Monique Sicard (née Monique Lefavrais), née le , est chercheure dans le domaine de l'épistémologie, auteure de nombreux livres et articles de rechercheLa fiche Data BnF de Monique Sicard rend compte de l'ensemble de ses travaux dans divers domaines scientifiques. 35 mentions bibliographiques en son nom, 95 références bibliographiques en collaboration et 35 thèmes en relation avec ses travaux de recherche. . Elle a également produit et réalisé des films scientifiques ainsi que des expositions. Venue des sciences (elle est titulaire d'une agrégation de sciences de la nature), elle est à l'origine du concept de génétique photographique inspiré par la génétique littéraire, au sein de l'Institut des textes et manuscrits modernes (ITEM).
Par ailleurs, dans la lignée de sa formation initiale, elle a écrit des livres et des articles consacrés à la question écologique et la notion de paysage.
Biographie En même temps que sa formation scientifique, Monique Sicard s'intéresse très tôt à la photographie, au dessin et aux formes de la nature. Elle est reçue major au concours d'entrée à l'École normale supérieure (promotion scientifique, concours « Sèvres ») en 1972. Elle est également reçue première à l'agrégation de sciences de la vie et de la terre en 1975.
Passionnée par le terrain, c'est en tant que géologue qu'elle commence sa carrière, tout d'abord à l'université de Sfax (Tunisie). Dans ce cadre, elle participe à la réalisation de la carte géologique de la Tunisie et à la création d'un enseignement supérieur tunisien des sciences de la terre. Durant ces deux années, elle s'intéresse aux paysages et s'attache à les observer pour mieux les connaître et les préserver. Elle développe également une réflexion épistémologique et philosophique sur la nature, l'observation, le regard, les représentations. Impulsant un élan pédagogique nouveau, elle emmène ses étudiantes et étudiants travailler, en milieu désertique, à l'analyse géologique et à la cartographie du terrain.
Simultanément, elle se voit confier, par le Muséum national d'histoire naturelle français, l'accueil, dans le sud tunisien, d'équipes de recherche sur la dynamique des populations animales et l'écologie des déserts et semi-déserts. Sous l'égide de Francis Petter, elle initie des travaux sur la biologie, l'éthologie, l'écologie d'un petit mammifère désertique à trompe, susceptible d'être à l'origine phylogénétique des mammifères euthériens : le Macroscélide de Rozet (Petrosaltator rozeti).
De retour en France en 1980, elle enseigne les sciences de la nature dans un collège d'enseignement secondaire puis au sein du Centre national de formation des professeurs de Montlignon (Val d'Oise). Puis, on lui confie la création du département Biosphère de la Cité des sciences de la Villette, alors en émergence, puis la direction de l'ensemble de l'équipe scientifique de la Cité. Durant cette période, elle collabore, en tant qu'auteure, avec Éric Cloué, à la réalisation du film Paul Jovet, un botaniste dans la ville, puis travaille, comme directrice scientifique, pour la série frano-américaine télévisuelle 3-2-1 Contact, de la chaîne publique PBS. La série sera diffusée dans une soixantaine de pays. vignette|droite|Adrien Douady à l'IHP, en 2003. En 1986, elle prend la responsabilité de l'équipe de production audiovisuelle du CNRSPlusieurs de ses films, réalisés dans ce cadre, sont disponibles sur CNRS Images : Supraconductors Materials (1987) , The Black Holes (1992) . En tant que conseillère, auteure ou réalisatrice de films documentaires, elle reçoit plusieurs prix internationaux pour les films L'année 1895 (film en haute définition, avec Jean-Paul Fargier), Nature contre nature (avec Farouk Beloufa, 1988), Douady Adrien mathématicienCe film est mentionné dans l'article nécrologique que Le Monde consacré à la disparition d'Adrien Douady : (avec Jacques Brissot, primé au Festival international de l'Émission scientifique de Paris en 1989), Cerveau morceaux choisis (avec Bernard Bloch).
Se tournant vers l'épistémologie, elle soutient, en 1996, sous la direction de Nicole Boulestreau, une thèse de doctorat qui a pour titre L'image comme preuve : essai critique sur les relations entre la science et les images, à l'université Paris-Nanterre, département des lettres et sciences humaines, spécialité philosophie.
Recrutée en tant que maîtresse de conférences en histoire et esthétique de la photographie à l'université Lyon 2, elle poursuit sa carrière scientifique au CNRS et intègre le Centre de recherche sur les arts et le langage (EHESS) où elle poursuit son travail dans le domaine de l'histoire et de la philosophie de l'image. En 1998, elle publie La Fabrique du Regard. Images de sciences et appareils de vision ()Voir, à ce sujet, l'article de Jean-Paul Thomas aux éditions Odile Jacob. vignette|gauche|Régis Debray aux Tribunes de la Presse à Bordeaux le 24 novembre 2016. En 1998, à l'initiative du département de philosophie de l'École normale supérieure, elle crée le séminaire « Photo-graphies : Genèses, théories, pratiques, images » (CNRS, ENS, EHESS). À la même époque, elle entame une collaboration avec l'équipe de médiologie de Régis Debray dont l'objet principal est le « médium » : prenant appui sur des champs scientifiques d'une grande diversité, l'équipe étudie le poids des médiations techniques et institutionnelles dans les domaines de la culture. Elle coordonne le n°10 des Cahiers de médiologie (2000) chez CNRS Éditions « Lux, des Lumières aux lumières ». . vignette|droite|Point de vue du Gras, Nicéphore Niépce, 1827. En 2010, Monique Sicard intègre l'Institut des textes et manuscrits modernes (ITEM). Elle prend alors la responsabilité des recherches sur la photographie et le cinéma, créant un champ disciplinaire nouveau, la génétique photographique, calquée sur la génétique littéraire, et dont rend compte le numéro « Photo-graphies » de la revue Genesis. Elle prendra en charge le décryptage de l'ensemble de la correspondance manuscrite de Nicéphore Niépce. vignette|gauche|Argentype créé pour le film Les argentypes de Jean-Marie Fadier (Prod: CNRS-ITEM, Réal : Monique et Pauline SICARD - 2012). Monique Sicard réalisé également deux films relatifs aux processus de la création photographique : Les argentypes de Jean-Marie Fadier. Voir également l'article qu'elle consacre à Jean-Marie Fadier : . et Scènes et rêves de Hsieh Chun-Te (ce film sera projeté en continu, sur le long terme, au musée des Arts contemporains de Taïpei (Taïwan). De 2014 à 2017, elle codirige, pour l'ITEM, le programme « Photographie et paysage » financé par l'Agence nationale de la recherche. L'équipe de recherche constituée est amenée à collaborer avec l'université d'Albuquerque au Nouveau-Mexique (États-Unis), l'université IUAV de Venise (avec Malvina Borgherini) et la république de Chine (avec Lin Chi Ming et l'université de Taïpei). Monique Sicard met alors au point les outils théoriques relatifs à la génétique des arts visuels (photographie et cinéma).
Parcours intellectuel thumb|Monique Sicard|droite Les travaux de Monique Sicard se concentrent, essentiellement, sur l'évolution des représentations mentales, individuelles et collectives, à l'aune des évolutions de l'image « photo-graphique », depuis l'émergence de l'héliographie, au début du , jusqu'à nos jours. Ces recherches prennent appui sur des lignes théoriques relatives à une phénoménologie de la perception (Maurice Merleau-Ponty, 1945) et visent la « rematiérisation » de l'image (François Dagognet, 1999François Dagognet, Les outils de la réflexion : épistémologie, Paris, Les empêcheurs de penser en rond, 1999. Monique Sicard participe à un numéro d'hommage de la revue Médium (n°48, juillet-septembre 2016) à François Dagognet : .]), l'émergence d'une génétique de la photographie (génétique textuelle et photographie, Sicard, 2015Monique Sicard, « Les enjeux d'une génétique photographique », Genesis, n°40, « Photo-graphies », 2015. ) dans une perspective de médiologie (Régis Debray, 1996-2004).
Il s'agit, comme le propose Edgar MorinEdgar Morin, Relier les connaissances. Le défi du XXIe siècle, Paris, Éditions du Seuil, 1999. , en « reliant » les connaissances, de créer des liens, d'unifier des domaines jusque-là autonomes, voire opposés. Ainsi, s'effacent les oppositions classiquement nées des objets (imagerie du corps humain, images sous-marines, œuvres d'artistes, ...) au profit des processus de création, de fabrication de leurs images.
Les principaux thèmes abordés par Monique Sicard sont : Les relations entre art, science et images : Il s'agit d'analyser la manière dont les images influencent la perception, la représentation et la construction des savoirs. On remet ainsi en question les frontières établies entre les domaines artistiques et scientifiques. L'émergence de techniques à fort impact social, culturel, symbolique : photographie, cinématographe, imagerie du corps, smartphone, caméras de surveillance, appareils de presse à longue focale... Le rôle symbolique et culturel de la lumière et des lumières dans les sociétés occidentales en relation avec les évolutions techniques des , . Les processus de création des images photographiques. L'impact social et culturel des images : Réflexions sur les représentations de la violence, les images et la guerre.
Tous ces thèmes témoignent ainsi d'une approche interdisciplinaire mêlant philosophie et épistémologie, histoire culturelle, science des textes, théorie et histoire des littératures et des arts.
Prenant appui sur des situations précises que Monique Sicard (re)matérialise, ces réflexions questionnent les points de vue, les contradictions, les sens esthétiques, les conflits, les choix, les orientations personnelles, les rêves, les incertitudes, les erreurs. Cette approche théorique s'élève ainsi contre la confiance naïve dans une science qui serait glacée, indépendante des savoirs, des psychologies et des prises de positions humaines. Elle apparaît, à l'inverse, riche de contradictions, de sensibilités, en état permanent de tentatives d'adaptationC'est ce que souligne, à propos du travail de Monique Sicard, Jean-Pierre Thomas dans son article : . thumb|gauche|Scènes et rêves de Hsieh Chun-Te, film de Monique Sicard Dans ce parcours intellectuel, il y a d'abord eu le constat d'une difficulté à rendre compte des cheminements intellectuels scientifiques par la réalisation de films (au sein de l'équipe de production audiovisuelle du CNRS), fussent-ils documentaires. Puis, à l'ITEM, Monique Sicard est confrontée à l'impossibilité de témoigner, par le récit, de la complexité de la réalisation d'un « simple » film. Et si, rendre compte des innombrables facettes de la création et de la réalisation était impossible, comment, dès lors, recevoir et « lire » les images ? Quels signes, en leur sein même, seraient susceptibles d'informer de manière précise leurs processus de conception, de création, de fabrication ? Était-il seulement possible, par une analyse critique, de donner à penser les images - notamment les photographies - indépendamment de leur objet (la carte postale de la Tour Eiffel n'est pas la Tour Eiffel) ? Comment penser le puissant décalage, que tout concours à effacer, entre la réalité et ses images ?
« Nous ne voyons que par le lampadaire qui décide de l'ombre et de la clartéMonique Sicard, « Une science façonnée par ses instruments de vision. La connaissance piégée par ses images même », Raison Présente, 2020/2, n°214-215. . Affrontant dès lors - et cela même aux plus hauts sommets - un milieu structuré comme un clair-obscur, nous agissons le plus souvent à l'aide d'appareils de vision, techniques ou institués. Force est de constater pourtant que la technique demeure incomprise, voire rejetée sauf, évidemment, de ses spécialistes.