Dayr Aban (également transcrit Deir Aban, ) est un village arabe palestinien du sous-district de Jérusalem, situé sur le versant sud d’une crête montagneuse, à l’est de Beit Shemesh. Il était entouré d’oliviers au nord, à l’est et à l’ouest. Il dominait la vallée du Wadi en-Najil à l’ouest du village.

Associé au site biblique d’Eben-Ezer, le village tire son préfixe "Dayr" d’un ancien monastère. Les plus anciens documents ottomans documentent une population mélangée de musulmans et de chrétiens. Au , la population se convertit à l’islam mais conserve des traditions liées à son passé chrétien.

Comme des centaines d’autres villages palestiniens, il a été dépeuplé lors de la première guerre israélo-arabe, le , durant l’opération Ha-Har. En 1998, le nombre de réfugiés palestiniens descendant d’habitants de Dayr Aban expulsés en 1948 était estimé à environ « Welcome To Dayr Aban - دير آبان (דיראבאן) », Palestine Remembered, consulté le 21 janvier 2026..

Géographie

Le village de Dayr Aban relevait, à l’époque mandataire, du sous-district de Jérusalem, dont il se trouvait à 21 kilomètres à l’ouest. Construit à 300 mètres d’altitude« Dayr Aban — دَيْر آبان », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 21 janvier 2026., son territoire couvrait (soit ), dont 6048 dounams incultivables. La propriété des terres se répartissait entre 376 dounams (environ 38 hectares) appartenant à des Juifs, 780 dounams (78 hectares) de terres publiques, le reste appartenant à des Arabes. Sur cette superficie, 1742 dounams (158 hectares) étaient classés comme terres irrigables ou plantations (dont 162 dounams appartenant à des Juifs) et () étaient consacrés aux céréalesGovernment of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945., cité par Hadawi, 1970, 102..

Deux wadis l’encadraient au nord et au sud. La route principale reliant Beit Jibrin à la route Jaffa-Jérusalem passait à 3 kilomètres à l’ouest de Dayr Aban.

Étymologie

Le préfixe Dayr, d’origine araméenne et syro-araméenne, indique la présence d’un monastère chrétien. Selon Al-Shabesthti, il indique des lieux habités par des chrétiens, ou un monastère. Dans la plupart des cas, un monastère a existé et, avec le temps, un village s’est crééAl-Shabeshti, Diyārāt (Monasteries).. Selon Palmer, Dayr Aban signifie littéralement "le monastère d’Aban".

Histoire

Antiquité

Durant l’Antiquité, le village est appelé "Abenezer" ; il peut correspondre au village d’Eben-Ezer cité dans la Bible()Fetellus, 1896, 43.Conder, 1876, 149.Conder, Kitchener, 1883, 24..

Période ottomane

La Palestine est conquise par les armées de l'Ottoman Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman.

En 1596, Dayr Aban apparaît dans le defter (registre fiscal ottoman) comme relevant de la nahié de Quds et de la liwa d’ (Jérusalem). Sa population était de 23 foyers musulmans et de 23 foyers chrétiensHütteroth, Abdulfattah, 1977, 119, soit environ 127 habitantsKhalidi, 1992, 282. Ils payaient un impôt à taux fixe de 33,3% sur leurs productions agricoles, dont le blé, l’orge, les olives, les vignes, les arbres fruitiers, les chèvres et les ruches, pour un total de 9700 akçe.

Au , les habitants de Dayr Aban se convertissent à l’islam collectivement, évènement relativement inhabituel au Moyen-Orient durant la période ottomane. Le tribunal de Jérusalem fournit des archives sur quatre de ces conversions. La première date de 1635 : il s’agit de celle de Gimʿa bin Dāfir. En 1649-1650, trois autres certificats de conversion sont donnés : le premier, le , concerne Rabīʿa et Nāṣir bin Manṣūr. Le , la conversion collective de tous les chrétiens de Dayr Abān est enregistrée dans un document qui liste les noms chrétiens et les nouveaux noms des convertis, avec une note précisant que le village entier s’est converti.

En 1838, Deir Aban est noté comme village musulman par un voyageur britannique, du district d’el-Arkub, au sud-ouest de JérusalemRobinson, Smith, 1841, vol 3, Appendix 2, 125..

Le Français Victor Guérin décrit Dayr Aban en 1863 comme un grand village, dont la vallée était semée de sésame. Il observe un village construit de matériaux hétéroclites, dont quelques pierres de tailles, et entouré de figuiers et d’oliviers. Selon lui, un tiers du village est détruit et il compte environ Guérin, 1869, 22-23, 323.. Une liste de villages ottomane des environs de 1870 recense la population masculine du village, qui est alors de 443 hommes, dans 135 maisons ; les femmes ne sont pas recenséesSocin, 1879, 151.Hartmann, 1883, 145 : 150 maisons.

En 1883, l’enquête du Palestine Exploration Fund décrit Dayr Aban comme un grand village sur le bas de la pente d’une crête élevée, avec un puits au nord, et des oliviers au nord, à l’est et à l’ouest. Cette enquête identifie Dayr Aban à Ebenezer (I Sam. IV. I), mentionné dans l’Onomasticon comme proche de Beth Shemesh.

Baldensperger déclare en 1893 que les habitants du village étaient chrétiens grecs orthodoxes jusqu’à leur conversion à l’islam . Il note que les chrétiens de Beit Jala et les habitants de Dayr Aban ont des noms de famille en commun ; il ajoute que l’exemplaire original du Nouveau Testament en grec était toujours conservé dans l’église de Beit Jala. Dans un autre article, il mentionne les tatouages de croix que les femmes de Dayr Aban portent sur le front. Yitzhak Ben-Zvi mentionne une tradition locale selon laquelle les musulmanes agées du village conservent des croix miniatures. H. Stephan écrit que les persécutions ont conduit les chrétiens de Dayr Aban à trouver refuge à Beit Jala et Ramallah, d’où ils sont restés en contact avec les membres de leur famille restés au village comme musulmans.

En 1896, la population de Der Aban est estimée à 921 habitantsSchick, 1896, 123.

Période du mandat britannique

De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Dayr Aban est conquise en et la région est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.

Au recensement de 1922 conduit par les autorités britanniques, Dayr Aban a une population de 1214 inhabitants, tous musulmansBarron, 1923, Table VII, Sub-district of Ramleh, 21. qui augmente au recensement de 1931 à 1534 inhabitants, dans 321 maisonsMills, 1932, 19..

Dans les statistiques de Village de 1945, le village a une population de 2100 Arabes, dont 2090 musulmans et 10 chrétiensDepartment of Statistics, 1945, 24.Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, 56..

Le village avait une forme circulaire, au croisement de cinq routes. Ses maisons étaient construites en pierres liées à l’argile ou d’adobe, avec des toits de bois ou de paille. Quelques maisons étaient construites en pierre étaient couvertes d’un dôme. Dayr Aban avait une mosquée consacrée à al-'Umari et une conduite d’eau provenant d’'Ayn Marjalayn, à 5 km à l’est du village. Il possédait également une école primaire. Trois sites archéologiques ou s se trouvaient sur les terres du village : Khirbat Jinna'ir, Khirbat Haraza et Khirbat al-Suyyag.

Guerre de 1948

vignette|Destruction de Dayr Aban par la brigade Harel en octobre 1948.

Dans le plan de partage de la Palestine voté le par l’assemblée générale des Nations unies, Dayr Aban relevait de l’État arabe.

La première attaque contre Dayr Aban survient le : au cours des raids de représailles qui ont lieu après la destruction d’un convoi de ravitaillement pour Kfar Etzion, le village est encerclé avec Az-Zakariyya et Bayt Nattif pendant 24 heures par une centaine d’hommes. Le , la milice villageoise échange des tirs avec les habitants de Hartouv toute la journée, sans pertes de part et d’autre.

Le , deux semaines après le début de la seconde trêve de la guerre israélo-arabe, Amin al Husseini, grand mufti de Jérusalem et leader nationaliste palestinien, note que Selon Benny Morris, il s’agit plus de raidsMorris, 2004, 447, note #211, 461..

Les habitants du village sont expulsés dans la nuit du 19 au , lors d’un assaut de l’armée israélienne au cours de l’Morris, 2004, 462.Morris, 2004, 466, note #13, 493. Selon l’histoire officielle de la Haganah, l’armée égyptienne est prise par surprise et la colline dominant Dayr Aban est occupée sans difficulté. Dans la deuxième moitié de 1948, l’armée israélienne, sous la direction de David Ben Gourion, continue de détruire les villages arabes, dont Dayr Aban, le Morris, 2004, 355..

Après la guerre, les ruines de Dayr Abban sont annexées par Israël, selon les termes des accords d'armistice israélo-arabes de 1949The 1949 Armistice Agreement between Israel and Jordan entre Israël et la Jordanie, jusqu’à ce que cet accord soit rompu en 1967Larger map showing "1949 Cease-fire line" (Green-line) between Israel and Jordan (Hebrew).

Le moshav de Mahseya est fondé près du site du villageYalqut Teiman, Yosef Tobi and Shalom Seri (editors), Tel-Aviv 2000, 158, s.v. מחסיה (Hebrew) sur les terres de Dayr Aban, comme Tzora, Beit Shemesh et Yish'i.

En 1992, voilà ce qui subsistait du village selon l’historien Walid Khalidi :

Galerie

Voir aussi

Bibliographie complémentaire

Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 ( édition en français). ; Rosemary M. Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, Arabicus Books & Media LLC : 2000.

Articles connexes

Liste des villes et villages arabes dépeuplés durant l'exode palestinien de 1948

Liens externes Welcome To Dayr Aban Dayr Aban, Zochrot Survey of Western Palestine, Map 17: IAA, Wikimedia commons Dayr Aban in Antiquity Archaeological Survey of Israel

Notes

Bibliographie

(p. 909)

Catégorie:Sous-district de Jérusalem Catégorie:Localité conquise par Israël durant la guerre israélo-arabe de 1948 Catégorie:Localité palestinienne dépeuplée Catégorie:Village détruit en Israël