Jean Sénateur Le Baube, né le à Montivilliers (Seine-Maritime) et mort au Havre le , est un officier de santé pharmacien de la Grande Armée devenu pharmacien à Ingouville (ancienne commune jouxtant Le Havre dont elle est devenue un faubourg) puis inspecteur des écoles primairesCréés en 1835, devenus inspecteurs de l’Éducation Nationale – voir plus loin détail sur la fonction sous Louis Philippe.
Il est le père de Jules Le Baube (1820 -1880), avocat, écrivain et poète, membre de l’Institut Historique de France, consul de Saint-Marin et le grand-père du peintre Victor Le Baube (1859-1933).
Son nom est souvent orthographié dans les documents de l’époque « Lebaube ». Baptisé Jean Baptiste Sénateur, ses prénoms usuels étaient Jean SénateurSelon signature apposés sur plusieurs courriers, documents officiels et nom figurant sur son examen de pharmacien (voir plus loin).Sénateur est un prénom donné à la fin du 18e et début 19e siècle. Cinq saints chrétiens porteraient ce nom, dont celui vénéré à Albano en Italie. Mais il a existé aussi un Sénateur de Coutances, vers 573, évêque de Coutances et d’Avranches en Normandie, fêté le 18 septembre ou parfois Jean.
Biographie Jean Baptiste Sénateur Le Baube est le fils de Pierre Jean Baptiste Paul Le Baube (1750 - 1831), orfèvre à Montivilliers et de Marie Madeleine Biochet (1763 -1838). Son père, né à Fécamp, a étudié l’orfèvrerie à Paris chez François Joubert. et a été fait orfèvre par « arrêt du 10 mars 1778 pris par le Roi [Louis XVI] en son Conseil à Versailles ».
Jean Sénateur est le deuxième enfant du couple qui en eut 5. L’un de ses frères, Louis-Xavier, né en , sera lui aussi pharmacien de l’armée napoléonienne à l’armée de Dalmatie puis d’Illyrie à Raguse (Dubrovnik). et après 1815 élève à la faculté de médecine à Paris où il passe sa thèse (1817) puis s’établit médecin. sous la Restauration.
Années de Formation Jean Sénateur a 4 ans lorsque la Révolution éclate. Il passe son enfance à Montivilliers« Un district jacobin sous la Terreur, Montivilliers en l’an II », « la vie sociale à Montivilliers au début de la Révolution », « La révolution en pays de Caux » Articles de la Revue MHAD. Vers 1798-1799, il devient apprenti apothicaire à Bolbec chez Antoine Jacques Bernardin Abraham maître pharmacienNé à Montivilliers en 1763.Il figure sur le dictionnaire des médecins et pharmaciens de l’An X p. 528 – Conservé à la BIUS Pharmacie à ParisLe 19 pluviôse an II [7 février 1794], la municipalité de Bolbec demanda « au citoyen Abraham, apothicaire chimiste dans la Grande Rue, de requérir tout ce qu’il a besoin pour l’extraction et la purification du salpêtre, donc de créer un atelier communal » .
« Bolbec pendant la Révolution 1789-1799 » Jean Pigout – p. 82 . En , à 17 ans, il vient poursuivre ses études à Paris 18 rue du Faubourg Saint-Antoine chez Mr DufourNommé le 12 germinal an X (2 avril 1802), apothicaire, membre du collège de pharmacie chez qui il reste un peu plus de deux ans. En , il poursuit son apprentissage rue du Mont-Blanc (emplacement actuel : 52 rue de la Chaussée d’Antin) chez François Juving qui venait de s’y installer après avoir été pharmacien à l’Armée d’ItalieA.N. Cote AJ 16 1912, dossier de scolarité des étudiants reçus au grade de pharmacien et BIUS :Cote : Reg. 25 et Reg. 48. Compte tenu des obligations de la loi du 21 germinal an XI Jean Sénateur s’inscrit en même temps comme élève à l’Ecole Spéciale de Pharmacie, rue de l’Arbalète« La création de l’Ecole de pharmacie de Paris en 1803 » Dr C. Warolin – Revue d’Histoire de la Pharmacie n° 339 – 2003. Il figure sous n° 37BIUS Pharmacie Paris Registre pour l’inscription des Elèves Cote : Reg. 35 sur le registre des inscriptions de 1804 (conservé à la Bibliothèque Inter Universitaire de la faculté de Pharmacie).
Conscrit de l'an 14 et la campagne de Prusse et de Pologne gauche|vignette|251x251px|Passeport de Jean Sénateur Le Baube La Paix d’Amiens (signée le ) avait pris fin le . En 1805 ce fut la « Troisième Coalition » et la reprise des campagnes militairesElle se termine par l'occupation du Hanovre par 30.000 soldats français.. En , l’année de ses 20 ans, Jean Sénateur satisfait aux obligations de la conscription (loi Jourdan). Son passeport du 21 frimaire an 14 () précise qu’il est « conscrit de l’an 14 »Passeport archivé dans son dossier au SHD Vincennes. En 1806 il est commissionné au Service de Santé de la Grande Armée comme « officier de santé pharmacien »Lettre de convocation au SHD Vincennes, après avoir été préalablement évalué par l’Inspecteur Général de la Pharmacie Antoine Parmentier. Suite à son avis favorable, il est alors nommé comme « pharmacien sous-aide »Plus exactement Pharmacien sous aide major (3e classe) qui était le premier grade. Venait ensuite le pharmacien aide major (2e classe) puis le pharmacien major (1e classe). Décret du 7 août 1793.Lettre de nomination conservée dans le même dossier au SHD Vincennes au Corps de la Grande Armée par Jean François Aimé, comte Dejean, ministre directeur de l’Administration de la Guerre. gauche|vignette|200x200px|État Bruloy - recensement aux effectifs à Stralsund en 1807 Il part le pour ce 8e Corps d’ArméeDate indiquée sur sa fiche d'état de services - SHD Vincennes Dossier cote GR YG 19691Pour avoir une idée de comment se passait le voyage Voir « Carnets de François Duriau : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5778552j/f36 qui vient d’être créé et qui est commandé par le maréchal Mortier. Il le rejoint à Francfort le Même fiche d'état de services : SHD. Dossier cote GR YG 19691 d’où le corps d’armée se dirige vers Hambourg, via Fulda, Cassel, Hanovre (arrivée le ) avant de se rendre à Lubeck puis en Poméranie Suédoise où il passera l’hiver. Jean Sénateur sera actif dans les hôpitaux pendant le siège de Stralsund puis lors de la campagne de Pologne dont en au siège de Dantzig.. Après la bataille de Fiedland, en « Histoire du Consulat et de l’Empire » en 18 volumes ». Volume 7 livre 27 pages 591-592 Adolphe Thiers, le corps stationne dans la région de Tilsit où seront signés les traités du même nom le entre Napoléon et le tsar Alexandre ..
Du fait de cette paix Jean Sénateur est rattaché le à l’Ambulance du Quartier général du Corps d’Armée à BerlinFiche des états de services SHD Vincennes - source citée prédécemment, ledit corps d’armée étant commandé par le Maréchal Victor. Il exerce comme pharmacien dans les hôpitaux du Corps d'Armée. Il restera à Berlin jusqu’à l’été 1808Voir "Une histoire de Berlin ». Philippe Meyer. ainsi que les carnets de Pierre Irénée Jacob: https://www.persee.fr/doc/pharm_0035-2349_1966_num_54_191_10394 ou « Dix ans de mes souvenirs militaires, de 1805 à 1815 » Girod de l’Ain p70. : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63657313/f11.image.mini quand, compte tenu de la situation en Espagne, Napoléon décidera d’y envoyer six corps d’armée venant de tout l’Empire, dont 80 000 hommes stationnés en Allemagne.
Au siège de Cadix gauche|vignette|249x249px|Hôpital militaire d'El Puerto de Santa Maria vers 1811 « Attaché à l’ambulance du quartier général du corps d’armée »Il est nommé le 4 novembre 1808 - Dossier état des services - SHD Vincennes du Maréchal Victor, Jean Sénateur fait avec ce corps les campagnes de Castille, d’Estremadura, de la Manche, d’Andalousie jusqu’au siège de Cadix, où il arrive le et où d’abord attaché au service de l’ambulance de la 1ère division du Général RuffinLe général Ruffin était originaire de Bolbec. Son père y était maire à l’époque où Jean Sénateur y fut apprenti apothicaire il est ensuite chargé le 27 févier 1810 de l’organisation de l’hôpital militaire de Port-Sainte-Marie (El Puerto de Santa Maria) dont il devint le pharmacien en chef à l’âge de 24 ansOutre le siège de la 1ère division, el Puerto fut durant une période le quartier général du Maréchal Victor « Siège de Cadix, par l’armée française, en 1810,1811 et 1812 » Eugène de Monglave. 1823 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64929649.texteImage. Cet hôpital était installé dans le « Convento de San Francisco de la Observancia »Il est situé Plaza del Ave Maria, à l’angle de la Calle San Francisco et de la calle Cruces. C'est aujourd’hui le musée municipal.. Aux archives municipales d’El Puerto de Santa Maria sont conservés des registres où figure « el Sr Lebaube boticario »Référence archives : Registres Estado que manifiesta la distribucion de los viveros que has subministrado la Ciudad del Puerto de Santa Maria a las tropas Francesas en el mes de […] Ces registres permettent notamment de connaître les noms de tous les officiers de santé de l’armée napoléonienne dans les hôpitaux d’el Puerto pendant la durée du siège. C’est là qu’il rencontrera Sébastien Blaze de Bury qui en fait mention dans son ouvrage « Mémoires d’un apothicaire dans la guerre d’Espagne »... vignette|305x305px|Etat de Service établi en juin 1811 - Armée du Midi de l'espagne Le il est promu au grade de « pharmacien aide-major »SHD Vincennes - même référence suite au rapport du pharmacien en chef de l’armée Claude François BlondelNé à Vierzon en 1767. Il sera pharmacien des Invalides de 1815 à 1836. Il est un des sept pharmaciens décorés de « l’Ordre Impérial de la Réunion », distinction civile et militaire créée par
Napoléon en 1811., nomination signé de Mathieu de Faviers, Intendant général de l’Armée.
Le siège de Cadix levé le suite à l’ordre de repli général donné par le maréchal SoultLe maréchal Victor avait été rappelé à la Grande Armée le 3 avril pour aller combattre en Russie et l’Armée du Midi était passée sous le commandement direct de Soult, major-général des armées françaises en Espagne, Jean Sénateur, attaché à l’ambulance du Quartier Général, va suivre l’armée du Midi dans son périple qui l’amènera de Cadix à Grenade, puis à Murcie, Albacete jusqu’à Aranjuez (non loin de Madrid) avant d’aller combattre à Salamanque puis de prendre ses quartiers d’hiver à Tolède.. Début 1813, sous la poussée des troupes de Lord Wellington, c’est la déroute vers la France (bataille de Vitoria ). Jean Sénateur est ensuite à la bataille de Pampelune. Faisant partie des unités qui seront évacuées juste avant le début du siège il est démobilisé en à Bayonne.
La bataille des Nations (Leipzig 16 - 19 octobre 1813) Il séjourne ensuite à Paris jusqu’à mi-août, en profitant notamment pour réclamer ses retards de solde (lettre du au Comte de CessacLes retards remontent à septembre 1812 - dossier SHD Vincennes.). Il habite alors rue Saint-Jacques chez Auguste Jean Marie DevergieLui aussi pharmacien, secrétaire du pharmacien en chef Blondel à Séville pendant la période précitée. qui deviendra en 1814 pharmacien au Val-de-GrâceSHD Vincennes : cote GR 3 YG 10755. Pendant ce temps a lieu du au le congrès de Prague qui échoue dans sa tentative de paix et les hostilités reprennent.
Jean Sénateur, à peine revenu au Havre, est nommé le pharmacien major (il a 28 ans)Dossier au SHD Vincennes.. Pharmacien major est un grade qui le situe au niveau officier supérieur (entre celui de colonel et celui de général de brigade). gauche|vignette|Uniforme de Pharmacien Major de la Grande Armée|343x343px vignette|365x365px|Nomination en tant que Pharmacien Major au Corps de Bavière - août 1813 Le il est rappelé et rattaché au Corps de Bavière, qui est sous les ordres du Maréchal Augereau. Le courrier ne lui parvient au Havre que le . Il doit se rendre sur le champ à Wurtzbourg, et avoir franchi le Rhin à Mayence le ! L’ordre de mission précise que « pour faciliter au Sr Lebaube les moyens d’être rendu à Mayence à l’époque déterminée, il lui est alloué la double indemnité de route attribuée à son grade ».