María Eugenia Casinelli de García Iruretagoyena (1919-1995) est une militante des droits de l'hommes en Argentine, très tôt engagée dans l'action collective des parents de disparus sous la dictature installée en 1976, et l'une des douze fondatrices de l'Association Grands-mères de la place de Mai.

Biographie Le , pendant la dictature militaire qui se présentait sous le nom de Processus de Réorganisation Nationale (1976-1983), la fille de María Eugenia Casinelli, María Claudia García Iruretagoyena, enceinte de sept mois, a été enlevée, ainsi que son gendre Marcelo Ariel Gelman, fils du poète Juan Gelman.

Pendant plusieurs mois elle a cherché ses proches seule et sans soutien, jusqu'à ce qu'elle commence à se lier avec d'autres parents et grand-mères cherchant leurs petits-enfants. Le elle a signé avec onze autres grand-mères un habeas corpus collectif sous la forme d'une lettre adressée à la justice de Morón, par lequel elles faisaient savoir l'existence de bébés disparus et demandaient que soient suspendues les adoptions. La lettre est considérée comme un document historique et un antécédent immédiat de la constitution des Grands-mères de la place de Mai. Voici un extrait de cette lettre:

María Eugenia s'est liée avec le premier groupe de mères et parentes qui ont commencé à se réunir sur la place de Mai, qui fut connu ensuite comme les Mères de la place de Mai. En elle a reçu l'invitation d'Alicia Zubasnabar de De la Cuadra, "Licha", une autre participante des rondes des Mères, pour former un groupe spécial de grands-mères cherchant leurs petit-enfants disparus. Elle a été l'une des douze femmes fondatrices des Grands-mères de la place de Mai. Sa petite-fille, Macarena Gelman, a été retrouvée à Montevideo et restituée en , après une intense campagne de pression menée par Juan Gelman envers le gouvernement uruguayen.

Grands-mères de la place de Mai Le putsch du a établi un régime terroriste qui a eu comme axe la disparition forcée des adversaires et l'établissement d'un climat de terreur destiné à éviter toute contestation; le seul fait de se renseigner sur le lieu où se trouvait un proche enlevé et disparu était risqué et pouvait entraîner une nouvelle disparition. A cette période la situation de vulnérabilité et d'impuissance des proches des personnes disparues était extrême, puisqu'aucune démocratie du monde, ni l'Église catholique, de grande influence dans le pays, ni les organisations internationales humanitaires, n'était disposée à condamner les atrocités commises par le régime militaire et dans certains cas, au contraire, coopéraient avec la répression illégale. Il n'était pas non plus possible de faire appel au système judiciaire, puisque les juges argentins rejetaient systématiquement les recours en habeas corpus.

Dans ces conditions un groupe de mères, parents et proches des disparus ont initié un mouvement de résistance non-violente, qui deviendrait historique. La proposition est venue d'Azucena Villaflor, ensuite disparue et assassinée par la dictature: "Nous devons aller directement à la place de Mai et y rester jusqu'à ce qu'ils nous donnent une réponse."

Le les mères ont commencé à marcher tous les jeudis autour de la Pyramide de Mai, sur la place du même nom, située face au palais du gouvernement. Pour attirer l'attention les femmes ont décidé de se couvrir les cheveux d'un foulard blanc. Le groupe a vite reçu le nom de Mères de la place de Mai et par sa seule présence il a commencé à exercer une pression nationale et internationale sur la destination des personnes qui disparaissaient en Argentine. Initialement le régime militaire a essayé d'expliquer la présence de ces personnes marchant autour de la pyramide en soutenant qu'il s'agissait de "folles". Parmi ces mères et grands-mères se trouvait Alicia Zubasnabar de De la Cuadra, qui avait commencé à participer aux rondes en , avec son époux et Hebe de Bonafini.

A ce moment-là, María Isabel Chorobik de Mariani avait commencé à chercher d'autres mères de disparus qui, comme elle, fussent aussi à la recherche de leurs petit-enfants. María Isabel Chorobik avait été poussée à se joindre aux autres grand-mères par Lidia Pegenaute, une avocate qui exerçait comme conseil de mineurs dans les tribunaux de La Plata, où Mariani essayait en vain de trouver une solution à son cas. La docteure Pegenaute fut l'un des cas exceptionnels de fonctionnaires du pouvoir judiciaire qui collaborèrent authentiquement avec les familles de disparus. Au deuxième semestre 1977 Mariani est allée chercher Alicia Zubasnabar à sa maison de La Plata:

Ce jour-là María Isabel Mariani et Alicia de De la Cuadra ont pris la décision de se grouper en tant que grands-mères et celle-ci a convoqué celles qu'elle connaissait par les rondes des jeudis sur la place de Mai.

Les douze mères - grands-mères fondatrices ont été: María Isabel Chorobik de Mariani, Beatriz H. C. Aicardi de Neuhaus, Eva Márquez de Castillo Barrios, Alicia Zubasnabar de la Cuadra, Vilma Delinda Sesarego de Gutiérrez, Mirta Acuña de Baravalle, Haydee Vallino de Lemos, Leontina Puebla de Pérez, Delia Giovanola de Califano, Raquel Radio de Marizcurrena, Clara Jurado et María Eugenia Casinelli de García Irureta Goyena. Licha Zubasnabar a été la première présidente. Initialement elles ont pris le nom de Grands-mères Argentines de Petits-enfants Disparus mais en 1980 elles ont fini par adopter la dénomination par laquelle elles étaient déjà reconnues, Grands-mères de la place de Mai.

Ce sous-groupe des Mères a compris que la situation des enfants enlevés par les forces de sécurité était différente de celle de leurs parents et qu'il fallait des stratégies et des méthodologies spécifiques pour les récupérer. "Chercher leurs petits-enfants sans oublier leurs enfants" a été la consigne qui les a rassemblées.

Pendant la dictature militaire et malgré les risques, les Grands-mères de la place de Mai ont entamé une tâche de détectives pour localiser leurs petits-enfants, sans abandonner la recherche de leurs enfants, et en même temps ont entrepris une action de sensibilisation nationale et internationale sur les enfants disparus et le vol de bébés.

Une fois récupérée la démocratie le , les Grands-mères ont proné l'utilisation des dernières avancées génétiques pour établir un système d'identification des petits-enfant volés sans antécédent dans le monde et ont fait pression pour que l'État juge les responsables de la séquestration des enfants, considérée comme faisant partie d'un plan répressif.

Bibliographie

Références

Voir aussi Grands-mères de la place de Mai

Catégorie:Militante argentine Catégorie:Mères de la place de Mai Catégorie:Naissance en 1919 Catégorie:Décès en 1995