Jean-François Lafeuillade, né le au Pouget et mort le à Montpellier, est un ténor français.

Il est notamment célèbre pour avoir tenu le rôle de Masaniello dans l'opéra La Muette de Portici de Daniel-François-Esprit Auber, le soir du au Théâtre royal de la Monnaie de Bruxelles, qui est l'élément déclencheur de la révolution belge.

Biographie Jean-François Lafeuillade nait au Pouget, dans le canton de Gignac, département de l'Hérault, le pendant la période de la Première République française.

Il s'inscrit au conservatoire de Paris en 1819 et y reste deux ans. Il fait ses débuts au grand opéra le , alors qu'il est encore étudiant, en interprétant Colin dans Le Devin du village, Lubin dans Le Rossignol ou encore Polinice dans Œdipe à Colone. À la fin de ses études, il part pour Rouen en 1821, initialement pour deux ans, mais, fort de son succès, le marquis Jacques Alexandre Law de Lauriston le rappelle à Paris. Le , il se produit au théâtre de l'Opéra-Comique où il rejoint Louis-Antoine Ponchard. On le retrouve dans Joseph, de Joseph Daussoigne-Méhul, puis dans Jean de Paris, de François-Adrien Boieldieu. Il incarne également Pierrot dans Le Tableau parlant et Blondel dans Richard Cœur-de-Lion d'André Grétry. En 1825, il est admis au nombre des sociétaires et séjourne au théâtre où il interprète, entre autres, Florville dans Les Deux Mousquetaires d'Henri-Montan Berton et Adolphe dans Marie de Ferdinand Hérold.

Révolution belge de 1830

Contexte

gauche|vignette|L'affiche de La Muette de Portici au Théâtre royal de la Monnaie de Bruxelles, au soir du Dans les années 1829-1830, Lafeuillade est engagé au Théâtre royal de la Monnaie de Bruxelles, alors chef-lieu de la province du Brabant-Méridional dans le Royaume uni des Pays-Bas, dirigé par le roi Guillaume Ier d'Orange-Nassau. Il y gagne un salaire de francs par an, avec une promesse de pension de francs après dix années de service. Il tient le rôle principal dans Le Comte Ory de Gioachino Rossini, puis incarne Arnold dans Guillaume Tell et Masaniello dans La Muette de Portici de Daniel-François-Esprit Auber. Cette dernière raconte la révolte populaire de la république de Naples contre la grande puissance espagnole qui occupe la région au et qui y a placé un vice-roi. La corrélation avec les griefs de plus en plus insistants des « Belges », habitants catholiques des provinces du sud, contre les « Hollandais », habitants protestants des anciennes Provinces-Unies, est évidente dans un contexte de tensions croissantes dans le pays, récemment accentuées par la Deuxième Révolution française de .

Malgré cela, la pièce est proposée à l'occasion des festivités liées au cinquante-huitième anniversaire du souverain néerlandais, le . Percevant le danger qu'elle pourrait représenter dans le contexte d'agitation sociale croissante, la police de Bruxelles souhaite interdire la représentation qualifiée d', au même titre que le feu d'artifice, officiellement annulé pour cause de météo défavorable. Toutefois le gouverneur provincial, Hyacinthe van der Fosse autorise la représentation en date du , avec l'appui du roi.

La Muette de Portici le 25 août

vignette|La Muette de Portici au Théâtre royal de La Monnaie le . Le mercredi , la salle du Théâtre royal de La Monnaie est comble tandis que ceux qui n'ont pu obtenir de places sont amassés devant le bâtiment, sur la place de la Monnaie. L'agitation devient palpable lorsque le duo de Masaniello (Lafeuillade) et de Pietro (Jean Baptiste Ferdinand Cassel) entonnent l'« Amour sacré de la Patrie » chanté au deuxième acte, dans la scène 2, dont voici les paroles:

La foule applaudit alors vivement chaque allusion à la liberté. Au troisième acte, dans la scène 4, Masaniello, au son du tocsin, brandit une hache et chante :

vignette|La foule devant le Théâtre royal de La Monnaie le , juste avant le début des émeutes. Le cinquième acte, mettant en scène la reprise de contrôle du peuple napolitain par l'armée espagnole, est sifflé et ne sera jamais terminé. Il n'en faut pas plus pour que le public se lève, harangué et survolté, en criant : , avant de se diriger vers la sortie où une foule compacte est réunie devant le bâtiment. De violentes émeutes s'ensuivent, qui sont considérées comme l'élément déclencheur de la révolution belge, menant à l'indépendance de la Belgique du Royaume uni des Pays-Bas dès le ainsi qu'à la guerre belgo-néerlandaise.

La Brabançonne

vignette|Les héros de La Brabançonne : Jenneval, Van Campenhout et Lafeuillade (en bas à droite). Lorsque le Théâtre royal de La Monnaie rouvre ses portes le , Lafeuillade entonne pour la première fois la seconde version de La Brabançonne écrite par son compatriote Jenneval et qui deviendra plus tard l'hymne national belge. Il prend également part à l'insurrection en devenant membre du club patriotique radical appelé la Réunion centrale puis en participant à certains combats de la guerre belgo-néerlandaise, dont la bataille de Berchem.

Fin de carrière Après la saison, il retourne à l'Opéra-Comique de Paris qu'il fuit en 1831 à cause d'une épidémie de choléra. Il mène alors une carrière itinérante très lucrative dans les grandes villes de province : Lyon, Toulouse, Marseille, Montpellier. En 1831, une tournée avec Marie-Julie Boulanger lui assure une notoriété considérable et des revenus importants. Il acquiert alors une propriété sur les hauteurs de Montpellier, la Costabelle, où il reçoit notamment le compositeur François-Adrien Boieldieu.

Un grave accident en 1837, au cours duquel il se fracture la cheville, interrompt temporairement sa carrière sans y mettre fin. À partir de 1840, Lafeuillade se consacre de plus en plus à la direction théâtrale, tout en chantant encore ponctuellement. Il dirige successivement : les théâtres de Nantes (1840-1842), ceux de Montpellier puis le Théâtre du Capitole de Toulouse, dont il prend la direction à plusieurs reprises entre 1845 et les années 1860. Son activité est marquée par des succès artistiques mais aussi par de fréquents conflits financiers et juridiques, révélateurs des difficultés structurelles du système des théâtres sous le régime du « privilège ».

Il cesse définitivement de chanter vers le milieu des années 1840 et décède à Montpellier le .

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Émeutes d'août 1830 à Bruxelles La Brabançonne La Muette de Portici

Bibliographie

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