Les relations entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso désignent l’ensemble des liens diplomatiques et bilatéraux entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. Les deux États maintiennent des relations diplomatiques directes depuis les années .

Comparaison entre les deux pays Le tableau suivant fait ressortir certains points communs entre la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso, du point de vue culturel comme politique.

+Côte d'IvoireBurkina FasoArmoiriescentré|sans_cadre 200 × 240px|sans_cadreGouvernementRépublique unitaire présidentielleDictature militaireCapitaleYamoussoukro (Afrique)Ouagadougou (Afrique)Langue officielleFrançaisFrançaisPopulation30 061 62923 409 000Superficie322 462 km2274 200 km2PIB nominal61,502 milliards de dollars20,32 milliards de dollarsIDH0,5500,438Religion40,3 % de chrétiens, 42,5 % de musulmans, 2,6 % d'animistes61,6 % de musulmans, 23,2 % de catholiques, 7,3 % d'animistes, 6,7 % de protestants, 1,2 % d'autres confessions

Histoire Les relations entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso commencent pendant la période coloniale, lorsque les deux territoires font partie de l’Afrique occidentale française. Dans les années 1920, période durant laquelle la colonie de la Haute-Volta est principalement perçue comme un réservoir de main-d’œuvre pour la colonie de la Côte d’Ivoire, alors économiquement dynamique grâce aux cultures de café, de cacao, de banane, d’hévéa, entre autres.

En 1932, le décret rattachant plus de la moitié du territoire de la Haute-Volta à la Côte d’Ivoire constitue une étape déterminante de cette histoire commune. En 1938, cette intégration se renforce avec la création du territoire de la Haute Côte d’Ivoire, qui s’étend de la frontière ivoirienne jusqu’à Kaya, à plus de 100 km au nord de Ouagadougou. Durant cette période, Ivoiriens et Voltaïques sont représentés à l’Assemblée nationale française par les mêmes députés, en l'occurrence Félix Houphouët-Boigny, Philippe Zinda Kaboré et Daniel Ouezzin Coulibaly. Après l’indépendance du Burkina Faso (alors Haute-Volta) en 1960 et celle de la Côte d’Ivoire la même année, les deux pays renforcent leurs liens. Ils coopèrent dans le cadre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et entretiennent des échanges commerciaux dans les secteurs de l’agriculture et du commerce transfrontalier.

Les relations entre les deux pays se détériorent après la destitution du président burkinabé Blaise Compaoré fin 2014 et l’investiture de son successeur, Roch Marc Christian Kaboré, en . Compaoré, proche du président ivoirien Alassane Ouattara, réside à Abidjan, tandis que le procureur général burkinabé émet un mandat d’arrêt à son encontre à la suite d’une enquête. L’opinion des autorités burkinabé selon laquelle le gouvernement ivoirien protège Compaoré contribue à accroître les tensions bilatérales.

La situation se complique avec les soupçons d’implication de la Côte d’Ivoire dans le coup d'État manqué contre le gouvernement de transition du Burkina Faso en , renforcés par la diffusion d’un enregistrement audio impliquant prétendument Guillaume Soro, président du Parlement ivoirien, et Djibrill Bassolé, ancien ministre du cabinet Compaoré.

Diplomatie

Relations historiques et coopération bilatérale La Côte d’Ivoire et le Burkina Faso entretiennent des relations diplomatiques traditionnelles en tant que pays voisins d’Afrique de l’Ouest, partageant une longue frontière et des liens historiques, socioculturels et géographiques profonds. Le , les deux pays signent un traité d’amitié et de coopération qui établit une structure de consultations politiques et prévoit la mise en œuvre de projets communs dans divers domaines. Les principaux secteurs concernés incluent la politique, l’économie, la sécurité et la défense, le commerce, particulièrement le transit via les ports ivoiriens, le transport, l’éducation, la culture, l’énergie, les mines, la justice et l’environnement.

En 2016, les relations entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso commencent à se normaliser, près de deux ans après leur détérioration liée à la destitution du président Compaoré. Le , le président burkinabé Roch Marc Christian Kaboré rencontre son homologue ivoirien Alassane Ouattara pour signer treize accords bilatéraux, notamment ceux visant à développer les infrastructures et à renforcer la sécurité aux frontières pour lutter contre le terrorisme. Cette rencontre constitue le premier sommet de haut niveau entre les deux pays depuis 2014 et représente une étape importante dans le processus de normalisation des relations.

Relance du dialogue diplomatique Bien que des incompréhensions affectent les relations ces dernières années, les deux gouvernements lancent un dialogue visant à rétablir un climat de confiance et à renforcer la coopération. En , une délégation ivoirienne conduite par le ministre délégué chargé de l'Intégration africaine se rend à Ouagadougou pour des consultations avec son homologue burkinabé, centrées sur la normalisation des relations, la sécurité, la mobilité des populations et les questions frontalières. Les deux pays souhaitent également développer une coopération sécuritaire et des initiatives communes pour stabiliser leurs zones frontalières, notamment par le biais de patrouilles mixtes.

Culture Les relations culturelles entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso reposent sur une histoire commune, une proximité géographique et des liens humains étroits. Les deux pays partagent des traditions, des pratiques sociales et des expressions artistiques issues de peuples présents de part et d’autre de la frontière, notamment dans les régions du nord de la Côte d’Ivoire et du sud du Burkina Faso.

Les échanges culturels se manifestent à travers la musique, la danse, le cinéma, le théâtre et les arts traditionnels. Des artistes burkinabés et ivoiriens participent régulièrement à des festivals, spectacles et manifestations culturelles organisés dans les deux pays, favorisant la circulation des œuvres et la reconnaissance mutuelle des patrimoines culturels. Le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou et divers événements culturels organisés à Abidjan constituent des cadres importants de ces échanges.

Economie

Interdépendance économique et commerce bilatéral La Côte d’Ivoire et le Burkina Faso entretiennent des relations économiques étroites, fondées sur une longue histoire d’échanges et une intégration régionale au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Historiquement, le commerce entre les deux pays connaît une croissance continue. La valeur des échanges commerciaux passe de 256 milliards de francs CFA en 2013 à près de 347 milliards en 2018, reflétant une progression significative des flux commerciaux entre ces deux économies voisines. Plusieurs de citoyens burkinabé résident en Côte d’Ivoire, conséquence de plusieurs décennies de migration économique. Le Burkina Faso figure parmi les 10 premiers clients de la Côte d'Ivoire en 2024 avec 3,7 % des exportations.

Rôle stratégique de la Côte d’Ivoire comme pays de transit La Côte d’Ivoire joue un rôle stratégique de passerelle économique pour le Burkina Faso, pays enclavé. Les ports ivoiriens, notamment le port d’Abidjan, servent de principaux points d’entrée et de sortie pour les marchandises en provenance ou à destination du Burkina Faso et d’autres pays sans accès à la mer. Cette fonction reste essentielle pour le commerce extérieur burkinabé.

Infrastructure et facilitation des échanges Pour renforcer cette interconnexion économique, les deux pays, sous l’égide de l’UEMOA, mettent en place des mécanismes de facilitation des échanges, tels que la sécurisation des postes de contrôle frontaliers et des corridors de transport, en particulier le corridor Abidjan-Ouagadougou, crucial pour la circulation des biens et la réduction des coûts logistiques.

Au niveau institutionnel, des initiatives visent à améliorer la compétitivité des opérateurs économiques sur ce corridor. Des accords d’assistance avec la Société financière internationale (SFI) encouragent la rapidité des procédures d’import/export et renforcent l’efficacité du commerce transfrontalier.

Produits échangés et complémentarité économique Les échanges bilatéraux couvrent une large gamme de produits agricoles et industriels. Des denrées telles que les céréales et l’ananas frais, des produits transformés comme le cacao et le café, ainsi que des biens manufacturés, notamment les matériaux de construction, circulent régulièrement entre les deux pays. Cette complémentarité reflète les capacités productives et les besoins économiques de chacun, stimulant la dynamique commerciale régionale.

Sport En sport, les relations entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso restent actives, fraternelles et compétitives, avec le football comme principal vecteur, tout en incluant une coopération dans plusieurs autres disciplines, contribuant au rapprochement et à l’intégration régionale. Les équipes nationales de football de Côte d’Ivoire et du Burkina Faso s’affrontent souvent, lors des phases finales de la Coupe d’Afrique des nations, des éliminatoires continentales et de matchs amicaux internationaux. Ces confrontations traduisent une rivalité sportive sous-régionale marquée, souvent disputée et suivie avec intérêt en Afrique de l’Ouest.

Enjeux contemporains

Sécurité frontalière La situation sécuritaire dans la région sahélienne, surtout au Burkina Faso, influence les relations bilatérales, avec des discussions sur la mise en place de patrouilles conjointes pour sécuriser les frontières. L’instabilité sécuritaire au Burkina Faso, marquée par des attaques djihadistes persistantes, a des répercussions directes sur la Côte d’Ivoire. La violence dans le Sahel entraîne un afflux important de réfugiés burkinabés vers la Côte d’Ivoire, créant des défis humanitaires et sociaux. Ces déplacements massifs exercent des pressions sur les services publics, provoquent des tensions locales autour de l’accès aux ressources et compliquent la gestion de l’intégration des populations déplacées. L’arrivée de réfugiés burkinabés constitue ainsi un défi social et diplomatique, affectant les échanges et la coopération entre les deux pays.

Notes et références

Catégorie:Politique étrangère de la Côte d'Ivoire Catégorie:Politique étrangère du Burkina Faso