Angelina Ernestovna Vorontsova, (Анжели́на Эрне́стовна Воронцо́ва) née le à Voronej, est une danseuse de ballet russe. Après avoir entamé sa carrière au Bolchoï de Moscou entre 2009 et 2013, elle rejoint à cette seconde date le Théâtre Mikhaïlovski de Saint-Pétersbourg en tant que première ballerine. Depuis lors, elle s'est affirmée comme une éminente représentante du classicisme russe, ce qui lui a valu plusieurs récompenses, dont, en 2024, le titre d'Artiste honorée de la Fédération de Russie.
Les débuts à Voronej Angelina Vorontsova n'est pas issue du milieu de la danse. A Voronej, elle grandit dans une famille de médecins, sa mère s'occupant seule de ses filles après son divorce avec le père d'Angelina. Très jeune, elle préfère au ballet la gymnastique artistique en raison des exigences physiques supérieures de cette discipline. Mais, découragée par la brièveté des carrières dans cette discipline, elle préfère finalement rejoindre l'École chorégraphique de Voronej. Elle y bénéficie de l'enseignement de professeures confirmées, comme Marina Leonkina, Nabila Valitova et Tatyana Frolova.
Alors que Vorontsova suit la fin du cursus d'apprentissage du ballet à Voronej, l'année 2008 marque pour elle un tournant décisif. Elle participe alors au concours Arabesque à Perm, dont le président n'est autre que le célèbre danseur Vladimir Vassiliev. Au terme d'une variation de la Princesse Florine, elle remporte, le premier prix féminin, tout en étant saluée en des termes très élogieux par Vassiliev. Les propositions se multiplient dès lors. Sergeï Filine, qui dirigeait alors la troupe de ballet du Théâtre Stanislavski et Nemirovitch-Dantchenko, s'intéresse notamment à elle. C'est entre autres grâce à lui qu'elle peut parachever sa formation dans la réputée Académie de chorégraphie de Moscou, où elle suit les enseignements de Natalya Arkhipova.
La renommée à Moscou 400px|gauche|vignette|Avec Nikolaï Tsiskaridzé et Denis Rodkine, 2013 Alors qu'elle a déménagé à Moscou dans un petit appartement avec sa mère, les succès s'enchaînent. En 2009, elle obtient son diplôme de l'Académie avec un solo lors de la soirée de fin d'études, tout en recevant d'autres récompenses : le Prix Triumph au début de l'année, puis la Médaille d'or au Concours international d'artistes de ballet de Moscou. C'est Youri Grigorovitch qui remet le prix à Angelina Vorontsova. Sergueï Filine lui propose alors de rejoindre le Théâtre Stanislavski, mais elle se voit proposer une place au Bolchoï, et la possibilité de travailler avec Ekaterina Maximova, qu'elle admire. Elle accepte donc, même si le décès de Maximova fait qu'elle ne sera finalement pas sa coach. Sous la houlette du danseur Nikolaï Tsiskaridze, qui reconnaît immédiatement son talent, elle va connaître un début de carrière fulgurant.
Dès son arrivée au Théâtre Bolchoï en 2009, Vorontsova danse des rôles de solistes. Ses caractéristiques physiques, qui en font une danseuse à la fois acrobatique et raffinée, parfaite pour le répertoire classique, y sont pour beaucoup. Sa capacité à apprendre en un temps très court des rôles principaux et le soutien de la star Tsiskaridze sont aussi déterminants. À l'encontre de la tradition qui veut qu'une ballerine soit chapeautée par une femme au Bolchoï, le danseur géorgien devient son véritable mentor; une relation de maître à élève, faite aussi d'amitié, commence, ce qui ne s'est jamais interrompu depuis. Ainsi, déjà à la fin de l'année 2009, soit quelques mois seulement après la fin de son cursus d'apprentissage, elle connaît un honneur de choix pour une ballerine russe: danser le rôle de Clara dans Casse-Noisette le en compagnie de Tsiskaridze. Le duo répétera cet événement au cours des années suivantes.
Alors que la carrière d'Angelina Vorontsova s'annonce sous les meilleurs auspices, l'année 2011 va marquer un brusque arrêt dans son parcours. Sergeï Filine est nommé à la tête du ballet du Bolchoï, or, celui-ci est en conflit avec Nikolaï Tsiskaridzé. Il est également possible qu'il en veuille à Vorontsova d'avoir refusé d'intégrer le Stanislavski deux ans plus tôt, même si elle affirme plus tard qu'on a exagéré l'importance de cette décision. Peu à peu, les lignes d'un conflit important entre les partisans de Filine et le clan de Tsiskaridze se dessinent au Bolchoï. Pour Vorontsova, qui reste fidèle à son mentor, cette tension a pour conséquence qu'elle se voit refuser les premiers rôles dans les grands ballets classiques qu'elle affectionne.
C'est à cette époque qu'Angelina connaît sa première relation amoureuse sérieuse, avec le danseur Pavel Dmitrichenko, lui aussi en conflit avec Filine au Bolchoï. Or, cette relation va finalement être la cause de son départ anticipé de Moscou. En effet, au début de l'année 2013, Filine subit, devant son domicile, une attaque à l'acide qui le défigure et lui fait perdre partiellement la vue. Or, en mars, la police arrête Dmitrichenko pour avoir commandité le crime. Bien qu'elle ne soit pas mêlée à l'affaire, Angelina Vorontsova doit faire face à une tempête dans les médias en raison de l'influence supposée de son contentieux avec Filine sur l'acte de son compagnon. En conséquence, elle quitte le Bolchoï pour Saint-Pétersbourg, en même temps que Tsiskaridze. Tandis que ce dernier prend les rênes de l'Académie Vaganova, elle rejoint pour sa part le Théâtre Mikhaïlovski durant l'été 2013.
La consécration à Saint-Pétersbourg Loin de la surexposition publique et des tumultes politiques du Bolchoï, Angelina Vorontsova entame au Mikhaïlovski une nouvelle étape de sa carrière. Ayant accédé directement au rang de danseuse principale, à l'âge de 21 ans, elle peut se consacrer strictement à son développement artistique sur la longue durée. Elle s'impose ainsi comme la danseuse phare de la compagnie.
Si ses préférences vont toujours aux grandes œuvres classiques, sa collaboration avec Nacho Duato lui permet de renouveler les rôles qu'elle y incarne. Le chorégraphe espagnol, à la tête du ballet du Mikhaïlovski entre 2011 et 2014, puis à nouveau dès 2019, revisite en effet le répertoire traditionnel, apposant ses propres chorégraphies sur la musique et le livret. Au Mikhaïlovski, Angelina Vorontsova danse régulièrement des versions montées pour elle de Casse-Noisette, du Lac des Cygnes ou de Don Quichotte (Hidalgo de la Mancha). Elle interprète notamment le rôle principal dans sa nouvelle Bayadère, qui fait l'objet d'une captation filmée, et pour laquelle elle reçoit de brillantes critiques à l'international.
En parallèle de ces classiques revisités, Angelina Vorontsova danse aussi des chorégraphies plus contemporaines. C'est le cas des ballets de Duato, comme Without words ou Cor perdut. Elle collabore avec d'autres chorégraphes, au premier chef, Mikhail Messerer qui a repris la direction du ballet au Mikhaïlovski entre 2014 et 2018. Elle intervient plusieurs fois lors de soirées organisées au Palais du Kremlin à Moscou par Andris Liepa; en 2024, elle y interprète, pour la première fois, L'Oiseau de feu. Ses prestations dans Flammes de Paris d'Alexei Ratmansky et dans Notre-Dame de Paris de Roland Petit ont également marqué les esprits.
En 2015, la ballerine se marie avec le directeur musical du Mikhaïlovski, le chef d'orchestre Mikhaïl Tatarnikov, mais le couple divorce trois ans plus tard.
En 2024, elle devient Artiste honorée de la Fédération de Russie, et l'année suivante, elle décroche le Prix Figaro d'interprétation.
Répertoire
Théâtre Bolchoï
2009 — The Conjuring of the Escher Family sur musique de G. Getty, chorégraphie de V. Vasiliev — Madelina Escher 2009/2011 — Don Quichotte de L. Minkus, chorégraphie de M. Petipa, A. Gorsky, version d’A. Fadeyechev — Deuxième Variation dans Grand Pas (2009), Reine des dryades (2011) 2009/2013 — La Bayadère de L. Minkus, chorégraphie de M. Petipa, version de Y. Grigorovich — troisième variation dans la peinture Ombres (2009), Grande Danse classique (soliste) (2013) 2009/2011/2012 — Le Lac des cygnes de P. I. Tchaïkovski, chorégraphie de Y. Grigorovich, deuxième version — Mariée russe (2009), Les Trois cygnes, Valse (2011), Les Pairs du Prince (2012) — Casse-Noisette de P. I. Tchaïkovski, chorégraphie de Y. Grigorovich — Marie 2010 — Grand pas du ballet Paquita de L. Minkus, chorégraphie de M. Petipa, production et nouvelle version chorégraphique de Y. Burlaka — Paquita (les débuts ont eu lieu dans le cadre d’un concert de gala dédié à l’anniversaire de Piotr Pestov) 2010 — La Esmeralda de C. Pugni, chorégraphie de M. Petipa, production et nouvelle chorégraphie de Y. Burlaka, V. Medvedev — Béranger, amie de Fleur de Lys 2010/2011 — Giselle de A. Adam, chorégraphie de J. Coralli, J. Perrot, M. Petipa — deux Wilis (2010 — version de V. Vasiliev) ; Amie de Giselle (2011 — version de Y. Grigorovich) 2010 — Chopiniana sur musique de F. Chopin, chorégraphie de M. Fokine (reprise au Théâtre Bolchoï par N. Tsiskaridze (2010)) — Mazurka 2010 — Sérénade sur musique de P. Tchaïkovski, chorégraphie de G. Balanchine — soliste 2011 — La Belle au bois dormant de P. I. Tchaïkovski, chorégraphie de M. Petipa, version de Y. Grigorovich — Fée d’argent, Fée du courage, dames de compagnie 2011 — Raymonda de A. K. Glazunov, chorégraphie de M. Petipa, version de Y. Grigorovich — Henriette 2011 — Flammes de Paris de Boris Asafiev, chorégraphie de A. Ratmansky avec chorégraphie de V. Vainonen — Mireille de Poitiers 2011 — Cipollino de K. S. Khachaturian, chorégraphie de G. Mayorov — Magnolia 2011 — Symphonie des Psaumes sur musique d’I. Stravinsky, chorégraphie de I. Kilian — partie solo — participant à la création au Théâtre Bolchoï 2012 — La Dame de pique sur musique de la Sixième Symphonie de Tchaïkovski, chorégraphie de R. Petit — Lisa 2012 — Le Corsaire de A. Adam, chorégraphie de M. Petipa, production et nouvelle version chorégraphique d’A. Ratmansky et Y. Burlaka — pas de trois odalisques (première odalisque) 2012 — Joyaux sur musique de G. Fauré, P. I. Tchaïkovski et I. Stravinsky chorégraphie de G. Balanchine — Soliste Diamants — participant à la première au Théâtre Bolchoï 2012 — Ivan le Terrible sur musique de S. Prokofiev, chorégraphie de Y. Grigorovich — Hérauts de la victoire 2013 — Dream of Dream sur musique de S. Rachmaninov, chorégraphie de J. Elo — duo 2013 — Coppélia de L. Delibes, chorégraphie de M. Petipa et E. Cecchetti, production et nouvelle version chorégraphique de S. Vikharev — Le Travail
Théâtre Mikhaïlovski
— Flammes de Paris de Boris Asafiev, chorégraphie de Vasily Vainonen, Mikhaïl Messerer — Diana Mireille, puis Jeanne — Laurencia d’Alexander Krein, chorégraphie de Vakhtang Chabukiani, version de Mikhaïl Messerer — Laurencia Casse-Noisette de P. I. Tchaïkovski, version de Nikolaï Boarchikov — Masha Casse-Noisette de P. I. Tchaïkovski, mise en scène par Nacho Duato — Masha La Belle au bois dormant de P. I. Tchaïkovski, mise en scène par Nacho Duato — Princesse Aurore Giselle par A. Adam, chorégraphie de Jules Perrot, Jean Coralli, Marius Petipa dans la version de Nikita Dolgushin — Giselle Don Quichotte de L. Minkus, chorégraphie d’Alexander Gorsky dans la version de Mikhaïl Messerer — Kitri — Roméo et Juliette de Prokofiev, chorégraphie de Nacho Duato — Juliette — La Fille mal gardée, musique de Louis Herold, arrangement de John Lanchbury, chorégraphie de Frederick Ashton, version révisée de Mikhail Messerer et M. O’Hare — Lise Mars 2014 — La Bayadère de L. Minkus, chorégraphie de Marius Petipa dans la version de Vladimir Ponomarev et Vakhtang Chabukiani, nouvelle version de Mikhaïl Messerer — Gamzatti Mai 2014 — White Darkness, chorégraphie de Nacho Duato — soliste Juin 2014 — Le Lac des cygnes de Tchaïkovski, chorégraphie de Lev Ivanov et Marius Petipa, version de Mikhaïl Messerer — Odette et Odile Septembre 2014 — Class concert, chorégraphie d’Asaf Messerer, version de Mikhaïl Messerer — soliste