alt=Dans un dessin, cinq figures grises et sans visage observent une figure au centre du dessin mettre un masque gris pour couvrir son visage coloré|vignette|Le masquage autistique (masking) consiste à dissimuler des « traits autistiques » pour paraître neurotypique, comme derrière un masque.

Le camouflage autistique (ou masquage ou masking autistique) regroupe diverses stratégies utilisées par certaines personnes autistes pour paraître non autistes (neurotypiques) dans les interactions sociales, afin de s'adapter à un monde social majoritairement neurotypique. Ce camouflage social concerne surtout les personnes autistes sans déficience intellectuelle (soit 60 % environ des personnes diagnostiquées avec TSA), femmes notamment. Il consiste notamment à imiter la manière de communiquer des personnes neurotypiques, souvent en adoptant différentes « personnalités sociales ». Il vise à cacher des comportements et des réponses autistiques naturelles, souvent en adoptant des alternatives (dites « stratégies de compensation ») pour être perçu comme « moins autiste », afin de mieux « naviguer » dans le monde social des neurotypiques, notamment pour réussir à s'y faire des amis..

C'est un concept de la psychologie sociale, lié à la présentation de soi, c'est-à-dire à . Il décrit un comportement, qui est une stratégie d'adaptation, apprise dès l'enfance, et réputé être surtout développé chez les filles autistes... C'est une réponse au « stress des minorités », notamment au moment de l'adolescence où pour la personne autiste, « il faut devenir un caméléon pour survivre ».. Il permet à certaines personnes autistes, parfois toute leur vie durant, de « se fondre dans le monde neurotypique », mais souvent avec des conséquences négatives en termes de fatigue et de santé mentale pour la personne qui s'oblige ainsi à nier ou cacher une partie de sa personnalité. Il peut retarder le diagnostic de l'autisme.

Valentina Petrolini en estiment que les connaissances actuelles sur le camouflage autistique sont encore fragmentaires, en dépit de progrès liés à un nombre croissant d'études sur le sujet. En , Sarah Jones recommandent d'élargir les recherches sur le masking à davantage d'identités de genre, et à une représentation plus large du spectre autistique, pour améliorer les pratiques de soutien et d'intervention.

Nature du phénomène (éléments de définition) Parmi les exemples souvent cités de camouflage, on trouve l'effort de créer ou maintenir un contact visuel durant une conversation ; l'utilisation de phrases apprises, ou de blagues préparées à l'avance ; l'imitation du comportement social des autres, l'imitation d'expressions faciales ou de gestes, ainsi que l'apprentissage et le suivi des scénario social (Lai et Baron-Cohen, 2015).. Bradley (2021) ajoutent aussi le fait de et d'autres précisent que la personne autiste peut aussi apprendre à parler consciemment plus doucement, à ne pas se tenir trop près, ni trop loin d'autres personnes, à ne pas faire de remarques personnelles, inconfortables ou blessantes pour autrui, ou consciemment ajuster son comportement en prenant un pair neurotypique comme modèle, en vue d'une plus grande acceptation sociale.. Parmi les descriptions faites par des personnes autistes, Bradley (2021) citent le besoin d'« adapter son comportement pour paraître plus socialement acceptable », en observant les autres, en imitant leurs conduites ou en s'attachant à des personnes perçues comme plus sociables afin de donner l'illusion d'être intégré. On évoque aussi l'adoption de « règles », d'un « mode social », d'un « masque invisible » ou d'un « people suit » (métaphore signifiant qu'on endosse l'habit de quelqu'un) pour mieux gérer les interactions quotidiennes, comme s'il s'agissait d'un d'un « rôle » ou d'un jeu de rôle consistant à jouer un « personnage ».

Pour beaucoup de personnes autistes, ce comportement, pratiqué depuis l'enfance, est devenu « seconde nature », difficile à interrompre, relevant d'un automatisme ou d'un fonctionnement en « pilotage automatique ». À partir de ces témoignages, en 2021, Bradley et ses collègues ont isolé trois thèmes centrés sur les dangers du camouflage : Il est admis que « tout le monde » se camoufle par moments, mais les personnes autistes interrogées soulignent que l'intensité et la durée de ce comportement entraînent chez eux des effets particulièrement délétères. Ceux qui déclarent camoufler « en permanence » décrivent une surveillance constante de leurs gestes et attitudes, au point de ne plus savoir comment se comporter autrement ni comment exister socialement sans ce recours. Le camouflage est majoritairement décrit comme « stressant », « fatigant » ou « épuisant », en raison du nombre de règles à suivre, de l'effort cognitif continu pour analyser les situations sociales, et pour ajuster les expressions faciales et répondre de manière jugée appropriée. Les interactions sociales sont rapidement épuisantes quand il faut sans cesse « faire semblant » d'être neurotypique, « normal » (de ne pas avoir de trouble du spectre de l'autisme en l'occurrence) .

Malgré l'intérêt croissant pour le masking et ses conséquences ; au début des années 2020, la nature de ce phénomène, selon Valentina Petrolin et al. (2023), est encore conceptuellement floue.

Dimensions hétérogènes Ses définitions mettent en avant des dimensions hétérogènes telles que : les objectifs (conscients et/ou inconscients) poursuivis par la personne qui masque ainsi une partie de sa personnalité ; par exemple étudiés par Livingston & Happé (2017) sous l'angle des « stratégies de compensation » où le comportement semble s'améliorer malgré la persistance des déficits sous‑jacents. ; et par Hull et al. (2017) ; le degré de réussite du masking ; étudié par Lai et al. (2021) ; les contextes du masking ; par exemple "en famille" versus "au travail" ; à l'école, etc. Perry et al. en 2021 ont montré que le masking augmente quant la stigmatisation de l'autisme augmente, au détriment de la construction de l'identité de la personne autistePerry, E., Mandy, W., Hull, L., & Cage, E. (2022). Understanding camouflaging as a response to autism-related stigma: A social identity theory approach. Journal of autism and developmental disorders, 52(2), 800-810. https://link.springer.com/article/10.1007/s10803-021-04987-w consulté le 2026-01-17 ; ses « coûts psychiques » ; par exemple étudiés par Cage & Troxell‑Whitman (2019) chez 262 personnes autistes ; les stratégies mobilisées ; par exemple étudiées par Livingston et al., 2019), ou encore : le niveau de conscience et d'effort impliqué ; évoqués par Pearson & Rose, (2021).

Le masking, un moyen d'accéder à l'intégration sociale

Comme principale raison de masquer leur autisme, les personnes autistes citent généralement le besoin de se faire accepter (intégration sociale). Ils citent notamment le besoin de se faire des amis à l'école et dans la vie non-scolaire, le besoin de susciter des relations amoureuses et/ou sexuelles, le besoin de trouver et conserver un emploi ; mais aussi l'espoir d'éviter l'ostracisme, le harcèlement ou des abus verbaux, physiques ou sexuels..

On sait en effet que : les personnes autistes sont plus exposées au harcèlement physique, verbal et/ou relationnel, car elles n'interprètent généralement pas les comportements d'intimidation verbale comme étant du harcèlement (en raison d'une moindre perception de la théorie de l'esprit selon une explication courante). Loveland et al. (2001) ont ainsi constaté que les adolescents avec TSA détectent beaucoup plus difficilement que leurs pairs non-TSA (sur une vidéo dans ce cas) les comportements de harceleurs (... mais uniquement pour les scènes impliquant un harcèlement verbal), et cela d'autant plus que leur théorie de l'esprit est déficitaire ou neuroatypique. Ce phénomène sera confirmé, en 2010, par d'autres auteurs à partir d'une présentation de situations sociales sur des vidéos ; et van Roekel et al. notent aussi, à cette occasion, que le taux de harcèlement est aussi élevé dans le milieu scolaire classique que dans les classes spécialisées pour jeunes autistes (et dans ce dernier contexte, les harceleurs sont donc de jeunes personnes autistes). ; dans un travail menée par Montes et Halterman (2007), 26 % des adolescents atteints de TSA étaient classés comme des intimidateurs vis à vis d'autres jeunes autistes. Chez l'enfant autistes harceleur, un manque de théorie de l'esprit et une difficulté à réguler et à identifier les émotions chez l'autre (Alexithymie) peuvent être en cause.

Réponse au « stress des minorités »

Les recherches sur l'autisme ont longtemps considéré les difficultés de santé mentale comme des comorbidités intrinsèquement liées au TSA, en négligeant d'autres facteurs explicatifs. Puis, comme pour d'autres minorités handicapées ou ostracisées, l'autisme est de plus en plus envisagé comme une « identité minoritaire » exposant les personnes autistes à un stress social accru, en raison de la stigmatisation.

Le masking autistique est dorénavant aussi étudié en tant que réponse et stratégie d'adaptation face à ce que les sociopsychologues appellent le stress des minorités. Le modèle du stress minoritaire. dérive de la « théorie du stress social », qui lie les inégalités en santé mentale à la précarité sociale (le stress social est par exemple induit par la stigmatisation vécue par les groupes socialement marginalisés, aggravée par un manque de ressources d'adaptation).. Dans les sections suivantes, nous expliquons la justification de l'application de cette théorie à l'analyse des données relatives aux femmes autistes et présentons un aperçu du modèle.

Une étude (2020) a testé le modèle de stress des minorités comme explication de l'expérience des problèmes de santé mentale au sein d'un échantillon d'individus autistes à haut fonctionnement (n = 111). Elle a confirmé que la plupart des personnes autistes, en tant que groupe minoritaire, sont effectivement exposées, toute leur vie, à des facteurs de stress sociaux spécifiques. Ce stress résulte d'une part de leurs spécificités sensorielles (hypersensibilités notamment), mais aussi des discriminations subies par ces personnes, souvent quotidiennement. La personne autiste intériorise, souvent dès l'enfance, qu'elle est « différente »., qu'elle doit s'adapter aux codes et normes de la majorité, et qu'elle sera probablement stigmatisée malgré ses efforts ; et pour atténuer le stress qui en résulte, elle va inconsciemment ou consciemment tenter de masquer ses spécificités autistiques, au détriment de sa santé mentale, car cet effort s'ajoute au stress général. Dans cette perspective, le masking est interprété comme une réponse directe à des pressions sociales structurelles : il permet, certes, de réduire temporairement les risques sociaux pour la personne avec TSA, mais il contribue aussi, à moyen ou long terme, à l'épuisement psychique, et à une détérioration de l'image de soi et du bien-être.

Certaines approches récentes invitent à ne pas analyser le camouflage uniquement comme une stratégie individuelle d'adaptation sociale, mais aussi comme une réponse à un contexte perçu comme stigmatisant ou menaçant pour les personnes autistes. Dans cette perspective, le masking peut être compris comme une conduite de protection face au risque de rejet, de harcèlement, de discrimination ou d'invalidation des comportements autistiques. Cette lecture nuance l'idée d'un choix pleinement volontaire : le camouflage peut être appris et maintenu parce que l'expression visible des traits autistiques a déjà été associée à des expériences sociales négatives.