LHistorial de la Grande Guerre est situé à Péronne, dans le département de la Somme. C’est à la fois un musée d'histoire de la Première Guerre mondiale, un centre international de recherches et un centre de documentation. C'est un « Musée de France. ».

Historique

Parmi les plus terribles moments de la Première Guerre mondiale figure la bataille de la Somme, aussi tragique que la bataille de Verdun : de juillet à , elle fit, toutes nationalités confondues, plus d'un million de victimes dont plus de ou disparus. Dès la fin du conflit, la Picardie et la Somme firent l'objet d'un véritable tourisme de mémoire et, au fil des décennies, des dizaines de milliers de familles anglo-saxonnes venaient chaque année se recueillir devant la tombe d'un proche et visiter les lieux commémoratifs.

Néanmoins, sur ces lieux de pèlerinage, aucun musée d’envergure n’existait sur la Première Guerre mondiale permettant de transmettre l’histoire du conflit au grand public.

C’est le conseil général de la Somme et son président Max Lejeune qui ont été, en 1986, à l’initiative de la création d’un musée de la Première Guerre mondiale. Jean-Jacques Becker et Jay Winter, qui dirigeaient le groupe d’historiens choisis pour piloter le projet sur le plan scientifique, obtinrent d’adjoindre au musée un centre international de recherches sur l’histoire de la Première Guerre mondiale : l’HistorialLe nom Historial, contraction des noms histoire et mémorial aurait été trouvé par Max Lejeune, président du Conseil général de la Somme, à l'époque. de la Grande Guerre était né.. Son implantation fut fixée à Péronne, qui offrait le double avantage d’être située au cœur d’une zone d’intenses combats de 1914 à 1918 et à proximité d’un accès à l’autoroute du Nord. L’Historial de la Grande Guerre a ouvert ses portes en 1992.

En prévision de la célébration du centenaire de la bataille de la Somme, le musée connaît un réaménagement de plusieurs de ses salles de 2014 à 2018. Le parc du C.A.M. qui entoure l'Historial a connu, en 2014, un réaménagement partiel par la création du « jardin du », œuvre du paysagiste Gilles Clément..

Le , l'Historial de la Grande Guerre a ouvert son second musée, situé à Thiepval, au pied du mémorial de Thiepval. Ce musée est consacré à l'histoire des batailles de la Somme et plus particulièrement à l'offensive de 1916, l’une des plus meurtrières du premier conflit mondial.

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Architecture du monument

vignette|gauche|200px|L'Historial de la Grande Guerre vu du parc du CAM.

C’est à l’architecte Henri-Édouard Ciriani, lauréat du concours d'architecture lancé en 1987, qu’a été confié la tâche de la conception et de la réalisation du bâtiment. Le défi majeur a été de l’insérer dans le prolongement du château médiéval où se tint en 1468 l'entrevue entre , roi de France, et Charles Le Téméraire, duc de Bourgogne. Une seconde contrainte était liée à la présence de l'étang du C.A.M. que l'architecte est parvenu à relever par la construction d'une partie du bâtiment sur pilotis.

Henri Ciriani choisit, pour construire le bâtiment, d'utiliser le béton blanc qui se rapproche de la couleur de la pierre, de la craie particulièrement. Il expliqua son parti pris architectural en ces termes : donner au bâtiment qu’il a conçu : « un caractère résolument moderne »Plaquette de présentation de lHistorial de la Grande Guerre Péronne Somme. où le béton blanc domine. Adossé au château médiéval doté de murailles de briques, le musée consiste en un niveau posé sur pilotis, ouvert en plusieurs « failles de lumière » sur un parc. « Légèrement mais solidement posé entre ciel et terre, c'est une horizontale calme, investie de lumière qui émerge de l'eau comme de la craie pétrifiée ».

Approche d'histoire comparée

Conçu en 1986 par des spécialistes internationaux, l'Historial privilégie une approche qui met l'Homme au centre des préoccupations, en comparant les trois principales sociétés belligérantes dans des domaines touchant à la vie au front et à l'arrière.

Histoire culturelle comparée

Sur ce que fut la ligne de front, où plus de vingt nations sont venues combattre au cours de la Première Guerre mondiale, l'Historial a été financé grâce à des fonds européens, nationaux, régionaux et départementaux.

Le musée a été conçu pour être un musée d'histoire culturelle, ce qui se traduit par une scénographie plaçant au centre de la présentation les individus : les soldats comme les civils, les prisonniers, les populations occupées, déplacées… Cette approche anthropologique vise à montrer l'humanité en guerre, dans une guerre totale affectant la société dans son ensemble.

Le mode de présentation muséographie se veut comparatiste, en mettant en parallèle pour chaque thème traité les productions des trois principaux belligérants et celles de leurs alliés. Ce comparatisme constitue la grande originalité du musée qui, par ce biais, montre et explique comment les populations ont réagi face à une conflagration d'une dimension jusqu'alors inconnue, selon leurs origines, leur culture et leur façon particulière d’envisager la guerre. Car pour ces populations immergées dans le conflit, la guerre est inséparable des représentations qui donnent sens aux souffrances endurées. C'est cette « culture de guerre » qui constitue le point commun entre tous les acteurs sociaux de 1914 à 1918 et qui est au centre du propos du musée. C'est à travers les collections réunies pour le musée et constituées d'objets originaux de toutes sortes – de la pièce d'artisanat de tranchée à la banale boîte de bonbons ; de l'œuvre d'art à la pièce d'uniforme – que cette « culture de guerre » est présentée au visiteur.

Au-delà des années de guerre proprement dites, l'Historial de la Grande Guerre propose une réflexion sur les origines et les conséquences du premier conflit mondial. Matrice du , la Première Guerre mondiale a des répercussions toujours actuelles, sur le plan géopolitique et socioculturel. L'Historial de la Grande Guerre incite donc à la réflexion sur la nature de la violence, les mécanismes de celle-ci, et sur sa nature protéiforme. Présenter la guerre sous tous ses aspects, c'est permettre de commencer une réflexion sur la paix au regard des épreuves passées et du monde actuel.

L'Historial de la Grande Guerre propose au visiteur de s'interroger sur la notion de « conflit », à réfléchir sur le monde passé, présent et à venir. La muséographie cherche à expliquer dans un premier temps, pour que la connaissance permette ensuite à l'émotion de s'exprimer. Ainsi, le musée montre la profonde influence aux résonances contemporaines d'une guerre, totale, industrielle et mondiale.

Muséographie et scénographie

Les muséographie et scénographie de l'Historial visent à mettre en valeur des objets et documents authentiques. Elles comparent les productions culturelles (industrielles, artisanales et artistiques) des sociétés en guerre au travers d'approches croisées entre civils et soldats des trois nations d'origine.

En 1990, les architectes et muséographes de la société Repérages (Adeline Rispal, Jean-Jacques Raynaud et Louis Tournoux) ont été choisis pour élaborer la muséographie et la scénographie dont le concept de présentation des objets et des documents traverse les quatre salles « historiques » (la salle centrale exposant les eaux-fortes d'Otto Dix a été conçue par Henri-Édouard Ciriani).

La muséographie met en relation les différentes « vérités » du conflit : première guerre globale impliquant l'ensemble de la société, civile et militaire, les deux dans une complémentarité vitale. Les espaces ne sont pas cloisonnés, les collections de l'arrière et du front dialoguent, sans se mêler, car ces deux mondes vivaient des guerres à la fois différentes et intimement liées. L'horizontalité de la scénographie du front exprime une rupture dans l'histoire des guerres. On ne se parait plus pour aller au combat en héros, entre militaires au service d'un prince, mais on se terrait dans des tranchées au nom de la nation, tout comme ses ennemis à quelques mètres et l'on mourait ensemble par millions, impuissants sous les obus. L'Historial de la Grande Guerre, situé au cœur des champs de bataille de la Somme, se devait de rendre les collections des soldats à leur territoire.

Objets et collections

En restituant les conditions de vie et les mentalités des soldats comme des civils, le musée permet d'appréhender l'impact d'une guerre moderne sur un quotidien totalement bouleversé. Un quotidien perçu dans une dimension nationale et internationale, mais également à l'échelle locale. Il aide ainsi à comprendre l'histoire de la Somme.

Les collections ont été constituées à partir de 1987 par des dons et des achats d'objets originaux. Plus de sont recensés. Les représentations artistiques de la guerre sont un pan important de la collection. Deux séries uniques de dessins d'importance historique sont notamment présentées : la série des cinquante eaux-fortes d'Otto Dixhttp://www.historial.org/Accueil/Musee-collection/Collection/Collections-thematiques/Otto-Dix/(language)/fre-FR Der Krieg présentée dans la salle centrale, constitue un témoignage unique de haute valeur sur l'horreur et l'absurdité de la guerre. Les dessins réalisés sur le front par Alexandre Zinoview, présentés au cours du parcours, montrent quant à eux la vie quotidienne, mêlée d'horreur et de fantasmes, des soldats.

Les collections sont accessibles au grand public sur demande. Plus de issues des collections de l'Historial sont visibles sur le site des archives départementales de la Somme.

Scénographie de l'exposition permanente

Les collections sont réparties dans l'espace selon leur niveau d'appartenance au conflit et selon un système comparatiste entre les collections allemande, britannique et française.

Celles du front sont déposées au centre des salles dans des décaissés (les « fosses ») de marbre blanc faisant référence au monde des tranchées et à la mort. Au centre des salles II et III, les fosses présentent les uniformes et armes des combattants, entourés d'objets règlementaires propres à la guerre de mouvement puis, de tranchée. Des effets personnels, des objets artisanaux confectionnés par les soldats, révèlent les parcelles d'humanité à travers le maintien de pratiques culturelles héritières de l'avant guerre : le lien avec les civils et l'ensemble de la société a toujours existé pendant le conflit. La scénographie incite le visiteur à établir un va-et-vient constant entre le front et l'arrière, ainsi qu'une comparaison directe entre les trois belligérants. Chacun est ainsi libre de construire son parcours dans le musée.

Les collections de l'arrière sont exposées dans des vitrines à la périphérie des salles sur trois niveaux de présentation pour mieux comparer la dimension sociale et culturelle du conflit entre les belligérants, la « mobilisation de l'arrière ».

Entre les deux, les objets témoins : dessins, aquarelles, peintures, gravures, extraits de films d'archives… qui tentent de décrire l'indescriptible et jouent dans le musée le rôle de médiateurs comme ils le jouaient dans la société. Des extraits de littérature de guerre et de poésie ponctuent la signalétique didactique et renforcent également la médiation. Des bornes vidéo présentent des films d'époque, illustrant pour les trois pays l'importante médiatisation de la vie sur le front. Elles nous rappellent que la Grande Guerre fut la première guerre de l'image filmée. Des « tables d'orientation » donnent au visiteur les repères géographiques et historiques nécessaires. Sur des panneaux articulés, des œuvres réalisées par des artistes-soldats rendent compte des principaux aspects de la vie des soldats (attaque, nourriture, hygiène, permission…).