droite|vignette|296x296px|Illustration représentant Angelica arrivant à temps pour sauver Bulbo La Rose et l'Anneau (ou La Rose et la Bague, The Rose and the Ring en anglais) est un roman satirique fantastique écrit par William Makepeace Thackeray, initialement publiée à Noël 1854, bien que la première édition soit datée de 1855.
Résumé L'intrigue débute sur la famille royale de Paphlagonie prenant son petit-déjeuner : le roi Valoroso, son épouse la reine et leur fille la princesse Angelica. Au cours du repas, on apprend que le prince Bulbo, héritier du royaume voisin de Crim-Tartarie et fils du roi Padella, est en visite en Paphlagonie. On découvre également, après le départ des deux femmes, que le roi Valoroso a dérobé sa couronne et toutes ses richesses à son neveu, le prince Giglio, qui devait en hériter de son père le roi défunt, alors que ce dernier était encore enfant.
Le prince Giglio et la princesse Angelica ont grandi très proches. Angelica était considérée comme la plus belle et la plus sage fille du royaume, tandis que Giglio était souvent négligé au sein de la famille. Fou amoureux de sa cousine, Giglio lui a offert une bague ayant appartenu à sa mère. À leur insu, cette bague lui avait été donnée par la Fée Réglisse et possédait le pouvoir de rendre celle qui la portait belle aux yeux de tous. Après une dispute avec Giglio au sujet de l'arrivée tant attendue du prince Bulbo, Angelica jette la bague par la fenêtre et révèle sa véritable apparence, bien moins séduisante.
Le prince Bulbo, quant à lui, possède une rose magique, dotée du même pouvoir que l'anneau et provenant de la même source : la Fée Réglisse. Dès son arrivée, Angelica tombe éperdument amoureuse de lui.
La gouvernante d'Angelica, la comtesse Renfrognade (dont le mari a été autrefois changé en marteau de porte par la Fée Réglisse pour le punir de son impolitesse), découvre l'anneau magique dans le jardin. Le portant, enivre Giglio et le persuade de signer un engagement à l'épouser. Elle confie ensuite l'anneau à Betsinda, la servante d'Angelica, une orpheline trouvée par la famille sortie de la forêt avec un manteau déchiré. Or, cette servante n'est autre que Rosalba, la fille unique du véritable roi de Crim-Tartarie (renversé par Padella). Quittant son palais enfant après le coup d'État, elle s'est perdue dans la forêt, où elle a été élevée par des lions. Lorsque Betsinda porte l'anneau pour apporter le chauffe-plats dans les chambres, les princes Bulbo et Giglio, ainsi que le roi Valoroso, tombent immédiatement amoureux d'elle. Furieux, la reine, Angelica et Renfrognade chassent Betsinda de la maison.
En réponse à l'impolitesse de Giglio, Valoroso ordonne son exécution, mais son capitaine des gardes, le comte Kouptêtoff, est malheureux de tuer un homme qu'il apprécie. Sous conseil Renfrognade qui lui signale que le roi lui a ordonné d'exécuter le prince, sans avoir précisé lequel, il feint d'avoir mal compris et conduit Bulbo à l' échafaud à sa place. Il est sauvé au dernier moment par Angelica, qui prend sa rose, retrouve sa beauté d'antan et l'épouse.
Giglio est contraint de fuir et, avec l'aide de la Fée Réglisse, se déguise en étudiant. Entre-temps, Rosalba est retournée à Crim-Tartarie et a découvert son héritage grâce à un morceau de manteau déchiré, dont les deux moitiés sont réunies pour former les mots « Princesse Rosalba ». Le roi Padella tombe amoureux d'elle en la voyant et, après le refus de sa demande en mariage, ordonne que Rosalba soit jetée aux lions. Giglio, apprenant la nouvelle, entreprend de reconquérir son trône en Paphlagonie et mène son armée à la rescousse de Rosalba, prenant Bulbo, prisonnier de son armée, en otage.
Lorsque Padella refuse l'échange et n'est aucunement gêné de voir son fils exécuté, Giglio décide de tenir sa promesse et de mettre Bulbo à mort comme il l'a menacé. Or, les lions qui s'attaquent à Rosalba sont précisément ceux avec lesquels elle a grandi à l'état sauvage, avant d'être recueillie par la princesse Angelica. Ils la transportent sur leur dos jusqu'au camp de Giglio, où ils se retrouvent.
Giglio et Rosalba retournent en Paphlagonie avec Bulbo, portant désormais l'anneau de fée qu'ils lui ont offert, estimant ne pas en avoir besoin. Le jour de leurs noces, alors qu'ils s'apprêtent à déjeuner, Renfrognade sort le papier attestant de la promesse de mariage de Giglio. Voulant le remettre à sa place pour son arrogance passée, la Fée Réglisse refuse d'abord d'intervenir et Giglio est contraint d'accompagner Renfrognade à l'église à la place de Rosalba. Cependant, arrivés à l'édifice, la Fée Réglisse retransforme le marteau de porte pour libérer le véritable époux de Renfrognade, que l'on croyait mort depuis longtemps. Giglio et Rosalba sont alors libres de se marier. La Fée Réglisse disparaît ensuite, et on n'entend plus jamais parler d'elle.
Personnages Beaucoup de noms de personnages ont des noms italiens :
Angélica (Princesse de Paphlagonie) – peut-être en référence à l'angélique Bulbo (Prince de Crim-Tartarie) – le nom du royaume est aussi un jeu de mots avec la « cream of tartar » (crème de tartre), un ingrédient de boulangerie Cavolfiore (ancien roi de Crim-Tartarie) Gambabella (Premier seigneur d'honneur) Giglio (Prince de Paphlagonie) Padella (Roi de Crim Tartarie) Rosalba – rosa alba, du latin « rose blanche » (peut-être inspiré du nom de la peintre vénitienne Rosalba Carriera). Savio (ancien roi de Paphlagonie) Tomaso Lorenzo (Peintre ordinaire du roi de Crim-Tartarie) – Italianisation du nom du peintre anglais Thomas Lawrence. Valoroso (roi de Paphlagonie) –
D'autres noms sont des jeux de mots pseudo-italien, pseudo-allemand ou pseudo-russe :
Grognoso (Premier ministre) Kouptêtoff (Kutasoff Hedzoff en anglais, Capitaine de la Garde) – « coupe-têtes », avec un jeu de mots avec le nom du général russe Mikhaïl Illarionovitch Koutouzov, ainsi que le polinais kutas, ce qui signifie frange et organe sexuel masculin) Pilulsiro (médecin de la cour) – « pilule » et « sirop »
Toponymes Le toponyme Paphlagonie est une allusion à la Paphlagonie, un ancien royaume situé sur la rive sud de la mer Noire. Crim-Tartarie désigne le khanat de Crimée, un État médiéval peuplé par les Tatars de Crimée (d'où le terme « Tartare »), au nord de la mer Noire. Ces noms ont probablement été inspirés par le déclenchement de la guerre de Crimée, la même année que la rédaction du roman. L'intention de situer ces lieux est suggérée par une scène où Angelica, se moquant de l'ignorance de Giglio, lui reproche de ne pas savoir si Crim-Tartarie se trouve sur la mer Rouge ou sur la mer Noire, ce à quoi Giglio répond aussitôt (et à tort) qu'elle se trouve sur la mer Rouge. Parmi les autres pays revendiqués par le roi de Paphlagonie figurent la Cappadoce et la Turquie – cette dernière, immédiatement associée aux « Îles Saucisses », suggérant une autre signification du mot « turkey » (nom anglais de la Turquie, qui désigne aussi la dinde en anglais). Cependant, Thackeray ne cherche par ailleurs, ni sur le plan linguistique ni sur le plan culturel, à rapprocher ses pays fictifs des royaumes antiques ou médiévaux dont ils tirent leur nom.
L'université que fréquente Giglio s'appelle Bosforo, qui signifie Bosphore en italien ; néanmoins, l'université décrite est clairement l'université d'Oxford, la signification d'« Oxford » et de « Bosphore » étant proche. L'un vient de oxa, « bœuf », et ford, « gué »A Handy Guide to Oxford, ch. 2 et l'autre« passage de la vache » (de Βοῦς [bous], « la vache », et φερω, [pherô], « emmener ») et ferait allusion.
D'autres toponymes sont soit italiens, soit des jeux de mots :
Blombodinga – « pudding aux prunes » Poluphloisboio – grec « rugissant fort » (comme cela se produit dans l'épithète homérique stéréotypée πολυφλοισβοιο θαλασσης « de la mer bruyante »). Rimbombamento – en italien réverbération
Analyse Ce livre est le dernier de la série de The Christmas Books en six livres, suivant ainsi le modèle de son éternel rival, Charles Dickens (dont le conte de Noël de plus connu est Un chant de Noël, publié en 1843). L'auteur reste brillamment dans son style avec ce roman. On y retrouve son penchant pour les conversations familières avec le lecteur : le livre se proposant ouvertement de contribuer aux festivités de Noël, il inclut explicitement dans son public les très jeunes lecteurs. Il avait une affection sincère et une délicate tendresse envers les enfants ; il les utilise cependant au service de son propos le plus sérieux. On peut parler de fées, d'objets et d'évènements magiques quand on s'exprime au milieu d'un cerce enfantin. Mais ici les facilités offertes par les interventions surnaturelles ne sont pas gratuites et ne servent pas simplement à divertir. La fée Réglisse, personnage intermittent mais central du récit, en est l'âme morale et politique Chaque page s'ouvre sur un vers résumant l'intrigue à ce moment précis ; elle énonce les principes, distribue châtiments comme récompenses, impose des épreuves, joue le rôle d'une véritable dea ex machina. Nulle part, il nous suggère que nous devons la prendre au sérieux, encore moins au tragique, puisqu'elle souffre (ou bénéficie) comme toutes les autres personnages de l'humour qui offre le recul par rapport aux êtres et aux valeurs qu'ils incarnent.
Ainsi, l'auteur réussit à combiner avec un rare bonheur plusieurs veines littéraires apparemment incompatibles. La plus évidente est le conte de fées, où tout est possible, où règne l'exercice arbitraire de pouvoirs illimités, où s'opèrent les mutations les plus sensationnelles, où la violence et la mort sont constantes mais comme indolores à force de se désincarner, où l'imagination et l'inventivité peuvent se débrider allègrement. Au chapitre 3, le lecteur découvre que la Fée Réglisse est une fée marraine, fille d'un nécromancien qui l'a formée et qui utilisait beaucoup ses talents dans sa jeunesse pour transformer des méchants en tout et n'importe quoi et influant le destin de douzaines de douzaines de filleuls royaux. Elle était alors un des membres les plus actifs et serviables du Grand Conseil de fées. Mais, passé deux ou trois millénaires de ces amusements, elle finit par se demander : . Reconsidérant ses deux jeunes filleules, les épouses de Savio et de Padella, elle se rend compte qu'elle leur a fait un cadeau qui devait les rendre charmantes aux yeux de leurs époux et leur garantir une affection jusqu'à leur mort. Mais elle se rend compte que sa rose et sa bague ne leur a fait aucun bien. Leurs maris passent tous leurs caprices et elles sont devenues insupportables, sont convaincues de leur beauté irrésistible, alors qu'elles sont vieilles et hideuses. Elles la considèrent même avec des airs supérieurs. Après mûre réflexion, elle décide que la meilleure chose qu'elle puisse apporter à ses nouveaux filleuls, Giglio et Rosalba, c'est un peu de malheurs qu'elle les aidera à surmonter pour les rendre meilleurs.
Le thème de Noël est traité discrètement. Les appels du narrateur aux lecteurs enfantins, la fin heureuse in extremis permettant de refermer le livre avec un sourire, les invitations à la générosité, à la solidarité, au pardon des offenses quand elles ne sont pas trop graves, en constituent les principales manifestations.