L’offensive contre l'Administration autonome du Nord et de l'Est de la Syrie de 2026 est une campagne militaire menée par le gouvernement de transition syrien contre l'Administration autonome du Nord et de l'Est de la Syrie (ou Rojava) et les Forces démocratiques syriennes à partir de . Elle démarre par la prise du quartier kurde de Cheikh Maqsoud à Alep puis par la prise de Deir Hafer et de Maskanah avant de s'étendre aux gouvernorats de Raqqa, Deir ez-Zor et Hassaké. Le , un cessez-le-feu est signé, mais des combats se poursuivent jusqu'au .

Le recul rapide des Forces démocratiques syriennes (FDS) s'explique en particulier par la désertion de nombreux combattants arabes – majoritaires au sein de la coalition – qui ont permis à l’armée de Damas de conquérir sans encombre des territoires, ainsi que par l'abandon des FDS par les États-Unis.

Contexte Pendant la guerre civile syrienne, les milices kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) ont pris le contrôle des territoires kurdes du nord-est de la Syrie, historiquement connues comme le Rojava, puis des régions à majorité arabe comme à Raqqa et Deir ez-Zor, après en avoir chassé l’État islamique (Daech). Elles y ont établi l'Administration autonome du Nord et de l'Est de la Syrie (AANES), sur la base de l’idéologie municipaliste libertaire d’Abdullah Öcalan, qui combine en particulier égalité des genres, laïcité et socialisme. Une partie importante des populations arabes vivant sous l'autorité de l'AANES perçoit celle-ci comme une puissance occupante.

La Turquie, en conflit avec une guérilla kurde dans le Kurdistan turc, a réagi en imposant un encerclement et des sanctions économiques au Rojava et en menant plusieurs offensives militaires, en particulier l'invasion d'Afrine en 2018 et de la région de Ras al-Aïn en 2019.

Après la chute du régime de Bachar el-Assad en , le nouveau dirigeant, Ahmed al-Charaa, tente de réinstaurer l'autorité de Damas sur les régions kurdes du nord-est de la Syrie. Le , Ahmed al-Charaa et Mazloum Abdi signent un accord à Damas prévoyant l'intégration au sein de l'État syrien des institutions civiles et militaires de l'Administration autonome du Nord et de l'Est de la Syrie, contrôlée par les Forces démocratiques syriennesHélène Sallon, En Syrie, un accord historique entre Damas et les forces kurdes, Le Monde, 11 mars 2025.. Pour les Kurdes, l'offensive de l'armée syrienne met fin au rêve d’autonomie du Rojava et ravive les craintes d’attaques contre les minorités en Syrie après les massacres d’Alaouites et de Druzes en 2025. Pour le chercheur Adel Bakawan, auteur du livre La décomposition du Moyen-Orient, la chute de Bachar al-Assad n’a pas mis fin à une Syrie centralisée ne reconnaissant pas la diversité du pays : « On est passé d’un dictateur qui voulait tout contrôler à un autre acteur central, Ahmed Al-Charaa, à l’idéologie islamiste et qui s’appuie sur la majorité arabe sunnite ».

Déroulement Combats à Alep Le , le gouvernement de transition syrien a lancé une offensive pour s'emparer des quartiers kurdes de Cheikh Maqsoud et Achrafieh à Alep. Après plusieurs jours d'affrontements, l'armée syrienne et les FDS ont conclu un accord de cessez-le-feu le , en vertu duquel près de 300 combattants FDS se sont retirées du quartier vers le nord-est de la Syrie. Au total, ces combats à Alep ont fait et 21 morts.

Retraite des FDS dans les régions de Raqqa, Hassaké et Deir-ez-Zor Le , le gouvernement de transition syrien lance une offensive autour des villes de Deir Hafer et de Maskanah contre les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes.

La Turquie soutient cette offensive et au moins six frappes de drones ont visé des positions des FDS en l’espace de quatre jours, notamment à Qamichli où elle cible des commandants du PKK et des YPG.

Le , le président syrien Ahmed al-Charaa a publié un décret déclarant les Kurdes comme une « partie fondamentale du peuple syrien », reconnaissant également le kurde langue nationale et accordant des droits culturels limités tels que l’éducation dans la langue maternelle. Le document insiste sur le rejet de tout fédéralisme, revendication centrale des FDS.

Le , à la suite d'une médiation américaine, les FDS se sont retirées de Deir Hafer et de Maskanah, l'armée syrienne y entrant quelques heures plus tard.

Le , les forces gouvernementales syriennes prennent le contrôle de ville de Tabqa, ainsi que son barrage et sa base aérienneHélène Sallon, En Syrie, la fin du rêve d’autonomie kurde au Rojava, Le Monde, 19 janvier 2026.. Elles poursuivent ensuite leur progression et entrent dans la ville de Raqqa, où les FDS font sauter les deux ponts.

L'armée syrienne progresse également dans le gouvernorat de Deir ez-Zor et s'empare d'al-Amr — ou al-Omar — le plus grand champ pétrolifère de Syrie, situé près de la ville de Mayadine, qui avait abrité la plus grande base de la coalition internationale contre l'l'État islamique.

Le même jour, après ces évènements, un nouveau cessez-le-feu est signé entre les forces gouvernementales et les Forces démocratiques syriennes. L'accord comprend la remise des gouvernorats de Raqqa et de Deir ez-Zor au régime de Damas, de même que le contrôle des points de passage frontaliersEn Syrie, le gouvernement annonce un cessez-le-feu avec le chef des forces kurdes qui prévoit leur retrait des territoires dans le Nord et l’Est, Le Monde avec AFP, 18 janvier 2026.Nicolas Bourcier, En Turquie, Erdogan salue l’offensive « méticuleuse de Damas » contre les forces kurdes, Le Monde, 22 janvier 2026.. Il prévoit également le transfert des institutions civiles de la ville d'Hassaké au gouvernement de Damas avec notamment la mise en place d'un gouverneur nommé par Al-Charaa. Les membres des FDS et des forces de sécurité kurdes doivent être intégrés dans les ministères de la défense et de l'intérieur du pays sur une . Des postes sont réservés à des responsables kurdes syriens au sein des administrations civiles et militaires, mais les membres du PKK doivent quitter le pays. Une forme d'autonomie locale est accordée à la ville de Kobané, où les Kurdes conservent le contrôle d'une force de police locale limitée. Le gouvernement syrien s'engage également à permettre le retour des déplacés kurdes à Afrine et Alep.

Cependant, des combats reprennent le à Raqqa. Le même jour, l'armée syrienne prend le contrôle du barrage de Tichrine après le retrait des combattants kurdes.

Le lendemain, l'armée syrienne reprend sa progression. Au sud de Kobané, les blindés de l'armée syrienne traversent le barrage de Tichrine et atteignent la ville de Sarrine. Des combats ont également lieu à l'intérieur de la ville de Hassaké à la suite de défections de combattants arabes des FDS Syrie : est-ce que Washington a "abandonné" les kurdes ?, France 24, 21 janvier 2026. et l'armée syrienne prend position à la périphérie sud de la villeEn carte : le point sur les dernières avancées de l’armée de Damas dans le Nord-Est syrien, OLJ, 20 janvier 2026.. À Yaaroubiyé, à l'est de Qamichli, l'Armée Al-Sanadid, le groupe armé de la tribu arabe des Chammar, dirigée par le cheikh Manaa Hamidi Al-Jarba, se rallie également à al-Charaa.

Les FDS appellent alors les « jeunes Kurdes, hommes et femmes » en Syrie et à l’étranger, à « rejoindre les rangs de la résistance ». Quelques centaines de volontaires arrivent notamment du Kurdistan irakien.

Accord du 20 janvier Le soir du , Damas annonce un nouveau cessez-le-feu de quatre joursSyrie : le gouvernement annonce un cessez-le-feu de quatre jours avec les forces kurdes, Le Monde avec AFP, 20 janvier 2025.Hélène Sallon, En Syrie, le gouvernement accorde un délai aux Kurdes pour parvenir à un accord, Le Monde, 21 janvier 2026..

Le , conformément à l'accord conclu avec le régime syrien, les Kurdes se retirent du camp de al-Hol, où sont emprisonnées personnes liées à l'État islamique, dont Syriens et environ femmes et enfants étrangersSyrie : les Kurdes se retirent d’un camp de familles de djihadistes de l’EI pour défendre leurs régions menacées par l’armée, Le Monde, 20 janvier 2025.Hélène Sallon, En Syrie, la situation intenable de la prison d’Al-Hol, devenue un minicalifat de l’EI, Le Monde, 22 janvier 2026.. Les FDS évacuent le camp au cours de l'après-midi et l'armée syrienne commence à s'y déployer dans la soirée.

Environ djihadistes de l'EI sont emprisonnés dans une vingtaine d'autres prisons, dont certaines se trouvent dans les territoires repris par l'armée syrienne. À Raqqa, les FDS négocient le transfert de plus de prisonniers djihadistes détenus à Al-Aqtan. Une évasion de membres de l'EI est également signalée à la prison d’Al-Kam Al-Sini, près d'Al-Chaddadeh, à la suite du retrait des FDS le et les deux camps s'en rejettent mutuellement la responsabilité. Selon un représentant américain cité par l’agence Reuters, 200 combattants de l'EI parviennent à s'enfuir. Les FDS élèvent ce nombre à . Le ministère de l’intérieur syrien fait pour sa part état de 120 prisonniers évadés, dont 81 retrouvés à la date du .

Le , les États-Unis annoncent le début d'une opération visant à transférer prisonniers de l'État islamique de la Syrie vers l'IrakLes Etats-Unis vont déplacer 7 000 prisonniers de l’EI de la Syrie vers l’Irak, Le Monde avec AFP, 21 janvier 2026..

Situation à Kobané et Hassaké La ville de Kobané se retrouve assiégée et séparée de la région d'HassakéHélène Sallon, Syrie : dans Kobané assiégée, les Kurdes se préparent à défendre le Rojava, Le Monde, 23 janvier 2026.. L'eau et l'électricité sont coupés dans cette dernière ville et les forces kurdes accusent les autorités de Damas, qui démentent.

À Raqqa, 800 combattants kurdes sont également encerclés dans la prison Al-Aqtan et leur transfert vers la ville de Kobané est organisé le dans le cadre d'une médiation internationaleSyrie : les forces kurdes quittent une prison du nord du pays après un accord avec Damas, Le Monde avec AFP, 23 janvier 2026.. Les forces gouvernementales reprennent le contrôle de la prison Al-Aqtan et annoncent la libération de 126 détenus âgés de moins de 18 ans.

Le , la trêve est prolongée de 15 jours afin de faciliter le transfert par les États-Unis des détenus djihadistes de l'État islamique depuis la Syrie vers l'IrakEn Syrie, le cessez-le-feu avec les forces kurdes prolongé de 15 jours, selon le ministère de la défense, Le Monde avec AFP, 24 janvier 2025..

Le , un cessez-le-feu total est annoncé et un nouvel accord est rédigé entre les FDS et l'armée qui annonce la formation de 3 brigades issues des FDS et l'entrée de l'armée syrienne dans les villes de Qameshli et Hassaké. Cet accord entre en application le avec l'entrée des troupes gouvernementales dans ces régions

Bilan humain Le bilan humain est difficile a établir. L'armée syrienne fait état de trois morts et plusieurs blessés dans ses rangs au cours de la journée du . Les FDS indiquent quant à eux avoir eu neuf morts et vingt blessés lors des combats à Raqqa. Selon le Réseau syrien pour les droits de l'homme, 22 civils sont tués par les FDS le dans le gouvernorat de Raqqa.

Au moins ont été déplacées entre le 19 et le du fait de l'offensive, selon l'agence de l'ONU pour les migrations.

Réactions internationales L'offensive gouvernementale est soutenue par le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdoğan, qui salue le , une opération Erdogan salue l’offensive « mesurée » de l’armée syrienne, malgré les « provocations », AFP, 19 janvier 2026..

Les États-Unis apportent également leur soutien au gouvernement d'Ahmed al-Charaa, malgré leur alliance avec les Forces démocratiques syriennes dans le cadre de la lutte contre l'État islamique. Tom Barrack, l'envoyé spécial américain pour la Syrie, déclare le : .

Analyses Selon Arthur Quesnay, chercheur en sciences politiques et spécialiste de la Syrie à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, l'offensive est un net succès pour le nouveau régime : .