vignette| Le (, « argent de Hanoucca » var. Hanoukke gelt, hébraïsé en Dmei Hanoukka) est une coutume juive consistant à offrir de petites sommes d'argent pour marquer la fête juive de .

Bien qu'elle rappelle fortement les usages chrétiens de fin d'année alors qu'il est , les rabbins et prédicateurs ont toujours souligné son originalité et son lien profond avec les valeurs proprement juives de la fête.

Symbole familier de la culture juive ashkénaze, depuis les jusqu'à l'histoire de Sholem Aleikhem et l'un des chants de Bialik, il connaît de nouveaux avatars avec les migrations vers l'Amérique ou l'état d'Israël.

La coutume originelle

Des donations

Offrir des friandises ou autres pour rendre la fête agréable aux Juifs, et aux enfants en particulier, est une tradition ancienne et répandue dans toute la diaspora juive..

Les rabbins y voient, comme à Pourim, une manière de à l'origine de la fête, et les dons aux démunis sont particulièrement encouragés, comme en témoigne déjà le code de Maïmonide (). Un siècle plus tard, le rabbin Salomon ben Adret évoque un bienfaiteur qui pourvoit aux besoins des veuves, orphelins et nécessiteux afin qu'ils puissent célébrer la fête dignement, et des collectes sont organisées à cet effet dans les communautés séfarades d'Italie au , cité in .

Aux collectes

Une coutume différente apparaît dans les sources juives en Pologne au , où des prêcheurs, des abatteurs rituels et des bedeaux font du porte-à-porte au cours des huit jours que dure la fête pour recevoir de la menue monnaie, de même que les chrétiens gratifient leurs fonctionnaires publics à l'approche de Noël.

Ces sources mentionnent même des jeunes hommes pauvres allant de maison en maison pour chanter et recevoir des dons. Le rabbin Saul ben David () explique cette coutume grâce à de savants calculs montrant que « » a la même valeur numérique que « le secret de l'aumône ». Ainsi, chacun de ces quêteurs, dont les modestes dons doivent financer de brillantes études sacrées, devient l'incarnation de la fiole d'huile miraculeuse qui, elle aussi, avait brûlé bien plus et plus longtemps de ce que sa faible quantité laissait prévoir.

Toutefois, cette pratique disparaît, tandis que la coutume de donner des pièces aux enfants pour qu'ils les reversent à leurs enseignants se maintient. Le () la justifie par le fait que , l'édification, est construit sur la même racine hébraïque que , l'éducation, cité in .

Aux enfants, et retour à la charité

Deux siècles plus tard, cette pratique évolue avec l'urbanisation, particulièrement dans les familles hassidiques où parents et grands-parents distribuent de l'argent non seulement aux indigents mais aussi aux enfants, afin de créer une ambiance plus festive et familiale, cité in , voir aussi .

Les enfants les utilisent pour augmenter les mises dans les jeux de toupie, et les rabbins offrent un autre panel de justifications : l'usage permet de maintenir les enfants éveillés pendant l'allumage de la Hanoukkia (Mishna Beroura 670:2, de la même manière qu'on leur distribue des douceurs avant le Séder de Pessa'h — ad loc), et les encourage à étudier la Torah que les Grecs auraient voulu interdire. Un auteur moderne ajoute que le rapprochement homilétique effectué par le (Pologne, ) sur Gn 32,25 peut être étendu au don d'argent : comme ces petits récipients, il symboliserait un “potentiel”, et le don d'argent à Hanoucca serait perçu comme un moyen d'encourager l'enfant à développer son propre potentiel. 

On apprend toutefois rapidement aux enfants à en prélever la dîme pour en faire don aux nécessiteux (, 139:1), et ainsi revenir à l'acte de charité qui propage le miracle à l'origine de la fête..

Avatars de la coutume aux temps modernes vignette| en chocolat, frappées de candélabres de pour imiter des pièces de monnaie hasmonéennes.

Des pièces de cuivre aux pièces de chocolat

Avec l'émigration vers le Lower East Side de New York, les familles juives découvrent les produits manufacturés, les vitrines illuminées, les petits luxes du quotidien et la coutume se transforme.

Le chocolatier Loft’s est le premier à proposer une version juive de ses pièces de Noël, elles-mêmes inspirées par les pièces de chocolat enveloppées de papier doré ou argenté et offertes aux enfants en Belgique pour la Saint-Nicolas.. Cependant, c'est Barton, fondé par des Juifs qui ont fui l'Autriche à la veille de la Seconde Guerre mondiale, qui impose ses pièces en chocolat, fades, cireuses et cassantes mais cachères (la qualité s'est améliorée depuis). 

En Israël, leur diffusion est renforcée par l'émission en 1958 d'une pièce nationale reprenant un motif hasmonéen . Le chocolat ne remplace cependant pas les cadeaux d'argent et, en 2007, 74 % des foyers israéliens déclarent avoir donné l'année précédente une somme moyenne d’environ à leurs enfants.

vignette|upright=0.5|Pièce d'un demi-shekel dispensée par le grand-maître de Vishnitz en 2011.

Pièces et cadeaux

Aux États-unis, le phénomène prend une autre ampleur car se déroule souvent à la même période que les fêtes de fin d'année chrétiennes, devenues fêtes nationales aux États‑Unis. Pour certaines familles sécularisées, la course aux cadeaux permet de maintenir une identité juive forte dans un environnement majoritairement chrétien.. D'autres cherchent, au contraire, à revenir à une approche plus « juive » de la fête, comme l'initiative , qui encourage les enfants à consacrer le cinquième soir de Hanoucca au don..

Pratiques ultra-orthodoxes et hassidiques

Le nom de cette initiative s'inspire d'une pratique ultra-orthodoxe qui réserve la distribution des pièces à la cinquième nuit de Hanoucca. La raison première est que cette nuit ne coïncide jamais avec le Chabbat, au cours duquel l'argent ne peut pas être manipulé, , cité in .. Toutefois, des explications plus spirituelles ont été avancées par plusieurs maîtres hassidiques, dont Menahem Mendel Schneerson qui fait remarquer qu'attendre jusqu'à ce jour, rend la fête plus stimulante.

Tous ont, en outre, souligné la valeur éducative et spirituelle de cette pratique : Menahem Mendel Schneerson, septième et dernier maître de la dynastie Habad-Loubavitch, en distribuait sous forme de pièces ou de billets lors d’événements publics, parfois à des groupes spécifiques (étudiants assidus, participants aux , enfants arrivés à ces évènements etc.), ou par intermédiaire lorsque le destinataire était absent. Ces pièces et dollars ont, comme dans d'autres courants hassidiques, été précieusement conservés par les fidèles, qui y voient un ..

Notes et références

Annexes

Bibliographie

Catégorie:Hanoucca