Jacques-Louis Vachard, né le à Paris et décédé le à Gentilly (Val-de-Marne), est un révolutionnaire français, publiciste et membre du Club des Cordeliers, également président de la Société des Indigents et co-rédacteur de la pétition du Champ-de-Mars ().

Biographie Fils de Louis Julien Vachard et de Marie Louise ParentAD 75 14-15/51, acte de naissance, 8 octobre 1752., il a servi comme marin dans la Marine royale sous les ordres du duc d'Orléans lors du combat naval d'Ouessant (), bataille qui opposa la flotte française aux Britanniques pendant la guerre d'indépendance américaineIsabelle Bourdin, Les sociétés populaires à Paris pendant la révolution, Paris, Éditions Recueil Sirey, 1937, p. 100.. Il épouse Victoire Marcelline Guédon, avec qui il a au moins une fille, Françoise Modeste, née en 1795.

Vachard exerce plusieurs métiers : savetier, colporteur des journaux de Labénette (Journal du Diable, Journal des droits de l'homme, L'Orateur du peuple), puis ingénieur géographe à partir du ConsulatDictionnaire des Jacobins vivants, Hambourg, 1799, p. 178-179.Acte de décès n° 686, Gentilly, 26 octobre 1825.. Madame Roland le présente comme « un colporteur de la feuille de Marat »Madame Roland, Mémoires, éd. Cl. Perroud, Paris, Plon-Nourrit, 1905, t. I, p. 172-173..

Au début de la Révolution, Vachard évolue dans des cercles proches du duc d'Orléans, notamment par l'intermédiaire de son employeur Labenette, avocat et publiciste dont les journaux alternent les éloges dithyrambiques du duc avec ceux de Danton et Marat. Dans son pamphlet Le Portefeuille de Louis-Philippe d'Orléans trouvé dans la poche de M. de Lafayette (1791), Labenette cite le témoignage de Vachard, présenté comme son colporteur et ancien marin ayant servi sous le duc d'OrléansLabenette, Le Portefeuille de Louis-Philippe d'Orléans trouvé dans la poche de M. de Lafayette, Paris, De l'Imprimerie du Pont-Neuf, 1791, p. 5..

Membre du Club des Cordeliers, Vachard devient président de la Société des Indigents, Amis de la Constitution, fondée en par Madame Prudhomme pour permettre aux citoyens pauvres exclus du suffrage censitaire de participer à la vie politiqueLouis-Marie Prudhomme, Révolutions de Paris, n° 99, 4 juin 1791.. Le , il prononce un discours pour l'installation symbolique de Jean-Jacques Rousseau dans cette sociétéInstallation de Jean-Jacques Rousseau, auteur du Contrat social, dans la société des Indigens, Paris, 1791, 10 p.. En , au lendemain du massacre du Champ-de-Mars, il signe en tant que président une Adresse aux amis de la Constitution, défendant les sociétés populaires et proclamant : « Nous sommes les factieux de la faction d'un peuple contre les tyrans ! » L'adresse exprime la frustration des citoyens passifs exclus du suffrage : « Notre existence est flétrie par une mort civile et infâmante, mort cruelle qui nous ravit le nom de citoyen ! »Labenette, Journal des droits de l'homme, n° 12, 8 août 1791, p. 4.

Le , après la fuite du roi à Varennes, Vachard joue un rôle central dans l'un des événements les plus marquants de la Révolution. Les Cordeliers, rassemblés sur l'autel de la patrie au Champ-de-Mars sous la présidence de Peyre, nomment quatre commissaires pour élaborer une nouvelle pétition demandant la déchéance de Louis XVI : Robert (qui rédige matériellement le texte « une planche sur les genoux, un morceau d'une marche de l'escalier sciée le matin »), Peyre (président des Cordeliers), Vachard (président de la Société des Indigents) et Demoy (curé de Saint-Laurent). Il fut convenu qu'on rédigerait le texte « dans les termes les plus respectueux et les plus constitutionnels ». Cette pétition, qui rassembla des milliers de signatures au Champ-de-Mars, fut à l'origine de la fusillade du , marquant la rupture entre les républicains et la monarchie constitutionnelleAlbert Mathiez, « Le massacre et le procès du Champ de Mars », Annales révolutionnaires, t. 3, n° 1, 1910, p. 1-60.Fr. Bræsch, « Les pétitions du Champ-de-Mars », Revue Historique, t. 143, 1923, p. 1-39..

Le soir du , à onze heures, Vachard vient demander l'hospitalité chez Madame Roland et son mari. Elle les héberge le lendemain matin, mais rapporte dans ses mémoires un incident révélateur : après le déjeuner, ses hôtes « se mirent au balcon sur la rue » et « se permirent d'appeler par la fenêtre et faire monter près d'eux un passant de leur connaissance », conduisant à son mécontentement et au congédiement de l'hommeMadame Roland, Mémoires, op. cit., p. 172-173, 230-233..

En 1792, Vachard est électeur de la section des Thermes-de-Julien et commissaire à la Commune révolutionnaire pour la section de Beaurepaire après le Charavay, Assemblée électorale du département de Paris, t. III, p. 177 ; F. Braesch, La Commune du 10 août 1792, p. 581.. Le , il est élu administrateur au Conseil définitif du département de Paris. Il participe notamment à la gestion du patrimoine culturel et est commissaire à la vente des meubles du Palais-Bourbon. Il est destitué en frimaire an II (novembre-) lors des réorganisations administrativesS. Lacroix, Le Département de Paris pendant la Révolution, p. 479.. Madame Roland note qu'il « devint en l'an II l'un des épurateurs du département de Paris ».

Arrêté pour haute-police après Thermidor, Vachard est détenu à la prison du Plessis en brumaire an IV (octobre-), puis libéréAN, F/7/3301 : Détenus de haute-police, dossier Vachard (1795-1796).. Sous le Directoire, il travaille pour le ministère de la Police générale. Le 18 fructidor an V (), jour du coup d'État contre les royalistes, il fait partie des agents rémunérés par le ministre Sotin pour des opérations de maintien de l'ordreAN, AF III 509, plaq. 3224 (pièces 125 et 127).. Le Dictionnaire des Jacobins vivants affirme que le général Augereau fit distribuer des gratifications dans sa boutique de bière rue d'Enfer aux participants du 18 fructidorDictionnaire des Jacobins vivants, op. cit., p. 179.. En l'an VII (1798-1799), il intervient au Club des Jacobins reconstitué pour critiquer le coup parlementaire du 30 prairial an VII (), déclarant qu'il fallait « prendre le diable par la tête et non par la queue ».

Après 1799, Vachard disparaît de la vie publique et se consacre à sa profession d'ingénieur géographe. Il meurt le à Gentilly, à l'âge de 73 ansActe de décès n° 686, Gentilly.. Sa reconversion en ingénieur géographe témoigne d'une capacité d'adaptation remarquable qui lui permit de traverser l'Empire et la Restauration dans une relative tranquillité.

Publications Installation de Jean-Jacques Rousseau, auteur du Contrat social, dans la société des Indigens (1791) Les factieux dévoilés, la vérité toute nue, et les moyens de sauver la République (1792-1793) Mon rêve, ou Le télescope de l'observatoire (1792-1793) Le Droit des peuples, jugement des rois en dernier ressort (v. 1793) Le buveur de sang démasqué : dialogue entre un prêtre et un escamoteur (1797)

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Madame Roland, Mémoires, éd. Cl. Perroud, Paris, Plon-Nourrit, 1905. Dictionnaire des Jacobins vivants, Hambourg, 1799. Albert Mathiez, « Le massacre et le procès du Champ de Mars (-) », Annales révolutionnaires, t. 3, n° 1, 1910, p. 1-60. Frédéric Bræsch, « Les pétitions du Champ-de-Mars (15, 16, ) », Revue Historique, t. 143, 1923, p. 1-39. Isabelle Bourdin, Les sociétés populaires à Paris pendant la révolution, Paris, Éditions Recueil Sirey, 1937. Sigismond Lacroix, Le Département de Paris pendant la Révolution, Paris. Albert Soboul et Raymonde Monnier, Répertoire du personnel sectionnaire parisien en l'an II, Paris, Publications de la Sorbonne, 1985.

Articles connexes Fusillade du Champ-de-Mars Club des Cordeliers Coup d'État du 18 fructidor an V Commune de Paris (Révolution française) Louis-Philippe d'Orléans (1747-1793)

Liens externes

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