Les élections législatives hongroises de 2026 ont lieu le afin de renouveler pour quatre ans les de l'Assemblée nationale de la Hongrie.
Les élections se déroulent dans le contexte de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, tandis que l'opposition au gouvernement Fidesz du Premier ministre Viktor Orbán se réorganise autour du Parti Respect et liberté (TISZA) de Péter Magyar, un député membre du Fidesz jusqu'en 2024.
Le scrutin se solde par la victoire décisive du TISZA, qui réunit la majorité absolue des suffrages, et décroche même la majorité qualifiée des deux tiers des sièges. Viktor Orbán concède sa défaite le jour même et félicite son adversaire. Péter Magyar devient Premier ministre et forme son gouvernement le 9 mai 2026.
Contexte Prédominance du Fidesz vignette|gauche|redresse=0.6|Viktor Orbán. Le Premier ministre sortant Viktor Orbán est au pouvoir depuis la victoire de son parti, le Fidesz, aux législatives de 2010, un succès renouvelé en 2014, en 2018 et en 2022. Ces mandats interviennent après un premier effectué de 1998 à 2002 en coalition avec deux autres partis de centre-droit.
Lors du précédent scrutin, la coalition du Fidesz et du Parti populaire démocrate-chrétien remporte une victoire . Dépassant la majorité absolue des suffrages exprimés, elle parvient à faire démentir les sondages d'opinion qui lui annonçaient la perte de sa majorité des deux tiers des sièges. Le Premier ministre Viktor Orbán se voit ainsi confortablement reconduit pour un cinquième mandat, le quatrième consécutif depuis 2010....
La coalition d'opposition Unis pour la Hongrie réunissant le Jobbik, le Parti socialiste hongrois (MSZP), le Parti du dialogue pour la Hongrie (PM), Coalition démocratique (DK), La politique peut être différente (LMP) et Mouvement Momentum (MM) remporte un tiers des voix, un résultat bien en deçà des attentes de l'opposition, en dessous même des résultats combinés des partis membres de la coalition en 2018. En troisième position, le Mouvement Notre patrie remporte 6 % des voix et fait son entrée à l'Assemblée nationale.
Le premier ministre est cependant fragilisé dans les années qui suivent par la situation économique que traverse la Hongrie. Le gouvernement peine à relancer l'emploi, la croissance et à mettre un terme à l'inflation dans un contexte de forte hausse de l'inflation au niveau mondial à partir de 2021. Celle-ci retombe finalement à 4,4 % en 2025 après avoir atteint 17 % en 2023, après plusieurs années de hausse dont l'impact a marqué les Hongrois. En cumulé depuis 2020, elle dépasse en effet les 50 %. Human Rights Watch alerte ainsi sur la pauvreté croissante des personnes âgées et sur le prix des denrées alimentaires : , condamne ainsi l'ONG dans un rapport de .
Émergence de Tisza vignette|Péter Magyar s'adressant à un rassemblement de partisans le . Katalin Novák, membre du Fidesz élue présidente de la République en , démissionne deux ans plus tard à l'issue d'un scandale provoqué par son usage de la grâce présidentielle en faveur d'un responsable d'un foyer pour enfants condamné pour avoir couvert les actes pédocriminels de son supérieur...
L'affaire provoque l'indignation dans la population, la décision de la présidente entrant, qui plus est, en totale contradiction avec ses anciennes responsabilités de ministre chargée de la Famille, ainsi qu'avec la campagne alors menée par le gouvernement Orbán sur le thème de la protection de l'enfance... La démission de Katalin Novak est immédiatement suivie de l'annonce du retrait de la vie politique de Judit Varga. Ministre de la Justice au moment des grâces au sujet desquelles elle avait apposé sa contresignature , elle avait récemment quitté le gouvernement pour mener campagne en tant que tête de liste du Fidesz pour les élections européennes de . La double démission de Novak et Varga est un coup dur pour le parti, dont elles étaient des figures montantes. Toutes deux mères de trois enfants, et seules femmes à des postes aussi haut placés, elles étaient fortement mises en avant par le Fidesz, dans une société hongroise où les enfants sont perçus comme la priorité, quelle que soit l'idéologie politique..
vignette|redresse=0.6|Péter Magyar. Le parti Fidesz du Premier ministre Viktor Orbán propose la candidature du président de la Cour constitutionnelle, Tamás Sulyok, à l'élection présidentielle de . Ce dernier est élu sans surprise dès le premier tour du scrutin.
L'affaire a pour conséquence indirecte la formation du principal parti d'opposition au Fidesz lors des élections législatives de 2026. Dans les heures qui suivent la démission de Judit Varga, son ex-mari et député du Fidesz, Péter Magyar, annonce quitter le parti et démissionner de ses fonctions dans deux entreprises publiques. Il déclare que ces dernières années lui ont fait comprendre que l'idée d'une présentée comme l'objectif du gouvernement de Viktor Orbán est en fait un servant à masquer la corruption massive et les transferts de pouvoir et de richesse à ceux qui ont les bonnes relations.
Le , il organise à Budapest un rassemblement auquel participent des dizaines de milliers de personnes. Il y annonce la formation d'un nouveau parti politique, le Parti Respect et liberté (Tisza). Ce dernier se hisse rapidement dans les sondages d'opinion en vue des élections européennes de où il arrive deuxième derrière le Fidesz, devenant ainsi la principale force d'opposition. Le Tisza et son dirigeant prennent par la suite la première place dans les sondages électoraux, avec plus ou moins d'avance sur le Fidesz, une première depuis l'arrivée de ce dernier au pouvoir.
En décembre 2025, suite à la diffusion d'une vidéo montrant un enfant en train de se faire cogner la tête contre une table dans un centre éducatif fermé par un éducateur, une manifestation réclamant la démission d'Orbán est organisée. Dans le même centre, le directeur précédent a été accusé de prostitution sur mineures..
Mode de scrutin Système utilisé vignette|Carte des circonscriptions. L'Assemblée nationale est un parlement monocaméral composée de pourvus pour quatre ans selon un mode de scrutin parallèle. Sont ainsi à pourvoir au scrutin uninominal majoritaire à un tour dans autant de circonscriptions électorales, auxquels s’ajoutent pourvus au scrutin proportionnel plurinominal de liste avec seuil électoral de 5 % dans une unique circonscription nationale. Ce seuil passe à 10 % pour les listes présentées conjointement par deux partis et à 15 % pour les listes présentées par des coalitions de trois partis ou plus..
Le scrutin à la proportionnelle est dit car sont ajoutés aux suffrages recueillis par les listes nationales les suffrages dits « fragmentaires » () du scrutin uninominal. Il s'agit des suffrages des candidats battus dans leurs circonscriptions ainsi que de l'avance des vainqueurs sur le candidat suivant. La répartition est ensuite effectuée à la proportionnelle selon la méthode D'Hondt Loi CCIII. de 2011, Journal officiel hongrois (site Nemzeti Jogszabálytár, Magyar Közlöny Lap- és Könyvkiadó Kft.) : loi électorale hongroise..
Depuis 2014, chacune des minorités ethniques de Hongrie a la possibilité de faire élire un député de manière facilitée grâce à un abaissement du seuil électoral, à la condition qu'ils s'enregistrent préalablement sur des listes électorales distinctes. Le siège est prélevé sur les 93 dédiés à la représentation proportionnelle si la liste en question franchit un seuil spécifique établit au quart du quotient inverse de ce total, soit du total des suffrages au scrutin de listeNemzeti Választási Iroda National Election Office.. Treize minorités sont concernées : les Arméniens, Bulgares, Croates, Allemands, Grecs, Polonais, Roms, Roumains, Ruthènes, Serbes, Slovaques, Slovènes et Ukrainiens. En pratique, seules les communautés allemandes et roms sont suffisamment nombreuses pour espérer pouvoir atteindre ce seuil et obtenir un siège, si tant est qu'une part suffisante de leurs membres s'inscrivent sur les listes dédiées.
Modifications récentes L'Assemblée nationale vote le une révision de la loi électorale qui modifie certaines circonscriptions des sièges pourvus au scrutin uninominal majoritaire. Outre plusieurs modifications de leur délimitations dans les comitats de Fejér et Csongrád-Csanád, le nombre de sièges alloués à la capitale Budapest passe ainsi de 18 à 16, au profit du Comitat de Pest, dont les sièges passent de 12 à 14. Le gouvernement justifie ces modifications par l'application des changements démographiques constatés dans le recensement de 2022. L'opposition accuse cependant le Fidesz de procéder à un découpage électoral partisan visant à défavoriser les villes qui lui ont été défavorables au précédentes élections...
Campagne Affaiblissement du Fidesz Le parti au pouvoir se trouve considérablement affaibli à l'approche des élections. Après plus de quinze années au pouvoir, le Fidesz tente de décrocher un cinquième mandat pour son dirigeant, Viktor Orban, mais fait face à un mécontentement de plus de la moitié de la population. Le malaise social et économique touche ainsi jusqu'à ses propres bastions électoraux, tandis que les accusations de détournement de fonds publics à hauteur de plusieurs millions d'euros touchent plusieurs élus locaux du parti. S'il pouvait s'ériger lors des précédent scrutins en rempart souverainiste des Hongrois face à des partis ouvertement favorables à l'Union européenne, le Fidesz se trouve concurrencé sur son propre terrain par l'opposition conservatrice incarnée par le Tisza....
Le parti bénéficie toujours cependant d'une loi électorale taillée sur mesure dont la moitié au scrutin uninominal majoritaire à un tour favorise le parti au pouvoir face à une multitude de partis d'opposition, ainsi que les parties rurales du pays qui lui sont historiquement davantage acquises. S'il se retrouve en difficulté dans les sondages d'opinion, le parti peut toujours compter sur une remontée surprise, telle que celle qui l'avait vu décrocher une large majorité absolue des voix en 2022 malgré des sondages initialement perdants..
La montée du Mouvement Notre patrie (MHM) à l'extrême droite de l'échiquier politique hongrois pourrait également s'avérer une opportunité pour Orbán s'il devait manquer de peu la majorité des sièges, le Premier ministre n'ayant pas exclu de former avec une coalition.
Montée et ciblage du TISZA vignette|Affiche visant à présenter Péter Magyar comme inféodé à Volodymyr Zelensky. . Le Parti Respect et liberté (Tisza) de Péter Magyar décide de présenter des candidats généralement sans expérience politique et issus des classes moyennes supérieures. Beaucoup sont des chefs d'entreprise, des médecins ou des avocats. Un tiers sont des femmes, alors qu'elles n'avaient qu'un rôle marginal dans la vie politique hongroise durant les années Orbán.
Le parti fait principalement campagne sur l'amélioration des services publics et surtout la lutte contre la corruption, surfant sur les vagues d'accusations visant le parti au pouvoir. S'il appelle à , le candidat souffre néanmoins de ses liens passés avec le Fidesz, dont les partisans l'accuse de l'avoir .
Il choisit de faire campagne activement dans les zones rurales, traditionnellement acquises au Fidesz mais rattrapées par la paupérisation depuis plusieurs années. Généralement classé à la droite libérale et membre du Parti populaire européen, le parti n'en entretient pas moins un certain flou idéologique pour rassembler l'opposition à Viktor Orbán. Il se tient notamment à l'écart des questions sociétales controversées, telles que les droits des LGBT, ou l'aide militaire à l’État ukrainien. Il promet un programme de réhabilitation des logements vacants, une réforme foncière au profit des jeunes agriculteurs, ou encore la création d'un ministère du développement rural. Il promet de démanteler les réseaux clientélistes de « l'État-Fidesz », défendre la neutralité des médias publics et garantir une compétition politique équitable.