Iríni Pappá (), connue en francophonie sous le nom d’Irène Papas, née Iríni Lelékou () le à Chiliomodi (Corinthie) et morte le dans la même ville, est une actrice et chanteuse grecque.
Au fil de ses quelque cinquante ans de carrière, Irène Papas a joué dans plus de quatre-vingts films dont Z (1969) de Costa-Gavras ou Zorba le Grec (1964) de Michel Cacoyannis, mais elle a surtout marqué les esprits dans des rôles de tragédienne antique comme dans Antigone (1961) de Yórgos Tzavéllas, Électre (1962), Les Troyennes (1971) ou Iphigénie (1977) de Michel Cacoyannis. Ses films font souvent ressortir sa personnification d'une femme hellène de caractère rappelant intentionnellement l'iconographie de la Grèce antique.
Biographie Irène Papas naît à Chiliomódi, en Corinthie sous le nom d'Irini Lelekou (Ειρήνη Λελέκου)... La plupart des sources indiquent (à tort) que sa date de naissance est le ; d'autres indiquent le , ou le . Selon le registre municipalReproduction dudit document., son année de naissance est 1929.
Irène Papas naît dans une famille d'enseignants ; son grand-père, ses parents et sa tante influencent son éducation. Sa mère, Eleni Lelekou, née Prevezanou, est une enseignante originaire d'Épire, qui lui fait fréquemment des lectures de nombreux récits et contes de fées. Son père Stavros Lelekos, professeur de théâtre classique, est le directeur de l'école de , en Corinthie, et lui apprend à lire le grec ancien. Ses parents ont eu quatre filles. Ses sœurs sont Evangelia Lelekou-Manthopoulou (Ευαγγελία Λελέκου-Μανθοπούλου, 1925-), médecin radiologue, ancienne directrice de l'hôpital Agios Savas (Άγιος Σάββας), et l'artiste littéraire et poète Despina Lelekou-Tataki (Δέσποινα Λελέκου-Τατάκη, 1926-2009). Son arrière-grand-père Stavros Lelekos (Σταύρος Λελέκος) écrit la première syntaxe de la langue grecque en 1881, ainsi que d'autres ouvrages pour l'enseignement secondaire vers la fin du . Ses parents opposent une vive résistance lorsqu'elle leur dit, à l'adolescence, qu'elle veut être actrice.
Son neveu est le réalisateur et scénariste , fils de sa sœur Despina ; un autre de ses neveux est l'acteur Aiadas Manthopoulos (Αίαντας Μανθόπουλος), fils de sa sœur Evangelia.
Carrière cinématographique Débuts vignette|redresse|gauche|Irène Papas en 1956. Dans son autobiographie, Alékos Sakellários écrit qu'il l'a vue pour la première fois place Sýntagma. Par son apparence, sa tenue et sa démarche, elle lui semblait être une « cariatide vivante ». Il la présente à la maison de production Finos Film et elle apparaît dans son premier film en 1948, Anges perdus de Níkos Tsifóros. Ce mélo, sorti en pleine guerre civile grecque (1946-1949), est considéré comme une dénonciation de la domination de la société grecque par les nouveaux riches sans scrupule.
Elle commence à attirer l'attention en 1952 avec son rôle dans le film Ville morte de Frixos Iliasis avec George Foundas (qui apparaît pour la première fois au cinéma) et dont l'action se déroule dans l'ancienne cité grecque de Mistra. Le film est projeté au Festival de Cannes 1952, où Papas est accueillie par la presse internationale et photographiée passant du bon temps avec le play-boy Karim Aga Khan IV, futur imam des ismaéliens nizârites.
Elle fait partie des actrices grecques à avoir davantage tourné à l'étranger que dans son pays. Les cinéastes grecs la considèrent comme une actrice non commerciale. À l'étranger elle signe avec Lux Film en Italie, où la publicité pour Ville morte suffit à la lancer comme une vedette du cinéma. Après un détour dans le film noir italo-américain Le Secret de la casbah, elle joue dans les melodramma strappalacrime Les Infidèles (1953) de Mario Monicelli et Steno et Le Cyclone (1953) ainsi que dans les péplums Attila, fléau de Dieu de Pietro Francisci et Théodora, impératrice de Byzance de Riccardo Freda et dans les films de cape et d'épée Les Aventures des trois mousquetaires (1957) de Joseph Lerner et sa suite L'Épée gasconne (1957) d'Hugo Fregonese, deux films inspirés du roman d'Alexandre Dumas. En 2008, l'Italie la distingue en lui remettant le Prix de Rome au théâtre d'Ostia Antica. Au moment de recevoir le prix, elle déclare : En Italie, elle travaille avec de nombreux cinéastes de Cinecittà et les Italiens l'apprécient, l'appelant et ( « notre Irène »).
Après une participation au western psychologique américain La Loi de la prairie (1956), elle enchaîne plusieurs films grecs comme Le Lac des soupirs (1959) de Grigóris Grigoríou, le film réalisé par son mari Alkis Papas Psit... les filles (1959) et le rôle-titre de la révolutionnaire Laskarína Bouboulína dans Bouboulina (1959) de . Puis elle acquiert une renommée internationale grâce à la superproduction anglo-américaine de guerre Les Canons de Navarone (1961). Son personnage est un ajout au roman d'Alistair MacLean dont le film est adapté : elle incarne une résistante qui prend une part active à l'action et un personnage féminin fort tout en étant l'objet du désir des hommes. Gerasimus Katsan écrit qu'elle joue une partisane dans Les Canons de Navarone, ; lorsque les hommes hésitent, elle tue la traîtresse Anna ; mais bien qu'elle ait une relation amoureuse avec Andreas (Anthony Quinn), elle reste , révélant peu de sa personnalité sensuelle ; elle est aussi dure que les hommes, comme le stéréotype de la villageoise grecque, mais elle représente un équilibre par rapport à eux dans le film.
La tragédienne antique vignette|redresse|Irène Papas sur le plateau des Troyennes en 1971. Mais c'est surtout ses rôles dans les adaptations cinématographiques des tragédies antiques qui la consacrent. Irène Papas joue les rôles titres dAntigone (1961) d’Yórgos Tzavéllas et dÉlectre (1962) de Michel Cacoyannis, où son interprétation puissante de l'héroïne condamnée lui vaut le statut de vedette. Elle a joué le rôle d'Hélène dans Les Troyennes (1971) de Cacoyannis, face à Katharine Hepburn, et celui d'une Clytemnestre aux « yeux charbonneux » selon le New York Times, dans son Iphigénie (1977). Outre Euripide et Sophocle, elle joue en tragédienne dans des adaptations de Federico García Lorca (Noces de sang, Yerma…), Gabriel García Márquez (Chronique d'une mort annoncée, Eréndira de Ruy Guerra en 1983), Leonardo Sciascia, Nikos Kazantzakis (Zorba le Grec).
Elle a déclaré que Cacoyannis était le seul metteur en scène avec lequel elle était vraiment à l'aise, se décrivant comme « trop obéissante » pour tenir tête aux autres metteurs en scène. Cacoyannis a déclaré qu'elle avait joué un rôle dans sa décision de faire Iphigénie, formant son image de Clytemnestre avec sa puissance et son physique, et sa colère impersonnelle et sans pitié contre l'injustice de la vie, quelque chose qui, selon lui, était accessible aux acteurs de pays comme la Grèce qui avaient connu de longues années d'oppression.
LEncyclopédie Treccani décrit Irène Papas comme une beauté méditerranéenne typique, dotée d'une belle voix, tant au niveau du chant que du jeu, très talentueuse et dotée d'un esprit d'aventure. Olga Kourelou ajoute que les réalisateurs de films, depuis Cacoyannis, ont systématiquement utilisé son physique : Elle écrit que la caméra s'est attardée en gros plan sur le visage de Papas et qu'elle est souvent photographiée de profil, rappelant intentionnellement l'iconographie de la Grèce antique. Kourelou donne comme exemple le plan de profil dans Iphigénie où Papas chante une berceuse à sa fille, devant une sculpture hellénique d'une femme, le plan faisant ressortir la ressemblance des traits de leurs visages ; elle note que les affiches de Papas ont souvent utilisé le même motif.
vignette|redresse|gauche|Anthony Quinn et Irène Papas dans Le Message (1976). Gerasimus Katsan a écrit qu'elle est la vedette de cinéma grecque la plus connue et la plus reconnaissable, . D'après Bampēs Aktsoglou, alors qu'elle possède cette aura qu'elle irradie dans le monde entier où elle incarne un pan de la grécité, Irène Papas n'a jamais été une star en Grèce, « mais une personnalité désarmée que le Grec de la rue a toujours considérée avec le respect et cette terreur sacrée que de tous temps la tragédie a inspirés dans ce pays ». Le critique américain de cinéma Roger Ebert observe qu'il y avait beaucoup de « jolies filles » dans le cinéma « mais pas beaucoup de femmes », et qualifie Papas de grande actrice. Ebert note qu'elle a dû se battre avec acharnement, que sa grande taille () limite le nombre d’acteurs masculins aux côtés desquels elle peut jouer car ces derniers ne veulent pas apparaître plus petits qu'elle à l'écran, que son accent marqué du Péloponnèse limite les rôles qu'elle peut tenir et que « sa beauté inhabituelle n'est pas du genre de celle avec laquelle les actrices vedettes aiment se mesurer ». Néanmoins, selon Ebert, sa présence dans de nombreux films connus a inspiré « une sorte de culte ».
Dans son livre sur le cinéma grec, Mel Schuster qualifie Irène Papas de grande actrice grâce à ses rôles dans quatre des films de Cacoyannis. Il trouve sa présence sur scène impressionnante, notamment dans Électre, et si puissante qu'elle limite les rôles qu'elle peut accepter au cinéma, car elle semble être une force élémentaire de la nature. C'est pourquoi, selon Schuster, Hollywood l'a traitée comme . Cela fait de son Hélène dans Les Troyennes, qui arpente la scène comme une panthère en cage , une , car Hollywood voit que, en fait, elle est aussi une actrice accomplie. Selon lui, la choisir pour le rôle de la belle Hélène est audacieux, car Papas n'est pas, en 1971, aussi conventionnellement belle qu'une Hedy Lamarr ou une Elizabeth Taylor ; si elle est D'après une citation à propos d'Hélène dans la pièce de théâtre La Tragique Histoire du docteur Faust., elle apporte . Schuster fait remarquer que dans chacun des quatre films de Cacoyannis, un plan de Papas procure un et reste gravé dans la mémoire. Dans Iphigénie, ce plan est, selon lui, judicieusement placé à la fin, sous le générique de fin, de sorte que les spectateurs la voient jusqu'à ce moment comme une actrice polyvalente et puissamment dramaturgique, appropriée à la fois aux dimensions mythiques anciennes du conte et à une lecture psychologique moderne du mythe.
Kemp décrit Irène Papas comme une présence impressionnante, ce qui a paradoxalement limité sa carrière. Il admire ses rôles dans les films de Cacoyannis, notamment celui de la provocante Hélène de Troie dans Les Troyennes, celui de la Clytemnestre vengeresse et éplorée dans Iphigénie, et celui, « mémorable », de la veuve froide mais sensuelle dans Zorba le Grec.
Le critique américain Bosley Crowther qualifie son apparition dans Zorba le Grec de « sombre et intense dans son interprétation de la veuve ». Gerasimus Katsan déclare qu'on se souvient le plus souvent d'elle comme de la « veuve sensuelle » dans Zorba le Grec. Katsan commente qu'elle est à nouveau en décalage avec les autres femmes du village, jouant « la veuve belle et torturée » qui est finalement chassée à mort avec ce que Vrasidas Karalis appelle la « noblesse élémentaire ». Jefferson Hunter écrit que Papas a contribué à faire de Zorba le Grec un film « exubérant » avec la passion austère de son rôle secondaire.
Ce succès ne lui rend pas la vie facile ; elle a déclaré ne pas avoir travaillé pendant deux ans après Électre, malgré les prix et les critiques laudatives ; et de nouveau, elle a chômé pendant dix-huit mois après Zorba le Grec. Ce film s'est révélé être son film le plus populaire, mais elle a déclaré n'en avoir tiré que .
Rôles éclectiques en Italie et à l'international Irène Papas a également joué dans À chacun son dû (1967) d'Elio Petri adapté du roman de Leonardo Sciascia. Elle y est accompagnée par Gian Maria Volonté qu'elle retrouvera dans Le Christ s'est arrêté à Eboli (1979) de Francesco Rosi. Elle incarne la reine Catherine d'Aragon dans Anne des mille jours (1969), un film britannique de Charles Jarrott sur l'Angleterre des Tudor.