Gabrielle Enthoven est née Augusta Gabrielle Eden Romaine, le à Westminster et est morte le à son domicile de , à Londres.
Figure du théâtre londonien jusqu’à sa mort, elle a exercé les activités de dramaturge, comédienne, traductrice de théâtre et collectionneuse. Sa collection d’artefacts a fait l’objet d’une donation en 1924 au Victoria and Albert Museum de Londres.
Jeunesse Gabrielle Enthoven (de son nom complet Augusta Gabrielle Eden Romaine) est née en 1868, à Londres. Elle grandit comme expatriée à l’étranger, suivant les activités diplomatiques de son père en Inde et au Moyen-Orient. Ayant grandi sans gouvernante, elle ne sait ni lire ni écrire avant ses quinze ans, mais est déjà largement polyglotte : elle parle couramment anglais, français, italien, espagnol, arabe-égyptien, turc et plusieurs dialectes indiensThe Sphere, 30 avril 1927.
Elle rentre en Angleterre entre 1879 et 1893, au moment du départ à la retraite de son père. Ils habitent une propriété à proximité de Windsor, où elle a l’occasion de jouer avec la future reine Mary de Teck.
Rapidement passionnée par le théâtre, elle raconte qu’elle aurait même fugué enfant, pour se rendre à sa première représentation théâtrale, au The Queen, 25 février 1942. vignette|Inconnu, Gabrielle Enthoven dans une robe sophistiquée, collection du Victoria and Albert Museum, Londres
Vie mondaine En 1893, Augusta Gabrielle Eden Romaine épouse le Major Charles Henfrey Enthoven du corps des Royal Engineers de l’armée britannique, qui décède en 1910. Gabrielle Enthoven n’est cependant pas déclarée présente à ses obsèques. Elle est par ailleurs décrite comme lesbienne par certaines figures de la haute société lesbienne londonienne des années 1920, bien que le cachant. Très rapidement après le début du veuvage de Gabrielle Enthoven, son activité de collectionneuse et sa présence dans le monde du théâtre redoublent.
Gabrielle Enthoven est une personnalité intégrée et reconnue du monde du théâtre, notamment pour sa présence presque systématique aux premières, et ce, jusqu’à ses 80 ans.
Cette présence est sensible dans les amitiés qu’elle noue avec les auteurs, acteurs, metteurs en scène qui constituent la sphère théâtrale londonienne du début du 20e siècle: Mrs Patrick Campbell, , , , Edward Gordon Craig, Edith Craig, Ellen Terry et Noël Coward.
En 1921, Gabrielle Enthoven et Cecile Sartoris, ayant traduit conjointement Le Chevrefeuille de Gabriele D’Annunzio, se rendent à New-York, où la pièce se jouait au Lyceum Theatre. Celles-ci accueillent le jeune Noël Coward, désireux de se forger une carrière et de faire fortune aux Etats-Unis, dans l’appartement où elles séjournaient, témoignant de leur amitié et de leur proximité.
Gabrielle Enthoven établit également des relations avec des personnalités du monde du théâtre de manière internationale, comme avec l’actrice italienne Eleonora Duse, qu’elle aurait d’abord convaincu de remonter sur les planches après une maladie l’ayant alité, puis de faire ses adieux en 1923 en Angleterre.
Gabrielle Enthoven fréquente également des écrivains de grande notoriété, comme Oscar Wilde, qu’elle rencontre dans sa jeunesse, et qu’elle défend des attaques proférées par George Alexander notamment.
Gabrielle Enthoven fréquente la haute société lesbienne londonienne dans les années 1920, dont l’écrivaine Radclyffe Hall, autrice de Le Puits de Solitude (1928), la sculptrice Una Troubridge, la peintre Romaine Brooks et la joueuse de tennis et d’escrime Toupie Lowther font partie. Cependant, l’amitié de Gabrielle Enthoven avec Radclyffe Hall et Una Troubridge se brise, sans doute en raison du manque de soutien et de la volonté de discrétion d’Enthoven au moment du procès de Le Puits de Solitude en 1928: Enthoven fut critiquée de «renier les siens lorsqu’opportun» et plus généralement de nier son homosexualité.
Carrière théâtrale
Influences vignette| Gabrielle Enthoven, représentée vers 1910 par . Dramaturges et féministes, Gabrielle Enthoven et son amie Edith Craig fondèrent à Londres, en 1911, la compagnie des Pioneer Players (la « Troupe des Pionnières »), dont Enthoven assuma également la présidence avant Ellen Therry. La compagnie était très engagée sur les questions socio-politiques de l’époque, notamment la condition féminine, et comptait parmi ses membres de nombreuses suffragettes.
Enthoven comptait également parmi sa correspondance de nombreuses membres de la « Ligue des Actrices en faveur du suffrage » (Actresses’ Franchise League or AFL) et suffragettes, telles que Lena Ashwell, Adeline Bourne, Cicely Hamilton, Gertrude Kingston, Lillah McCarthy, Nancy Price, ainsi qu’Irene et Violet Vanbrugh. Avec elles et par leur intermédiaire, elle s’engagea dans plusieurs œuvres caritatives comme la « Guilde Théâtrale des Dames » (Theatrical Ladies’ Guild), la « Société des nouveaux acteurs » (Society of New Players), le « Comité du bal du club des trois arts » (Three Arts Club Ball Committee), le « Fonds de bienfaisance des acteurs » (Actors’ Benevolent Fund), ainsi que la « Société Théâtrale » (Stage Society) dont elle fut une éminente conseillère. Ses correspondantes sollicitaient son soutien, tant financier que pratique.
Le biographe de Radclyffe Hall, Michael Baker, raconte qu’elle utilisa son influence en tant que membre du conseil de la « Société Théâtrale » (Stage Society) de produire Chéri de Colette (1930). Enthoven pouvait agir en tant que mécène, autant qu’en tant que commanditaire.
Peu avant sa mort, entre 1948 et 1950, Gabrielle Enthoven devint la première présidente de la « Société de recherche théâtrale » (Society for Theatre Research).
Peu après la mort d’Enthoven, écrivit un court hommage pour Theatre Notebook, le journal de la toute récente « Société de recherche théâtrale » (Society for Theatre Research).
Dramaturge Gabrielle Enthoven fut l’autrice et la metteur en scène de quelques pièces comme Montmartre (1912), Ellen Young (co-écrite avec Edmund Goulding) (1916), The Confederates (1930), ainsi que de la traduction de Le Chevrefeuille, d’après la pièce de Gabriele D’Annunzio, (1921).
En 1912, son premier sketch intitulé Montmartre fut présenté dans la revue à succès Kill That Fly! à l’Alhambra Theatre. En 1913, The Observer lui adressera une critique élogieuse pour Montmartre.
En 1916, la compagnie des Pioneer Players monta la pièce Ellen Young, co-écrite par Gabrielle Enthoven et Edmund Goulding, et représentée au Savoy Theatre.
En 1914, Enthoven travaillait avec Cecile Sartoris à la traduction de la pièce Le Chèvrefeuille du poète italien et homme politique fasciste Gabriele d’Annunzio. La traduction fut publiée en Grande-Bretagne par Heinemann en 1915 et aux États-Unis par and Company en 1916. Elle fut produite au Lyceum Theatre de Broadway (New York) en 1921 et au Playroom 6 à Soho (Londres) en 1937 .
En 1916, Enthoven co-écrit Ellen Young avec Edmund Goulding, l’un des acteurs ayant participé à Montmartre. Produite par les Pioneer Players (la « Troupe des Pionnières ») au Savoy Theatre la même année, la pièce est une réflexion sur le théâtre, l’art de vivre et le rôle des femmes dans la société. Ellen Young, l’héroïne éponyme, travaille comme dactylographe et dont les parents issus de la classe ouvrière ne comprennent pas ses aspirations de théâtre. Lorsqu’elle apprend qu’elle est atteinte de tuberculose et qu’il ne lui reste qu’un an à vivre, Ellen abandonne sa famille pour devenir danseuse. Elle se produit sous le nom de Madame Ziobie et est adulée par ses fans.
En 1930, en collaboration avec H. M. Harwood, elle écrit la pièce intitulée The Confederates, qu’elle monta à l’Ambassadors Theatre.
Comédienne Le désir d’Enthoven de se produire sur scène semble rarement avoir trouvé à s’exprimer publiquement. À part la critique de sa performance dans le rôle de « Markham le censeur » (Markham the censorious), les autres commentaires sur son talent d’actrice proviennent d’anecdotes majoritairement racontées par St Clare Byrne.
Bien que Gabrielle Enthoven se produisit très rarement en tant qu’actrice, ce fut aux côtés de compagnies amateurs de premier plan comme les « Windsor Strollers », les « Old Stagers ».
Collection Enthoven
Collection particulière vignette|Inconnu, Gabrielle Enthoven et sa collection, vers 1909, collection du Victoria and Albert Museum, Londres|345x345px Qualifiée d’« archiviste de théâtre », Gabrielle Enthoven commence sa collection après son mariage en 1893. Son intérêt se développe quand elle découvre, en feuilletant de vieux programmes, que certains ouvrages sur l’histoire du théâtre - qu’elle consultait par passion - étaient erronés. Elle débute ce travail en découpant des articles de presse liés à l’activité théâtrale londonienne, en ayant comme premier objectif la correction des inexactitudes. À la mort de son mari en 1910, sa collection initiale de 200 programmes s’élargit considérablement et elle se consacre plus régulièrement et méticuleusement à cette activité.
En 1911, elle monte une campagne pour bâtir une collection d’artefacts de théâtre permanente dans une institution muséale britannique. Une lacune dans les collections des musées londoniens comparé à d’autres villes européennes telles que Harvard, Rome, Milan, Stockholm, Paris, même si le British Museum possède des objets liés au théâtre. Le projet a pour ambition de servir aux professionnels mais également aux amateurs, en rassemblant une grande diversité d'artefacts tels que des manuscrits de pièce de théâtre, des éléments de scénographie, ou encore des costumes. Ces collections seront enrichies par une bibliothèque spécialisée. Grâce à ses relations avec des membres importants du monde du théâtre londonien, son projet est relayé par la presse nationale et soutenu par des personnalités influentes, telles que les comédiens John Hare et Herbert Beerbohm Tree.
En novembre de la même année, le London Museum (ouvert de 1912 à 1976, aujourd’hui Musée de Londres) accepte d’inclure cette collection théâtrale dans son exposition permanente. Ce projet est pris un charge par le conservateur Guy Francis Laking. Cependant, la majeure partie de la collection Enthoven demeurait conservée à son domicile, tandis qu’un appel était lancé au public afin de prêter ou de donner tout élément susceptible d'enrichir l'exposition. En raison d’un manque d’espace et de participation du public, le projet ne rencontra pas le succès escompté et fût vivement critiquée.
Donation au Victoria & Albert Museum
Face à l'échec de projet au London Museum, Gabrielle Enthoven continue sa quête d'une institution acquéreuse. Malgré les refus,« qu’il n’y a si peu de chances que votre idée soit adoptée qu’il n’est pas justifié de vous demander de venir en discuter ici, comme vous le suggérez » (« there is so little chance of your scheme being adopted that we should scarcely be justified in asking you to come here, as you suggest, to discuss itThe Evening News, 15 Septembre 1938 »). vignette|Inconnu, Gabrielle Enthoven et les volontaires travaillant sur la « Gabrielle Enthoven Theatrical Collection » au Victoria and Albert Museum, collection du Victoria and Albert Museum, Londres elle porte alors son choix sur le Victoria and Albert Museum. En 1922, le V&A Museum ouvre l’Exposition internationale de théâtre : dessins et maquettes pour la scène moderne où sont exposés un petit nombre d’items de la collection Enthoven. Cette présentation donne espoir à Gabrielle Enthoven et la pousse persister.