vignette|Femme filant, détail d'une œnochoé attique à fond blanc du Peintre de Brygos, vers 490 av. J.-C., British Museum.

La place des femmes en Grèce antique est conditionnée par le fait que la société de la Grèce antique est une société patriarcale. Pour autant, la condition des femmes varie beaucoup selon les cités et les époques. À l'époque archaïque, bien que soumises à l'autorité d'un tuteur, les femmes sont relativement libres de leur mouvement et bénéficient d'une grande considération sociale. Mais à l'époque où se forment les cités-États puis à l'époque classique, connue surtout sous le prisme athénien, le statut civique et patrimonial des femmes est fortement infériorisé. L'époque hellénistique voit apparaître certaines évolutions en termes de droits, tandis qu'apparaissent de grandes figures politiques dans le monde grec, surtout dans l'Égypte lagide.

Préalable sociologique Il convient au préalable d'éviter d'entendre la notion de « femme » de façon binaire comme à l'époque contemporaine. En Grèce antique, d'autres distinctions priment sur cette différence de genre et tout d'abord celle entre citoyens et esclaves. Si les femmes ne disposent pas d'autonomie politique et , elles peuvent aller au temple, participer à des évènements religieux ou festifs ou encore gérer les biens domestiques. Les conditions de vie des femmes étrangères à la cité ou des esclaves sont, elles, tout à fait différentes de celles des épouses ou des filles de citoyens. C'est donc davantage la classe sociale qu'il faut questionner, la diversité des situations de vie féminines rendant anachronique toute revendication globale sur les droits fémininsSandra Boehringer, « Hors sujet dans la Grèce antique », Le Magazine littéraire 566, avril 2016, p. 66-67..

Dans les épopées homériques vignette|redresse=1.5|Hélène et Pâris, cratère à figures rouges, , musée du Louvre.

Les épopées homériques, lIliade et surtout lOdyssée, quand elles ne dépeignent pas des combats et des banquets royaux, comprennent de nombreuses scènes de la vie quotidienne, où les femmes tiennent une place importante. Le caractère historique de ces descriptions est évidemment sujet à caution : cependant, il semble probable que le ou les poètes auteurs de ces deux épopées ait tiré son inspiration, dans ces passages, de la vie quotidienne de son époque, le

Les femmes y jouent un triple rôle : épouse, reine et maîtresse de maisonClaude Mossé, La Femme dans la Grèce antique, Complexe, 1991, .. Épouse d'abord ou future épouse, ce qui permet d'appréhender la complexité des pratiques matrimoniales grecques. On trouve d'abord le classique système du contre-don, illustré par le contre-exemple d'Agamemnon pressant Achille de reprendre le combat. Il lui offre l'une de ses trois filles en précisant : « qu'il emmène celle qu'il voudra dans la demeure de Pélée, et sans m'offrir de présents »Homère, Iliade, IX, 146. Traduction de Paul Mazon pour les Belles Lettres, 1937-1938. Sur la question des dons et contre-dons liés au mariage, voir Jean-Pierre Vernant, Mythe et société en Grèce ancienne, Maspéro, 1974.. Il s'agit là d'une pratique exceptionnelle : normalement, l'époux doit donner à son beau-père des présents (les ). La femme vient alors s'installer chez son époux, ici, dans la demeure du père d'Achille. L'union est monogame chez les héros grecs comme troyens. Cependant, les pratiques matrimoniales restent encore peu formalisées : Hélène, épouse légitime de Ménélas, est traitée également comme l'épouse légitime de Pâris. Priam déroge à la règle de monogamie ; au reste, son palais accueille ses fils et leurs épouses mais aussi ses filles et leurs maris.

Les femmes des rois homériques sont aussi des reines. Ainsi, au chant VI de lIliade, Hécube peut-elle convoquer les femmes de Troie pour une cérémonie religieuse. Au chant IV de lOdyssée, Télémaque se rendant à Sparte est accueilli dans la salle du banquet par Hélène qui siège devant les compagnons de son mari. De même, Arété, femme d'Alcinoos, siège dans la salle du palais, aux côtés de son époux.

Enfin, elles sont des maîtresses de maison, régissant l' / , c'est-à-dire la maison, le domaine. Leur symbole est la quenouille : Pénélope tisse sa célèbre toile, à l'instar d'Hélène — qui représente la guerre de Troie — ou encore Andromaque, qu'Hector renvoie à son métier au moment où il part au combatHomère, Iliade, VI, 490.. Il leur revient également accueillir les hôtes, comme le fait Arété pour Ulysse ou Polycaste, fille de Nestor, pour Télémaque. Enfin, elles doivent gérer les ressources du domaine. Quand Ulysse part pour Troie, c'est à Pénélope qu'il confie les clefs du trésor.

Autour de l'épouse légitime gravitent les servantes et les concubines. Les premières sont à la disposition du maître de maison. Ainsi, à la fin de l'Odyssée, Ulysse tue également les servantes qui avaient couché avec les prétendants. Elles aident les épouses dans leurs travaux domestiques et sont supervisées par une intendante, personnage central de l’oikos grec. La nourrice occupe également une place importante, témoin le rôle joué par Euryclée, nourrice d'Ulysse puis de Télémaque, achetée cent bœufs par Laërte, qu'il honore « à l'égal de son épouse »Homère, Odyssée, I, 428-433.. Les concubines sont des captives de guerre, le lot du vainqueur, qui servent de dons ou de contre-dons entre rois, telles Briséis et Chryséis. Lorsque Troie est prise, la femme et les filles de Priam sont des trophées à part entière pour les vainqueurs achéens. Les femmes, quel que soit leur statut, restent avant tout soumises aux hommes, qu'ils soient des maris ou, dans le cas de Pénélope, son fils Télémaque.

Pendant les siècles obscurs et l'époque archaïque Témoignages archéologiques vignette|redresse=1.5|Couples dansant au son de l'aulos. Col d'un loutrophore proto-attique (vers 690 av. J.-C.).

La principale source au sujet des femmes de cette époque est archéologique. Il s'agit de représentations picturales sur la céramique ou matériel funéraire. En effet, dès les siècles obscurs, le choix d'objets déposés dans les tombes dépend du sexe du défunt.

Place dans les cités La condition des femmes grecques change à partir du avec le développement des cités-États alors que jusqu'ici elles ont bénéficié d'une relative liberté.. Celles-ci sont en effet bâties sur une double exclusion : « club de citoyens », la cité exclut les étrangers (métèques) et les esclaves ; « club d'hommes », elle exclut les femmes.. Plus tard, Aristote définit la citoyenneté comme la possibilité de participer à la vie politiqueAristote, Politique, III, 1., la femme en est donc exclue par nature.

Mariage chez les tyrans Le mariage comme moyen d'établir des alliances trouve son apogée à partir de la seconde moitié du , alors que beaucoup de cités grecques sont gouvernées par des tyrans, c'est-à-dire des monarques extra-constitutionnels, dont le pouvoir s'établit sui generis. En rupture avec les féodalités antérieures, ils s'appuient néanmoins sur elles pour asseoir leur pouvoir. Ainsi, l'Athénien Pisistrate se marie trois fois : la première fois, avec une Athénienne anonyme ; la seconde, avec une Argienne de haut rang ; la troisième, avec la fille de son adversaire Mégaclès, de la puissante famille des Alcméonides. À la fin du , Denys l'Ancien, tyran de Syracuse, veuf de sa première femme, double le bénéfice de son mariage en contractant deux alliances simultanémentPlutarque, Dion, 3, 2 ; Diodore, XIV, 44, 3. : les deux épouses sont les filles de grands personnages, l'une de Locres, l'autre de Syracuse.

Les filles de tyrans servent le même propos : les familles aristocratiques rivalisent pour obtenir leur main. Ainsi, lorsque Clisthène, tyran de Sicyone au début du , compte marier sa fille Aragisté, treize prétendants, issus des grandes familles de douze cités, se présentent pour elle. Pendant un an, les prétendants vivent au palais de Clisthène, entretenus comme les prétendants de Pénélope. Dans le même temps, Clisthène les jauge suivant leurs vertus, leurs prouesses sportives ou encore la puissance de leur lignée. Les tyrans recourent également à l'endogamie, faute de partis jugés suffisants pour les filles : ainsi, Denys marie l'un de ses fils à sa propre sœur, tandis que l'un de ses frères épouse sa nièceLouis Gernet, « Mariages de tyrans », Droit et institutions en Grèce antique, Flammarion, coll. « Champs », 1982 ( 1968), ..

Femme et colonisation grecque Pendant l'époque archaïque, les Grecs, contraints notamment par l'étroitesse de leurs terres, se lancent dans un grand mouvement de colonisation dans l'ensemble du bassin méditerranéen.. La plupart du temps, les colons sont uniquement des hommes : ils comptent sur la population indigène pour leur fournir des épouses. C'est le procédé traditionnel du mariage par rapt. Hérodote<ref>Hérodote, Histoires, I, 146.</ref> rapporte ainsi que les colons athéniens fondateurs de Milet, en Carie, attaquent les autochtones, s'emparent des femmes et tuent les hommes. Pour se venger des agresseurs, les femmes cariennes jurent de ne jamais manger avec leurs « époux » et de ne jamais les appeler par leur nomJean Rougé, « La colonisation grecque et les femmes », Cahiers d'histoire, 15, 1970, ..

À Athènes pendant l'époque classique vignette|redresse=0.7|Femme travaillant la laine, v. 480-470 av. J.-C.

Athènes est la principale source d'informations sur les femmes en Grèce antique. Il est difficile de savoir à quel point les caractéristiques athéniennes peuvent s'appliquer aux autres cités grecques.

Des femmes sous tutelle vignette|redresse=0.7|Athénienne portant le chiton, détail de la frise des Ergastines, musée du Louvre.

Les femmes athéniennes sont des éternelles mineures d’âge, qui ne possèdent ni droit juridique, ni droit politique. Toute leur vie, elles doivent rester sous l’autorité d'un / (« tuteur ») : d’abord leur père, puis leur époux, voire leur fils (si elles sont veuves) ou son plus proche parent. Ce tuteur les accompagne dans chaque acte juridique, il s'exprime pour elles et défend « leurs » intérêts. Aucun juge ne s'adresse directement aux femmes concernées. Les plaideurs évitent de les citer par leur nom personnel et les désignent en citant les hommes auxquels elles sont apparentées ou mariées.. Une femme nommée directement par son identité propre est généralement considérée comme indigne ou ayant enfreint délibérément les lois.

Sur les stèles funéraires, une jeune défunte est désignée par son nom et celui de son père mais pas forcément par celui de son mari. On distingue la vierge de la jeune épouse quand cette dernière est pleurée par son mari ou par des caractères secondaires : la vierge est tête nue alors que la femme mariée est toujours voilée, le pan du manteau ramené sur la tête ; la vierge a la taille plus svelte et joue parfois avec un oiseau, un petit chien ou une poupée, ce qui est aussi le cas des enfants masculins. L'âge de la jeune femme n'est jamais indiqué ; certains textes suggèrent cependant qu'elle pouvait être, comme le garçon, présentée à la phratrie de son pèreGeneviève Hoffmann, La jeune fille, le pouvoir et la mort dans l'Athènes classique, Éd. De Boccard, 1992, p. 317-330..

Statut au sein de la maisonnée (oikos)

vignette|Scène familiale de gynécée, lébès nuptial à figures rouges, v. 430 av. J.-C.