La ville d’Oran à travers l’histoire (en arabe : ) est un ouvrage historique de l’historien algérien Yahia Bouaziz, consacré à l’histoire de la ville d’Oran, depuis ses origines médiévales jusqu’à l’époque moderne. L’ouvrage constitue une synthèse de référence sur l’évolution politique, urbaine et culturelle de l’une des principales villes du Maghreb central.

Contexte et objectifs Historien et professeur à l’université d’Oran, Yahia Bouaziz (1929-2007) est l’auteur de nombreux travaux consacrés à l’histoire de l’Algérie médiévale, moderne et contemporaine. Avec La ville d’Oran à travers l’histoire, il vise à restituer le rôle d’Oran comme centre stratégique, portuaire et intellectuel, en s’appuyant sur les sources arabes médiévales, les chroniques locales, les archives ottomanes, et les travaux historiques modernes et contemporaines.

Contenu Origines et fondation L’ouvrage aborde les débats historiographiques relatifs à la fondation d’Oran. Bouaziz évoque l’existence d’un premier noyau de peuplement berbère, souvent localisé dans la région de Ras El-Aïn, avant la fondation officielle de la ville au début du . Il met en évidence le rôle des migrations andalouses dans la structuration urbaine et économique de la cité, qu’il qualifie de « seconde fondation »Yahia Bouaziz, La ville d’Oran à travers l’histoire, Oran, Dar El-Gharb, 2002, p. 23-31..

Oran médiévale Bouaziz retrace l’intégration d’Oran dans les grands ensembles politiques du Maghreb médiéval, notamment sous les Fatimides, les Almoravides, les Almohades, puis les dynasties zianide, hafside et marinide. Il souligne le rôle du port d’Oran dans les échanges méditerranéens, ainsi que le développement progressif des institutions religieuses et savantes, qui firent de la ville un centre intellectuel reconnu.

Dans ce contexte, Oran donna naissance à plusieurs figures de la pensée, de la culture et de la religion, tout en attirant des savants originaires de différentes régions. Yahia Bouaziz, s’appuyant notamment sur les travaux de Benaouda El-Mazari dans Touloue Saâd Souôud fi akhbar Wahran wa makhzaniha oussoud, recense plus de soixante-quinze savants et awliyāʾ (saints protecteurs) actifs entre le Moyen Âge et l’époque ottomane, qui contribuèrent au rayonnement intellectuel et religieux de la ville dans l’espace arabo-islamique.

Parmi ces figures figurent notamment le savant Abou Ishak Abdallah Mohamed El-Ouahrani (), le juriste et qadi Abou Abdallah Mohamed El-Ouahrani (), le médecin Abou Mohamed Amroune El-Ouahrani (), l’écrivain Ibn Mahrez El-Ouahrani (), Brahim Tazi (), ainsi que Cheikh Mohamed Benamar El-Houari (1439-1531), saint patron d’Oran, dont le nom demeure étroitement associé à l’histoire et à l’identité religieuse de la ville.

Occupations ibériques Une partie substantielle de l’ouvrage est consacrée à la prise d’Oran par les Espagnols au début du , aux périodes d’occupation et aux tentatives de reconquête. L’auteur analyse les transformations militaires et urbaines induites par la présence espagnole, notamment la construction de fortifications et de places fortesYahia Bouaziz, op. cit., p. 112-146..

Période ottomane Bouaziz décrit la reconquête d’Oran et son intégration à la Régence d’Alger. Il étudie l’administration ottomane de la ville, son rôle stratégique et maritime, ainsi que la recomposition sociale et urbaine qui s’ensuit.

Fin de la période ottomane L’ouvrage s’achève à la veille de la conquête française de 1830. Bouaziz consacre ses derniers chapitres à la fin de la présence ottomane à Oran, aux évolutions politiques et militaires de la ville au XVIIIe et au début du XIXe siècle, ainsi qu’aux fragilités internes qui précèdent la chute de la Régence d'AlgerYahia Bouaziz, op. cit., p. 251-283..

Apports historiographiques La ville d’Oran à travers l’histoire est régulièrement cité dans les travaux universitaires consacrés à l’histoire d’Oran et des villes du Maghreb. L’ouvrage se distingue par son approche diachronique couvrant plus d’un millénaire et par l’usage conjoint de sources arabes et modernes. À noter, que la ville d'Oran, en l’espace d’une courte période après sa fondation, devint une ville importante qui suscita l’intérêt et l’admiration de nombreux voyageurs, géographes et historiens. Ceux-ci nous ont laissé des textes mettant en lumière les différents aspects liés à Oran, qu’ils soient historiques, sociaux, géographiques, urbains ou architecturaux. Ces textes constituent des sources indispensables pour tout chercheur travaillant dans les domaines de l'histoire et de l’archéologie.

Certains chercheurs soulignent que ce type de travaux privilégie une histoire politique et institutionnelle, au détriment d’analyses sociales et économiques plus approfondies, en particulier pour la période moderne. Comme l’a montré Hassan Remaoun, l’historiographie algérienne issue du Mouvement national s’est d’abord construite en réaction à l’histoire coloniale, en mettant l’accent sur les structures de pouvoir, les élites et les dynamiques politiques, plutôt que sur l’étude des groupes sociaux, des pratiques économiques ou des conditions de vie.

Dans le cas d’Oran, cette orientation se traduit notamment par une attention limitée portée aux activités artisanales et commerciales, aux structures sociales urbaines, aux réseaux de métiers, ou encore aux mécanismes de production et de redistribution des richesses durant la période ottomane.

Références

Voir aussi Articles connexes Oran Histoire de l’Algérie Yahia Bouaziz Lien externe

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