vignette|150px|Logo de l'Assemblée nationale du Québec.

Les femmes députées à l'Assemblée nationale du Québec représentent l'ensemble des femmes ayant été élues à l'Assemblée nationale du Québec depuis 1961. L'histoire de leur présence au sein du parlement québécois est étroitement liée à la lutte pour le droit de vote des femmes au Québec et à l'évolution de la place des femmes dans la société québécoise.

Historique

Le droit de vote et les premières candidates

vignette|La Ligue des droits de la femme en 1935.|droite

En 1938, Adélard Godbout, chef du Parti libéral du Québec, promet aux femmes de leur accorder le droit de vote s'il est élu premier ministre. Thérèse Casgrain, figure de proue du mouvement suffragiste québécois, réussit à convaincre Godbout d'inviter quarante femmes au congrès du parti et à faire inscrire le suffrage féminin au programme libéral.

Porté au pouvoir en lors des élections de 1939, le gouvernement Godbout présente le projet de loi 18, qui est adopté le par un vote de 67 voix contre 9. Malgré l'opposition persistante du clergé, le journal L'Action catholique, propriété de l'archevêché de Québec, fait campagne contre le projet, le premier ministre Godbout tient bon. Selon certaines sources, il aurait menacé de démissionner si l'Église catholique ne cessait pas son opposition, laissant entendre que son successeur serait Télesphore-Damien Bouchard, un anticlérical notoire

Le , la Loi accordant aux femmes le droit de vote et d'éligibilité reçoit la sanction royale, faisant du Québec la dernière province canadienne à accorder ce droit aux femmes. Il est à noter que les femmes autochtones n'obtiennent ce droit qu'en 1969.

Malgré l'obtention du droit de vote, il faut attendre pour qu'une première femme se présente devant l'électorat. Mae O'Connor devient ainsi la première candidate lors d'une élection partielle dans la circonscription de Huntingdon, mais elle est défaite par 727 voix. Thérèse Casgrain, malgré son rôle central dans l'obtention du droit de vote, ne réussit jamais à se faire élire, mais devient la première femme à diriger un parti politique au Canada en prenant la tête du Parti social démocratique du Québec de 1951 à 1957.

Marie-Claire Kirkland-Casgrain : la pionnière

Le , Marie-Claire Kirkland-Casgrain devient la première femme élue à l'Assemblée législative du Québec. Elle remporte l'élection partielle dans la circonscription de Jacques-Cartier, succédant à son père décédé quelques mois plus tôt.

Kirkland-Casgrain cumule plusieurs « premières » dans l'histoire politique québécoise : Première femme élue députée (1961) Première femme à présenter un projet de loi en Chambre (1962)Il s'agit du projet de loi 16, Loi sur la capacité juridique de la femme mariée, présenté devant le Comité des projets de loi privés de l'Assemblée législative. Première femme nommée ministre () Première femme à occuper le poste de première ministre par intérim (2 au , en l'absence de Robert Bourassa)

Son accomplissement législatif le plus marquant demeure l'adoption de la Loi sur la capacité juridique de la femme mariée en 1964, qui accorde la pleine capacité juridique aux femmes mariées. Avant cette loi, une femme mariée au Québec ne pouvait pas signer de bail ou ouvrir un compte bancaire sans l'autorisation écrite de son mari. Le Québec était la dernière province canadienne à accorder cette reconnaissance.

Elle a également fondé le Conseil du statut de la femme du Québec en 1973, avant de quitter la vie politique pour devenir la première femme juge à la Cour du Québec.

Une présence longtemps marginale (1961-1976)

Pendant quinze ans, de 1961 à 1976, Marie-Claire Kirkland-Casgrain demeure la seule femme à siéger parmi une centaine de collègues masculins. Elle reste l'unique députée jusqu'à son départ en 1973, où elle est remplacée par Lise Bacon.

L'élection de 1976 : un tournant

Les élections générales du 15 novembre 1976 représentent une avancée significative. Pour la première fois, cinq femmes sont élues simultanément à l'Assemblée nationale : Louise Cuerrier (PQ) Denise Leblanc (PQ) Jocelyne Ouellette (PQ) Lise Payette (PQ) Thérèse Lavoie-Roux (PLQ)

Louise Cuerrier devient la première femme à occuper le poste de vice-présidente de l'Assemblée nationale, fonction qu'elle exerce du au .

Progression des années 1980 et 1990

La représentation féminine connaît une croissance constante : 1981 : 8 femmes élues (6,6% de la députation) 1985 : 18 femmes élues (14,8 %) 1989 : 23 femmes élues (18,4 %) 1994 : 23 femmes élues (18,4 %) 1998 : 29 femmes élues (23,2 %)

Plusieurs femmes accèdent à des fonctions parlementaires importantes durant cette période : 1984 : Thérèse Lavoie-Roux devient la première femme présidente d'une commission parlementaire ; Lise Bacon devient la première femme vice-présidente d'une commission parlementaire ; Huguette Lachapelle devient la première femme whip. 1985 : Lise Bacon est nommée vice-première ministre du Québec, fonction qu'elle occupe jusqu'en 1994.

Les années 2000 : vers la zone paritaire

2002 : Louise Harel devient la première femme présidente de l'Assemblée nationale du Québec, du au . 2003 : 38 femmes élues (30,4 %) 2004 : Diane Lemieux devient la première femme leader parlementaire. 2007 : 32 femmes élues (25,6 %) 2008 : 40 femmes élues (32 %)

Pauline Marois : première femme première ministre

Le , Pauline Marois devient la première femme première ministre du Québec, 72 ans après l'obtention du droit de vote des femmes. Elle dirige un gouvernement minoritaire du Parti québécois jusqu'au .

Elle détient le record du plus grand nombre de postes ministériels occupés dans l'histoire du Québec, incluant les ministères de l'Éducation, de la Santé et des Finances. Elle est notamment reconnue pour la création des centres de la petite enfance (CPE) et la laïcisation du système éducatif québécois.

2018 : l'atteinte de la zone paritaire

Les élections de 2018 marquent un tournant historique : pour la première fois, la représentation féminine atteint la zone paritaire (40-60 %) avec 53 femmes élues, soit 42,4 % de l'Assemblée nationale.

2022 : un record historique

L'élection générale du 3 octobre 2022 établit un nouveau record avec 58 femmes élues, représentant 46,4 % de la députation.

Deux événements historiques marquent cette élection : Kateri Champagne Jourdain devient la première femme autochtone et la première Innue élue à l'Assemblée nationale, dans la circonscription de Duplessis. Elle est ensuite nommée ministre de l'Emploi, devenant également la première Autochtone à accéder au Conseil des ministres du Québec. Nathalie Roy devient la deuxième femme présidente de l'Assemblée nationale, après Louise Harel. Elle est élue le .

Statistiques

Évolution de la représentation féminine

+Évolution du nombre de femmes élues à l'Assemblée nationale du Québec Année Femmes élues Pourcentage Total de sièges 1961 1 1,1 % 95 1973 1 0,9 % 110 1976 5 4,5 % 110 1981 8 6,6 % 122 1985 18 14,8 % 122 1989 23 18,3 % 125 1994 23 18,4 % 125 1998 29 23,2 % 125 2003 38 30,4 % 125 2007 32 25,6 % 125 2008 40 32,0 % 125 2012 41 32,8 % 125 2014 34 27,2 % 125 2018 53 42,4 % 125 2022 58 46,4 % 125

Comparaison avec d'autres instances

En 2022, les femmes sont plus présentes à l'Assemblée nationale du Québec (46,4 %) que dans les circonscriptions québécoises représentées à la Chambre des communes du Canada (33,3 %) et dans les mairies des municipalités du Québec (23,6 %).

Premières femmes à occuper diverses fonctions

+Premières femmes à occuper des fonctions parlementaires et gouvernementales au Québec Fonction Nom Parti Date Première députée Marie-Claire Kirkland-Casgrain PLQ Première ministre (membre du cabinet) Marie-Claire Kirkland-Casgrain PLQ Ministre d'État (sans portefeuille) Première vice-présidente de l'Assemblée nationale Louise Cuerrier PQ Fonction occupée jusqu'au 19 mai 1981. Première whip Huguette Lachapelle PQ Première présidente de commission parlementaire Thérèse Lavoie-Roux PLQ Première vice-première ministre Lise Bacon PLQ Fonction occupée jusqu'au 11 janvier 1994. Première présidente de l'Assemblée nationale Louise Harel PQ Fonction occupée jusqu'au 4 juin 2003. Première leader parlementaire Diane Lemieux PQ Première première ministre Pauline Marois PQ Fonction occupée jusqu'au 23 avril 2014. Première députée autochtone Kateri Champagne Jourdain CAQ Première ministre autochtone Kateri Champagne Jourdain CAQ

Liste des femmes députées depuis 1961

Depuis 1961, 196 femmes ont été élues députées à l'Assemblée nationale du Québec (sans compter les réélections).

Pionnières (1961-1976)

Parti Nom Circonscription Mandat Libéral Marie-Claire Kirkland-Casgrain Jacques-Cartier 1961–1973 Libéral Lise Bacon Bourassa 1973–1976, 1981–1994

Élues en 1976

Parti Nom Circonscription Mandat Parti québécois Louise Cuerrier Vaudreuil-Soulanges 1976–1985 Parti québécois Denise Leblanc Îles-de-la-Madeleine 1976–1985 Parti québécois Jocelyne Ouellette Hull 1976–1985 Parti québécois Lise Payette Dorion 1976–1981 Libéral Thérèse Lavoie-Roux L'Acadie 1976–1989

Présidentes de l'Assemblée nationale

Parti Présidente Circonscription Début du mandat Durée du mandat Parti québécois Louise Harel Hochelaga-Maisonneuve Coalition avenir Québec Nathalie Roy Montarville

Première ministre

Parti Première ministre Circonscription Début du mandat Durée du mandat Parti québécois Pauline Marois Charlevoix–Côte-de-Beaupré

Liste des femmes députées par élection

Le tableau suivant présente l'ensemble des femmes élues à l'Assemblée nationale du Québec depuis 1961.