Les mesures de représailles financières prises par la Banque centrale de Russie en 20222 sont une série de mesures financières prises en 2022 par la Banque centrale de Russie à la suite de l'invasion de l'Ukraine et en réponse aux sanctions occidentales.
Dès que la nature des sanctions financières occidentales sont connues, Vladimir Poutine demande à Elvira Nabioullina d'opérer un virage complet à la tête de la Banque centrale de Russie, passant d'une politique plutôt libérale et ouverte à un système contrôlé qui va vers l'autarcie.
Contrôle des capitaux Dès le gel de ses avoirs constaté, la Banque de Russie a établi un gel des capitaux dont les principales mesures sont : l'interdiction de sortir des capitaux (vente de roubles pour acheter des dollars), le dépôt à la banque centrale de 80 % du montant des exportations en devises, la limitation à du montant en espèces qu'un particulier peut sortir de Russie.
Interdiction pour les étrangers de vendre des participations La Banque Centrale russe a interdit dès le aux étrangers de vendre leurs participations dans des sociétés russes. Cette décision est destinée à contrôler les sorties de capitaux. Cela n'a pas empêché des firmes internationales comme BP, Shell et Exxon Mobil de partir de Russie sans même chercher à revendre leurs participations.
Le vendredi , le président Poutine a pris un décret présidentiel qui interdit aux entreprises des pays dits « inamicaux », de vendre les participations dans des projets qu'ils détiennent en Russie dans le domaine de l'énergie et de la banque. Par exception, Poutine pourrait accorder des dérogations pour que ces transactions aient lieu. Cette mesure vise notamment le projet pétrolier Sakhaline I où ExxonMobil détient 30 % de participation, accompagnée du japonais Sodeco pour 30 % et de l'indien ONGC Videsh pour 20 %. Dans le secteur des banques, tombent sous le coup de cette loi l'italien Unicrédit, l'autrichien Raiffeisen Bank ou encore la britannique HSBC.
La mesure a été complétée en , pour les autres secteurs de l'économie, par une taxe de 5% de la valeur marchande des actifs cédés. Un durcissement des autorités russes qui permet à la fois de décourager les entreprises occidentales de quitter la Russie et de renflouer les caisses de l'état.
Saisie d'actifs d'entreprises occidentales En représailles au projet de durcissement des sanctions occidentales par la confiscation des avoirs russes en Europe pour financer l'effort de guerre ukrainien, Vladimir Poutine a pris un décret permettant de saisir les avoir de deux énergéticiens européens, l'entreprise finlandaise Fortum et l'entreprise allemande Uniper. Ce décret date du . Le porte-parole du gouvernement a précisé que la liste des entreprises occidentales est amenée à s'allonger. Ces saisies d'entreprises européennes est destinée à , selon Dmitri Peskov.
Fermeture de la bourse de Moscou Afin d'amortir les sanctions occidentales, la banque centrale russe a décidé de fermer la bourse de Moscou le jusqu'au au minimum, fermeture repoussée de semaine en semaine jusqu'au . Selon le quotidien économique Vedomosti, la bourse de Moscou pourrait rouvrir, pour des opérations de gré à gré, le 14 voire le . Le , juste après l'invasion de l'Ukraine, la bourse de Moscou a perdu près de 40 % en quelques heures. À sa réouverture partielle (seulement 33 actions sont négociables) le la bourse moscovite enregistre une progression. L'indice MOEX Russie progresse de 10% alors que la perte s'élève à 45% pour la journée du . Cependant le gouvernement russe est soupçonné d'avoir utilisé l'argent du Fonds de la richesse nationale de la fédération de Russie pour soutenir les cours.
La banque centrale décide le de fixer son taux directeur à 20 % afin de soutenir le rouble. Avant d'amorcer une décrue qui le mène à 14% le .
La bourse de Moscou rouvre son marché des dérivés aux pays amis. Le marché des actions reste fermé pour tous les pays étrangers afin d'éviter que des transactions de pays hostiles ne transitent par des pays amis pour être conclues et que les pays hostiles ne se débarrassent ainsi de leurs actions russes.
Remboursement de la dette russe en roubles Un décret du prévoit de pouvoir rembourser les créanciers en roubles pour les pays considérés comme hostiles. Les pays hostiles sont les pays de l’Union européenne, l’Australie, le Royaume-Uni, le Canada, Monaco, la Corée du Sud, les États-Unis, la Suisse et le Japon.
Le décret prévoyant le paiement des intérêts en roubles sur la dette émise en dollar ou en euro a été signé le mercredi par Vladimir Poutine. Ce décret donne 10 jours au gouvernement pour nommer une banque chargée du paiement selon un nouveau dispositif. Ce décret prévoit que .
Malgré la possibilité de payer en roubles, la Russie a fait défaut sur un paiement d'intérêts le a constaté l'agence Moody's. Le , la Russie a une échéance de 100 millions, assortie d'un délai de grâce d'un mois. Le ministre des finances russe reconnait avoir versé l'argent sans que celui-ci soit versé aux créanciers. Dmitri Peskov, le porte-parole du gouvernement russe affirme que parler de défaut de paiement est tout à fait illégitime.
Non prise en compte du vote des actionnaires étrangers Un décret présidentiel pris le mardi permet aux grandes entreprises russes d'ignorer le vote des actionnaires étrangers des . Cette mesure est une mesure temporaire qui s'applique jusqu'à la fin de l'année 2023. Elle s'applique aux grandes entreprises russes dont le chiffre d'affaires dépasse 100 milliards de roubles (soit 1,5 milliard d'euros) exerçant leur métier dans l'énergie, l'ingénierie ou le commerce.
Paiement des exportations russes en roubles Le président Poutine a demandé le aux autorités russes compétentes de mettre en place dans un délai d'une semaine un nouveau système de paiement en roubles. Sont notamment visées les exportations russes de pétrole et de gaz. Ce changement a l'avantage de remédier à l'embargo et au gel des avoirs en devises occidentales d'une part et d'autre part de faire remonter la monnaie russe sur le marché des devises. Pour le président du parlement russe, c'est . L'Ukraine dénonce une de la Russie visant à . Selon des analystes économiques, cette décision aura probablement pour le rouble, car même si .
À l'issue de la réunion du G7 le , les ministres de l'énergie ont décidé de s'opposer au paiement de leurs achats d'hydrocarbures à la Russie en roubles, rappelant que leurs contrats sont libellés en euro ou en dollar. Le jeudi , Vladimir Poutine rappelle l'exigence pour les pays européens inamicaux de se doter d'un compte en roubles à partir de ce vendredi afin de régler leurs achats de gaz. Dans une intervention télévisée le même jour, Vladimir Poutine a insisté parlant des acheteurs européens : « Ils doivent ouvrir des comptes en roubles dans des banques russes. Et de ces comptes ils devront payer le gaz livré et cela dès demain. [..] Si ces paiements ne sont pas effectués, on considérera que ce sera une infraction aux obligations de la part de l'acheteur, et cela aura toutes les conséquences qui s'imposent ».
Dans un souci d'apaisement dans le rapport de forces au sujet du paiement en roubles, un compromis semble avoir été trouvé. Il s'agit pour les pays européens importateurs de gaz, d'ouvrir chez Gazprombank un compte en rouble en plus du compte habituel en devises (euro ou dollar). Le paiement continuera de s'effectuer sur le compte en devises pour les montants indiqués sur les contrats. Les sommes seront alors immédiatement converties en roubles. Sachant que la Gazprombank ne fait pas partie des banques touchées par la déconnexion du système de paiement SWIFT, ce compromis permet de continuer les paiements en dehors du régime des sanctions. Par ailleurs la conversion des sommes vers un compte Gazprombank en roubles permet à Moscou de soutenir la valeur du rouble et de protéger les recettes de la vente du gaz. Le porte-parole du gouvernement russe a annoncé dans un communiqué le que le délai pour payer en roubles était reporté de 15 jours minimum et pouvait s'étendre jusqu'à début mai.
Faute de s'être pliées aux obligations russes et d'avoir payé les achats de gaz en rouble, la Pologne et la Bulgarie se voient privés de gaz russe à partir du . C'est le début d'une période de chantage au gaz naturel de la part de la Russie. La Russie représente 55% des importations de gaz de la Pologne et 90% des importations de la Bulgarie. Certains observateurs voient dans ces agissements une manœuvre de la Russie pour tester la solidarité des membres de l'Union européenne. Face à cette réaction russe, Ursula von der Leyen a assuré :
Les premiers pays à expérimenter la réalité des menaces russes sont la Pologne et la Bulgarie dont la fourniture de gaz russe est coupée par Gazprom le . La Pologne et la Bulgarie ont refusé de payer leur approvisionnement en roubles conformément à la demande de Moscou. Le c'est au tour de la Finlande d'expérimenter les menaces moscovites avec l'arrêt de la fourniture de gaz russe de la part de Gazprom. Le Danemark et le Royaume-Uni sont à leur tour privés de gaz russe le pour ne pas avoir payé leur facture en roubles.
Dédollarisation de l'économie Afin de contourner le gel de ses avoirs en dollars ou en euros, les acteurs économiques russes décident une plus forte utilisation du yuan dans leurs échanges commerciaux avec la Chine. Une étude menée par le quotidien économique russe Kommersant indique que sur le mois de , un nouveau compte sur 3 est libellé en yuan. Une situation qui varie d'une banque à l'autre mais qui se retrouve dans toutes les banques russes. Il s'agit pour les principaux intéressés de pouvoir commercer en toute confiance et en toute sécurité. Ce mouvement de dédollarisation de l'économie russe fait suite à un premier mouvement opéré après les sanctions de 2014.
Le marché des changes a été de nouveau ouvert le , après sa fermeture en . Pour l'instant la conversion de devises n'opère que sur la paire rouble-yuan. Cela indique le choix clair de la dédollarisation de la part de la Russie et un pas de plus vers la construction d'un lien commercial et stratégique fort avec la Chine
Développement du tourisme bancaire Le tourisme bancaire est une mesure qui est née de l'initiative d'entreprises plutôt qu'une véritable réponse gouvernementale. Le tourisme bancaire permet aux russes de disposer d'une carte de paiement (Visa ou Mastercard) malgré les sanctions occidentales. Des tours-opérateurs ont développé des offres tout compris qui permettent pour 500€, de bénéficier d'un séjour à Tachkent, capitale de l'Ouzbékistan afin d'obtenir une carte bancaire grâce au compte chèque ouvert en Ouzbékistan. Carte qui ne sera pas soumise aux sanctions occidentales. L'avantage de la démarche est qu'en Ouzbékistan, comme dans les autres anciennes républiques soviétiques, on y parle russe. Les Russes s'y sentent ainsi moins dépaysés. Par ailleurs l'Ouzbékistan est caractérisé par un très faible délai d'émission de carte bancaire (entre 1 et 3 heures avec un passeport). On revient donc en Russie avec sa nouvelle carte bancaire. D'autres pays ont développé des offres similaires pour les mêmes raisons : l'Arménie ou le Kazakhstan par exemple.
Le tourisme bancaire se porte manifestement bien depuis l'invasion de l'Ukraine. En , 30 000 Russes sont bénéficiaires d'une carte bancaire obtenue en Arménie. En , 12 000 Russes étaient détenteurs d'une carte bancaire émise en Ouzbékistan.
Désenclavement du système bancaire russe En réponse à la fermeture du système SWIFT pour ses banques, la Russie cherche à se connecter à d'autres systèmes bancaires. C'est pour cela qu'elle a signé un accord avec l'Iran pour connecter leurs deux systèmes interbancaires. Les 106 banques du SPFS (le système de transfert de messages financiers russe) pourront désormais communiquer avec les 52 banques iraniennes.
Notes et références
Articles connexes Invasion de l'Ukraine par la Russie