vignette|252x252px|Adam Perelle (1640-1695), Åkerö, Suecia antiqua et hodierna, gravure, 28 x 35 cm, vers 1680. Le château d'Åkerö (Åkerö slott) est un château de campagne situé dans le Södermanland en Suède. Bien que le domaine ait une histoire remontant au Moyen Âge, le château actuellement visible a été construit à la demande de Carl Gustaf Tessin (1695-1770), d'après les plans de l'architecture suédois Carl Hårleman (1700-1753). Ce domaine constitue un bel exemple de l'influence de la mode française dans l'architecture civile suédoiseFredric Bedoire, Svenska slott och herrgårdar : en historisk reseguide, Stockholm, A. Bonnier, 2007, , ..

Le Canard blanc de Jean-Baptiste Oudry fut longtemps exposé au château d'Åkerö.

Histoire du domaine

Avant le château d'Hårleman Le domaine d’Åkerö, situé sur une petite île rocheuse du dans la paroisse de Bettna, est considéré comme l’un des plus anciens établissements de la région. Sa position insulaire offrait à la fois des voies de communication par l’eau et une protection naturelle contre les attaques terrestres. Des archives attestent de la présence de propriétaires agricoles sur le site dès les .

En 1281, le seigneur vend Åkerö à l’Allemand Fredrik Stikting, probablement arrivé en Suède sous le règne de Magnus LadulåsNils Sjöberg, "Åkerö. Bettna socken, Oppunda härad, Södermanlands Iän", Svenska slott och herresäten vid 1900‑talets början. Södermanland, Stockholm, Nordisk Familjeboks Tryckeri, 1908, p. 312.. Le domaine passe ensuite au notable , dont les héritiers divisent la propriété en deux parties distinctes, dites d’Åkerö et de Sundby. Ces deux entités sont transmises au cours des par héritages et alliances matrimoniales à plusieurs grandes familles de la noblesse suédoise, notamment les Natt och Dag, Grip, Lillje et Nils Sjöberg, op. cit., p. 313..

À la fin du , les deux parties du domaine sont réunies sous . C’est vraisemblablement à cette période, ou au début du , qu’un manoir en pierre est édifié sur l’île. Ce bâtiment, de plan carré et flanqué de tours d’angle, est représenté sur une illustration d’Erik Dahlbergh publiée dans le Suecia antiqua et hodierna vers 1680Bengt G. Söderberg, Södermanland (vol. II), Malmö, Allhens, Förlag, 1968, p. 292..

Au , Åkerö appartient à la puissante famille , par l’intermédiaire d’Anna Klemensdotter Hogenskild, veuve du conseiller Nils Bielke. Une chapelle est construite sur le domaine en 1577 et décorée de peintures murales en 1585Bengt G. Söderberg, op.cit., p. 295.. À la suite du en 1600, au cours duquel plusieurs membres de la famille Bielke sont exécutés, le domaine est brièvement confisqué par la Couronne avant d’être restitué aux héritiers.

Le manoir subi un important incendie en 1660 et ne fut jamais entièrement restauré. Malgré cela, le bâtiment reste debout durant plusieurs décennies. Le domaine demeure dans différentes branches de la famille Bielke jusqu’au début du , avant d’être transmis par héritage et successions complexes à la famille Horn, puis contesté devant les tribunaux.

En 1745, les héritiers de la famille Sparre obtiennent gain de cause dans le litige successoral. Parmi eux figure le comte Carl Gustaf Tessin, qui rachète les parts des autres héritiers et devient propriétaire du domaine en 1748, marquant le début d’une nouvelle phase dans l’histoire d’Åkerö .

Période Tessin et propriétaires ultérieurs vignette|Jacques-André-Joseph Aved (1702-1766), Comte Carl Gustaf Tessin, huile sur toile, 149 x 116 cm, Stockholm, Nationalmuseum.|gauche Sous la propriété de Carl Gustaf Tessin, le domaine connait une transformation majeure, avec l’édification au milieu du du bâtiment principal encore visible aujourd’hui, qui remplace alors l’ancien manoir médiéval.

Contraint par des difficultés financières, Tessin doit toutefois revendre Åkerö à son beau-frère, le comte , tout en continuant à y résider jusqu’à sa mort en 1770. À la mort de Wrede Sparre en 1772, le domaine est hérité par son gendre, le comte , considéré comme le fils adoptif de Tessin. Celui-ci conserve Åkerö jusqu’à son décès en 1803.

Le domaine passe ensuite à son propre gendre, le maréchal Fredrik Fabian Montgomery, qui le vend au directeur Carl Abraham Arfwedson. En 1858, ce dernier lègue la propriété à ses petits-enfants, Karl Rudolf et Maria Theresina Cederström, épouse du lieutenant-colonel baron . Ils restent propriétaires jusqu’en 1900, date à laquelle Åkerö est vendu à l’ingénieur G. F. Enderlein et à son épouse Bertha SvenssonBengt G. Söderberg, op.cit., p. 304..

Le domaine demeure par la suite dans la famille Enderlein, étant transmis en 1922 à leur fils, G. F. Enderlein, puis, en 1957, à ses enfants, A. F. Enderlein et M. Palmers.

Le château

La construction par Carl Hårleman Le château d’Åkerö est un exemple représentatif de l’architecture aristocratique suédoise du , marquée par une forte influence française tout en conservant certains éléments des traditions locales. Sa connaissance repose en grande partie sur les écrits de son commanditaire, le comte Carl Gustaf Tessin, figure majeure de la vie politique et culturelle suédoise, dont la notoriété a permis la conservation de témoignages contemporains et de récits documentant l’évolution du domaine.

Tessin entre en possession du domaine en 1745 par l’héritage de son épouse, la comtesse Ulrika Tessin, née SparreNils Sjöberg, op. cit., p. 315. . Lors de la première visite du site en 1746, le couple juge l’ancien manoir du inadapté à ses aspirations. L’ensemble médiéval, composé notamment d’un château, d’une chapelle désaffectée, de bâtiments administratifs et de maisons en bois, est alors considéré comme insatisfaisant pour les ambitions du couple. En raison de sa situation privilégiée sur les rives du lac Yngaren, Tessin décide en 1748 de faire démolir l’ancien château afin d’édifier une résidence conforme aux principes architecturaux modernes, principalement inspirés de la France. Les matériaux issus de la démolition sont réemployés pour les fondations du nouvel édificeGösta Selling, Svenska herrgårdshem under 1700-talet. Arkitektur och inredning 1700-1780, Stockholm, Bonniers, 1937, p. 111..

À la suite de sa visite du site en 1749, Tessin confie le projet à son proche collaborateur et ami Carl Hårleman, alors l’un des principaux représentants de l’architecture d’inspiration française en Suède. Hårleman est en effet un ancien élève de Claude Desgots et fit plusieurs voyages en France. Cette collaboration s’inscrit dans un contexte professionnel étroit, Tessin ayant occupé la charge de Surintendant des Bâtiments de la Couronne avant d’y faire nommer HårlemanMagnus Olausson, « Carl Gustaf Tessin : une biographie », Un suédois à Paris au XVIIIe siècle, la collection Tessin, catalogue d’exposition, Paris, Musée du Louvre, 2016, p. 18-19.. Entre 1750 et 1752, plusieurs projets sont élaborés et amendés conjointement, témoignant d’une maturation progressive du programme architectural.vignette|225x225px|Élévation d'une aile Åkerö depuis le jardin, vers 1750, Uppsala University LibraryLa construction du corps principal du château débute en 1753Gösta Selling, op. cit., p. 114. . Selon le journal tenu par Tessin, toujours conservé au château, la maîtrise d’ouvrage est confiée à un entrepreneur nommé Falck. En 1756, le gros œuvre est achevé et les travaux de décoration sont engagés, marquant l’achèvement de l’édifice principal après environ quatre années de travaux. Parallèlement, la conception des ailes fait l’objet de réflexions spécifiques. Contrairement au modèle français, celles-ci sont conçues comme des bâtiments indépendants. Initialement prévues sur un seul niveau, elles sont finalement élevées sur deux niveaux afin d’assurer une meilleure harmonie avec le corps central. Leur construction, réalisée en bois enduit, commence en 1755 et s’achève en 1757Gösta Selling, op. cit., p. 115-116..

En moins d’une décennie, Carl Gustaf Tessin parvient ainsi à faire édifier un ensemble architectural cohérent, caractérisé par une organisation spatiale et une élévation directement inspirées de l’architecture française. La toiture mansardée, le rythme des façades et la différenciation des niveaux entre le rez-de-chaussée et l’étage noble constituent autant d’éléments attestant de cette influence et de l’ambition esthétique du comteLars et Ursula Sjöberg, L’art de vivre en Suède, 1992, Paris, Flammarion, p. 49..

La distribution intérieure Au , la France s’impose comme une référence majeure en matière de distribution des espaces intérieurs, fondée sur des principes répondant à la fois aux exigences de représentation sociale de l’aristocratie et à l’essor progressif du confort domestique. Cette primauté théorique est formulée dans les traités d’architecture, notamment ceux de Charles-Étienne Briseux et de Jacques-François Blondel, ce dernier affirmant que la distribution constitue le fondement même de l’architectureJacques-François Blondel, cité par Peter Thornton, L’époque et son style, la décoration intérieure (1620-1920), Paris, Flammarion, 1984, p. 89.. Ces idées se diffusent largement en Europe grâce à des ouvrages de référence, tels que le Traité d’architecture dans le goût moderne (1737-1738), qui prolonge une tradition déjà établie par Augustin-Charles d’Aviler à la fin du .

Le château d’Åkerö bénéficie directement de cette théorisation française, tant par la formation de son architecte Carl Hårleman que par la francophilie affirmée de son commanditaire Carl Gustaf Tessin et de son épouse. Les séjours parisiens du couple, ainsi que les trois voyages d’Hårleman en France entre 1721 et 1745Martin Olin, « Les dessins de galeries dans les collections de Nicodème Tessin le Jeune et ses successeurs conservées au Nationalmuseum de Stockholm », Les grandes galeries européennes, XVIIe-XIXe siècles, Claire Constans et Mathieu da Vinha (dir.), Versailles/Paris, Centre de recherche du château de Versailles, Éditions de la Maison des Sciences de l’homme, 2010, p. 318. , lui permettent de suivre de près les innovations architecturales contemporaines ainsi qu'il l'indique lors de son deuxième voyage« Rien ne peut se comparer à la surprise que j’ai éprouvée lors de ce voyage en constatant combien de choses m’avaient échappé lors du premier » Lettre publiée par Åek Ludvig Stanenow dans Carl Hårleman. En studie i frihetstidens arkitekturhistoria, Uppsala, 1927, p. 60.. Sa connaissance approfondie de l'architecture française est attestée par sa correspondance et par une importante collection de dessins conservée au NationalmuseumRunar Standberg, Pierre Bullet et J.-B. de Chamblain à la lumière des dessins de la Collection Tessin-Hårleman du Musée National de Stockholm, Stockholm, Faibo grafiska, 1971. . vignette|257x257px|Carl Hårleman (1700-1753), Élévation côté lac et plan du rez-de-chaussée du château d'Akerö, vers 1750, Uppsala University Library