Cette page explicite la composition de la collection de Christophe-Paul de Robien et recense une partie des pièces présentes dans sa collection conservées au Musée des Beaux-Arts de Rennes, au Musée de Bretagne et à la Bibliothèque des Champs Libres.
Composition de la collection
Collection d'Histoire Naturelle Au sein de son cabinet, Christophe-Paul de Robien essaie de proposer à part égale une vision globale de la nature, en la répartissant selon « les trois différents règnes » : les « minéraux », les « végétaux » et les « animaux ». Cet objectif est celui des cabinets de curiosités depuis la Renaissance, qui sont pensés comme un microcosme du monde et organisés selon un classement rigoureux. Lors de la saisie révolutionnaire des collections d’histoire naturelle du président en 1794, Pierre Quéru de la Coste (1742-1805) réalise un inventaire de celles-ci et recense 7 124 spécimens, qu'il classifie en conservant la même tripartition. Catégories établies par de RobienCatalogue de 1740 (nb minimum de pièces)Inventaire de 1794 par Quéru de la Coste (nb d'échantillons cités)Total minéraux7563 526Végétaux terrestres2732 015Plantes marines69Madrépores4895Total végétaux3902 110Coquillages542903Crustacés6590Poissons3832Insectes207183Reptiles3550Oiseaux7947Mammifères3868Monstres17Total animaux1 0211 488Total2 1677 124 Une description de cette collection par Antoine Nicolas Dezallier d'Argenville indique que le cabinet « comporte 6 armoires pour les minéraux, 5 armoires pour les végétaux, 6 pour les animaux ». Dezallier d'Argenville ne mentionne pas de pièce rare ou de grande dimension dans cette collection, car Christophe-Paul de Robien privilégie l’aspect encyclopédique de cette dernière plutôt qu’un goût exacerbé pour le merveilleux et le spectaculaire. D'ailleurs, les descriptions de Robien concernant ses pièces d’histoire naturelle font preuve d’une grande rigueur scientifique et sont accompagnées de nombreuses illustrations précises.
Minéraux Dans son catalogue de 1740, Robien relève au total 756 minéraux qu’il mélange avec les fossiles. L’inventaire réalisé par Quéru de la Coste en 1794 compte 3 526 minéraux. Depuis 1966, les collections de géologie du président sont conservées dans les collections de Géosciences-Rennes du campus de Beaulieu de l'Université Rennes 1. Leur identification est complexe. Dès 1938, elles constituent l'un des fonds de l'institut de Géologie, où elles sont entreposées avec des prélèvements du Muséum national d'Histoire Naturelle et les nombreuses collections de divers particuliers. Certaines pièces demeurent identifiables : celles qui possèdent une étiquette établie par le conservateur du musée de géologie du dernier quart du , Toussaint Bézier, et celles qui figurent clairement dans les publications de Robien. vignette|310x310px|Vue de la mine et des forges de Martigné, Description de Robien (1737-1756), bibliothèque des Champs-libres, Rennes. Ses collections géologiques lui servent d'exemples pour enrichir sa Description historique, topographique et naturelle de l'ancienne Armorique, dans laquelle il cherche à mettre en lumière « l'utile variété des substances que renferme l'intérieur de la Bretagne ». Il livre une vision moderne et utilitaire des ressources naturelles, digne de la géologie appliquée. Une grande part des pièces présentes dans sa collection est d'origine européenne et notamment bretonne, les fouilles de territoires locaux étant revalorisées dès 1720 avec les recherches de Réaumur en Touraine. La façon dont Robien classifie ses minéraux s'inspire de celle de son contemporain Dezallier d'Argenville. Il divise les minéraux en plusieurs catégories : terres, bols, sables, sels, bitumes, pierres, minéraux, marcassites et fossiles. Il utilise plusieurs dénominations désuètes et fait des suppositions lorsqu'il n'arrive pas à les identifier totalement. Ainsi, la muscovite en feuilles qu'il trouve vers Faouët et le Croisic, est identifiée de façon erronée comme un autre minéral, le « talc ». Toutefois le président fait aussi preuve de raisonnements avant-gardistes, notamment lorsqu'il précise qu'il sait différencier la marcassite, dont la teinte est jaune vif, du vrai or. +La collection géologique de Christophe-Paul de Robien selon sa DescriptionCatégories selon la Description de RobienÉlément de la collectionDénomination par RobienPierre de constructionGranites, à mica noir du Morbihan« pierres de grain »Grès de BérandayeSchistes briovériens de Braie« chils »Schistes rouges de Rennes« cahot » de Pont-RéanArdoises de Haute-BretagneRoches calcairesComparaison avec la pierre de Taillebourg de Charente-Maritime importée en BretagneSubstances utilesArgiles de Rieux et GuingampMarnes« terres bolaires »Charbon de terre de Monseil et QueuzonDiatomite« le tripoli » de PolignéMinérauxAméthystes de Belle-Isle-en-TerreQuartz blancSchistes avec inclusions de mica de Coadri et de Baud« pierres de croix »Chiastolite« pierres de macles des Salles de Rohan »Graphite« molybena ou plomb de mer »Pyrites en section de Plestin, Poullaouen, Carhaix etc« pyrites carrées »Muscovite en feuilles de Faouët et de le CroisicIdentification erronée par un autre minéral, le « talc »Tourmaline de RoscoffIdentification erronée comme une « nouvellle espèce de fossiles cristallins ».MineraisPlombifèresFerrifèresOrEtain
Végétaux Christophe-Paul de Robien réunit une collection de plus de 2000 végétaux, de toutes sortes (plantes, racines, bois, fleurs…) et originaires de diverses zones géographiques. L’entièreté de ses espèces ne pouvant être présentée dans son catalogue, le président de Robien est contraint de faire des choix. Il décide de commenter et d’illustrer, par le biais de gravures, les pièces botaniques qu’il juge remarquables, tant par leur rareté et leur origine exotique, que pour les usages qui leur sont attribuées. Il s’agit d’une démarche utilitaire : les végétaux mentionnés doivent apporter un renseignement précis. D’après Robien, 6,1% des plantes terrestres évoquées ont des vertus pharmacologiques tandis que 14,2% des espèces terrestres ont un intérêt alimentaire, artisanal ou industriel. Robien n’hésite pas à commenter le rôle primordial de celles-ci pour le genre humain.« Nous leur sommes redevables non seulement de la plupart des agréments et des commodités, mais encore de la conservation de la santé et même de la vie ». (Christophe-Paul de Robien, 1740) gauche|vignette|291x291px|Dessins de plantes aquatiques, Description historique, topographique et naturelle de l'ancienne Armorique par Christophe-Paul de Robien, vers 1756 Héritage des siècles précédents, au cours desquels le goût pour l’exotisme prédomine, 52,5% des végétaux listés par Christophe-Paul de Robien dans son catalogue sont d’origine exogène. Certaines de ses plantes portent des noms fantaisistes, évocation du merveilleux et du fantastique qui sont encore présents dans les cabinets des collectionneurs du . Un « monstre de la Chine », du « sang de dragon des Indes », un « véritable beaume de Judée » sans oublier la « mandragore » prennent ainsi place dans les armoires du président, sans que l’on puisse comprendre aujourd’hui à quelle espèce botanique ces mentions font allusion ni même si elles sont bien réelles.
Robien organise aussi de grandes collectes, plus locales, lui permettant d’amasser une quantité non négligeable de végétaux d’origine européenne, soit environ un quart de sa collection. Cet intérêt pour la flore de son continent fait de Robien un précurseur dans ce domaine. Les espèces issues de la Bretagne sont les plus représentées au sein de la collection.
Le président de Robien se livre à une observation minutieuse de ses végétaux. Il ne se contente pas d’en décrire l’aspect visuel. Il en précise le goût et l’odeur, signe d’une volonté d’établir une étude scientifique détaillée. Robien tente aussi des expériences d’acclimatation de certaines plantes, comme son noyer dit de Mississippi qu’il fait pousser à Plessis-de-Kaër, dans le Morbihan (Bretagne). vignette|303x303px|Dessins de plantes aquatiques, Description historique, topographique et naturelle de l'ancienne Armorique par Christophe-Paul de Robien, vers 1756 Dans son cabinet, Christophe-Paul de Robien utilise une classification inspirée de celle des siècles précédents. Dans les armoires, les végétaux sont rangés dans des bocaux par catégories : fruits, bois, écorces, fleurs, racines et gommes. Paul Contant (1562-1629), apothicaire et botaniste, déployait déjà cette catégorisation au début du . Précise et pédagogique, cette manière de classer les végétaux s’impose au cours du , alors que les connaissances botaniques sur le monde ne cessent de croître. Andrea Cesalpino (1519-1603) avait déjà proposé une autre catégorisation des espèces végétales en 1583, dans son ouvrage De plantis. Mais elle était jugée trop complexe par les collectionneurs pour être appliquée.
En parallèle, Robien conçoit des herbiers où il illustre des plantes du monde entier selon « le sisteme de Tournefort ». Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708), botaniste de métier, avait mis au point un classement basé sur la forme des fleurs (22 classes différentes) et la nature du fruit (700 catégories différentes), très employé dès 1750. Ce système, expliqué dans son ouvrage Institutiones rei herbariæ (1700), permettait à Tournefort de distinguer plus de 8000 végétaux.
Le président de Robien fait coexister deux méthodes de classement pour ses végétaux dans son cabinet, inspirées des nouveauté mais comportant quelques archaïsmes.
Animaux Dès son enfance, le président fait preuve d'une grande curiosité à l'égard des spécimens d'Histoire Naturelle. Il devient lui-même l'éleveur de divers animaux, ce qui fascine ses contemporains. Il a en sa possession des chiens du Bengale, un agouti d'Amérique et une lionne qu'il offre à Louis XV pour qu'elle rejoigne sa ménagerie. Ses collections zoologiques comprennent une grande variété de spécimens, qu'il se procure par le biais d'achats à des négociants et par ses propres collectes qu'il mentionne et détaille avec précision dans ses écrits. Ses collections sont catégorisées entre coquillages (1500), crustacés, poissons (70), insectes (300), reptiles (60), oiseaux (80), mammifères (1000) et « monstres » (17).
Du temps du président, les spécimens zoologiques étaient rarement conservés dans leur intégralité. Ils étaient divisés en plusieurs parties dans des bocaux en fluide ou à sec. Cependant, quelques spécimens, notamment ceux ornithologiques, étaient naturalisés, et d'autres, tels les mammifères, étaient conservés en squelettes montés. Ses collections qui perdurent à ce jour sont majoritairement des coquillages, des os et des dents. Il est difficile d'identifier les anciens spécimens de la collection de Christophe-Paul de Robien actuellement conservés l'Université de Rennes 1, notamment car il utilise dans ses ouvrages plusieurs illustrations qui ne sont pas issues de ses observations personnelles, mais des gravures de Georg Everhard Rumpf.
La partie de sa collection dédiée à la conchyliologie, met en exergue des spécimens aux provenances variées, mais surtout de sa Bretagne natale, comme en témoignent les couteaux (solen). Une famille se démarque, celle des Cypraeidae (Monetaria Moneta), surnommée « porcellaine » ou « coquilles de Vénus », car la surface brillante et vitreuse de ces coquillages fait écho à cette production très prisée dans les cabinets d'époque.Des collections de Robien dites des « poissons », sont encore conservées : une mâchoire de requin (Chondrichthyes), une rostre de poisson-scie (Pristidae), des limules en fluide, ou bien même une dent de Narval. Cette dernière est classifiée dans les « poissons à peau presque osseuse ou calleuse » et inscrite comme une « portion de dent de licorne ». Le président de Robien a connaissance de l'origine marine de celle-ci, avérée par Nicolaes Tulp en 1652.