralement attribuée à Eschyle, que les hommes primitifs étaient censés avoir d'abord vécu comme des animaux dans des cavernes et des bois, jusqu'à ce que, grâce à l'aide des dieux et des héros, ils soient élevés au stade de la civilisation.

La mythologie abonde chez les Grecs, en partie grâce à leur imagination fertile, mais surtout parce qu'ils étaient toujours divisés en de nombreuses petites unités tribales ou politiques très compétitives, chacune se sentant obligée de revendiquer la suprématie et de posséder son territoire ; par conséquent, chacune avait plus de droits que les autres. Chaque groupe proposait un héros ancestral différent, et si un mythe devenait particulièrement dominant et répandu, chaque groupe tentait de se l'approprier ; de sorte que le même héros semble avoir son origine dans un nombre surprenant d'endroits. Pélasgos, né de la terre, était particulièrement associé à l'Arcadie, dont les habitants affirmaient qu'il était issu de leur sol. Mais, de même que les Pélasges furent considérés comme les précurseurs des Grecs en général, on le retrouve comme ancêtre autochtone d'autres communautés dans différentes parties de la Grèce.

La situation qui prévalait avant l'établissement de la Polis est décrite par Thucydide dans La Guerre du Péloponnèse, son Archéologie, où l'autochtonie des Arcadiens est affirmée comme une conséquence de la pauvreté de leur territoire montagneux; l'Arcadie a préservé ses habitants, ses coutumes, ses traditions et les croyances religieuses qu'elle partageait avec les Achéens d'Argos et de Mycènes, et dont elle demeura un temps la seule gardienne. Elle devint, par excellence, le sanctuaire des traditions et croyances les plus anciennes, le berceau des dieux, la patrie des peuples autochtones, et aucun peuple ne pouvait plus légitimement revendiquer ce titre d'honneur, dont les Grecs étaient si jaloux et si fiers. « Les Arcadiens », dit Pausanias, :

il y a très longtemps

L'ancienneté, ou ancestralité, donnait de l'autorité à l'autochtonie. Le titre de « plus ancien des peuples grecs » était convoité par toutes les communautés grecques, aussi querelleuses fussent-elles. La préséance arcadienne notamment est exprimée par le terme « », présent chez , qui exprime que les Aracadiens seraient apparu avant que la lune n'apparaisse . Séléné, la Lune, fille du Titan Hypérion et de Théia, appartient à la même génération divine que Zeus et ses frères et sœurs. À l'époque de la naissance de Séléné, . Incidemment, les Pélasges auraient donc pu assister à la naissance de la première génération de dieux olympiens (Zeus, Poséidon, Héra et Déméter), la suivante (Athéna et Hermès), ainsi qu'à celle d'Asclépios et de Pan.

Lorsque les Athéniens revendiquaient le droit exclusif d'être les natifs d'Athènes, ils croyaient, de même, être le peuple le plus ancien, et que leur ancêtre le plus lointain était l'ancêtre de toute l'humanité. Dans le dialogue de Platon sur Ménexène, Socrate prononce un discours à la gloire d'Athènes qui, de son propre aveu, n'est rien d'autre qu'un recueil de lieux communs de l'époque :

aussi après le déluge Le récit de l'origine ultime de l'humanité, qui la décrit généralement comme émergeant, d'une manière ou d'une autre, de la terre pourrait rentrer en conflit avec les idées d'éternel recommencement de la civilisation, la palingénésie et le temps cyclique des Grecs ; il n'en est rien. Deucalion, un autre descendant supposé de toute la génération actuelle, avec sa sœur Pyrrha, sont les seuls survivants d'un Déluge décidé par Zeus. Lorsque les eaux se retirèrent et que Deucalion et Pyrrha prièrent les dieux de leur donner des compagnons, ils reçurent l'ordre de Zeus par l'intermédiaire d'Hermès ou de Thémis, de jeter des pierres derrière eux. Ces pierres se transformèrent en hommes et en femmes , Ovide raconte que c'étaient « les ossements de leur mère » qu'ils jetèrent, et que leur mère était la terre, et les ossements de son corps, les pierres.

Spartoi

Destiné à fonder la ville de Thèbes, Cadmos découvrit l'emplacement en suivant une vache que les dieux lui avaient envoyée pour le guider. Avant de pouvoir puiser de l'eau à la source voisine, il dut tuer le terrible dragon qui la gardait et, suivant le conseil d'Athéna, sema ses dents dans le sol, d'où surgirent des hommes en arme, porteurs de boucliers. Euripide relate l'histoire en détail, et Ovide décrit avec une précision presque grotesque l'apparition de cette étrange moisson :

Suit une bataille en désordre dans laquelle survivent quatre d'entre eux, dont les noms témoignent de leurs origines :Échion (en grec ancien / , ) ; Oudaïos (en grec ancien / , ) ; Chthonios (en grec ancien / , ) ; Péloros (en grec ancien / , ). . Le serpent dont les dents ont donné naissance aux guerriers est lui-même qualifié d' par Euripide. Ces quatre hommes, avec leur compagnon de survie Hypérénor (« l’Impérieux »), devinrent les ancêtres des Thébains, qui furent par conséquent connus sous le nom de Spartes, « les hommes semés ».

Pélasges Les Grecs croyaient que les premiers habitants de leur pays s'appelaient Pélasges, descendants d'un ancêtre commun nommé Pélasgos. Les Arcadiens, en particulier, se réclamaient de lui. L'ensemble mythique consacré aux Arcadiens ne fait aucune référence aux autres Grecs, bien que l'on retrouve des traces du mythe de la charte des Arcadiens chez Hésiode. La raison de cette absence est obscure. Dans la mythologie, les Arcadiens constituaient un terme de peuple véritablement distinct, et la meilleure source à ce sujet reste Pausanias qui retrace l'intégralité du mythe. Selon Pausanias, les traditions arcadiennes affirmaient que Pélasgos, ancêtre éponyme des Pélasges, fut le premier être humain à occuper la Terre ; Pausanias cite un passage du poète épique archaïque Asios de Samos, « La terre noire l'a engendré, afin que la race des mortels existe ». Mais les premières mentions de Pélagos sont à attribuées à Hésiode, dans un fragment obscur conservé chez Strabon. Selon une autre version, il était roi d'Argos et avait un père humain, mais ce dernier portait un nom transparent, , dont les deux composantes signifient . Sans surprise, Eschyle lui attribue aussi l'épithète de .

Les Pélasges apparaissent diversement comme grecs, semi-grecs, non-grecs et pré-grecs . La fluidité de la définition des Pélasges et l'absence de perspectives émiques, ou internes, sur l'identité pélasgienne ; les Pélasges apparaissent constamment comme un « troisième élément » bienveillant qui a fait le lien entre le monde grec et le monde barbare.

Dans la Grèce antique, la pratique consistant à qualifier de « nés de la terre » les héros légendaires et les hommes de lignée ancienne renforçait considérablement la doctrine de l'autochtonie.

Héros autochtones

On trouve mention d'autochtones dans la mythologie des régions suivantes :

Attique : Amphictyon, Cecrops I, Cranaos, Érichthonios, Périphas, Phlyus et ? Actée Béotie : Ogygès, Alalcoménée, Phlégias, les et les ? Crète : , et les Étéocrétois Péloponnèse : et Argus Panoptes d'Argos ; Pélasgos et d'Arcadie ; Lélex de Laconie ; de Phlionte ; Aegialeus de Sicyone ; et ? Oros de Trézen : Castalius Autres régions : d’Éphèse ; d’ Atlantide ; Indus d’ Inde ; de Cos ; d’ et de Lydie

Les tribus dans l'historiographie

Le mythe ancien de l'autochtonie en historiographie est la croyance de l'historien, ou de la tribu elle-même, qu'ils étaient indigènes, les premiers humains à habiter leur terre possédée. Le terme apparaît pour la première fois dans des passages ethnographiques du avant notre ère.