Sous ensemble de l’art urbain (street art) et même du land art, la mosaïque est une pratique grandissante de créateurs et artistes de rue. Elle est apparue dans les années 1980 et a été grandement popularisée par Invader au . On peut identifier deux styles de mosaïstes. Invader est proche de la tradition du pixel art. Le pixel art « désigne une composition numérique qui utilise une définition d'écran basse et un nombre limité de couleurs, même si cette double limitation n'est rigoureuse qu'historiquement parlant » ; on comprend donc que les racines sont récentes et souvent liées à l’univers du jeu vidéo, du dessin animé et de la bande dessinée. D’autres artistes sont plus proches de la céramique traditionnelle avec des inspirations plus anciennes ou classiques. Là où le pixel art source son matériau chez des fournisseurs de carrelage traditionnels Balade street art à Paris avec Anna Siclari (Carrelages Championnet) p.5, d’autres artistes créent leurs propres matériaux dans leur atelier. D’autres encore font appel à du matériel de récupération. On notera enfin que le terme de Graffiti Mosaics est parfois employé comme par exemple par Helen Miles.
Si le street art et la mosaïque sont des pratiques artistiques ou artisanales ancestrales, l’avènement d'internet, et des réseaux sociaux en particulier, a permis la création de communautés de passionnés. Une section est consacrée plus bas à ces réseaux sociaux. Les passionnés suivent et archivent des créations moins éphémères (en raison des matériaux utilisés) que d’autres de ces acteurs souvent anonymes, agissant à la limite de légalité. Pour autant ces artistes anonymes ont eux aussi une présence en ligne qui sera présentée dans cette section sur les réseaux sociaux.
Artistes
thumb|Mosaic Street Art - Style de Ememem
thumb|Mosaic Street Art - Style de Gilles Pandel
thumb|Mosaic Street Art - Style de Hansel Pixel
thumb|Mosaic Street Art - Style de MifaMosa
thumb|Mosaic Street Art - Style de Solrac - The Constellations
thumb|Mosaic Street Art - Style de Tag Lady
thumb|Courbe de croissance des créations d'artistes mosaïstes Invader Invader est l’artiste le plus connu de la sphère street art mosaïste. On pourra se référer à sa page Wikipédia qui donne quantité d'informations au-delà de l’œuvre de l'artiste. Il a créé plus de depuis 1996, dont plus de à Paris et aussi plus de dans le reste de la France et de l’Europe. Il appartient à la tradition du pixel art comme une partie non négligeable des mosaïstes de rue qui l’ont suivi. Il a contribué à la popularité et au suivi de la pratique par la création d’un jeu en ligne « flash invaders » qui compte plus de « joueurs ». Une multitude de "copycats" ou "clones" sont apparus en parallèle à la production de l'artiste (qui lui même vendait en ligne des "kits") au point qu'il est parfois difficile de faire la part des choses entre œuvres authentiques et copies de passionnés (à ne pas confondre avec les artistes qui se sont inspirés d'Invader). Un simple exemple fut la brève apparition de Spaceramik en Suisse romande lors des "invasions" de la région. On peut ajouter une invasion de clones à Édimbourg.
Les précurseurs Invader n’est pas le premier mosaïste et on peut citer sans garantie d’exhaustivité :
Don Lecht et son intervention Your Space Has Been Invaded basé sur les Space Invaders de Nishikado dès le début des années 80. Jim Power est un vétéran du Vietnam qui a commencé à poser vers 1985 des créations sur les réverbères, puis sur des bâtiments de l’East Village à New York. Sa popularité a été fluctuante et il est devenu une célébrité locale puis nationale. Il utilise surtout du matériel de récupération. Il a été fait citoyen d'honneur de la ville en 2004.
Morèje (Jérome Gulon)Les parcours musifs de Morèje, précurseur de la mosaïque dans la rue par Renée Malaval p.14 est diplômé des Beaux-Arts de Paris. Il a commencé à poser des pièces en 1987, notamment sous forme de parcours (écoles, collèges, mairies, Commune de Paris). Il a son propre atelier et son four, ce qui lui permet de fabriquer ses céramiques. Sa production est rare puisqu’il a posé un peu moins de 400 pièces identifiées en un peu moins de 40 ans. Il appartient plutôt à la catégorie des mosaïstes classiques.
Créateurs postérieurs à Invader Certains créateurs furent initialement des « réactivateurs officiels » des œuvres d’Invader. L’artiste avait permis à une petite communauté de passionnés de réparer des œuvres détruites ou abimées en leur partageant les informations précises sur les pièces et la manière de les poser. Pour des raisons diverses, certains ont pris leur indépendance et créé leur œuvre propre. La liste de ces créateurs est en croissance forte et on notera ici par ordre d’apparition chronologique :
En France WaldoWhere's Waldo? p.34 pose des pièces (environ 300 depuis 2009) essentiellement dans la région d’Angers (plus d’un tiers). Ces pièces sont du pixel art de visages et animaux proches du dessin animé.
RV2011Les activations de rv2011 p.32 a été actif entre 2011 et 2015, essentiellement à Paris et région parisienne. Plus de 200 pièces sont répertoriées. Ces créations sont quasi-exclusivement du type matriciel (8bit) mentionné dans le pixel art. LeMonumentall semble avoir posé une soixante de pièces toutes en région parisienne et à peu près à la même période.
m_e_g_a_m_a_t_tConrad, héros d'un jeu vidéo s'échappe grâce à MegaMatt p.54 a initialement posé des pièces intitulées "Mettaur" entre 2011 et 2016 (plus de 80) puis des pièces du personnage "Conrad B. Hart" (tiré du jeu vidéo "Flashback") à partir de 2014 (environ 150) pour un total supérieur à 250 pièces, essentiellement à Paris mais aussi en Pologne et au Brésil.
In The WoupBienvenue dans l'univers 16 bits d' ln the Woup p.39 est un artiste lyonnais dont le projet s’intitule Mario Worldz. Il a commencé la mosaïque en 2009 à Nancy et a posé plus de 200 pièces dans les rues depuis 2013 probablement.
La Grenouille Masquée est un collectif anonyme ayant posé sur Paris plus de 50 « Ruders » représentant sur une carte un « Meta-Ruder » ainsi que quelques formes originales (dresseurs, poulpes, champis) hors de Paris, le tout entre 2014 et 2015. Le collectif a eu une présence active sur Facebook.
Philippe VignalPhilippe Vignal, le carrelage sublimé p.96 pose des « Space Bugs » depuis 2014. Les pièces sont fabriquées à base de carreaux de récupération, de réflecteurs vélos et autres miroirs, trouvés sur les trottoirs.
EmememEmemem et le Flacking p.123 est un artiste lyonnais qui répare le sol avec des œuvres sur-mesure qu'il appelle « flacking » comme s’il s’agissait de flaques irisées ou de pansements pour trottoir. Il a créé depuis 2016 environ 500 pièces dans le monde dont 200 dans la région lyonnaise.
Mr_DjoulLes aliens de mr djoul p.58 depuis 2016, basé à Paris a posé plus de dans le monde et plus de à Paris sous forme « d’aliens » de deux types, des visages « menaçants » et des personnages « souriants » inspirés mais différents d’Invader. Invader s’est parfois plaint de ces inspirations proches de son œuvre et certains passionnés ont noté que lui-même a pu s’inspirer des précurseurs.
NextMosaikNext, piéton citoyen du monde p.44 a créé entre 2017 et 2022 des scènes inspirées des feux de signalisation pour piétons, essentiellement à Paris. Les fans reconnaissent des créations très originales plus proches des mosaïques classiques que du pixel art.
MifaMosaMifamosa, illustrateur des noms de rue p.42 est un artiste orléanais actif depuis 2017 dont la particularité est d’illustrer les noms de rue, parfois métaphoriquement ou en utilisant des jeux de mots. Il a la particularité plutôt rare (et comme Invader) d’avoir son propre site web. Il a posé environ 500 pièces dont plus de 200 en région centre (dont plus de 100 à Orléans).
StorkLes cigognes de Stork p.46 est un street artiste alsacien qui pose depuis 2018 des cigognes (soit leur tête, soit leur corps), dont plus de 250 à Strasbourg et plus de 100 à Paris (formant des méta-cigognes par arrondissement – une carte reconstituée permet de visualiser une nouvelle cigogne).
I Pixel Di OplontisI Puffi di Oplontis, entre pop culture et tradition – Interview par Anne Giral p.50 est formé par deux artistes, Francesco et Bruno, inspirés initialement par les Schtroumpfs, qui ont créé leur site web et leur propre jeu à l’instar d’Invader. Ils signent en général leurs pièces de leurs initiales IPDO. Ils ont posé des pièces depuis 2018, une partie assez importante dans le arrondissement parisien.
HanimaleMoz est un créateur qui pose des monstres (MOZ) depuis 2019 essentiellement en Auvergne (plus de 250 sur les 340 pièces connues fin 2025).
SlimeMan produit des pixels en forme de ver de terre (slime signifie vase en anglais). Il a posé une centaine de pièces depuis 2020.
4lfr3dn3wm4d crée des avatars de fans d’Invader avec un alphabet « leet speak ». Il a créé une centaine de pièces essentiellement à Paris depuis 2021. Toujours en cohérence avec le même alphabet, ce projet s’appelle P1X4TT4CK et les personnages s’appellent des 4V4T4R5.
Zigom.artZigom, inspiration pop culture p.36 a créé à Paris un peu plus de 40 pièces entre 2021 et 2023 représentant des figures de la culture populaire (américaine pour la majorité).
Solrac a posé en 2021 80 mosaïques bleues à point blancs représentant les constellations du ciel essentiellement à Paris.
Tag__Lady est une des rares femmes street artistes. Elle est aussi basée à Orléans et a posé depuis 2022 environ 150 pièces dont la moitié dans cette région.
Hansel Pixel est un des artistes récents qui posent des pièces sous forme de jeu de piste ou thématiques (drapeaux européens à Strasbourg, 9 pièces en damier dans le arrondissement parisien). Il a posé plus de 150 pièces depuis 2024.
LOY est un artiste très atypique. Il n’a posé qu’une quinzaine de pièces à Paris, apparemment proches des écoles qu’il a fréquentées et rappellent des formes de masques africains. La date de leur pose est incertaine mais probablement entre 2022 et 2023.
La liste n’est pas exhaustive et on peut mentionner :
K-bal DonaK-bal et Dona, la mosaïque comme une arme p.100 find.ball / BALKA MaKsO, D3C4Y Cartoon N Cereal pwixel.art _piixy_ dit PIXY Cœur en pixels Tom Brikx The Mosaist BMAT.PIX AVVA
Hors de France Jim BachorLes Potholes de Jim Bachor p.118 a commencé à combler des trous dans le sol dès 2013, il a posé une centaine de pièces dont la majorité dans la ville de Chicago. Il a son propre site web incluant la carte de ses œuvres.
Helen Miles a commencé ses activités de Graffiti Mosaics en 2017 lorsqu’elle s’est installée à Edimbourg. Elle mentionne son inspiration de Jim Bachor. Elle mentionne Marylin Rattray et Joy Parker comme autres artistes écossais.
Carrie ReichardtCarrie Reichardt : 1 am an artist, your rules don't apply p.88 est « sans doute la mosaïste la plus connue du monde militant. Contrairement à Invader, son œuvre s'inspire de la faïence traditionnelle britannique, intégrant des éléments vintage, religieux et kitsch. Ses mosaïques débordent généralement de son esprit rebelle ». Certains pourront considérer que l’artiste appartient moins au street art que les autres artistes mentionnés ici car son œuvre n’appartient pas majoritairement à la rue ; l’artiste est néanmoins régulièrement mentionnée dans les articles sur le sujet.
Gilles PandelGilles Pandel, la poésie des éclats de miroir p.81 pratiquait la découpe de miroirs à Pully (Suisse) où il a posé plus de 80 pièces très proches de mosaïques entre 2004 et 2010.
Dans la catégorie spécifique de l’utilisation des miroirs, on peut mentionner ici Mirror Art Project à MoscouMirror art project : des mosaïques de miroir gravé p.80, TegmoTegmo, des installations de plantes et de miroirs dans la rue p.82 dont les passants parisiens connaissent dans doute les vases de fleurs, ou ShattersLes mosaïques de miroir et de verre brisé de Shatters p.84.