Marcus Sergius Silus est un militaire et homme politique de la République romaine, actif à la fin du et au début du avant notre ère.
Membre de la gens patricienne des Sergii, il est l'arrière-grand-père du conspirateur Catilina. Il est principalement connu de l'historiographie moderne grâce au récit de Pline l'AncienPline l'Ancien, Histoire Naturelle, VII, 29, qui le présente comme un modèle de résilience et de virtus romaine.
Vétéran de la deuxième guerre punique, Sergius Silus se distingue par un parcours militaire marqué par de graves blessures. Amputé de la main droite au cours d'une campagne, il est le premier exemple documenté de l'histoire militaire occidentale à avoir utilisé une prothèse fonctionnelle en fer (dextra ferrea) pour continuer à combattre. Malgré son handicap, il parvient à se hisser jusqu'à la préture urbaine en 197 avant notre èreTite-Live, Histoire Romaine, Livre XXXII, 32., après avoir contesté les tentatives de ses collègues de l'exclure des rites sacrés en raison de son infirmité.
Exploits militaires et première prothèse militaire connue Principale source sur sa vie, Pline l'Ancien lui dresse un portrait élogieuxPline l'Ancien, Histoire Naturelle, VII, 29 :
Le terme latin utilisé par Pline pour décrire la prothèse est « eaque religata ». Issu de religare (lier, attacher), le verbe insiste sur la fixation solideFélix Gaffiot, Dictionnaire illustré latin-français, Paris, Hachette, 1934, p. 1334 (entrée « religo »).. Les historiens modernes déduisent que la prothèse, probablement constituée de métal et de lamelles de cuir, était reliée fermement au niveau de l'épaule pour permettre à Sergius de soutenir le poids du scutum (bouclier), tandis qu'il maniait son glaive de la main gauche, une pratique inhabituelle imposée par son handicap(en) Lawrence J. Bliquez, « Prosthetics in Classical Antiquity: Greek, Etruscan, and Roman », dans Aufstieg und Niedergang der römischen Welt (ANRW), vol. II, 37, 3, Berlin / New York, Walter de Gruyter, 1996, p. 2640-2676 (analyse sur Sergius Silus p. 2668)..
Opposition à sa préture Élu préteur en 197 avant notre ère, Marcus Sergius obtient la préture urbaine (praetor urbanus), une charge prestigieuse qui implique l'organisation des sacrifices publics. Cependant, il se heurte à l'opposition de ses collègues qui tentent de l'exclure des rites sacrés (sacra) en raison de son infirmitéDraycott, J. (2021) Prostheses in classical antiquity: a taxonomy. In: Adams, E. (ed.) Disability Studies and the Classical Body: The Forgotten Other. (Introduction, p. 3)..
Cette opposition n'est pas politique mais religieuse. Dans la tradition romaine, le magistrat qui officie doit être physiquement « intègre » (integer). Une mutilation physique est perçue comme un vitium (défaut), un mauvais présage susceptible de briser la Pax deorum (paix des dieux)Sarah Rey, « Une blessure sans remède ? L'incapacité sacrificielle de M. Sergius Silus », Dialogues d'histoire ancienne, Supplément 28, 2024, p. 225-237.. L'absence de la main droite est particulièrement problématique : la dextra est la main consacrée à la Fides (la bonne foi, le serment) et nécessaire pour verser les libations sur l'autel.
Face à cette opposition, Sergius Silus prononce un discours pour défendre sa légitimité. Il retourne l'argument religieux en affirmant que ses blessures ne sont pas des flétrissures, mais des preuves de sa virtus sacrifiée pour la République. Le fait qu'il ait exercé sa charge, confirmé par Tite-Live, indique qu'il a su convaincre ses collègues.
Postérité Marcus Sergius Silus a inspiré l'élaboration de légendes romaines plus anciennes. Les historiens contemporains, tels que Gary Forsythe, considèrent que les exploits attribués à Lucius Siccius Dentatus (souvent qualifié d'« Achille romain »Aulu-Gelle, Nuits attiques, II, 11, 1.) constituent en réalité une projection littéraire des faits d'armes réels de SilusGary Forsythe, A Critical History of Early Rome: From Prehistory to the First Punic War, University of California Press, 2005, p. 203..
L'annaliste du avant notre ère, Gaius Licinius Macer, est fortement soupçonné d'avoir emprunté les détails de la vie de Silus (notamment le nombre précis de blessures et les combats singuliers) pour étoffer la biographie semi-légendaire de Dentatus, dans une volonté d'offrir à la plèbe un héros antique capable de rivaliser en prestige avec les grandes figures de l'aristocratie patricienneJacques Heurgon, Recherches sur l’histoire, la religion et la civilisation de Capoue préromaine des origines à la deuxième guerre punique, Paris, E. de Boccard, coll. « Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome » (), 1942, p. 274.Jean-Claude Richard, Les Origines de la plèbe romaine. Essai sur la formation du dualisme patricio-plébéien, Rome, École française de Rome, coll. « Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome » (), 1978, p. 530..
Bibliographie
Notes et références Notes
Références antiques
Références modernes
Catégorie:Personnalité romaine du IIIe siècle av. J.-C. Catégorie:Personnalité romaine du IIe siècle av. J.-C. Catégorie:Militaire de la Rome antique Catégorie:Personnalité politique de la Rome antique