vignette|Un carnet d'adresses rendu public lors de la publication de la phase 1 des dossiers Epstein en 2025, dont la majorité du contenu a été expurgée.

Les dossiers Epstein (ce dernier mot se prononçant ) ou Epstein files en anglais, sont un ensemble de documents détaillant les activités criminelles du pédocriminel américain Jeffrey Epstein ainsi que de ses affiliés, formant l'affaire Epstein. La « liste Epstein » est un document au sein de cet ensemble qui contiendrait les noms de clients de haut profil vers lesquels Epstein a trafiqué de jeunes filles. Epstein cultive un cercle social de personnalités publiques comprenant des politiciens et des célébrités, alimentant les affirmations complotistes suggérant qu'il tient une liste pour faire chanter ses associés, et que sa mort en 2019 n'est pas un suicide (tel qu'officiellement rapporté) mais un meurtre visant à protéger ses clients.

Les allégations concernant l'existence d'une liste de clients émergent d'abord immédiatement après la mort d'Epstein, pour avoir pris une notoriété accrue en 2025 suite à un tweet désormais supprimé de l'ancien conseiller principal de la Maison-Blanche et associé du département de l'Efficacité gouvernementale, Elon Musk, alléguant que le président américain Donald Trump figure parmi les noms listés. Lors de sa campagne présidentielle de 2024, Trump évoque l'idée de publier les dossiers Epstein, bien qu'il affirme depuis qu'il s'agit simplement de fabrications de membres du Parti démocrate.

Le département de la Justice des États-Unis (DOJ) publie un mémorandum le , indiquant que la liste n'existe pas et qu'. Le mémo est accueilli avec scepticisme par des commentateurs politiques de tout le spectre politique, tels qu'Alex Jones et John Oliver.

En , les démocrates du Comité de surveillance et de réforme gouvernementale de la Chambre des représentants des États-Unis publient une série d'emails impliquant Epstein dans lesquels il écrit : , et mentionne que Trump a avec l'une des victimes. Le , la Chambre des représentants adopte le Epstein Files Transparency Act par un vote de 427 contre 1. Le Sénat approuve à l'unanimité le projet de loi le même jour et le remet sur le bureau de Trump le lendemain matin. Trump signe le projet de loi le jour de sa réception, exigeant officiellement que le DOJ publie les dossiers dans un délai de 30 jours.

Contexte Jeffrey Epstein, condamné pour des crimes sexuels sur mineurs, a été inculpé en 2006 et a plaidé coupable en 2008. Il a été de nouveau inculpé en 2019 et est décédé en prison. Epstein entretenait un cercle social composé de personnalités publiques, notamment des personnalités politiques et des célébrités. Ceci a alimenté des théories du complot selon lesquelles Epstein aurait tenu une liste de clients à qui il aurait fait du trafic de jeunes filles, qu'il l'aurait utilisée pour les faire chanter et qu'il aurait été assassiné par ces mêmes clients. Ces théories ont été largement diffusées après sa mort en 2019, notamment par le président Donald Trump, et de nouveau en 2025.

L'expression « dossiers Epstein » désigne les documents recueillis comme preuves dans les affaires criminelles visant Epstein et ses associés, stockés sous forme de plus de 300 gigaoctets de données, ainsi que d'autres supports, dans le système de gestion de du FBI. Ils comprennent son carnet de contacts, les journaux de vol de ses avions et des documents judiciaires ; certains ont été rendus publics sous forme expurgée. Par exemple, des documents judiciaires et des journaux de vol ont révélé que diverses personnalités importantes avaient voyagé avec Epstein ou avaient été en contact avec lui.

Relation de Donald Trump avec Jeffrey Epstein right|start=03:57|thumb|Trump, en 2019, évoque sa relation avec Epstein.

Donald Trump affirme que lui et Jeffrey Epstein entretiennent une relation de longue date avant que celle-ci ne se détériore en 2004. Il indique connaître Epstein depuis la fin des années 1980 (, déclare-t-il au magazine New York en 2002).

En 1992, l'homme d'affaires George Houraney fait venir 28 personnes qu'il décrit comme des « filles » pour participer à un concours de « calendar girls » à Mar-a-Lago. Trump demande l'organisation de la soirée et Houraney, après l'avoir planifiée, découvre que Trump et Epstein en sont les seuls invités.

La même année, Trump qualifie Epstein de « type formidable » qui (le terme anglais utilisé pour « plutôt jeunes » est on the younger side, ce qui peut aussi être traduit comme « du côté des plus jeunes »).

D'autres témoignages évoquent leur proximité. Le frère de Jeffrey Epstein, Mark Epstein, affirme notamment qu'Epstein aurait déclaré avoir . Ces éléments contredisent les déclarations ultérieures de Trump affirmant qu'il , ainsi que celles de Steven Cheung selon lesquelles . Ces propos interviennent dans le contexte de l'accusation formulée par l'une des victimes d'Epstein, qui indique avoir eu une rencontre « troublante » avec Trump dans le bureau d'Epstein en 1995.

En 2003, Donald Trump fait partie des contributeurs à un album relié de messages d'anniversaire offert à Jeffrey Epstein pour son anniversaire. The Wall Street Journal rapporte que la lettre attribuée à Trump comprend un dessin représentant une femme nue ainsi qu'une conversation imaginaire entre les deux hommes, incluant la phrase , la signature de Trump étant placée de manière à évoquer des poils pubiens. À l'époque, le journal ne publie pas de copie de la lettre, et Trump nie immédiatement en être l'auteur. Une photographie de la lettre est ensuite transmise au Congrès par la succession Epstein et, le , The Wall Street Journal en publie une copie.

L'amitié entre Trump et Epstein se détériore au début des années 2000. Parmi les raisons évoquées figurent des plaintes de Trump accusant Epstein d'avoir « volé » des employés travaillant au spa de Mar-a-Lago, ainsi qu'un différend immobilier entre les deux hommes. En 2000, Ghislaine Maxwell engage Virginia Roberts (plus tard Giuffre), alors âgée de 17 ans, comme masseuse pour Epstein. Giuffre travaille alors au spa de Mar-a-Lago. En 2025, Trump déclare aux journalistes qu'Epstein . Le lendemain, Trump précise qu'il faisait référence à Giuffre, déclarant : . Ces déclarations font apparaître une chronologie incertaine : Epstein engage Giuffre en 2000, mais Trump ne révoque l'adhésion d'Epstein à Mar-a-Lago qu'en 2007.

En 2004, Trump surenchérit sur Epstein pour l'achat d'un manoir en bord de mer à Palm Beach, en Floride, qu'il revend par la suite à l'oligarque russe Dmitri Rybolovlev,.

En , Epstein est inculpé pour des crimes sexuels. En , Trump révoque son adhésion à Mar-a-Lago. Selon l'ouvrage Filthy Rich (2016), la fille adolescente d'un membre du club rapporte avoir été approchée à Mar-a-Lago puis invitée au domicile d'Epstein, où celui-ci tente de la faire se déshabiller. Le père s'adresse alors directement à Trump, qui interdit formellement l'accès du club à Epstein.

Le , lors d'une entrevue télévisée, Trump est interrogé sur l'arrestation de Ghislaine Maxwell pour trafic sexuel de mineurs. Il affirme d'abord ne pas être au courant, puis déclare : . Lorsque l'intervieweur rappelle que Maxwell est accusée de trafic sexuel d'enfants, Trump répond : .

Commentaires

L'avocat et professeur de droit Alan Dershowitz déclare, lors d'une entrevue accordée à Sean Spicer le , qu'il connaît les noms de personnes figurant sur une telle liste ainsi que dans des dossiers non publiés liés à Epstein, ajoutant : , tout en précisant être . Dershowitz fait partie de l'équipe juridique ayant négocié l'accord de non-poursuite accordé à Epstein en 2006.

Le , Elon Musk, ancien conseiller principal de Trump désormais en conflit ouvert avec lui, affirme sur le réseau social X que le nom de Trump figure et que cela constitue . Musk supprime le message deux jours plus tard. Le , il publie un nouveau message déclarant : .

Le , , ancien avocat d'Epstein ayant contribué à l'obtention de son accord de plaidoyer en 2008, affirme : . Le podcasteur Joe Rogan déclare pour sa part que le revirement de l'administration et son refus de publier les dossiers Epstein constituent une « ligne dans le sable », en particulier pour les partisans de Trump qui soutenaient sa présidence sur la base de cette promesse. Selon The Wall Street Journal, le département de la Justice informe Trump en que son nom figure dans les dossiers Epstein.

Publication de 2024 En 2023, soit quatre ans après la mort d'Epstein, la juge new-yorkaise Loretta Preska ordonne la levée du secret sur des documents issus de la poursuite en diffamation intentée en 2015 contre Ghislaine Maxwell. Les personnes dont le nom figure dans ces documents disposent jusqu'au pour faire appel afin d'en obtenir le retrait, faute de quoi les documents doivent être rendus publics. Les documents judiciaires rendus publics en contiennent peu d'informations qui n'étaient pas déjà connues.

Parmi les personnes mentionnées figurent notamment le prince Andrew, les anciens présidents américains Bill Clinton et Donald Trump, l'ancien gouverneur du Nouveau-Mexique Bill Richardson, l'avocat Alan Dershowitz et le physicien Stephen Hawking, la plupart n'étant cités qu'incidemment et sans accusation de comportement répréhensible. Le recruteur de mannequins Jean-Luc Brunel, accusé d'agressions sexuelles par l'une des victimes d'Epstein, est décédé en 2022 à Paris dans des circonstances controversées selon le médecin légiste, alors qu'il faisait l'objet d'une enquête pour viols et trafic sexuel de mineurs.

Déclarations de Trump et de ses proches Durant la présidence de Joe Biden, de 2021 à 2025, de nombreuses figures de la droite américaine, y compris des alliés de Trump, émettent l'hypothèse de l'existence d'une liste de clients d'Epstein que l'administration Biden refuserait de rendre publique. Kash Patel, qui n'est pas encore directeur du FBI à l'époque, affirme que le FBI dissimule des informations liées à Epstein et encourage une éventuelle administration Trump à les publier s'il est élu. Lors de la convention de Turning Point Action en , Donald Trump Jr. accuse l'administration Biden de garder cette liste secrète afin de protéger des pédophiles. En , J. D. Vance déclare : « il faut publier la liste Epstein ».

Trump, bien qu'il ait évoqué un lien entre Epstein et Bill Clinton lors de la conférence Conservative Political Action Conference de 2015, mentionne rarement les dossiers Epstein durant cette période, sans toutefois contredire les affirmations de ses alliés. À deux reprises durant sa campagne présidentielle de 2024, Donald Trump promet de publier les dossiers Epstein. Lors d'une entrevue accordée à Fox News en , interrogé sur une éventuelle déclassification, il répond : « Oui, oui, je le ferais ». L'extrait est alors diffusé par un compte officiel de sa campagne sur Twitter. La version intégrale diffusée ultérieurement montre cependant Trump exprimant des réserves, expliquant qu'il n'est « pas sûr » de le faire, car « on ne veut pas ruiner la vie des gens si ce sont de fausses informations, parce qu'il y a énormément de choses inventées dans ce milieu-là ».

Lors d'une entrevue accordée à Lex Fridman en , Trump affirme qu'il n'aurait « aucun problème » à publier d'autres dossiers Epstein et qu'il rendrait « probablement » la liste de clients publique. Le , en l'absence de journalistes, Trump signe l'Epstein Files Transparency Act transmis par le Congrès.

Implication du département de la Justice vignette|Le président Donald Trump et la procureure générale Pam Bondi au sujet de Jeffrey Epstein, le