Dioscoride de Cibo et Mattioli est un herbier enluminé réalisé par l'artiste et herboriste italien Gherardo Cibo dans la seconde moitié du XVIᵉ siècle. Il est aujourd'hui conservé à la British Library sous la cote Additional Ms. 22332, accompagné d’un manuscrit apparenté de plus petit format, Additional Ms. 22333. Le manuscrit de Cibo représente un engagement personnel et original avec l'œuvre de Dioscoride, telle qu'elle est transmise par les Discorsi de Pietro Andrea Mattioli, un herbier largement diffusé au XVIᵉ siècle. Entièrement écrit et peint à la main, le manuscrit de Cibo constitue un témoignage exceptionnel de la flore italienne, alliant science botanique, observation directe, ainsi que l'illustration botanique et la peinture de paysage d'une qualité remarquable.

L'herbier a été identifié comme étant l'œuvre de Cibo en 1989 par la professeure Lucia Tongiorgi Tomasi.

Contexte historique Pietro Andrea Mattioli (1501-1577) fut le traducteur et interprète de Dioscoride le plus influent de la Renaissance ; son œuvre marqua profondément le développement de la botanique et de la pharmacologie européennes. Son célèbre herbier, publiée d’abord en italien sous le titre Discorsi, puis en latin sous celui de Commentarii, comprenait non seulement la traduction du traité de Dioscoride De materia medica, mais aussi de vastes commentaires de Mattioli lui-même, ainsi que du matériel nouveau, à savoir des espèces végétales non décrites par Dioscoride. L’ouvrage de Mattioli fut traduit dans plusieurs langues européennes, et de nouvelles éditions révisées et augmentées furent publiées tout au long de sa vie. Les éditions ultérieures connurent un succès particulier grâce à l’inclusion de gravures sur bois illustrant les plantes décrites.

Gherardo Cibo (1512-1600), noble italien originaire de la région des Marches, développa son activité d’artiste et de botaniste amateur dans ce cadre mattiolien. Artiste de grand talent, il illustrait et coloriait ses propres exemplaires d’herbiers imprimés et réalisait des commandes similaires pour d’autres (dont le duc d’Urbino), mais il fut surtout reconnu par ses contemporains pour ses « images d'herbes » et ses paysages d’une qualité exceptionnelle.

La lettre envoyée par Mattioli depuis Prague en 1565, aujourd’hui insérée au début du manuscrit Additional 22333, témoigne de la relation entre les deux hommes. Mattioli y louait les illustrations botaniques de Cibo, qu’il jugeait inégalées par leur qualité et leur réalisme, le remerciait pour l’envoi de ses dessins et lui offrait une édition récemment publiée de ses commentaires sur Dioscoride. Mattioli loua également publiquement la maîtrise artistique de Cibo dans l’édition de 1568 des Discorsi.

Contenu du manuscrit vignette|Olivier (Olea europaea L.), f. 181v vignette|Plantain moyen (Plantago media L.), f. 50r Le manuscrit Additional 22332 est l’herbier personnel de Cibo. Il se compose de fragments des Discorsi de Mattioli — principalement consacrés aux plantes indigènes de la région des Marches — combinés aux observations, corrections et illustrations de la main de Cibo. L’élément le plus remarquable du manuscrit est la présence de 165 somptueuses illustrations botaniques en pleine page. Les enluminures sont placées sur le recto des feuillets, tandis que les noms des plantes et leurs descriptions figurent généralement sur la page opposée. Les textes comprennent des notes morphologiques, des usages médicinaux, vétérinaires, culinaires et esthétiques, ainsi que des informations sur les habitats et les lieux de cueillette des plantes représentées. De nombreuses descriptions dérivent explicitement des Discorsi de Mattioli, mais sont enrichies par l’expérience personnelle de Cibo, qui notait souvent des sites de collecte précis, des dates et les noms d’amis qui l’avaient accompagné, fondant son travail sur l’observation directe sur le terrain. Les corrections et ajouts ultérieurs révèlent un processus en constante évolution et marqué par une autocritique continue.

Le trait le plus distinctif du Dioscoride illustré par Cibo réside dans l’intégration des espèces végétales au sein de charmants décors paysagers. Contrairement aux herbiers conventionnels, où la plante apparaît isolée sur un fond blanc, Cibo place chaque spécimen dans un contexte environnemental et narratif détaillé, reflétant souvent son habitat naturel. Ces paysages — parfois réalistes, parfois imaginaires — comprennent des montagnes, des rivières, des châteaux, des ruines, des ports, des villages, des champs et des littoraux, souvent inspirés de la région des Marches, des Apennins et de la côte adriatique. Les plantes elles-mêmes sont représentés avec une grande précision botanique, mettant en valeur leurs particularités, et tout en conservant une sensibilité artistique raffinée qui renforce l’atmosphère pastorale ou arcadienne de leur environnement.

Le processus d'élaboration du manuscrit s’étendit sur plusieurs années, à partir des années 1560. Les passages tachés et les ajouts ultérieurs témoignent d’une révision continue, en accord avec l’esprit empirique de la botanique de la Renaissance. À ce titre, le manuscrit constitue un document important dans l’histoire de la botanique, notamment en ce qui concerne sa pratique en dehors des institutions académiques et de la cour.

Références

Liens externes

Herbiers Add. 22332-22333 à la British Library.

Édition en fac-similé du Dioscoride de Cibo et Mattioli (Add. Ms. 22332) publié par les éditions Moleiro.

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