Jean-Antoine Chastel, né le et mort le à La Besseyre-Saint-Mary (Haute-Loire)Acte de baptême de Jean Antoine Chastel du 20 avril 1745. Archives départementales de la Haute-Loire. La Besseyre-Saint-Mary. 6 E 28/1-B. Vue 40/421, est un paysan de l'Ancien Régime.

Au XXᵉ siècle, il apparaît dans des fictions autour de l’affaire de la Bête du Gévaudan, où romanciers et essayistes lui attribuent un rôle central La Bête du Gévaudan démasquée par l'ordinateur, Jean-Jacques Barloy, Science et Vie n° 753, 1980., sans aucune preuve historique sérieuse.

Biographie Jean-Antoine Chastel est le fils de Jean Chastel, cultivateur et brassier, et de Anne Charbonnier. Il naît le et grandit au village de La Besseyre-Saint-Mary, dans le Gévaudan, ancienne province française qui correspond à l'actuel département de la Lozère et d'une partie de la Haute-Loire. Les archives le disent cultivateur.

Le , il épouse Catherine Charitat Archives départementales de la Haute-Loire. La Besseyre-Saint-Mary. 6 E 28/1. Vue 330/421. De leur union naît neuf enfants entre 1778 et 1795. Il meurt le à La Besseyre-Saint-Mary, à l'âge de 78 ans Archives départementales de la Haute-Loire. La Besseyre-Saint-Mary. 6 E 28/5. Vues 5 et 6/180 .

La Bête du Gévaudan gauche|vignette|Mont Mouchet en hiver. La bête du Gévaudan est le surnom d'une bête féroce, ou de canidés mangeurs d'hommes, entre 1764 et 1767. Des attaques sont signalées dans le Dauphiné, le sud de l'Auvergne, le nord du Vivarais, le Rouergue et le sud du VelayLa bête du Gévaudan : une énigme de l'histoire, Félix Buffière, Toulouse, 1987.Les Survivants de l'ombre : enquête sur les animaux mystérieux, Jean-Jacques Barloy, Paris, Arthaud, 1985..

Le , des membres de la famille Chastel sont incarcérés après une violente altercation avec les gardes-chasses de François Antoine, chasseur et porte-arquebuse envoyé de Versailles par Louis XV Ce tant rude Gévaudan, Félix Buffière, Mende, 1986. Toutefois, en l'absence de documents historiques, rien ne prouve que l'inculpé soit Jean-Antoine Chastel ou son père Jean Chastel La Bête du Gévaudan, chronologie et documentation raisonnées, Alain Bonet, 2011La famille Chastel est nombreuse entre les villages de Darnes et de la Besseyre-Saint-Mary. Certains cousins partagent les mêmes patronymes comme « Jean » ou « Jean-Antoine »..

Le , au mont Mouchet, Jean-Antoine Chastel et son père font partie des hommes qui accompagnent le marquis de Châteauneuf-Randon d'Apchier à une ultime chasse. Au lieu-dit la Sogne d'Auvers, Jean Chastel abat un animal identifié comme un loup, ou un canidé ressemblant à un loup « Relation des dégâts faits en Gévaudan par la bête féroce qui y a paru en 1763 rédigée par M. Bès de la Bessière de St Chély » (AD 48 -11-J-12, fonds Auguste André, Bès de la Bessière, Archives départementales de la Lozère).. Selon la tradition orale, et l'essai de l'abbé Pierre Pourcher en 1889 Histoire de la bête du Gévaudan, véritable fléau de Dieu , abbé Pierre Pourcher, Saint-Martin-de-Boubaux, 1889., Chastel récite « les litanies de la Sainte Vierge » quand la Bête « le reconnaît et s’assoit devant lui ». Finissant calmement sa prière, il « ferme son livre, plie ses lunettes dans sa poche, prend son fusil et tue la Bête, qui l'avait attendu ». Aucun document d’archive ne mentionne de tels détails. L'abbé Pourcher transforme une simple chasse au loup en mythe, faisant du paysan un « saint » ou un « héros chrétien régional » La Bête du Gévaudan. Les auteurs du XVIIIe, XIXe, XXe siècle : historiens ou conteurs ?, Jean-Marc Gibert, Société des Lettres, Sciences et Arts de la Lozère, 1993.. Les historiens soulignent le caractère romanesque et fantasmagorique de cette scène, qui sera pourtant reprise dans de nombreux essais, thèses et romans La grande peur du Gévaudan, Guy Crouzet, Moulins, 2001..

Depuis la mort du loup de Chastel, plus aucune attaque sur l'homme n'est signalée dans la province du Gévaudan La Bête du Gévaudan en Auvergne, François Fabre, Saint-Flour, Imprimerie de H. Boubounelle, 1901.

Après la mort de son père en , Jean-Antoine Chastel (signant simplement « Jean ») entame une procédure juridique pour réclamer la récompense promise à qui tuera la Bête du Gévaudan, sur le compte de la généralité d'Auvergne. La crise financière de la Révolution française empêche le fils Chastel de recouvrer aisément cette somme, puisque le , le cultivateur « en est encore à passer devant les notaires de Langeac une procuration en blanc pour faire valoir sa créance auprès du commissaire liquidateur de la dette nationale, à Paris »La Gazette de la Bête, vol. 18, Saint-Paulien, association Au pays de la bête du Gévaudan, décembre 2017.

Accusations Au début du XXe siècle, la fiction s'empare de l'affaire. Sous la plume du romancier Abel ChevalleyLa Bête du Gévaudan, A .Chevalley, Paris, Gallimard, coll. « Histoires extraordinaires », 1936. ou de Henri PourratHistoire fidèle de la Bête du Gévaudan, Pourrat, Clermont-Ferrand, Éditions de l'Épervier, 1946., Jean-Antoine Chastel, devenu simplement « Antoine Chastel », est un marginal vivant au mont Mouchet. Dans leurs romans respectifs, les auteurs imaginent un homme au passé trouble, ancien esclave des barbaresques et gardien de fauves, qui dresse la Bête à son retour d'Afrique. Ce récit romanesque séduit le public et influence d'autres auteursLa Bête du Gévaudan : oeuvre du Diable ou simple animal, A.Sabba, Edifoli, 2013.Loups garous en Gévaudan, P.Cubizolles, 1995.Vie et mort de la Bête du Gévaudan, Raymond-Francis-Dubois, 1988.. Il sera repris, ou du moins suggéré, dans le téléfilm La Bête du Gévaudan de Yves-André Hubert, (Le Tribunal de l'impossible, diffusé en 1967 sur l'ORTF)La part de l’ombre ou la télévision dans le baquet de Mesmer , Bernard Papin, Images du Siècle des Lumières à la télévision : construction d'une culture commune par la fiction, De Boeck Supérieur, coll. Médias-Recherches, 2010..

Entre les années 1970 et 2000, dans une volonté de réhabiliter le loup en FranceLa Bête du Gévaudan : le loup acquitté enfin !, Hervé Boyac, Sayat, de Borée, coll. « Terre de poche », 2013., plusieurs essayistes, éthologues et défenseurs de la cause animale - comme Gérard MénatoryLa Bête du Gévaudan : histoire, légende, réalité, Gérard Ménatory, Mende, 1976. ou Michel LouisLa Bête du Gévaudan, l'innocence des loups, Michel Louis, Perrin, coll. « Vérités et légendes », 1992. - ravivent les polémiques visant la famille Chastel. Dans l’imaginaire collectif, « Antoine Chastel » est accusé de former un duo de tueurs en série avec le comte Jean-François de MorangièsLa Bête du Gévaudan, autopsie d'un mythe, reportage de David Teyssandier, France 3, 2002.. La complicité supposée entre ces deux figures sociales fascine : d’un côté, le paysan marginal et soupçonné de rancunes obscures; de l’autre, l'aristocrate puissant et dépravé. Cette alliance fantasmée s’inscrit dans une longue tradition littéraire où l’on cherche à incarner le mal sous des visages humainsLa Bête du Gévaudan était-elle dressée pour tuer ?, Thibaut Solano, journaliste au quotidien La Montagne.. Or, les historiens rappellent que les archives ne corroborent aucune de ces accusations : elles relèvent davantage du mythe, du mensonge et du roman que de faits établis« La culpabilité de Jean-François de Morangiès est pour moi une conviction, mais, faute de preuves, je continuerai à appeler comte le noble de haut rang qui fut avec Antoine Chastel à l’origine de l’affaire », La bête du Gévaudan : l'innocence des loups, Michel Louis, Perrin, 1992.La bête du Gévaudan, Jean-Marc Moriceau, Larousse, coll. « L'histoire comme un roman », 2008..

En 2014, Catherine Hermary-Vieille signe La Bête aux éditions Albin Michel, un roman qui dépeint « Antoine Chastel » comme un criminel pervers, sadique, dépourvu de toute empathie pour ses victimeshttps://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-entretien-du-petit-matin/catherine-hermary-vieille-6738859 L'entretien du petit matin : Catherine Hermary-Vieille (France Inter).. Une représentation qui s’inscrit une fois de plus dans une continuité romanesque et sans preuves historiqueshttps://www.nouvelobs.com/magazine/20140507.OBS6535/le-maitre-du-gevaudan-catherine-hermary-vieille-revisite-la-legende-de-la-bete-du-gevaudan-en-brossant-le-portrait-de-son-terrible-maitre.html Le maître du Gévaudan - Catherine Hermary-Vieille revisite la légende de la bête du Gévaudan (Le Nouvel Obs)..

Alain Decaux reste sceptique sur la culpabilité de la famille Chastel : « Rien ne prouve la culpabilité d'Antoine Chastel »Alain Decaux raconte, ORTF, 1972; La Bête du Gévaudan était-elle un sadique ?, Historia numéro °370, 1977. L'homme de radio Pierre Bellemare prend également sa défense : « L'enfance aventureuse d'Antoine Chastel n'a jamais été prouvée et semble même invraisemblable. Ce ne sont que des racontars de village à propos d'une famille dont l'algarade avec les dragons prouve qu'elle n'était pas facile à vivre. »Les Grands Crimes de l'Histoire, P.Bellemare/J-F. Nahmias, 1986..

Les accusations visant Jean-Antoine Chastel ne relèvent, en l’absence de preuves historiques irréfutables, que de pures spéculations. Elles relèvent davantage de l’imaginaire collectif et du besoin de donner un visage humain à « la Bête » que d’une enquête fondée sur des sources fiables« "Bête du Gévaudan" : au moins l'un des suspects était bien un loup », Avec sciences, France Culture, 5 décembre 2024..

Voir aussi Articles connexes Bête du Gévaudan Jean Chastel Jean-François-Charles de Molette Baronnies du Gévaudan

Notes et références

Catégorie:Naissance en mars 1745 Catégorie:Décès en mars 1823 Catégorie:Personnalité liée au Gévaudan Catégorie:Personnalité inhumée dans la Haute-Loire