L'attentat de l'Assommoir est une attaque à la bombe menée le vers 2 heures du matin par la militante anarchiste Fanny Madignier, une membre du groupe Louise Michel-Marie Ferré, et deux autres complices au moins contre l'Assommoir, un restaurant associé à la bourgeoisie lyonnaise. Il s'agit de la première attaque anarchiste meurtrière de l'histoire de France, bien que la volonté de mener un attentat meurtrier ne soit pas évidente.

À la suite de l'insurrection de la Bande noire en , le mouvement anarchiste lyonnais est réprimé de manière conséquente, ce qui provoque l'accroissement des conflits entre l'État français et eux. Ils disposent à Lyon d'une assise territoriale conséquente, si bien que la ville peut être considérée comme l'une des du mouvement anarchiste à cette période.

Le au matin, le jour suivant l'ouverture du procès de la Bande noire, un groupe de deux compagnons et d'une compagnonne se rend dans le lieu, restant ouvert toute la nuit. Le groupe s'installe, commande à boire et à manger pour 5 francs. Vers 2 heures, alors que 200 personnes sont encore sur place, la femme du groupe, vraisemblablement Madignier, referme le rideau entourant le box où le groupe a pris place - tandis que ses deux complices allument la mèche de trois bombes et les jettent sous la table avant qu'ils ne quittent rapidement les lieux. Les deux petites bombes explosent et poussent le patron du restaurant, pensant être en face d'explosions dues au gaz, à en couper l'approvisionnement, ce qui place la pièce souterraine dans le noir complet, hormis les flammes commençant à naître sur les rideaux du box du fait des premières explosions.

Tandis qu'un mouvement de foule se déclare vers l'extérieur à cause de ces deux petites explosions et de l'obscurité, quelques clients, dont un certain Miodre, se dirigent au contraire vers le box - où la troisième bombe, bien plus puissante, n'a pas encore explosé. Miodre ne s'en rend pas compte, tente d'éteindre le feu avec ses pieds et marche sur celle-ci sans l'avoir vue, déclenchant son mécanisme en avance. L'explosion, bien plus importante que les deux précédentes, ayant possiblement été utilisées pour pousser la foule vers l'extérieur, emporte une partie de l'édifice et blesse les personnes proches de son épicentre, dont le patron, Miodre et une dizaine d'autres. Miodre meurt des suites de ses blessures quelques jours plus tard.

L'attentat provoque le choc des classes aisées de Lyon et voit la poursuite de la répression contre les anarchistes, qui culmine quelques mois plus tard dans le procès des 66 en . De vastes rafles sont menées chez les anarchistes de Lyon ; Antoine Cyvoct, gérant du journal anarchiste L'Étendard révolutionnaire, est accusé par les autorités d'avoir commis l'attentat - il est acquitté pour ces faits mais tout de même condamné à mort pour avoir supposément écrit un article de journal contre le restaurant, 8 mois plus tôt. Madignier, quant à elle, parvient à s'enfuir et disparaître - elle est condamnée à la déportation au bagne à perpétuité par contumace, sans que les autorités françaises ne parviennent à la retrouver.

Histoire

Contexte général { "type": "FeatureCollection", "features": [ { "type": "Feature", "properties": { "title": "Lyon", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [4.8357, 45.7640] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Saint-Étienne", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [4.3873, 45.4397] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Dijon", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [5.0415, 47.3220] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Genève", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [6.1432, 46.2044] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Lausanne", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [6.6323, 46.5197] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Grenoble", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [5.7245, 45.1885] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Chambéry", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [5.9178, 45.5646] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Annecy", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [6.1266, 45.8992] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Valence", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [4.8924, 44.9334] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Villefranche-sur-Saône", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [4.7217, 45.9891] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Roanne", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [4.0747, 46.0367] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Tarare", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [4.4320, 45.8964] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Oullins", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [4.8038, 45.7155] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Le Creusot", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [4.4362, 46.8049] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Montceau-les-Mines", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [4.3622, 46.6669] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Saint-Vallier", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [4.8153, 45.1747] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Bellegarde", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [5.8256, 46.1082] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Vevey", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [6.8431, 46.4624] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Neuchâtel", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [6.9293, 46.9896] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Le Locle", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [6.7492, 47.0526] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "La Chaux-de-Fonds", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [6.8257, 47.1035] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Saint-Imier", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [7.0000, 47.1530] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Essertenne", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [4.5422, 46.8125] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Torcy", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [4.4338, 46.7845] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Montchanin", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [4.4687, 46.7378] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Blanzy", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [4.3911, 46.7039] } }, { "type": "Feature", "properties": { "title": "Écuisses", "marker-color": "000" }, "geometry": { "type": "Point", "coordinates": [4.5247, 46.7661] } } ] } À la fin des années 1870, les anarchistes développent la stratégie de la propagande par le fait, visant à transmettre les idées anarchistes par l'action directement, sans passer par le discours, et entraîner la Révolution par des actions incitant le peuple à se révolter, comme en lançant des révoltes ou en assassinant des personnalités politiques ou financières. Il s'agit d'une stratégie développée dans un contexte très répressif les touchant ; en France, la loi Dufaure de 1872 interdit en effet les organisations anarchistes comme l'Internationale anti-autoritaire. À titre d'exemple, accepter une fonction dans cette organisation est alors puni de cinq ans d'emprisonnement pour un Français.

Lyon et la région lyonnaise de manière générale deviennent vite un pôle important du mouvement anarchiste - ils y forment une Fédération révolutionnaire lyonnaise plus ou moins informelle du fait que les autorités françaises interdisent l'Internationale anti-autoritaire en France et qu'elle est donc semi-clandestine. Les anarchistes lyonnais évoluent donc dans un climat de répression et de surveillance de la part des autorités françaises.

Malgré cela, leur nombre croit sans interruption dans la ville, si bien qu'elle peut être appelée l'une des du mouvement anarchiste à cette période.

Prémices vignette|Article dans Le Droit social, huit mois avant l'attentat, utilisé pour condamner Antoine Cyvoct à mort En , le rassemblement international de Genève se tient du 13 au dans la ville éponyme. Les délégués anarchistes seraient composés de nombreux lyonnais, comme Toussaint Bordat, François Déjoux ou les frères Trenta, selon la police - ils y auraient défendu l'usage de la propagande par le fait. Le lendemain, la Bande noire - une organisation anarchiste rassemblant des mineurs de Saône-et-Loire, entre en action, pille une armurerie, arme les mineurs, lance une insurrection et une campagne d'attentats non meurtriers visant l'Église catholique, les intérêts des capitalistes possédant les mines ou encore les informateurs de la police : il s'agit des troubles de Montceau-les-Mines.vignette|Attentat de l'Assommoir (avant l'explosion) dans L'Illustration

Un certain nombre de membres présumés de la Bande noire sont arrêtés ; alors même que la situation à Lyon devient de plus en plus volatile - une situation remarquée par les autorités policières lyonnaises de la période, qui écrivent, dans un rapport recensé par Archives Anarchistes et versé à Commons :Il est incontestable que depuis six mois les groupes Anarchistes ont gagné beaucoup non seulement au point de vue numérique mais encore au point de vue de la propagande et de l’action révolutionnaires. Ce parti [...] devient de plus en plus agressif et audacieux. À mon avis, ce parti qui s’organise, se développe et s’étend chaque jour davantage, dont les théories destructives et incendiaires trouvent des partisans jusque dans les simples communes [...] peut devenir à un moment donné, excessivement dangereux surtout dans les grandes villes comme Lyon.Par ailleurs, la ville est touchée par une large famine à cette période - les enfants doivent se rendre devant les casernes pour mendier du pain aux militaires pour leurs familles. À partir d', le mouvement anarchiste à Lyon est fortement réprimé ; le 16, les compagnons Claude Crestin et Auguste Bonthoux sont condamnés pour des textes qu'ils ont écrit - ce qui donne lieu à une réunion de la Fédération révolutionnaire lyonnaise où la . Le 19, le journal de la Fédération, L'Étendard révolutionnaire, est perquisitionné pour ses liens présumés avec la Bande noire.

Attentat de l'Assommoir En septembre puis , le procès des membres présumés de la Bande noire s'ouvre, à Châlons-sur-Saône avant d'être déplacé à Riom. Dans la soirée du 22 au , un groupe de trois personnes, dont une femme et deux hommes, se rendent au restaurant L'Assommoir de Lyon, associé à la bourgeoisie de la ville et attenant au théâtre Bellecour - il s'agit d'un restaurant divisé en plusieurs parties, dont la partie inférieure, située en sous-sol, reste ouverte toute la nuit.