vignette|lllustrations (mort et deuil) in Jüdisches Ceremoniel par Georg Puschner, éd. Peter Conrad Monath, Nuremberg (1724)

Le deuil (hébreu : אבלות avelout) a lieu dans le judaïsme lorsqu'une personne perd son père, sa mère, son frère, sa sœur, son fils, sa fille ou son conjointCf. Lévitique 21:2-3..

Les prescriptions de deuil ont pour but de rendre hommage au mort (kevod hamet) et de soutenir les endeuillés au cours de leurs diverses phases de deuil (ni'houm avelim). Les rites et coutumes qui s'y rattachent varient en fonction de l'origine culturelle du défunt et du degré d'observance des parents.

Le deuil dans les sources juives thumb|Jacob pleure Joseph (Tissot, c. 1900).

Dans la Bible hébraïque Bien que la mort soit évoquée assez tôt dans le récit bibliqueGenèse 2:17., les premières manifestations de deuil ne sont décrites qu'à la mort de Sarah : Abraham se dépêche à Hébron, prononce des paroles funèbres (hesped) pour sa femme, la pleure et achète un caveau à des conditions exorbitantesGen. 23:2 & suiv. ; cf. Rachi ad. loc..

Certains rites semblent déjà établis : en apprenant la mort supposée de Joseph, Ruben déchire ses habits et Jacob ses vêtementsGen. 37:29 & 34.. Les veuves revêtent des habits de deuil, probablement noirsGen. 38:14 ; cf. 2 Samuel 14:2.. D'autres pratiques, en revanche, n'ont pas encore été fixées : Jacob pleure la disparition de Joseph de « nombreux jours »Gen. 37:34. alors que celui-ci ne portera le deuil de son père que pendant sept joursGen. 50:10. et que les deuils publics à la suite des décès de Myriam, Aaron et même Moïse n'excéderont pas trente joursDeutéronome 34:8.. Il semble en définitive que les Israélites portaient le deuil moins longtemps que leurs voisinsGen. 50:3 ; Deut. 21:13..

D'autres rites sont décrits dans la littérature prophétique : l'endeuillé, qu'il porte le deuil d'un proche, d'une figure populaire ou d'une catastrophe nationale, pleure, se découvre la tête et les piedsEzéchiel 24:17, se revêt d'un sacJérémie 16:6. et de cendreJosué 7:6 ; voir aussi Esther 6:12., s'assoit dans la poussière et mange le « pain d'afflictionOsée 9:4. » ; Jérémie décrit aussi des comportements d'automutilation, bien que ceux-ci aient été interdits dans le PentateuqueLév. 21:5 ; Deut. 14:1.. Certains expriment leur deuil par des complaintes2 Sam. 19:1 & 5 ; 1 Rois 13:30., David allant même jusqu'à composer une élégie pour la mort de Saül et Jonathan2 Sam. 1:11-12.. D'autres se couvrent au contraire les lèvres afin de ne pas profaner pendant leur deuil.

Dans la littérature rabbinique Les Sages de la Mishna et des Talmuds s'attachent à démontrer l'ancienneté de ces coutumes qu'on retrouve parfois parmi les peuplades avoisinantesJob 1:20 ; Jér. 41:5. et que le Pentateuque n'évoque que pour en limiter l'usage parmi la classe sacerdotale (le Grand-prêtre se voyant même interdire d'accomplir les derniers devoirs pour ses proches parents)Lév. 21:1-6 & 10-11..

Ainsi, les sept jours de répit accordés aux impies avant le Déluge l'auraient été afin d'observer le deuil de MathusalemT.B. Sanhédrin 108b..

Les lois du deuil sont principalement discutées dans le traité Moëd katan.

Au chevet de l'agonisant, et du mort

Le lit de mort Le gossess (גוסס, agonisant) est défini comme une personne très proche de la mort, et dont la mort est inéluctable, mais la Loi juive interdit aux Juifs de hâter la mort de quelque façon que ce soit (même d'une fraction de seconde), sauf, parfois par la prière, tout en leur prescrivant de le réconforter par tous les moyens possibles, et en tout cas, de ne pas prolonger son agonie.

C'est pourquoi le spectre de ce qui est permis ou non pour une personne sur son lit de mort est éminemment variable d'une personne à l'autre, et un rabbin dont la compétence est reconnue devrait être consulté avant toute entreprise, le moindre geste pouvant parfois être fatal.

Définition du status mortis Le mot hébreu pour la mort est mita (מִיתָה, aucun rapport avec le lit, qui se prononce aussi mita, mais s'écrit מִטָה) et met pour le « mort ». Sha'at HaMita est, plus que l'heure du décès, son moment précis.

Toutefois, la définition précise de la mort est, comme en médecine, sujette à de grands débats, et ce depuis les temps talmudiques : pour certains, elle se définit par l'arrêt de la respiration (d'où les expressions de dernier souffle ou dernier soupir), pour d'autres, par l'arrêt du pouls. Le critère d'utiliser la mort cérébrale comme déterminant a récemment été débattu, mais aucun accord n'a été définitivement entériné par les décisionnaires à ce jour.

La veillée du mort Une shemira ("veillée") est obligatoire dès le moment où un Juif meurt. Un shomer (gardien) est une personne, de préférence pas un proche du malade, dont le rôle est de garder le malade et, idéalement, de réciter des Psaumes (Tehillim)Les textes de base sur la mort et le deuil sont les Psaumes 16, 49 et 91. Lire en ligne pour l'élévation de son âme jusqu'à l'enterrement. Bien que l'honneur à rendre au malade soit le but principal, il fut un temps où la préservation contre le vol était hautement justifiée. De nos jours, les shomrim sont souvent payés ou désignés par l'entreprise de pompes funèbres ou Hevra kaddisha.

La 'Hevra kaddisha Voir l'article Hevra kaddisha vignette|« Les Acafoth ou les sept tours, autour Cercueïl » (1723) La hevra kaddisha (חברה קדישא, litt. Société Sainte, aussi "Société du Dernier Devoir") ou "mutuelle juive" est une sorte d'entreprise de pompes funèbres, peu structurée mais assez bien organisée, dont les membres, hommes et femmes le plus souvent orthodoxes, se consacrent à appliquer et faire appliquer la halakha (Loi juive) en matière de décès et d'enterrement, et à protéger les défunts de la désécration, volontaire ou non, jusqu'à l'enterrement. Deux règles parmi les plus importantes sont le respect à donner au corps du défunt, et le nettoyage rituel du corps, ainsi que l'"habillage" subséquent.

Beaucoup de hevrot kaddisha des villes et villages sont affiliées aux synagogues locales, et possèdent souvent leurs propres parcelles dans les cimetières locaux. Certaines communautés paient une cotisation annuelle à la hevra kaddisha de leur choix, de sorte que leurs défunts soient "pris en charge" selon les rites du judaïsme, mais aussi enterrés près de chez eux, dans une parcelle contrôlée. En certains pays, comme la Belgique, les concessions sont à renouveler, mais en d'autres, comme en Israël, elles sont perpétuelles.

Si aucun fossoyeur n'est disponible, la fonction échoit de facto à l'un des membres (mâles) de la hevra kaddisha de s'assurer que les tombes sont creusées à la profondeur requise (à peu près six pieds). En Israël, les membres des hevrot kaddisha considèrent un honneur de creuser la tombe, en plus de préparer le corps d'un frère juif pour l'enterrement, en particulier si le décédé était connu pour sa droiture.

Beaucoup de sociétés observent un ou deux jours de jeûne annuels, et organisent des séminaires d'étude et de formation continue en matière d'articles de Loi juive. En outre, beaucoup de hevrot soutiennent les familles au cours de la shiv'ah (les sept jours de deuil, cf. infra), organisent les offices, préparent les repas (les endeuillés ne peuvent cuisiner, ni s'activer), et autres services. Il est de coutume que l'entourage des endeuillés leur apporte de quoi se nourrir et se charge du service. En Israël, les entreprises où travaillent les endeuillés (enfants du défunt, par exemple), envoient de la nourriture et des boissons dans la maison où se tient la shiv'ah, habituellement le domicile du défunt.

La préparation du corps Le corps doit tout d'abord passer par le rituel de tahara (purification) en préparation aux funérailles. Le corps est entièrement débarrassé de toute poussière, des fluides corporels et d'autres souillures sur la peau. Il est ensuite rituellement purifié, de préférence par immersion dans un mikvé, ou par aspersion substantielle d'eau sur le corps. La tahara peut faire référence à tout le processus, ou à la seule purification rituelle.

Une fois le corps « purifié », il est revêtu de takhrikhim (équivalents du linceul), des vêtements blancs, identiques pour chaque Juif, réminiscence des habits portés par le Grand Prêtre. Les hommes sont ensuite enveloppés, de préférence dans leur propre talit (châle de prière), dont la atarah a été retirée et l'un des quatre coins coupé afin de rendre le tallit passoul (impropre à l'usage).

Une fois le corps purifié et vêtu, le cercueil est scellé. Contrairement à ce qui est pratiqué dans d'autres religions, le cercueil est fermé lors des funérailles, et on ne défile pas devant le corps.

En Israël, la coutume répandue est de n'utiliser aucun cercueil, mais de recouvrir le corps de takhrikhim plus épais, recouverts par un tallit.

Le service funéraire vignette|Les Journées de deuil, J. Carter (v. 1884) De nos jours, la cérémonie commence soit au domicile du défunt, si l'espace y est disponible en suffisance pour accomplir proprement les rites, soit dans une morgue. De là, les endeuillés et amis du défunt le suivent en procession jusqu'au cimetière où il est emmené en corbillard, en passant généralement devant son domicile (si le cortège n'en part pas). Lorsqu'il s'agit d'une personne éminente, comme un notable communautaire, un rabbin, un juge rabbinique, un rosh yeshiva, l'entièreté du service, y compris l'éloge funèbre, peut se tenir dans la synagogue ou la yeshiva à laquelle cette personne était associée. Dans le cas de certains grands, ces cérémonies peuvent prendre l'apparence d'une manifestation populaire : lors du décès du Rav Shlomo Zalman Auerbach par exemple, tout un quartier de Jérusalem a été bloqué, tant les fidèles étaient nombreux, remplissant entièrement les rues.

Historiquement, les Juifs n'ont jamais eu d'offices à « cercueil ouvert ».

Éloges funèbres

Un hesped (הספד) est une oraison funèbre. La tradition remonte au patriarche Abraham lui-même, qui monte à Hébron à la mort de Sarah « pour prononcer un Hesped et la pleurer ».

Dans un passage talmudique (Shabbat 153a), Rav, aux portes de la mort, dit à son contradicteur et ami Chmouel. :

Il est très courant que plusieurs personnes parlent au début de la cérémonie, soit dans le mortuaire, soit avant l'enterrement devant la tombe. Certaines personnes précisent dans leur testament qu'elles ne souhaitent pas d'oraison, et celles-ci sont proscrites en certains jours, comme le Hol HaMo'ed (période semi-fériée entre les jours marquant le début et la fin de la fête) et les jours où on ne récite pas le Tahanoun. Le Hesped est alors remplacé par un Dvar Torah. L'orateur doit veiller à ne pas exagérer les qualités du mort, car cela risquerait de porter préjudice au défunt et à lui-même. Pour cette raison certaines communautés ('Habad) ne prononcent pas d'oraison funèbre.

L'inhumation

vignette|Procession vers le lieu de sépulture des Juifs entre Längnau et Endingen (1754) La Kevoura (« inhumation » proprement dite) est réalisée le plus rapidement possible après le décès, en vertu de l'interprétation exégétique du verset biblique : « Si l’on fait mourir un homme qui a commis un crime digne de mort, et que tu l’aies pendu à un bois, son cadavre ne passera point la nuit sur le bois ; mais tu l’enterreras le jour mêmeDeutéronome 21 - 22 et 23. ». Ce principe, dit Halanat hamet, prescrit de façon générale de ne pas retarder les funérailles, y compris pour un condamné, car, dit Rachi, « le roi n'aime pas qu'on voie son frère pendu », allusion à la création de l'homme à l'image de Dieu, le Roi.

Le respect pour le mort peut s'apprendre à partir de nombreux exemples du Tanakh. Ainsi, par exemple, l'un des derniers faits dans la Torah est la mort de Moïse et son enterrement par nul autre que Dieu Lui-même : . ()

vignette|« Les assistans jettent de la terre sur le corps » (gravure B. Picard, v. 1733)