La signature scientifique est le dispositif textuel par lequel un ou plusieurs chercheurs s'attribuent la paternité d'une publication scientifique (article de revue, ouvrage, communication). Cette attribution confère le statut d'auteur ou coauteur aux personnes ayant participé de manière substantielle à la publication parmi les différents phases de la recherche (conception, collecte de données, rédaction, etc.).
Approche sociologique La signature scientifique remplit une double fonction : une fonction de crédit, c'est-à-dire la fait d'attribuer le statut d'auteur ou coauteur à chaque personne ayant apporté une contribution substantielle ; et une fonction de responsabilité, c'est-à-dire la situation de devoir avoir à rendre des comptes sur le contenu produit. Comme le formule le sociologue David Pontille : . De plus, du fait de l'asymétrie entre cosignataires, le fait de signer un article scientifique ne confère pas toujours un véritable statut d'auteur (authorship) à tous les signataires. De plus, .
Pour les sociologues des sciences Michel Dubois et Catherine Guaspare, . Cette dimension immatérielle du crédit conféré par la signature scientifique est potentiellement convertible en ressources, postes ou promotions. Le sociologue Pierre Bourdieu analyse la science comme une , considéré comme une forme de capital. Dans cette perspective, selon le sociologue David Pontille .
Face à l'inflation des signatures collectives, qui peuvent compter plusieurs dizaines, centaines ou milliers de signataires, la signature scientifique révèle des : .
Critères d'attribution et intégrité scientifique Comme l'indiquent les sociologues des sciences Michel Dubois et Catherine Guaspare, tels que ceux de l'International Committee of Medical Journal EditorsProposition de traduction : Comité international des éditeurs de revues médicales. (ICMJE) ou la Contributor Roles TaxonomyProposition de traduction : Taxonomie des rôles des contributeurs. (CRediT)Site officiel du CRediT. Pour une présentation en français, par Marie-Claude Deboin sur le site CoopIST du Cirad (organisme français de recherche agronomique et de coopération internationale pour le développement durable des régions tropicales et méditerranéennes).. Cependant, plusieurs études ont montré l'omniprésence de conduites problématiques, notamment : « auteur fantôme » (ghost autohrship en anglais)., ou à l'inverse le fait d'« signature de complaisance » (gift authorship en anglais)..
La taxinomie standardisée CRediT propose quatorze type de contribution afin de détailler les rôles respectifs de chaque signataire. D'après le sociologue David Pontille, cette .
Ordre des signataires Dans les travaux collectifs, l'ordre d'apparition des noms dans la signature correspond à des conventions qui varient selon les disciplines. En effet, comme l'indiquent les sociologues des sciences Michel Dubois et Catherine Guaspare, . Il existe d'autres conventions de l'ordre d'apparition des signataires, comme ou .
Par exemple, en sciences biomédicales, l'ordre des signataires suit ce modèle : premières places pour celles et ceux qui réalisent la majorité du travail ; dernière place pour la ou le responsable d’équipe ou du laboratoire ; les positions entre ces deux bornes pour les autres contributions indispensables, mais de moindres importances.
La première place est valorisée, notamment par l’effacement des coauteurs qu’induit la formule « et al. »Signifiant « et les autres » (du latin et alii), la locution et al. est employée pour alléger les références comportant de nombreux auteurs (généralement plus de trois). Elle remplace l'énumération exhaustive des collaborateurs par la mention du seul premier signataire, suivie de l'abréviation, car elle peut jouer un rôle dans la carrière universitaire. Plus largement, les indicateurs de performance (tel que le H-index), le nombre de citations reçues, cette visibilité fondée sur un critère quantitatif se fait l’écho de la qualité des travaux.
La position de premier auteur est stratégique pour la carrière universitaire, d'autant que l'usage de la mention « et al. » tend à invisibiliser les autres collaborateurs. Plus globalement, l'évaluation scientifique repose désormais sur une assimilation de la qualité à la visibilité quantitative, mesurée par des indicateurs de performance comme le nombre de citations (via l'H-index).
La signature scientifique comme indicateur scientométrique Selon le sociologue David Pontille, la signature scientifique, initialement dispositif d’authentification, a été des chercheurs. Elle constitue un éléments des analyses scientométriques ou bibliométriques.
La classification par auteurs et domaines proposée par Eugene Garfield dans les années 1960 a transformé l'évaluation scientifique. Les indicateurs produits par l'Institute for Scientific InformationProposition de traduction : Institut d'information scientifique ne se contentent plus de mesurer la production : ils sont devenus des critères directeurs qui modèlent l'action des chercheurs. En ce sens, selon le sociologue David Pontille, .
Outil d'évaluation individuelle, la signature scientifique cristallise les enjeux de reconnaissance et de paternité.. La recherche de ce crédit personnel transparaît dans les querelles de priorité, où . Corollaire de ce système : rares sont les tentatives de reproduction des résultats, jugées peu méritoires. Il subsiste ainsi une tension : alors que le savoir est censé être un bien commun, la communauté scientifique valorise l'individu en liant son nom à la découverte, comme l'illustre l'exemple du boson de Higgs, attribué à un seul homme en dépit d'une recherche collective.
Notes et références Notes
Références
Bibliographie
. — Pour une présentation de l'ouvrage, voir le compte rendu de Pierre-Michel Menger. . — Pour une présentation de l'ouvrage, voir le compte rendu de Hervé Maisonneuve. - accès gratuit par la bibliothèque Wikipédia. - accès gratuit par la bibliothèque Wikipédia. . . .
Liens externes
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