Thomas A. Schwandt (1948-2025) était un universitaire américain spécialisé dans l'évaluation des politiques publiques et les politiques éducatives. Il était professeur en Sciences de l'éducation à l' Université de l'Illinois à Urbana-Champaign.

Durant sa longue carrière, Tom Schwandt s'est intéressé à de nombreux sujets: l'évaluation qualitative et ses paradigmes sous-jacents (et notamment le constructivisme); la qualité des produits évaluatifs et des éléments de preuve qui les appuient ; la méta-évaluation et la méta-analyse ; ou encore plus récemment le rôle de l'évaluation dans une ère post-normale. Cependant, une grande partie de son héritage tient surtout à son intérêt pour les questions de valeurs et d'éthique dans l'évaluation – intérêt qu'il partageait notamment avec Ernest R. House.

Entre autres fonctions dans le monde évaluatif, il a été rédacteur en chef de la revue American Journal of Evaluation.

Rendre les valeurs explicites dans l'évaluation Pour Tom Schwandt, l'évaluation en tant que profession s'est constituée aux États-Unis autour d'une certaine vision politique, celle de la démocratie libérale. Dans cette vision, l'évaluateur tend à être vu d'abord comme un expert qui fournit une connaissance scientifique “objective” aux acteurs de l'action publique. Au contraire de cette vision essentiellement rationnelle et utilitaire de l'évaluation, Schwandt insiste sur le rôle de l'évaluation et des évaluateurs pour explorer les valeurs sous-jacentes aux interventions évaluées et rechercher un sens commun à l'action, ce qui nécessite de considérer l'évaluation moins du point de vue des questions méthodologiques –un tropisme récurrent de la profession– et plus comme un dialogue sur l'action publique et ses valeurs.

S'appuyant sur un article d'Ove Karlsson, et déployant une logique aristotélicienne, Schwandt conçoit l'évaluation comme une connaissance pratique associée à l'action, c'est-à-dire une sagesse pratique (phronesis). La capacité à évaluer n'est ainsi plus “une capacité technique ou cognitive dont on dispose, mais dépend plutôt du type de personne que l'on est ou que l'on devient. Ce type de savoir pratique et moral s'acquiert et se met en œuvre dans nos actions avec nos semblables”. En parlant de sagesse pratique, il insiste sur le fait que les évaluateurs travaillent et agissent en contexte et ne peuvent donc pas déployer une méthode toute faite : ils doivent trouver une bonne façon de faire en situation, où “bonne” désigne à la fois une approche “qui marche” et dont les conséquences sont positives ou moralement acceptables.

Dans cette approche, le rôle de l'évaluateur est moins de "dire le vrai" que de créer les conditions pour un dialogue, qui permet à la fois de collecter de l'information, mais aussi de la retransmettre et de la mettre en débat. Les parties prenantes à ce dialogue non seulement apprennent, mais s'approprient l'information et se transforment à travers l'évaluation.

De plus, les évaluateurs ne sont pas extérieurs à ce dialogue : ils sont eux-mêmes engagés dans un travail de critique sociale et de transformation sociale. C'est ce qui ressort notamment de l'ouvrage qu'il co-édite avec Katherine Ryan en 2002, Exploring Evaluator Role and Identity.

Critères et valeurs Dans sa réflexion, Tom Schwandt prend ses distances avec une conception classique de la logique évaluative qui distinguerait formellement la description factuelle de l'objet évalué et le jugement (ce qu'il appelle respectivement “jugement positif” et “jugement normatif”). Plutôt, les descriptions sont empreintes de valeurs et les valeurs dépendent des contextes (des personnes, des sujets, des lieux...) dans lesquelles elles sont exprimées.

Dès lors, il faut refuser les critères standardisés qui ne prennent pas en compte ce contexte (ce qu'il appelle la “critérologie”), et au contraire engager un processus de valuation (valuing) qui permet de clarifier, par le dialogue, les questions qui sont posées et les valeurs au regard desquelles un jugement sera porté.

Une éthique de l'évaluateur Tom Schwandt insiste sur la dimension profondément personnelle de l'activité évaluative, avec des implications éthiques très fortes. L'évaluateur n'est pas qu'un technicien des méthodes des sciences sociales –même s'il se doit de les connaître. Il ou elle doit à la fois accumuler de la connaissance, des savoir-faire, être capable de faire les bons choix en contexte, et savoir s'interroger sur les conséquences (positives ou négatives) de ses choix pour faire la bonne chose. Il insiste d'ailleurs sur la nécessité d'organiser l'enseignement évaluatif autour de ce quadruple enjeu, plutôt qu'autour des méthodes exclusivement.

Un exemple de ces enjeux renvoie à la phase critique du dialogue sur les valeurs qui serviront à construire le jugement évaluatif. C'est une activité souvent conflictuelle, dans la mesure où les différentes parties prenantes n'ont pas les mêmes points de vue, et que les perspectives de certains groupes (par exemple les bénéficiaires d'une action publique) ont tendance à être moins valorisées que d'autres (celles des financeurs de l'action par exemple). Dans ce contexte, l'évaluateur a une responsabilité éthique à trouver un modus operandi qui aboutira à un résultat acceptable (démocratique) en termes de prise en compte de ces différents points de vue. Cette responsabilité ne s'arrête pas à une consultation initiale, mais court sur l'ensemble du processus évaluatif, et comprend donc tout autant la collecte d'information, l'analyse ou l'interprétation des données.

Livres Tom Schwandt est l'auteur de nombreux ouvrages, dont :

Evaluation Foundations Revisited. Cultivating a Life of the Mind for Practice (2015) The Sage Dictionary of Qualitative Inquiry (1re édition 1997, édition 2015) Evaluation Practice Reconsidered (2002)

Notes et références

Catégorie:Universitaire américain du XXe siècle