Luigi Fontanelli, né le à Ferrare, est un journaliste, syndicaliste et homme politique fasciste italien.
Biographie
Journalisme et syndicalisme fasciste Né en décembre 1905 à Ferrare, Luigi Fontanelli était en 1920 à peine en âge pour participer aux actions des squadristes. Engagé très tôt dans l'action syndicale et dans le journalisme, il collabore dès 1924 à la revue mensuelle de Edmondo Rossoni, La Stirpe, ainsi qu'à Il Lavoro d'Italia. Il a également dirigé pendant un temps la publication syndicale Il Lavoro poligrafico.
Décrit par Tullio Cianetti dans ses mémoires comme un « membre de la couvée rossonienne », autrement dit comme un disciple de Rossoni, Fontanelli est appelé en 1934 à des fonctions de direction au sein de la Confédération fasciste des travailleurs de l’industrie (Confederazione fascista dei lavoratori dell'industria), d'abord comme membre du comoté directeur puis comme vice-président.
En 1935, il devient rédacteur en cher du périodique de la Confédération, la Rivista del Lavoro, puis du quotidien Il Lavoro fascista, à partir de 1936. L'historien Ottar Dahl écrit que « dans ces deux publications, il a signé un très grand nombre d'éditoriaux, caractérisés par des prises de position nettes et un style incisif, qui constituent des repères essentiels pour comprendre le champ politique fasciste de cette époque [...] À travers ses écrits, il est possible d'identifier les thèmes les plus marquants ainsi que les attitudes et idées caractéristiques du syndicalisme radical, largement partagées par les militants syndicaux de sa génération ».
Soutien des Lois raciales de 1938 Élu à la Camera dei Deputati lors de la XXXe législature du royaume d'Italie ( – )., il approuva l'année précédente les Lois raciales fascistes. Selon Jorge Dagnino : « Pour Fontanelli, la campagne raciale constituait la phase qualitative de la lutte démographique visant à améliorer les caractéristiques morales, spirituelles et physiques du peuple italien. De plus, il mettait en garde contre la tentation de réduire la pensée et les pratiques raciales à un simple antisémitisme. La politique raciale fasciste n'était pas uniquement un projet négatif, mais une quête moderne d'homogénéité raciale et « spirituelle », ainsi que la construction d'un ordre social « équilibré », d'un arrangement biologique et socio-politique « rationnel » qui consoliderait le destin impérial de l'Italie et son image de nation guerrière. » On peut aussi préciser que Fontanelli soutenait l'application des lois antisémites pour des raisons antibourgeoises comme le montre son article dans Il Lavoro fascista daté du :« Le problème de la race, et particulièrement l’indispensable attitude antisémite du fascisme qui en résulte, est un excellent agent réactif pour isoler non seulement les Juifs mais tous ceux qui se trouvent dans ces zones grises où – sous le couvert de « l’esprit le plus petit bourgeois » – ces représentants de la vieille classe gouvernante se cachaient et dont la devise pourrait être : « J’ai changé mon badge parce que c’était pratique, rien d’autre. » C’est donc très bien qu’à travers le problème de race, le fascisme révolutionnaire redouble sa vigilance incessante sur ces éléments qui nourrissent l’esprit individualiste, blessant et corrosif, qui est antifasciste (…) La révolution ne perd pas de temps avec ces éléments et ces surfaces grises représentant les vestiges de cette mentalité extrêmement obstinée de l’Italie orgueilleuse, vide, intellectuelle et fourbe qui était utile à tout le monde et ne faisait peur à personne… Maintenant il découvriront que ce n’était pas seulement un éclair : il pleut et il continuera à pleuvoir. »
Rôle durant la République sociale italienne (RSI) En , Fontanelli adhéra immédiatement à la République sociale italienne (RSI) et rédigea par la suite un document à l'attention d'Alessandro Pavolini intitulé Per l’unità rivoluzionaria degli italiani dans lequel il critiquait un Régime jugé corrompu par la tendance conservatrice opposée à la socialisation de l'économie. Fontanelli proposait en outre que le nouvel État républicain reconnaisse le syndicat unitaire comme principal interlocuteur pour toutes les questions relatives au travail et à la production économique.
En 1945, durant la dernière période de la RSI, Fontanelli participa, avec Ugo Manunta et d'autres (Galanti, Amadio, Mancuso, Balletti, Nunzi, Margara, Rossano et Grossi), à la Commission ministérielle chargée de la réforme de la loi syndicale du et de l'amélioration du décret de socialisation des industries. L'année suivante, il fut arrêté par les autorités pour avoir organisé, le , une messe en hommage à Mussolini.
L'expérience syndicale après guerre : l'Unione Italiana del Lavoro (UIL) Après la guerre, il rejoignit brièvement le Mouvement social italien (MSI) puis créa, avec Amilcare De Ambris, Arnaldo Fioretti, Luigi Contu, Giuseppe Landi et Ugo Clavenzani, le Movimento sindacalista (Mo.Si.). En 1949, il dirigeait le journal Il Lavoro Italiano et était à cette période à la tête des « syndicalistes autonomistes » (dont Ruggero Ravenna). Il participa par la suite à la fondation de l'Unione Italiana del Lavoro (UIL) et se rapprocha des secteurs socialistes.
Théoricien du syndicalisme fasciste
Révolution et gradualisme Représentant important de la « gauche fasciste », Fontanelli développe pendant toute sa carrière au sein du régime l'idée que le syndicalisme repose de manière centrale sur la notion de révolution, interprétant le fascisme comme un processus révolutionnaire graduel (le « gradualisme mussolinien ») : « La révolution est un principe nouveau qui se développe progressivement jusqu'à sa réalisation, une transformation du système sur lequel repose l'organisation de la société nationale. »Dans cette perspective, le « processus historique révolutionnaire » entamé en 1922 par « l'insurrection, c'est-à-dire la conquête de l'ancien État » ne constitue que le préalable nécessaire à « la création du nouvel État ». Liant la pratique révolutionnaire du syndicat au squadrisme des origines, il écrivait :« Pour nous, le syndicat est à la révolution ce que l'escouade d'action est à l'insurrection. »
Antibourgeoisisme et anticapitalisme Dans les écrits de Fontanelli, notamment Il Fascismo contro lo spirito borghese (1941), « l'esprit bourgeois » est perçu comme une force de résistance et un obstacle moral interne et externe au processus révolutionnaire. L'historien Gianpasquale Santomassimo souligne également qu'il « exprimait la position la plus « anticapitaliste » parmi les syndicalistes, mais il s'agissait d'une position ouvertement minoritaire ». Ses prises de position lui valent d'être accusé de « néomarxisme » par Giuseppe Attilio Fanelli, qui affirme vouloir l'« arracher aux courants bolchéviques qui sont sur le point de [l]'envelopper », ou par Stefano Mario Cutelli de vouloir « réformer aujourd'hui ce que le fascisme a fait hier ».
En 1941, dans Sentimento della Rivoluzione et d'autres articles, il réaffirme sa rhétorique anticapitaliste et anti-bourgeoise :« D'un côté, un nouveau principe moral et l'intérêt du peuple ; de l'autre, un vide moral et la concentration des intérêts entre quelques mains. D'un côté, la vérité et le travail acharné ; de l'autre, le mensonge et les jeux de hasard. D'un côté, la démocratie de nom, où le capitalisme, par ses innombrables ramifications, domine l'État ; de l'autre, la démocratie de fait, où le capital n'est plus le capitalisme et doit, en tout état de cause, se soumettre à la volonté de l'État. »Ou encore :« L'humble travailleur des fausses démocraties capitalistes est exploité une fois pour toutes, contraint de se battre et de mourir pour une cause qui n'est pas la sienne, contre un combattant qui avance inexorablement, portant sur ses drapeaux et ses armes les idées et les sentiments de la révolution ouvrière, celui qui veut et réussira à rendre dignité humaine et bien-être aux masses laborieuses de tous les pays. »
Technique et syndicat Sur le plan organisationnel, Fontanelli développe dans Logica della Corporazione (1934) une vision hiérarchique du travail. Selon lui, « le technicien est le travailleur qui est parvenu - par son travail - aux points les plus élevés de commandement dans le processus de production », affirmant que « demain nous dirons : La corporation est composée du travail qui s'accomplit dans un ordre hiérarchique ». Ainsi le nouvel État corporatif sera fondé sur la technique, « la plaçant directement - par le biais de la corporation - en contact immédiat avec l'État ».
Dans le quotidien Il Lavoro fascista, il défend de façon constante le rôle révolutionnaire central et l'autonomie fonctionnelle du syndicat au sein de l'État corporatif :« Toute la méthode du fascisme est typiquement unitaire ; mais en ce qui concerne le syndicat, cette méthode a subi une étrange déformation. Les diverses fonctions du syndicat sectoriel sont unifiées dans des institutions quasi étatiques, les séparant plus ou moins abruptement, plus ou moins complètement, de l'institution d'origine.
Or, nous pensons que l'unité des fonctions doit se réaliser au sein du syndicat. C'est-à-dire dans cette institution qui est la clé de voûte du système corporatif. Soit le syndicat remplit toutes les fonctions et peut être considéré comme la cellule vivante et sensible du nouvel ordre corporatif à créer, soit il est réduit au service des contrats et des conflits. Il est juste de dire que le syndicat doit s'intégrer à l'entreprise, mais le syndicat est, dès son origine, corporatif, par ses fonctions typiquement politiques et éducatives, ses fonctions sociales qui lui confèrent une personnalité et une responsabilité. Nous devons veiller à ce que le syndicat puisse accompagner le travailleur dans toute sa vie et ne jamais l'abandonner. »Proche d'Ugo Spirito et de sa théorie de la corporation propriétaire, Fontanelli intervient également lors du Congrès italo-français d’études corporatives de mai 1935 pour marquer la spécificité du modèle italien face aux héritages du syndicalisme révolutionnaire français :« J’ai eu l’impression que, comme représentants de groupes de renouvellement qui veulent sortir du capitalisme et qui se situent dans le sillage de l’ancien syndicalisme révolutionnaire et donc de vos penseurs Blanqui, Sorel, Proudhon, Lagardelle, vous êtes venus voir comment le Fascisme a réalisé, et jusqu’à quel point, les théories de ces derniers, comme si le Fascisme s’était assigné ce devoir historique : suivre à la lettre leur doctrine. Voilà pourquoi beaucoup n’ont pas une vision claire du futur développement de notre corporatisme : ce qui entraverait le chemin serait justement le Parti et serait justement l’État, tandis que nous considérons ces deux éléments – qui en définitive en sont un seul, le nouveau Régime – comme fondamentaux pour le développement de la Révolution. » Publications
Logica della Corporazione, 1934. Sindacato in movimento, 1936. Sentimento della Rivoluzione, 1941. Il Fascismo contro lo spirito borghese, 1941. Ricognizione sul sociale, Rome, Uesis, 1943. L'esigenza sindacalista, Carattere, 1945. Qui la guerra riposa in pace, AIT, 1960. Promemoria sul Neosindacalismo, 1963. Sindacato nuovo e vecchia società, Opere nuove, 1964.
Notes et références
Bibliographie
Livres Giuseppe Parlato, La sinistra fascista: storia di un progetto mancato, Il Mulino, Bologna 2000. Giuseppe Parlato, Il sindacalismo fascista, Bonacci, Roma 1989. Gianpasquale Santomassimo, La Terza Via Fascista. Il Mito Del Corporativismo, Carocci, 2006, p.128. Ida Ricci, Comunicare il sindacato : i giornali sindacali italiani negli anni cinquanta, Università degli studi della tuscia di Viterbo, « La stampa della UIL ». Steven Forti, El peso de la nación : Nicola Bombacci, Paul Marion y Óscar Pérez Solís en la Europa de entreguerras, Universidade de Santiago de Compostela, 2014.
Articles