La première guerre civile en république du Congo (1993-1994), également connue sous le nom de première guerre civile en république du Congo, est un conflit qui ravage la république du Congo du au . Elle oppose des milices rivales dirigées par Denis Sassou-Nguesso et Bernard Kolelas d'un côté et Pascal Lissouba, alors président de la République, de l'autre. C'est l'un des quatre épisodes de combats entre milices dans le pays, préparant le terrain pour les trois conflits suivants en 1997, 1998-1999 et 2002. Cette guerre est une conséquence directe des allégations non résolues de fraude électorale lors de l'élection présidentielle de 1992. La première guerre civile congolaise et la décennie de conflit qui a suivi ont fait plus de et .

Histoire du gouvernement au Congo-Brazzaville

Après l'indépendance Peu après son indépendance en 1964, la république du Congo (Congo-Brazzaville) connut une période de grande instabilité, marquée par des conflits répétés entre les pouvoirs militaire et exécutif de son État à parti unique. Une certaine résolution fut apportée par le colonel Denis Sassou-Nguesso, un dirigeant autocratique qui prit le pouvoir en 1979 et supervisa une décennie de croissance économique axée sur l'industrie pétrolière et les réparations aux relations avec la France, ancienne puissance coloniale du Congo-Brazzaville. Tout en maintenant la stabilité en offrant des postes gouvernementaux aux élites de tout le pays, il transforma également le pays en un État rentier néopatrimonial, redistribuant les revenus pétroliers à ses alliés et aux soutiens potentiels de son régime en échange d'éducation et d'emploi.

Les élections de 1992 et la lutte pour la démocratie

vignette|Denis Sassou-Nguesso, ancien président du Congo-Brazzaville En 1992, suite à une impulsion internationale en faveur de la démocratisation des pays francophones, le président Sassou-Nguesso démissionne. Cependant, au lieu d'être une occasion de bâtir une démocratie durable, les élections de 1992 sont largement perçues comme un échec. Comme une opportunité de prendre le contrôle des réserves pétrolières du pays. Sassou-Nguesso se présente à l'élection pour diriger le nouveau gouvernement face à Pascal Lissouba, ancien Premier ministre, et Bernard Kolelas, ancien homme politique. Lissouba remporte l'élection car sa région d'origine, dans le sud, a le poids démographique le plus important.

Gouvernement sous Lissouba Lissouba dirige d'abord un gouvernement de coalition avec Sassou-Nguesso, qui bénéficie d'une base populaire solide mais d'un soutien numérique insuffisant pour remporter les premières élections. Cependant, lorsque Lissouba refuse d'adopter le modèle d'État rentier que prône Sassou, ce dernier quitte la coalition. Lissouba n'accorde aucun poste important au sein du gouvernement aux partisans de Sassou, le privant ainsi d'accès aux principales sources de revenus pétroliers et de clientélisme. Sans l'aide de Sassou, Lissouba a du mal à se maintenir au pouvoir et met en place une force de sécurité privée pour s'y asseoir. La situation s'est rapidement envenimée lorsque Kolelas perçois la création d'une milice comme un acte d'agression et en créé une, recrutant des jeunes issus de sa région d'origine, ce qui exacerbe les divisions ethniques au sein du gouvernement. En 1992, en réponse à la défection de Sassou, qui lui prive de la majeure partie de son pouvoir parlementaire, Lissouba dissous le Parlement. Sassou convoque de nouvelles élections en 1993, espérant une victoire écrasante pour consolider son pouvoir. Au lieu de cela, Lissouba obtient quarante-neuf sièges, Kolelas et Sassou-Nguesso en remportent soixante-deux ensemble. Kolelas décide de boycotter le second tour et exhorte ses partisans à faire de même, les incitant, ainsi que les membres de sa milice, à la désobéissance civile et à la violence en dénonçant des fraudes.

Combats de milices À partir du , les milices s'affrontent à répétition, s'en prenant souvent aux municipalités locales plutôt qu'à leurs adversaires militaires. Les Cobras de Sassou-Nguesso et les Ninjas de Kolelas s'allient généralement contre les Cocoyes de Lissouba, mais la violence est complexe et les alliances peu contraignantes. Le président Lissouba proclame l'état d'urgence le . Les divisions ethniques jouent un rôle dans le conflit, qui se traduit fréquemment par des viols et des violences contre les civils. Pendant et après les élections, Lissouba et Kolelas masquent leur absence de divergences idéologiques et politiques en instrumentalisant l'appartenance ethnique et l'origine régionale. Tous deux tentent d'exploiter le « chauvinisme ethnique », en se servant des divisions ethniques existantes pour rallier des soutiens et, ce faisant, en creusant le fossé entre les deux camps. Selon les chiffres officiels, en six mois environ de combats, sont tuées, entre et détruites. Les combats sont suspendus le avec un cessez-le-feu. Le président gabonais Omar Bongo et Mohamed Sahnoun, représentant spécial de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en Algérie, mènent des négociations entre les parties à Libreville, au Gabon. L’accord de Libreville est conclu et signé le afin de régler la question des sièges contestés au Parlement et de tenter de résoudre définitivement le conflit en établissant des procédures électorales plus précises. Le président Lissouba lève l’état d’urgence le .

Conséquences de la guerre

Impact immédiat vignette|Pascal Lissouba, ancien Premier ministre du Congo-Brazzaville Au-delà des pertes humaines, matérielles et de liberté immédiates et tragiques, la décennie de combats qui débute avec la Première Guerre civile a des conséquences dramatiques sur tous les pans de la société congolaise, en particulier pour les personnes vivant déjà près ou en dessous du seuil de pauvreté. En 2005, « deux tiers des Congolais vivent sous le seuil de pauvreté », alors qu'avant 1993, moins de 30 % y vivaient La fréquentation scolaire, dans le primaire et le secondaire, chute de 30 à 51 % au cours de ces dix années, et les inégalités d'accès à l'éducation entre les sexes ne font que s'accroître. L'économie, largement tributaire des ressources pétrolières gérées par l'État, connait de fortes fluctuations dues à la déstabilisation de ce dernier.

Effets aujourd'hui Denis Sassou-Nguesso est le président actuel de la République du Congo, ayant repris le pouvoir en 1997. Il entame actuellement son troisième mandat, suite à un référendum constitutionnel controversé en 2015 qui lui permet de se représenter malgré ses plus de 70 ans et deux mandats précédents. Les résultats officiels du référendum lui attribuont 92 % des voix, suscitant des interrogations sur d'éventuelles irrégularités électorales. Des manifestations massives éclatent dans la capitale, réprimées par les forces de sécurité, entraînant la mort de quatre manifestants. En réaction, la milice Ninja, active depuis le conflit de 1992, s'est affrontée aux forces de l'ordre, provoquant une centaine de morts et des milliers de déplacés. Malgré la controverse, Sassou-Nguesso remporte les élections suivantes, portant son total à plus de 36 années au pouvoir. Des analystes africains et des groupes de réflexion suggèrent que de nombreux Congolais acceptent sa réélection par résignation. Ses deux principaux opposants sont emprisonnés, dont Kolelas, déjà candidat en 1992. Le spectre de la guerre civile de 1992 continue de peser sur le pays, avec des conséquences sur la répression électorale et la persistance des violences.

Groupes concernés

Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS). L'Union Panafricaine pour la Démocratie sociale (UPADS), dirigée par Pascal Lissouba, constituait le principal parti de la Coalition présidentielle. Sassou-Nguesso lui a apporté un soutien éponymique. Les Cocoyes et la Garde ministérielle étaient les principales milices armées affiliées à l'UPADS et à la Coalition présidentielle.

Parti congolais du travail (PCT) Le Parti Congolais du Travail (PCT), dirigé par Denis Sassou-Nguesso, bénéficiait du soutien direct de la milice Cobra. Il est notable que la méfiance de Pascal Lissouba envers l'armée congolaise s'avéra fondée. Majoritairement composée de Nordistes et de personnalités nommées par Sassou-Nguesso, l'armée s'abstint d'intervenir en faveur de Lissouba lors des conflits ultérieurs, adoptant une position de neutralité similaire à celle de Sassou-Nguesso lors de la crise de 1992.

Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI) Le Mouvement Congolais pour la Démocratie et le Développement Intégral (MCDDI), dirigé par Bernard Kolelas, bénéficiait du soutien de la milice Ninja. Cette dernière était principalement composée de membres de l'ethnie Bakongo, à laquelle Kolelas appartenait lui-même.

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Guerre civile en République du Congo (1997-1999)

Liens externes

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