La Home Guard sri-lankaise est une organisation paramilitaire qui a joué un rôle significatif dans l'appareil de sécurité local durant la guerre civile au Sri Lanka de 1983 à 2009. Au cours du conflit, la Home Guard a évolué d'une force d'autodéfense mal équipée en une unité armée et organisée par l'État, travaillant en étroite collaboration avec la police et l'armée.

Son déploiement resté toutefois controversé. Outre sa fonction de force de protection, la Home Guard a été répétitivement accusée de violations des droits de l'homme, de participation à des violences à caractère ethnique, et d'autres atrocités. Avec la fin de la guerre civile en et la réorganisation des structures de sécurité de l'État, une grande partie de la Home Guard transfére ses membres vers le Civil Security Department (Département de la sécurité civile), et la Home Guard sri-lankaise est dissoute.

Contexte Les Home Guards au Sri Lanka sont des unités auxiliaires locales créées pour protéger les villages musulmans dans les zones touchées par les violences communautaires et insurrectionnelles. Le système des Home Guards trouve ses origines au début des années 1980 et se formalise en tant que National Home Guard Service au milieu de la décennie, sous la loi sur la mobilisation et les forces supplétives (Mobilisation and Supplementary Forces Act, n° 40 de 1985), qui établit le cadre juridique pour la création et l’administration de forces supplétives, de réserves et d’autres formations de défense civile.

Des unités distinctes de Muslim Home Guards sont créées en 1990, en réponse à une vague d’attaques contre les communautés musulmanes le long de la côte est. Ces unités fonctionnaient comme des détachements de défense locaux, légèrement armés et souvent placés sous la supervision des forces de police locales.

En 2006, le système des Home Guards subit une réorganisation majeure. Par la gazette gouvernementale n° 1462/20 du , le Home Guard Service se réorganise sous la forme du Civil Security Department (CSD) et est placé sous la tutelle du ministère de la Défense. Cette mesure vise à régulariser la formation, les structures de commandement et la rémunération de cette force auxiliaire, ainsi qu’à l’intégrer plus étroitement aux institutions de sécurité nationale.

Les Muslim Home Guards sont principalement stationnés dans les zones où les tensions s’intensifiaient, en particulier dans les régions où le contrôle territorial fait l’objet de contestations constantes. Cela situe le rôle des Home Guards dans le contexte plus large de la guerre civile sri-lankaise (1983–2009), marquée par une violence généralisée et de nombreux massacres visant les civils tamouls. Ces événements s’inscrivent dans une histoire plus vaste de conflit ethnique entre la minorité tamoule et la majorité cinghalaise, aggravée par la montée des Tigres tamouls (Liberation Tigers of Tamil Eelam, LTTE), un mouvement séparatiste réclamant l’autonomie. Les principaux incidents de violence survenus durant cette période sont résumés ci-dessous afin d’illustrer l’ampleur et la nature des violences dirigées contre les communautés tamoules.

Le système judiciaire sri-lankais ne poursuit ni n’engage de procédures légales contre les membres des Home Guards accusés d’avoir participé à des attaques contre des civils tamouls. Au fil des différentes phases du conflit civil au Sri Lanka, les allégations visant des acteurs associés à l’État donnent rarement donné lieu à une enquête dépassant le stade du signalement initial, créant ainsi un écart persistant entre les rapports publics et l’action judiciaire. Cette absence de reddition de comptes a été relevée comme fait partie d’un schéma plus large et de longue date d’impunité.

Les Home Guards sri-lankais bénéficient d’un soutien officiel, notamment sous forme d’armes et de formations fournies par l’armée sri-lankaise, et agissent fréquemment en coordination avec les forces de l’État. Cette collaboration a contribué à une série de massacres et d’attaques systématiques contre des villages tamouls, en particulier dans les districts de l’Est; à savoir Trinquemalay, Amparai et Batticaloa. Des schémas similaires de violence s’observent également été observés à Mullaitivu, dans la province du Nord, où les tensions interethniques entre Tamouls et Musulmans, déjà exacerbées par la guerre, conduisent à des violences comparables.

Attaques par ordre chronologique

AttaqueDateLieuNombre de mortsBlessures, Victimes vulnérables et Dégâts matérielsCoupablesRéf.Massacre de 18 pêcheurs tamouls9 Décembre 1984Mullaitivu18Home Guards du Sri LankaMassacre de Madawachchiya11 décembre 1984Madawachchiya65Des femmes ont été victimes de violHome Guards du Sri LankaMassacres de Trinquemalay en 1985Mai – Septembre 1985Plusieurs endroits à Trinquemalay280+Armée sri-lankaise avec l’assistance des Home Guards du Sri Lanka et de la marine sri-lankaiseMassacre de Murugapuri8 Septembre 1985Murugapuri Trinquemalay3Armée sri-lankaise avec l’assistance des Home Guards du Sri LankaMassacre de Nilaveli16 Septembre 1985Nilaveli, Trinquemalay40Armée sri-lankaise avec l’assistance des Home Guards du Sri LankaMassacre de Kalvettu20 Septembre 1985Kalvettu, Ampara1510 blessésHome Guards du Sri LankaMassacre de Sampur27 novembre 1985Sampur, Trinquemalay218 blessés, 165 maisons incendiéesArmée sri-lankaise avec l’assistance des Home Guards du Sri Lanka et de la marine sri-lankaiseFusillade de la route d’Anpuvalipuram10 Décembre 1985Anpuvalipuram, Trinquemalay02 enfants tamouls blessés et hospitalisésHome Guards du Sri LankaViol et meurtre de deux femmes tamoules à Muthur25 Décembre 1985Muthur, Trinquemalay22 femmes violéesHome Guards du Sri LankaMassacre de Seruvila12 Juin 1986Seruvila, Trinquemalay212 travailleurs humanitaires blessésHome Guards du Sri LankaMassacre de Thambalakamam en 198628 Juin 1986Thambalakamam, Trinquemalay34Home Guards du Sri LankaMassacre de Mollipothana10 Juillet 1986Mollipothana, Trinquemalay11Home Guards du Sri LankaMassacre du camp de réfugiés de Peruveli15 juillet 198620 blessés, de nombreuses femmes violéesArmée sri-lankaise avec l’assistance des Home Guards du Sri LankaMassacre de Sammanthurai10 Juin 1990Sammanthurai, Amparai37Home Guards du Sri LankaMassacres de Veeramunai20 Juin 1990 – 15 Août 1990Veeramunai, Amparai250+2 000 maisons et un temple hindou incendiés Home Guards du Sri LankaMassacre de Kalmunai survenu le 10 juillet 1990 (Remarque: il existe six occurrences distinctes du massacre de Kalmunai: (1) en 1985, (1) en 1985 et (4) en 1990; la date est donc nécessaire pour les distinguer)10 Juillet 1990Kalmunai, Amparai31Armée sri-lankaise avec l’assistance des Home Guards du Sri LankaMassacre de Tiraikerny6 Août 1990Tiraikerny, Amparai54+Les victimes comprenaient des femmes et des enfantsHome Guards du Sri LankaMassacre de Xavierpuram7 Août 1990Alikampai, Amparai71 disparu, 12 grièvement blessés; maisons, église et école incendiéesHome Guards du Sri Lanka(Rév. P. Eugene John Hebert – Américain) et son chauffeur tamoul15 Août 1990Eravur, Batticaloa2Armée sri-lankaise avec l’assistance des Home Guards du Sri LankaMassacre de l’Université de l’Est5 Septembre 1990Vantharumulai, Batticaloa158Armée sri-lankaise avec l’assistance des Home Guards du Sri LankaMassacre de Sathurukondan9 Septembre 1990Sathurukondan, Batticaloa2055 nourrissons, 42 enfants de moins de 10 ans, 9 femmes enceintes et 28 personnes âgées de plus de 68 ans ont été victimes de cette attaqueArmée sri-lankaise avec l’assistance des Home Guards du Sri LankaMassacre de Savukkadi20 Septembre 1990Savukkadi, Batticaloa3310 enfants et un nourrisson ont été brûlés vifsArmée sri-lankaise avec l’assistance des Home Guards du Sri LankaMassacre de Thalavai20 Septembre 1990Thalavai, Batticaloa9+Armée sri-lankaise avec l’assistance des Home Guards du Sri LankaMassacre de Puthukkudiyiruppu en 199021 Septembre 1990Puthukkudiyiruppu, Mullaitivu17Les victimes comprenaient des femmes et des enfants. Blessures graves chez 27 autres personnesHome Guards du Sri LankaMassacre de Valaichchenai en 199022 Décembre 1990Valaichchenai, Batticaloa9Home Guards du Sri LankaMassacre d’Eravur en 199120 Février 1991Eravur, Batticaloa625 grièvement blessésHome Guards du Sri LankaMassacres de PolonnaruwaAvril, 30 1992Muthugal et Karapola89+13 enfants de moins de 10 ans ont été victimes de cette attaque Home Guards du Sri LankaMassacre du village de la 4e Colonie24 Septembre 1997Amparai8-15Home Guards du Sri LankaMassacre de Tampalakamam en 19981 Février 1998Tampalakamam, Trinquemalay8Home Guards du Sri Lanka et police sri-lankaiseMassacre de Trinquemalay de 2006 contre des travailleurs d’ONG4 août 2006Muttur, Trinquemalay17Armée sri-lankaise avec l’assistance des Home Guards du Sri Lanka et de la marine sri-lankaise

Déploiement et expansion des Home Guards Jusqu'en 1987, Human Rights Watch estime qu'environ 11 000 membres des Home Guards sont en activité dans les provinces du Nord et de l'Est. Le système des Home Guards a continué de se développer pour atteindre, au début de l'année 1991, un effectif d'environ 22 000 membres, déployés sous surveillance policière pour protéger les villages. En 1994, au moins 17 000 Home Guards sont stationnés dans des points de sécurité à travers toute l'île, occupant des rôles de maintien de la paix et de soutien à l'application de la loi. En 2002, plus de 20 000 d'entre eux ont participent à des missions de sécurisation des élections. Après la restructuration du service des Home Guards en 2006, conformément au décret gouvernemental n° 1462/20 créant le Département de la sécurité civile (Civil Security Department, CSD), la force connaît une expansion rapide ; au début de l'année 2009, on estime que 45 000 villageois, principalement d'origine sinhalaise, ont rejoint le Département de la sécurité civile.

La plupart des massacres perpétrés par les Home Guards sri-lankais se concentrent dans les districts orientaux, en particulier à Trinquemalay, Amparai et Batticaloa. Ces trois districts présentent une valeur stratégique et économique importante en raison de leur productivité agricole et de leur accès aux routes commerciales côtières. Parallèlement à ces districts de l’Est, Mullaitivu, dans la province du Nord, connait également connu une violence significative, car il constitue un bastion essentiel des Liberation Tigers of Tamil Eelam (LTTE) et, de ce fait, devient une cible majeure des efforts militaires visant à en reprendre le contrôle.

Dans les districts de l'est, les populations tamoules vivent souvent en minorité au sein de communautés musulmanes. Notamment, ces régions connaissent fréquents incidents de violence communautaire. Les Home Guards, opérant en coordination avec les forces de sécurité de l’État sri-lankais (police locale et armée), jouent un rôle crucial dans l’exacerbation des tensions et dans la conduite d’opérations destinées à déstabiliser et détériorer les relations entre Tamouls et Musulmans, afin d’affermir le contrôle sur les territoires contestés.

Contexte historique des massacres de 1984-1998 Entre 1984 et 1998, vingt-neuf incidents documentés impliquant des attaques contre des civils sont attribués aux Home Guards sri-lankais, un groupe paramilitaire approuvé par l’État. Avant le massacre de la mosquée de Kattankudy, survenu le , seize attaques recensées impliquant les Home Guards visent des populations civiles. L’accumulation de ces attaques a contribué à instaurer un schéma persistant de violence ciblée contre des civils, créant un environnement dans lequel l’attaque de la mosquée de Kattankudy se produit plus tard.