Michel Puy (né le à Roanne et mort le à Paris) est un poète, critique d’art, critique littéraire, essayiste et historien de la littérature français, frère cadet du peintre Jean Puy (1876-1960).
Éléments biographiques Origines Michel Puy est issu d’une lignée bourgeoise dont on trouve trace dès le XVIIe siècle dans le ForezCeux du Roannais, Généalogie et Histoire (www.ceuxduroannais.org), Roanne. Marcel Goninet, Histoire de Roanne et de sa région, tome 2, Éditions Horvath, Roanne 1976. .
Son père, Louis-Martin Puy (1842-1920), s’établit en 1872 à Lyon. Après avoir créé une société de produits médicinaux, il reprend, en 1876, le fermage de la Société civile des eaux thermales de Saint-Alban. Il s’installe alors à Roanne avec son épouse Marie Deschamps et leur fille Antoinette, née en 1873 et qui mourra en 1889. À Roanne, naissent leurs deux fils Jean (en 1876) puis Michel (en 1878)Ceux du Roannais, Généalogie et Histoire, ibid. Histoire de Roanne et de sa région, ibid..
En 1881, Louis Puy perd son épouse. En 1887, il se remarie avec Louise Carré (1858-1943), qui lui donnera trois filles : Madeleine (en 1888), Marguerite (en 1890) et Jeanne (en 1899). En 1892, Louis Puy est élu maire de Roanne. Trois ans plus tard il reprend une tuilerie, pour laquelle il crée, en 1895, un second site de productionCf. Jean-Luc Rocher, Mably, terre d’accueil et de solidarité, Thoba’s éditions, Roanne 2011. .
De la faculté de droit au ministère de l’Agriculture En 1896, Michel Puy, alors âgé de 18 ansIl est né le 14 novembre 1878., est reçu au baccalauréat classiqueLe Journal de Roanne, n°2548, 26 mars 1896.. Il suit d’abord des études de droit à Lyon puis, majeur et indépendant (grâce à l’héritage de sa mère), il décide, contre l’avis de son père, de « monter » à Paris, où son frère Jean est déjà installéSur les relations de Michel Puy avec son frère le peintre Jean Puy, voir Hervé Labrid, « Les frères Puy : le peintre et le critique », Bulletin des Amis de Louis Pergaud, n°59, Besançon 2023, p.18-53.. Dans la capitale, il termine sa licence en droit qu’il obtient en 1902Cf. Les Archives Michel Puy, Paris.. Il passe alors le concours du rédactorat au ministère de l’Agriculture, qu’il intègre en 1904 et où il fera toute sa carrière de fonctionnaire. Michel Puy, écrivent les historiens Emmanuel Aegerter et Pierre Labracherie, « équilibrait sa tâche administrative et son activité littéraire, mais le temps qu’il n’employait pas à établir des rapports ou à préparer des circulaires, il le consacrait (…) à l’art »Emmanuel Aegerter et Pierre Labracherie, Au temps de Guillaume Apollinaire, Julliard, Paris 1945, p. 153-162.. vignette|Marthe et Michel Puy, Rome 1908 Peu après son installation à Paris en 1898, Michel Puy s’éprend de Marthe Albertine Chétif, fille naturelle d’ouvriers du textile, née en 1873 et rencontrée chez son frère Jean où elle posait comme modèle. Elle devient sa compagne et il l’épousera en 1920Pour un fils d’industriel, cette union constitue une véritable transgression des règles sociales de son milieu, le modèle de peintre étant alors considéré à l’égal d’une prostituée. Cf. Hervé Labrid : « Les frères Puy : le peintre et le critique », p.18-53, Bulletin des Amis de Louis Pergaud n°59, Besançon 2023..
Le chemin de la poésie et des revues À vingt ans à peine, Michel Puy a déjà publié un de ses poèmes dans La PlumeLa Plume, 15 mai 1898., revue qui a joué un rôle majeur dans la diffusion de la poésie symboliste en éditant Paul Verlaine, Jean Moréas et Stéphane Mallarmé. La Plume se distingue aussi en ouvrant ses pages à des artistes contemporains comme Toulouse-Lautrec, Maurice Denis, Gauguin, Pissaro, Signac, Seurat, Odilon Redon.
Mais c’est à Lyon, en 1896-1897, que Michel Puy débute vraiment sa carrière littéraire avec Louis PayenPseudonyme littéraire de Pierre Albert Paul Liénard (1875-1927), poète, auteur dramatique et librettiste, secrétaire général de la Comédie-Française. qui le fait participer à l’aventure de Germinal, revue mensuelle d’Art et de Sociologie, où se retrouvent des écrivains de sensibilités et de convictions très diverses. Dans Germinal – qui se réclame ouvertement d’Émile Zola et manifeste régulièrement son engagement dreyfusard –, Michel Puy publie essentiellement des textes poétiques, en vers et en prose. Il y exprime en particulier un goût particulier pour une expression lyrique et sensuelle, dont il usera presque tout au long de sa vie. Ainsi, peut-on lire dans Hymne à la nudité : « Vaporeuse statue, ô nudité plastique, Apparence formelle où les baisers s’aimantent, Toucher des reins cambrés aux spasmes érotiques, Épidermes de soie laiteuse et caressant, Sois douce à mes fiévreuses mains, ô Nudité plastique (…)Germinal, 2e année, n°5, 1er juin 1900. »
Dès son arrivée à Paris, en 1899, Michel Puy retrouve Louis Payen qui crée la revue Messidor, où il accueille nombre des anciens contributeurs de Germinal. Michel Puy devient secrétaire de la rédaction et gérant de la revue. L’aventure prendra fin en .
À partir de , Michel Puy rédige aussi dans la revue des « Notes d’art » où il commence à révéler ses admirations et particulièrement pour Puvis de Chavannes, Monet, Pissaro et Renoir.
Dans ce début du siècle, deux autres revues vont jouer un rôle important pour la notoriété de Michel Puy. D’abord La Revue provinciale. Littéraire et régionaliste, créée en 1901. Michel Puy y est présenté comme « l’auteur de proses d’une noble délicatesse de sensations, d’une observation aiguisée par la curiosité et le désir (…) C’est jusqu’à l’énervement une façon artiste et passionnée de sentir la poésie des choses, l’amour des attitudes de beauté vivante »La Revue provinciale, n°4, Toulouse, avril 1901.. Membre du comité de rédaction dès , puis « secrétaire régional Ile-de-France » en 1903, Michel Puy y publiera régulièrement jusqu’en 1905.
L’autre revue, c’est Le Beffroi, créée à Lille en 1900, dont l’âme est le poète et romancier Léon Bocquet (1876-1954). Elle s’appuie d’abord sur des auteurs symbolistes nordistes comme Albert Samain puis s’élargit à des écrivains comme Lucie Delarue-Mardrus, Renée Vivien, Paul Fort et Michel Puy.
En quelques années, en ce début du siècle, Michel Puy s’est fait un nom. Ainsi, lors de « l’après-midi des poètes » organisé le à l’occasion du Salon des Indépendants, avec Francis Carco, Roger Frène, Guy Lavaud et Louis Mandin, il est présenté par Guillaume Apollinaire comme un des représentants de la « Phalange nouvelle » qu’anime le poète et éditeur Jean Royère (1871-1956)La Revue des Lettres et des Arts, Nice, 1er juin 1908 et La Poésie symboliste. Trois entretiens sur les temps héroïques, L’Édition, Paris 1908..
1909 : L’Île sonnante 1909 connaît une floraison exceptionnelle de revues nouvelles, dont, à l’initiative d’André Gide et de ses amis, La Nouvelle Revue FrançaiseEn réalité, ce numéro 1 est un second n°1. Voir Hervé Labrid, « André Gide et Michel Puy : un rendez-vous manqué ? », Bulletin des Amis d’André Gide, n°223-224, 2024.. C’est cette année-là, le , que Michel Puy, Roger Frène (Roger Fraysse), Louis Pergaud, Léon Deubel, Francis Carco (François Marie Alexandre Carcopino-Tusoli), Charles Callet et Tristan Derème (Philippe Huc) publient le n°1 de L’Île sonnante. Petite revue de littérature. Michel Puy en a choisi le titre, emprunté à Rabelais. Il abrite à son domicile la publication dont il est le gérant et, de fait, le directeur. Elle connaîtra 32 numéros jusqu’en 1913. Une grande variété d’écrivains s’y feront connaître ou y renforceront leur notoriété. Outre les fondateurs, un premier cercle est constitué par Louis Mandin, Marcel Martinet, Albert Vidal, Jean-Paul Lafitte, Paul Vimereu (Paul Boulogne) et Édouard Gazanion.
À partir du n°2, L’Île sonnante s’ouvre à une large diversité de contributeurs. « L’éclectisme des collaborateurs occasionnels, écrit Mikaël Dugan, est révélateur de l’esprit de L’Île sonnante : tous les courants y sont représentés (…). Tous, néanmoins, ont en commun, malgré la diversité des formes employées – poèmes en prose, vers libres et réguliers –, la clarté de l’expression. La revue se veut moderne, c’est-à-dire actuelle, sans être avant-gardisteMikaël Dugan, « L’Île sonnante, une revue du juste milieu », Ent’revues. La Revue des revues, 2018/2, n°60, p.50-65. Voir aussi Michel Décaudin, La Crise des valeurs symbolistes, p. 289, 427 et 500, Privat, Toulouse 1960.. » Dans le numéro inaugural de 1909, Michel Puy et Roger Frène avaient clairement annoncé leur ligne de conduite : « La plupart des rédacteurs, écrivent-ils, ne croient très fermement à aucune théorieL’Île sonnante, n°1, novembre 1909.. » Deux ans plus tard, Michel Puy précisera : « Entre un classicisme terne et sans flamme et les essais de ceux qui réclament l’originalité à tout prix, il nous semble qu’il reste le vaste domaine des images neuves et des idées nuancées où aiment à se rencontrer les plus fervents amis des lettresL’Île sonnante, n°17, mai 1911.. »
Les Marges, le Mercure de France vignette|Michel Puy (à gauche) et son frère Jean Puy, Italie 1908. Parallèlement, Michel Puy élargit le champ de son activité littéraire. En 1910, l’écrivain, éditeur et critique Eugène Montfort lui confie la rubrique Beaux-Arts de sa revue Les Marges. Assez vite, Michel Puy ne se limitera pas à être « l’écrivain d’art », comme le désigne alors Guillaume ApollinaireGuillaume Apollinaire, L’Intransigeant, 14 février 1911.. Durant un quart de siècle, jusqu’à la mort de Montfort en 1936, il y traite aussi bien d’art que de critique littéraire et de thèmes de société.
C’est aussi au début des années 1910 que Michel Puy accède à la publication littéraire la plus prestigieuse du temps, celle qui alors fait autorité : Le Mercure de France. Michel Puy y tiendra la chronique des livres d’art jusqu’à l’aube de la Seconde Guerre mondiale et y publiera ses principaux essais sur l’art de son temps, en particulier sur les successeurs des impressionnistes, les Fauves et les cubistes.
Une reconnaissance internationale Dès la première décennie du XXe siècle, la notoriété de Michel Puy a dépassé les cercles littéraires et artistiques parisiens. Ainsi, des extraits de son texte de 1910, Le Dernier État de la peinture« Le dernier état de la peinture », Le Mercure de France, n°314, Paris 16 juillet 1910 – Le Dernier État de la peinture. Les Successeurs des Impressionnistes, Le Feu / Union française d’Édition, Paris 1911., sont immédiatement traduits dans la revue de l’avant-garde berlinoise, Der SturmDer Sturm. Wochenschrift für Kultur und die Künste, Berlin, décembre 1911, n°88. et présentés dans La Veu de Catalunya (1899-1937), la publication catalane la plus importante du XXe siècle.
Cette reconnaissance internationale s’est perpétuée jusqu’à nos jours, en particulier dans le monde anglo-saxon. Ainsi, en 1991, l’historienne d’art américaine Judi FreemanJudi Freeman est alors détentrice de la Seevak Chair in History à la Boston Latin School. note dans The Fauve LandscapeLos Angeles County Museum of Art et Abbeville Press, 1991. Texte du catalogue de l’exposition « The Fauve Landscape » qui s’est tenue, entre 1990 et 1991, au Los Angeles County Museum of Art, au Metropolitan Museum of Art de New York et à la Royal Academy of Arts de Londres. : « Le premier article qui présenta le mouvement [le Fauvisme] sans réserve aucune fut "Les Fauves" de Michel Puy, publié fin 1907 dans le journal néo-symboliste La Phalange. (…) L’article de Puy est en effet la première histoire des Fauves : il rend compte des étapes du développement de leur esthétique, en commençant par la rapprocher de celles de Cézanne et de GauguinLe Paysage fauve (traduction française de The Fauve Landscape), Abbeville, 1991, p.262. . »