La nécropole de Sos Furrighesos est un site préhistorique daté du Néolithique situé à Anela, dans la province de Sassari en Sardaigne. La nécropole regroupe 18 tombes du type domus de janas dont l'accès est parfois difficile.
Plusieurs tombes se distinguent par leur décor exceptionnel, dont la tombe IX, également connue sous le nom de Sa Tumba de su Re, l’un des domus les plus monumentales de la nécropole qui a été transformée à l'époque nuragique en tombe des géants « à façade architecturale ». Quant à la domus XII elle se singularise par ses motifs décoratifs complexes, la présence exceptionnelle de figurines suggérant un espace rituel spécialisé et une riche stratigraphie témoignant d’un usage prolongé couvrant plusieurs horizons culturels.
La nécropole
La zone environnante est caractérisée par une succession de collines alternant avec de vastes étendues et des petits plateaux délimités par des escarpements trachytiques, le plus souvent arqués, dominant de courtes et étroites vallées parcourues par des torrents. La nécropole s’élève jusqu’à une hauteur d’environ 20 mètres, presque à pic par endroits, au‑dessus de la vallée sous‑jacente où coule le torrent Buttule à environ 200 mètres de sa confluence avec le Rio Mannu, un peu plus de 8 kilomètres au nord‑ouest d’Anela. Aux limites de l’escarpement sud‑ouest, on peut observer les traces d’un complexe nuragique, constitué d'un nuraghe à demi détruit et des traces de cabanes circulaires, et presque au centre du plateau, on distingue les traces d’un atelier lithique, caractérisé par de nombreux déchets de taille en obsidienne et en silex.
La nécropole regroupe 18 tombes du type domus de janas (y compris la tombe I, dont l’existence est probable), creusées dans l’escarpement trachytique à l’exception de la domus de janas XV. De manière générale, les entrées des tombes sont surélevées et disposées selon trois lignes horizontales parallèles. Cinq tombes (tombes I, IV, V, XII et XVIII) ont leur entrée située à la base de l’escarpement. Pour dix hypogées (tombes II, III, VI, VII, VIII, IX, X, XI, XIII, XIV), les portails d’entrée se trouvent à une hauteur comprise entre 0,60 m et 3,00 m au-dessus du sol. Les domus XVI et XVII ont leur ouverture à environ 20 m au‑dessus du niveau actuel du sol. De manière générale, les tombes ont des plans simples (monocellulaires, bi-cellulaires ou en « T » sauf la domus III qui comprend 7 pièces distinctes.
Compte tenu de leur implantation, toutes les tombes de la nécropole sont sujettes à l'infiltration des eaux de pluie par ruissellement ou des eaux de source. Pour pallier cela, deux types d'aménagement ont été mis en œuvre : des rigoles creusées perpendiculairement au seuil (domus II et III à l’intérieur, domus VI à l’extérieur) et des « gouttières » d'écoulement incisées sur la façade de l’escarpement, au‑dessus des entrées de tombes. À l’époque où la nécropole était utilisée, lorsque les portillons d'accès étaient fermés, l’eau ne pouvait pas pénétrer et il n’y avait donc pas besoin de rigoles, celles-ci durent donc être creusées ultérieurement, lorsque les hypogées n'étaient plus fermées.
Tombe I À mi‑hauteur environ de l’escarpement, et à quelques mètres de la tombe II, on remarque deux cavités creusées dans la roche, réalisées en partie par rotation, en partie par percussion. Un peu plus loin, en direction sud‑est, on voit une grande niche envahie par les ronces et, sur la droite, affleurant au niveau du sol, les bords supérieurs d’une probable entrée de domus complètement obstruée. Une fouille permettrait de déterminer avec précision s’il s’agit d’une tombe, qui serait alors la tombe I en partant de l’ouest de la nécropole, ou bien uniquement une tentative de carrière.
Tombe II La tombe II est partiellement écroulée et peu profonde, on y accède par une étroite tranchée taillée dans la roche longue de 2,50 m comportant des encoches semblables à un escalier. À l’extérieur, le long du versant de la paroi rocheuse, on observe une profonde incision en « V » qui surmonte et délimite la partie supérieure de l’embrasure, descendant verticalement le long des côtés, comme pour figurer la façade d’une cabane à double pente. Il n’est pas exclu que cette rainure périphérique, large de 5 à 15 cm, ait servi à canaliser l’eau de pluie afin de protéger l'hypogée de l’humidité. La tombe se compose d’une antichambre A, d’une cellule centrale et principale B, de deux cellules communicantes C et C’ accessibles depuis le mur gauche de B et d’une cellule D, à droite, pourvue de deux banquettes funéraires opposées. L’ensemble des chambres de l’hypogée dessine un plan en forme de « T ». On accède à l'antichambre par un portillon de section presque ovale, qui a été remanié. La profonde rigole visible à la base, destinée à l’écoulement de l’eau, est certainement plus récente.L'antichambre est un petit espace elliptique (1,72 × 0,72 m, hauteur 1,50 m), aux parois latérales inclinées, le sol et le plafond étant légèrement concaves. L'entrée de forme hexagonale a été élargie à une époque postérieure. Sur la paroi du fond, le motif à double pente de l'extérieur a été repris et souligné par un motif corniforme. La paroi de gauche comporte une bande horizontale et une lésène en relief. La paroi de droite est creusée de deux cavités. gauche|vignette|Tombe II : paroi du fond de la cellule B.
La cellule B adopte un plan sub‑rectangulaire (4,10 m de long côté entrée, 3 m de long au fond sur 1,58 m de profondeur et environ 1,30 m de hauteur). Le plafond est légèrement bombé au centre. Une modénature souligne la séparation plafond/parois. La paroi du fond est décorée d'une fausse porte avec une composition complexe : elle est encadrée, sur les côtés par des bandes plates en léger relief, d'une plinthe à la base, et au dessus d'une modénature continue et de bandes superposées sur toute la longueur. La paroi de l'entrée est une reproduction symétrique de celle du fond mais sans la fausse porte.
La cellule C est accessible par un portillon trapézoïdal aux angles arrondis, surélevé de 10 cm. La pièce est de forme semi‑ellipsoïdale (largeur maximum 1,16 m, profondeur 1,30 m, hauteur 1,25 m). Elle comporte une grande cavité (≈ 0,80 m de profondeur) à la jonction du plafond et de la paroi du fond. La cellule C’ est de plan semi‑ellipsoïdal (largeur maximum 0,94 m, profondeur 1,30 m), et forme avec la cellule C un ensemble bilobé.
La cellule D est accessible par un grand gradin transversal (0,66 m de haut) précédant un portillon trapézoïdal encadré d’une incision formant corniche. La pièce est de plan rectangulaire (1,37 × 0,76 m, hauteur 1,05 m). Deux banquettes funéraires de forme trapézoïdale sont visibles sur les côtés court. Le plafond plat est divisé, suivant l’axe longitudinal, par deux bandes plates en relief, l’une adossée à la paroi d’entrée, l’autre à la paroi du fond.
Tombe III La tombe est séparée de la domus II par un important éboulis provenant de la paroi rocheuse et elle a été très endommagée par des effondrements et des interventions postérieures. Elle se compose d’une antichambre (A), d’une cellule centrale (B) et d’un ensemble de petites cellules latérales, deux à gauche (C et D) et trois à droite (E, F, G) en enfilade.
L’antichambre, en grande partie ruinée, correspond à un espace étroit (3,10 × 0,65 m) dont le plafond a presque entièrement disparu. On y accède par une tranchée avec des marches taillées dans la roche. La cellule centrale B adopte un plan presque rectangulaire (3,33 × 1,92 m) aux angles arrondis, avec une paroi du fond légèrement concave. Le plafond est irrégulier, abaissé au centre et relevé vers les angles (hauteur maximale 1,62 m), ce qui accentue l’effet de cuvette. La première cellule à gauche, la cellule C, s'ouvre sur la vallée comme une sorte de terrasse couverte, la paroi externe s'étant effondrée. Elle est très endommagée et son plan est imprécis (profondeur maximale 2,35 m, largeur au niveau du seuil 0,78 m, hauteur 0,85 m). Le seuil de l’entrée, situé à 0,80 m au‑dessus du sol, présente une feuillure sur toute sa longueur. On accède à la cellule D par quatre encoches décroissant de taille du haut vers le bas. La cellule est de forme circulaire irrégulière (largeur de 1,62/1,97 m, hauteur 0,82 m). Le plan de la cellule E est très irrégulier avec une partie centrale de forme trapézoïdale (largeur 2,13 m, profondeur 1,58 m). La cellule F est de forme quadrangulaire (largeur 1,33 m, profondeur 0,73 m, hauteur 1,45 m). On peut accéder à la cellule G, soit par l'intérieur de la tombe (depuis la cellule F), soit depuis l'extérieur par des encoches taillées dans la roche et une large ouverture (1,45 m de large) vers la vallée. La cellule G adopte un plan sub‑quadrangulaire (2,50 m de largeur, 0,90 m de profondeur, 1,00 m de hauteur).
Tombes IV et V
La tombe IV est inaccessible, son entrée étant obstruée par un bloc rocheux. Elle semble être monocellulaire, de forme trapézoïdale. La tombe V est monocellulaire. L’entrée (0,58 m de hauteur et 1,55 m de largeur à la base) et la cellule (1,55 m de longueur, 1,14 m de profondeur maximale et 0,58 m de hauteur actuelle) sont de forme trapézoïdale. L’intérieur de la tombe a été soigneusement travaillé à l’aide d’un outil à tranchant dentelé, qui a laissé ses marques sur la surface rocheuse.vignette|Bucrane dans l'antichambre de la tombe VI.
Tombe VI L'accès à la tombe est difficile car elle ouvre sur la paroi rocheuse à environ 3 mètres au‑dessus du niveau actuel du sol. L’antichambre est semi-circulaire (longueur 1 m, largeur 1,64 m, hauteur 0,85 m), avec une voûte en berceau. Le portillon d’accès à la chambre principale, encadré d’une corniche en relief, est surmonté d’un bucrane sculpté dans un style naturaliste, avec cornes, tête et oreilles nettement distincte, mesurant 0,40 m de largeur pour 0,26 m de hauteur. La sculpture est peinte en rouge, tout comme une bande subsistant le long des parois, à la jonction avec le plafond. Depuis l’antichambre, on accède à la chambre principale, de plan semi-circulaire (longueur 1,85 m ; largeur 2,43 m ; hauteur 0,70 m). La paroi du fond comporte une fausse porte (largeur 0,61 m, hauteur 0,45 m) représentée par une corniche quadrangulaire en relief. La tombe n’a pas été fouillée, il n'est donc pas possible de préciser son cadre chronologique, attribué de manière générale au Néolithique/âge du cuivre.
Tombe VII Comme pour la tombe VI, l'accès à la tombe VII est difficile car elle ouvre sur la paroi rocheuse à environ 3 mètres au‑dessus du niveau actuel du sol. L'entrée est constituée d'un portillon rectangulaire (0,60 m de largeur, 0,58 m de hauteur, 0,125 m de profondeur) encadré par une corniche en relief. La tombe est composée de deux espaces, une antichambre et une cellule : l’antichambre est semi‑circulaire (1,28 m de profondeur, 1,73 m de largeur, hauteur au-dessus du comblement 1,00 m ) et la cellule ellipsoïdale (2,30 m de largeur, 1,12 m de profondeur, 0,77 m de hauteur sur comblement). La fouille de la tombe a livré un petit matériel céramique (fragments de grands vases) et lithique (racloir et lame en silex, galets de rivière).
Tombe VIII vignette|Tombe VIII : pétroglyphes rectangulaires non fermés. vignette|Tombe VIII : pétroglyphes.
La tombe se caractérise par une planimétrie complexe articulée autour d’un vestibule, d’une grande cellule décorée de pétroglyphes (B), d’un petit espace surélevé (C) et d’une cellule profonde (D) ouverte depuis une plate-forme :