vignette|L'ancien cimetière de Vesoul, France. En France, un cimetière est un groupement de sépultures, parfois attenant à un lieu de culte, d'abord géré par les cultes avant de devenir au un service public laïque.

Historique

Premiers cimetières

Dans la Gaule romaine, les cimetières sont aménagés en dehors des villes (des remparts lorsqu'ils existent). On trouve des cimetières d'incinération et d'inhumation.

Le cimetière de l'Antiquité tardive au Moyen Âge central Dans les premiers temps du christianisme, les Pères de l'Église accordent simplement aux morts les soins nécessaires aux vivants pour faire leur deuil. Au Haut Moyen Âge (), la mort se vit dans une continuité antique où les familles prennent soin de leurs morts et les enterrent.

C’est essentiellement durant la période carolingienne () que l’Église s’interroge plus avant sur la question du cimetière, des sépultures et des rites funéraires. L’accompagnement du défunt dans sa dernière demeure et dans l’au-delà se codifie selon de nouvelles modalités.

Entre les , lors de la christianisation en profondeur des populations de l’Europe, l’espace funéraire s’organise suivant de nouvelles dispositions et selon de nouveaux rites funéraires. Néanmoins, ce n’est qu’aux qu’apparaît, tel qu’on le connaît, le cimetière chrétien entourant l’église paroissiale.

Le passage de la nécropole antique au cimetière médiéval Les survivances antiques dans l'organisation médiévale de la mort Durant l’Antiquité romaine, la Loi des Douze Tables (milieu ) interdit les inhumations au sein de la citéA. Bernard, La sépulture en droit canonique, du décret de Gratien au concile de Trente, Paris, Éditions Domat-Montchrestien, 1933. Les premiers chrétiens seront donc inhumés dans les catacombes. Caractéristique de la période antique, la nécropole ne tend à disparaître que vers la fin du . Cette disparition s’accompagne d’un amoindrissement de l’utilisation de sarcophages, typique du mode d’inhumation antique. Les sarcophages commencent en effet à s’éclipser aux tandis que le coffrage, en bois ou en tuile, fait son apparition dès le et se diffuse au .. Le haut Moyen Âge voit s’opérer une généralisation des tombes en pleine terre et des modifications dans le mobilier funéraire sont également observables : les dépôts de types alimentaires perdurent au-delà du , avant de disparaitre à partir de l’époque carolingienne. Le dépôt d’objets, hors vêtements et habillement du défunt, à caractère religieux ou de pouvoir, lui, se maintient.

Pour cette période, on ne peut pas à proprement parler d’un « cimetière » au sens moderne du terme. Les fouilles archéologiques de sites funéraire du haut Moyen Âge tendent en effet à montrer qu’il n‘y a pas de signalement, par une croix ou une marque quelconque, de ces tombes en pleine terre, ni même de plan qui orienterait la répartition spatiale des tombes. Régulièrement, ces champs des morts sont labourés et les anciens ossements, le plus souvent des tibias ou des crânes sont déposés dans un ossuaire ou au pied du nouvel occupant.

À la fin du , les cimetières en « plein champ » (c’est-à-dire une longue rangée de dépouilles sur des dizaines voire des centaines de mètres) sont en grande partie abandonnés au profit d’un nouveau type d’organisation : la première ébauche de cimetière paroissialC. Treffort, L’église carolingienne et la mort : christianisme, rites funéraires et pratiques commémoratives, Lyon, Presse universitaire de Lyon, 1996..

Du cimetière paroissial au cimetière laïque

Le « droit » funéraire commence bien avant le Moyen Âge, par exemple avec la Loi des Douze Tables. Différents empereurs comme Constantin (310-337), Gratien (367-383) ou encore Théodose (379-395) légifèrent et interdiction est faite d’enterrer dans les églises (381). Le canon 14 du concile d’Auxerre (561-605) interdit « d’ensevelir les corps dans le baptistère »Les canons des conciles mérovingiens ( – ), Tome II, Sources chrétiennes, Paris, Éditions du Cerf, 1989. La période médiévale voit la mise en place d’un véritable arsenal législatif quant au lieu des tombes, à leur disposition ou encore aux modalités de mises en terre. Le concile de Clermont (535) interdit d’enterrer un corps avec une « nappe ou autres linges sacrés ». De même, les édits royaux et conciliaires tentent de mettre fin aux activités des vivants qui ont lieu sur et dans les cimetières.

L’interdiction d’inhumer à l’intérieur de l’église faite aux fidèles amène également au développement de l’inhumation ad sanctos. Au très Haut Moyen Âge, il existe une séparation entre cimetière et église qui tend très vite à s’amenuiser avec le développement des basiliques cimétériales ou des inhumations au sein de terres « habitées », ce qui amène souvent à la construction de chapelles funéraires familiales. La présence de tombes dans les basiliques péri-urbaines s’effectue assez rapidement, d’autant qu’au , l’ensevelissement intra muros est à nouveau condamné. La condamnation répétée de ce type de sépulture intra muros est la marque de sa conservation malgré sa prohibition. Cette interdiction connaissait des dérogations (les conciles de Germanie au montrent une certaine tolérance à ce sujet) pour les hauts dignitaires ecclésiastiques et laïques (nobles) qui possédaient une place « réservée » à l’intérieur des églises, surtout lorsqu’ils en étaient les donateurs ou constructeurs.

vignette|Vue de la crypte de la basilique Saint-Denis. Pépin le Bref, par exemple, fit construire un sanctuaire dans la basilique Saint-Denis destiné à sa propre sépulture afin d’y être enterré proche des reliques de Saint Denis, abritées dans une église construite par Sainte Geneviève, la patronne de Paris. Les bourgeois acquièrent au le droit de sépulture dans les églises que contre des sommes d'argent de plus en plus élevées.

À l’époque carolingienne, petit à petit, et de façon variable selon les régions, on aboutit finalement au système du cimetière paroissial qui encadre l’église. Au , on considère l’évolution des « champs de repos » comme achevée.

Le lieu de repos des morts est considéré comme une « terre sacrée », et ce dès les périodes antiques. Les empereurs chrétiens promeuvent des lois contre la destruction, la violation et l’atteinte aux sépultures, comme l’empereur Constant qui, en 356, promulgue une loi « contre la destruction des tombeaux »Les lois religieuses des empereurs romains de Constantin à Théodose II (312-438), Volume II, Code Théodosien, Livre XVI, Sources chrétiennes, n. 497, Paris, Édition du Cerf, 2005. Le droit romain prévoyait déjà ce genre d’interdiction (Dig. 1, 8, 6 , 4). La violation de sépultures est sacrilège chez les Burgondes ou chez les Wisigoths. Le concile de Mâcon (585) interdit l’ouverture des tombes pour y déposer de nouveaux morts si les cadavres des anciens occupants ne sont pas encore décomposés.

Dès le , le cimetière est vu comme un lieu d’asile et de refuge. À l’instar des églises, il est interdit de capturer un fugitif qui se réfugie dans l’enceinte du cimetière.

Avec la consécration épiscopale, le cimetière acquiert un nouveau statut, dont les plus anciens témoignages remontent au : l’évêque bénit à la fois l’église et son cimetière. Au , les sources indiquent finalement qu’un cimetière sans église est inutile et la zone funéraire attenant à ladite église est alors désignée comme son « sein »Honorius Augustodunensis/Honoré d'Autun in .

La règle de l'ensevelissement en terre consacrée est absolue : les membres dirigeants de la communauté ecclésiastique et de la noblesse locale cherchent à se faire ensevelir dans les églises. L'application de l'interdiction d’inhumer à l’intérieur de l’église est plus ou moins bien appliquée : même des fidèles, suffisamment aisés, peuvent jusqu'au se faire inhumer dans la nef, ce qui assure de substantiels revenus à la fabrique. Le sort des plus humbles reste à cette époque la fosse commune. De plus, les tombes dans les cimetières ne sont pas individualisées.. Contrairement à la vision erronée du grand public, cette terre sacrée que devrait constituer le cimetière, n'est pas soustraite à de multiples usages profanes. Les autorités ecclésiastiques y constatent en effet de nombreuses infractions : jeux et danses, séchage du linge, échoppes de marchands, foires et marchés, fabriciens faisant construire des maisons à louer..

Les nouvelles préoccupations sanitaires qui se développent au long du sont accompagnées de recommandations pour agrandir les cimetières, en instaurer extra-muros, surtout dans les grandes agglomérations urbaines. Le achève de faire des cimetières déplacés et monumentalisés le lieu privilégié du culte des morts.

Le cimetière paroissial, « terre sacrée » Les non-catholiques, n'ayant pas reçu le sacrement de l'extrême-onction sont toujours exclus de l'inhumation dans le cimetière paroissial par l'Église, à l'exception des enfants morts sans baptême qui bénéficient d'une place mais non bénite.. Le , le parlement de Paris par un arrêt de la Cour des grands jours de Poitiers interdit aux Protestants d'être enterrés dans les cimetières paroissiaux. Les morts devront aller ailleurs. Jusqu'à la Révolution, les inhumations se feront de nuit et plus ou moins clandestinement.

Laïcisation des cimetières vignette|220px|Second cimetière de Visker (le premier étant historiquement celui autour de l’église).

En Europe occidentale, au , les cimetières, alors installés au chevet des églises sont progressivement désaffectés. Sous l'influence du mouvement hygiéniste, les cimetières sont chassés des villes et les nouveaux cimetières sont ouverts aux portes des villes ou des villages. Les épidémies de choléra et les mesures d'hygiène à leur encontre contribuent fortement à ce changement. D'autre part la progression des idées libérales renforcent ce mouvement. Des débats politiques ont lieu sur le droit des non-baptisés à être inhumés dans les cimetières publics. Progressivement le cimetière n'est plus administré par l'Église et le pouvoir religieux mais par l'autorité municipale. Tel est le cas en France aux environs de 1770 où, sur les instances de la Faculté, les autorités décident de déplacer les cimetières à l’extérieur des villes pour les soustraire à la putréfaction, de les entourer de murs, d’interdire le creusage de puits à proximité pour des raisons de salubrité publique et lorsque le système des concessions voit le jourRégis Bertrand, les cimetières marseillais, Provence historique, tome XXIII, fascicule 92, avril - juin 1973, , Marseille.. Une ordonnance royale du interdit d’inhumer dans les églises, avec de possibles exceptions pour quelques privilégiés (évêques, curés, patrons, hauts justiciers et fondateurs des chapelles). ; elle prescrit que les cimetières devenus insuffisants soient agrandis et que ceux trop voisins desdites églises soient portés, autant que les circonstances le permettent en dehors de l’enceinte des villesRégis Bertrand, op. cité, .. Cette ordonnance qui supprime le choix du lieu de sépulture dans une église en imposant le cimetière ne fait qu'accélérer une évolution en cours : de lieu de vie placé au centre de la communauté des vivants, le cimetière devient un lieu de prière et de visite aux mortsMichel Vovelle, Piété baroque et déchristianisation en Provence au , Coll. Civilisations et mentalités, édition Plon, Paris, 1973, ..