André Cluytens, né le à Anvers (Belgique) et mort le à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), est un chef d’orchestre français d’origine belgeBelge naturalisé français.. Figure marquante de la vie musicale française des années 1950 et 1960, il est particulièrement connu pour ses interprétations de la musique symphonique française (Berlioz, Franck, Ravel), du répertoire russe (Borodine, Rimski-Korsakov, Moussorgski, Chostakovitch) et du répertoire germanique (Beethoven, Wagner).

Carrière Son père, Alfons Cluytens, était directeur d'opéra et chef d'orchestre à Anvers, sa mère cantatrice. Le jeune Augustin (futur André) effectue ses études au Conservatoire royal d'Anvers, devient chef de chœur dans sa ville natale et pense s’orienter vers une carrière de pianiste, répétiteur et chef de chant à l'opéra. Ses racines sont flamandes mais il est attiré par la culture française. Dès 1926, il épouse une jeune cantatrice du Théâtre royal français. En 1927, en remplacement de son père, il est amené à diriger les Pêcheurs de perles de Bizet et s’oriente alors vers la carrière de chef d’orchestre. Il donne la création belge de Salomé de Richard Strauss. Cluytens vient en France à partir de 1932 et dirige au théâtre du Capitole de Toulouse, à l’opéra de Lyon, à Bordeaux et Vichy…

Naturalisé français dès 1939 (quelques semaines avant le début de la guerre), il adopte à cette occasion le prénom d'André. Sa carrière rapide pendant le régime de Vichy et l'occupation le rendent suspect à la Libération. Il est blanchi le . Directeur du Théâtre national de l'Opéra comique de 1946 à 1953, il dirige l’orchestre de la Société des concerts du Conservatoire dès 1942 et s'y produit régulièrement à partir de 1946, en particulier lors de tournées en France et à l’étranger. Cluytens succède en 1949 à Charles Munch (parti aux États-Unis) au poste de vice-président chef d’orchestre. L'intransigeance du nouveau patron irrite d'abord les musiciens : il est intraitable sur le nombre de répétitions et la présence continue des instrumentistes, qui avaient l'habitude de cachetonner dans d'autres orchestres. Mais les résultats sont là et l'orchestre lui sera fidèle jusqu'à la fin. Il dirige également au théâtre national de l’Opéra, notamment Tannhäuser (1963) et Salome (1964), avec Anja Silja, dans les mises en scène de Wieland Wagner. Dans les années 1950, il dirige très régulièrement l’orchestre national de la RDF puis de la RTF, en particulier lors de tournées en Allemagne en 1957, en Union soviétique en 1959 et au Moyen-Orient et en Europe orientale en 1960.

Animant le centre musical de la France, il est appelé à la tête des orchestres les plus prestigieux d'Europe et du monde. Cluytens se produit régulièrement à la tête de l'Orchestre philharmonique de Berlin de 1952 à 1966 tant pour le disque que le concert. Mais ce sont les hauts lieux de l'opéra européen qui lui donnent la consécration suprême : Bayreuth, Vienne (où il débute avec Tristan), Milan (La Scala lui confiant la Tétralogie)…

En 1955, il est le premier chef français à se produire au festival de Bayreuth, où il dirige Tannhäuser, remplaçant au pied levé Eugen Jochum. Il reviendra à Bayreuth les années suivantes, dirigeant Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg de 1956 à 1958 dans la célèbre mise en scène de Wieland Wagner typique du nouveau Bayreuth, Parsifal en 1957, et Lohengrin en 1958, également à l’occasion d’une nouvelle mise en scène de Wieland Wagner. L’enthousiasme du public dès 1955 permet à Cluytens de revenir saluer seul, ce qu’une tradition prohibait à Bayreuth.

En 1956, il codirige avec Carl Schuricht la première tournée de l’orchestre philharmonique de Vienne aux États-Unis, deux ans après la disparition de Wilhelm Furtwängler et un an après celle d’Erich Kleiber qui devait initialement diriger la tournée. Le public américain se montre très réservé en raison de l’attitude de l’Autriche avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. En , il dirige un cycle de concerts à la tête de l’orchestre philharmonique de New York, et dirige à cette occasion la Première Symphonie d’Henri Dutilleux. Ce cycle de concerts a été radiodiffusé par CBSProgrammes de cette série de concerts.. Entre 1957 et 1960, il enregistre avec l’orchestre philharmonique de Berlin une intégrale des symphonies de Beethoven, la première dirigée par un chef français et la première interprétée en studio par un orchestre germanique.

En 1960, Cluytens revient en Belgique : il est nommé directeur de l'orchestre national de Belgique, qui est alors réorganisé pour devenir l’orchestre officiel de la capitale belge. Le Maître consacre alors une grande partie de son temps à l'orchestre qu'il porte à un niveau international et emmène en tournées en Europe et dans le monde. Cluytens conserve néanmoins des liens privilégiés avec l’orchestre de la Société des concerts du Conservatoire, qu’il dirige lors d’une série de concerts au Japon en avril et mai 1964 – l’ultime tournée de l’orchestre – et lors d’un cycle consacré à Beethoven au théâtre des Champs-Élysées à l’automne 1964 et avec lequel il continue à enregistrer Ravel, Debussy, Roussel, Berlioz…

Cluytens retourne au festival de Bayreuth en 1965 pour diriger Parsifal, où il succède à Hans Knappertsbusch sur la recommandation de ce dernier, et Tannhäuser. Fait sans précédent à Bayreuth, le public applaudit entre les actes de Parsifal !

Atteint d'un cancer durant l'hiver 1965–1966, il doit arrêter de diriger une première fois. La maladie remonte vraisemblablement au début des années 1960 : première alerte en 1961 aux États-Unis alors qu'il dirige l'orchestre symphonique de Chicago (festival de Ravinia). Il peut remonter au pupitre en . La maladie interrompt définitivement son activité en : dernier concert à Stuttgart le à la tête de l'Orchestre National de Belgique, le concert s'achevant par les tableaux d'une exposition de Modeste Moussorgski. La critique allemande, enthousiaste, parle d'un véritable pandémonium sonore. Il devait faire ses débuts au Metropolitan Opera de New York peu de temps après.

Cluytens meurt le à l'âge de soixante-deux ans. Il habitait dans le Val-d'Oise, à Montmorency, où il est enterré avec sa femme Germaine et son fils unique Michel, décédé en 1969 dans un accident de voiture.

Courtois et souriant, adoré des musiciens d'orchestre qu'il respecte naturellement et dont il connaît le métier depuis sa toute première jeunesse, Cluytens est continuellement à la recherche de perfection et d'indépendance dans son art. Il inspire une confiance et une admiration souvent émues aux instrumentistes et chanteurs innombrables et prestigieux qui ont fait de la musique avec lui. Wolfgang Windgassen lui déclare après avoir chanté Tannhäuser sous sa direction à Bayreuth en 1955 :

Style thumb|alt=dessin : portrait d'André Cluytens|André Cluytens (dessin). Flamand d’origine, Français d’adoption, Cluytens se situe à la croisée des grandes traditions musicales européennes : il parle le néerlandais (sa langue maternelle), l'allemand, l'anglais, le français, bien sûr (sa langue d'usage), mais aussi le russe. Cluytens allie l'élégance et la clarté à une conduite puissante éclairée par une maîtrise de l’architecture générale des œuvresAndré Cluytens, « Le plus français des chefs belges », Diapason , juin 2017..

Wieland Wagner, qui le reconnaissait comme un wagnérien de haute lignée, déclarait :

La cantatrice Anja Silja, avec qui il eut une liaison amoureuse la dernière année de sa vie, le considérait comme « un grand seigneur », « élégant, raffiné, délicat, poétique », « un chef extraordinaire, l'un des plus grands que je connaisse. »

écrit Jean Cotté à l'issue d'un concert parisien de la Société des concerts du Conservatoire […]

François Dupin, timbalier de l'Orchestre de Paris, fondé après la dissolution de l'orchestre de la Société du conservatoire lors de la disparition de Cluytens, écrit étrangement dans L'Orchestre nuFrançois Dupin, L'orchestre nu, Hachette, 1981, 285 . : , soulignant ainsi à la fois l'importance du sourire et du regard du chef pour les instrumentistes et attirant du coup l'attention du mélomane discophile sur l'étonnante irradiation musicale qui se dégage des interprétations de Cluytens, cette Cluytens touch dont parlent certains critiques.

Discographie Si André Cluytens réalise son premier enregistrement en tant que chef en 1943, à la tête de l'Orchestre de la Société des concerts du Conservatoire avec Marcelle Meyer : Strauss, Burlesque ; Bizet, Patrie !… Saint-Saëns, c'est avec la même phalange qu'il grave son dernier, (L’Enfance du Christ de Berlioz) en 1966, à la tête de son orchestre, auquel le liait une prédilection secrète et avec lequel il a donné son meilleur, à égalité avec le Philharmonique de Berlin.

Malgré la brièveté de sa carrière, Cluytens laisse une discographie abondante. (Pablo GalondePablo Galonde, Le Monde de la musique , 2002.). La quasi-totalité des enregistrements effectués à partir de la fin des années 1950 en stéréo, est disponible chez EMI — aujourd'hui sous étiquette Warner. Alors que Testament a, pour sa part, réédité les enregistrements du début des années 1950, en monophonie. En 1965, il met fin à son contrat d'exclusivité chez EMI : Cluytens espère avoir plus de liberté dans son répertoire d'enregistrements, en particulier au service de la musique française. Depuis quelques années, des firmes concurrentes (Decca et RCA) lui font d'alléchantes propositions… mais il est déjà trop tard : rongé par la maladie, il réalise son dernier enregistrement cette même année.

Cluytens fut le premier « millionnaire du disque classique » et, à ce titre, fut honoré le . À cette occasion, Pierre Bourgeois, président de Pathé-Marconi, lui remit un disque et une baguette d'or au théâtre des Champs-Elysées, en présence de ses amis Georges Auric, Alfred Cortot et Marguerite LongBiographie d'André Cluytens sur Art lyrique.fr.

Actuellement, des trésors d'archives doivent encore dormir en Europe (et aux États-Unis), étant donné l'extraordinaire activité que Cluytens a déployée au concert et dans les diverses maisons d'opéra.

En , pour le anniversaire de sa disparition, Warner propose un coffret de 65 disques regroupant la totalité de ses enregistrements orchestraux et de concertos, documentés entre 1943 et 1966 (35 disques en mono, 30 en stéréo). Certains sont rendus publics pour la première fois (6 œuvres), d'autres sont des premières en CD (44 enregistrements), l'ensemble étant gravé à partir des sources originales en son haute définitionAndré Cluytens : The Complete Orchestral & Concerto Recordings sur francemusique.fr.. Diapason d'or.

Le grand répertoire Beethoven, Neuf symphonies - orchestre philharmonique de Berlin (1957–1960) , Maurice Ravel, Œuvres pour orchestre - orchestre de la Société des concerts du Conservatoire (1961-1962) Ravel, Concertos pour piano - Samson François (piano), Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire ( / – - Emi 7 47368 2) Dmitri Chostakovitch, Onzième Symphonie - Orchestre National de la Radiodiffusion Française (Paris, - Testament SBT 1099) Dmitri Chostakovitch, Concertos pour piano et 2 - Dmitri Chostakovitch, piano (1958)Emi Great Recordings of the Century 5 62646 2. Beethoven, Concerto pour violon - David Oïstrakh (violon), Orchestre National de la Radiodiffusion Française (8 et ) Prokofiev, Concerto pour piano , Samson François (piano) Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire ( et - Emi 5 73177 2, Les Introuvables de Samson François , , dans le coffret Cluytens accompagnateur , ou au sein de l'intégrale François, CD 29 )

Musique française, germanique et russe Bizet (suites de l'Arlésienne, entractes de Carmen) Debussy (Jeux, Images pour orchestre, danses pour harpe), Roussel, Symphonies et 4, Bacchus et Ariane (deuxième suite), sinfonietta pour cordes, suite du Festin de l'araignée - Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire (5 et et 15 et - Testament SBT 1238 / SBT 1239) Berlioz,