José María Araúz de Robles Estremera (Molina de Aragón, 1898 – Maison forte de la Vega de Arias, près de Tierzo, 1977) est un juriste, homme politique, romancier, essayiste, journaliste et homme d’affaires espagnol.
Issu d’une éminente famille du Haut-Tage, Araúz de Robles suivit une formation en droit et occupa divers emplois de juriste dans le fonction publique. Dans les années 1920, il s’engagea en politique, d’abord dans une formation chrétienne-démocrate, puis dans le Parti agrarien, sous la bannière duquel il se présenta une première fois devant l’électeur, mais sans succès. Monarchiste, profondément catholique, il se détourna de la démocratie parlementaire « inorganique » et cofonda Acción Española, organisation monarchiste alphonsiste (favorable à la montée sur le trône d’Alphonse XIII), avant de rejoindre la Comunión Tradicionalista, fraction intransigeante du carlisme. Élu député pour la circonscription de Grenade au scrutin de 1936, membre de la Junta Nacional Carlista (Comité national carliste), il conspira contre la République et, sitôt déclenchée la guerre civile, rallia le camp nationaliste et combattit aux côtés des Requetés (miliciens carlistes) dans le nord de l’Espagne, participant à la conquête de l’Aragon ainsi que de sa région natale.
Pendant la guerre civile, en 1937, Araúz de Robles publia un ouvrage théorique Plan de la Obra Nacional Corporativa, traité traditionaliste sur l’organisation corporatiste du travail et sur la représentation politique des corporations et comités professionnels dans de futures Cortes traditionalistes organiques, hors suffrage universel, mais où l’auteur montrait aussi (à l’instar de son père) une sollicitude envers les classes populaires, en accord avec la doctrine sociale de l'Église. Son projet de création d’un système syndical carliste se heurta à un réseau semblable phalangiste et échoua. Le décret d'unification qui plaçait tous les groupements politiques sous une seule et même structure marqua la fin de la collaboration de Araúz de Robles avec le régime franquiste.
Dans la décennie 1940 et suivantes, Araúz de Robles, désireux de restaurer la monarchie, louvoyait entre carlisme et alphonsisme (ce dernier incarné par Juan de Borbón, puis par son fils Juan Carlos), œuvrant en vain pour un pacte dynastique. Accusé de duplicité, désormais en porte-à-faux dans le carlisme, il s’attacha surtout à en combattre les tendances socialisantes.
Biographie Origines familiales et jeunes années vignette|Région du Haut-Tage.
La famille Araúz, originaire de Biscaye et comprenant des mineurs et des fondeurs, avait émigré vers la région montagneuse du Haut-Tage. et s’était établie à Peralejos de las Truchas, où elle fit ériger la Casa Grande de los Araúz en 1816 (trois tomes).. Certains membres de la famille rejoignirent les troupes carlistes lors des guerres carlistes au Marcos Arauz Gómez servit comme lieutenant sous Charles Vignette, cf. . Le grand-père de José María, Simón Arauz Huerta, était un éleveur de taureaux, cofondateur en 1905 de l’actuelle . Un rameau de la famille continua d’élever des taureaux jusqu’en 1931, moment où l’appellation Hermanos Arauz disparut du marché.. Le père de José María, Enrique Araúz Estremera, suivit une formation médicale au Colegio Molinés de Padres Escolapios à Madrid, puis exerça comme médecin dans son village natal, où il remplit aussi l’office de maire..; carliste, il était sensible aux questions sociales et publia en 1895 La hija del Tío Paco o lo que pueden dos mil duros (littér. La Fille de l’oncle François, ou ce que peuvent deux mille duros)., livre qui, fortement influencé par José María de Pereda, s’inscrit dans la mouvance du costumbrismo.. À une date non spécifiée, il épousa Maria Robles Arnal, originaire de Molina de Aragón.
José Maria et sa fratrie furent élevés dans une atmosphère profondément catholique. Orphelin de père dès 1905, il séjourna à Madrid pour y suivre un enseignement secondaire au Colegio de San Juan Bautista (nom actuel : Salesianos de Estrecho), d’obédience salésienne.. Il entreprit ensuite des études de droit à l’université centrale de Madrid et obtint son diplôme en 1919. En 1921, il fut nommé avocat de l’État (abogado del estado). Enrôlé dans l’armée, il réussit à reduire sa durée de service comme soldat de cuota. et servit dans le pendant la campagne du Rif, où il fut témoin en 1921 de la débâcle d’Anoual. À son retour en métropole, il contracta mariage avec Mercedes López Ramiro, avec qui il eut cinq fils : Fernando, José Maria, Jesús, Javier et Santiago.. Javier devint le mari d’Ana Dávila., fille de l’homme politique phalangiste . Santiago Araúz de Robles López, avocat de profession et chasseur de vocation., acquit un renom (outre pour ses contributions juridiques)Voir notamment . Il exerça également comme gestionnaire de la RENFE, cf. . comme auteur de romans et d’essais tournant autour de la vie ruraleCuentos de Hombres (1973), De mi rincón, y otras compañías (1977), Los desiertos de la cultura: Una crisis agraria (1979), Con pasos tan sencillos (1980), Idoia (1981), La Agonia Florida de Carlos Brito: Bertin Delgado- La ciudad y los niños (1983), Memoria del paraiso: Uriarte y el general (1984), De cómo Enriquillo obtuvo victoria de su majestad Carlos V (1984), Pepe Luis: Meditaciones sobre una biografia (1988), Diario de preguerra (1991), La Pasión según un hombre de mundo (2000), Tello en varano (2004), ¿Qué hay, Marylin? y El Corpus Chico (2012), veine habituelle chez les écrivains carlistes. Le frère de José María, Carlos Araúz de Robles Estremera, lui aussi avocat, se fit connaître comme auteur de multiples travaux dans le domaine du droit, de la légistique et des lettres, y compris d’essais, de poésies et de romansCataluna y el Mediterraneo (1930), May y tierra (1939), La vuelta al clasicismo; ensayo crítico del liberalismo y su secuela socialista (1939), Universalidad (1944), Defensa del derecho privado (1949), Ensayo sobre una teleología del pensamiento jurídico contemporáneo(1952), Misión social de la cultura aria (1955), La filosofía del derecho público (1957), Teoria de la publicidad (1961), Cadiz entre la revolucion y el deseado. (Apuntes sobre el derecho publico y privado de la revolucion) (1963), Hojas sueltas (1976) ; cf. , également dans le genre costumbrista.. Le cousin maternel, , occupa dans les premiers temps du franquisme un poste de longue durée dans la haute fonction publique au sein du ministère de l’Éducation.
Débuts en politique vignette|gauche|Molina de Aragón.
Tout au long des années 1920, Araúz de Robles remplit des fonctions juridiques, à Huesca, Séville, Ávila et Madrid, ainsi qu’à la mairie de Molina de Aragón.. En 1922, il cofonda le , de tendance chrétienne-démocrate, ancêtre du parti Démocratie chrétienne (DC), et devint membre de sa section de défense nationale.. Au milieu de la décennie 1920, il publia quelques courts récits : Don Bernardo « el Idumeo » (1922), ¡Si tu supieras! (1923) et Estrella errante (1920), écrits dans un style relevant du versant baroque du costumbrismo, toutefois c’est à un livre de souvenirs de guerre, intitulé Por el Camino de Annual. Apuntes y comentarios de un soldado de Africa (1924, sur la débâcle espagnole d’Anoual de , dans le Maroc espagnol), qu’il dut sa popularité. En 1928, il organisa des cérémonies locales d’hommage aux soldats originaires de Molina tombés dans la guerre du Rif, auxquelles assista le roi Alphonse XIII., et parraina la construction d’un monument à Mont Aroui, au Maroc. Vers la fin des années 1920, Araúz de Robles était l’un des cofondateurs de l’Asociación Católica de Padres de Familia, dont il fut désigné secrétaire au début de la décennie 1930. Dans la période d’instabilité politique que fut le gouvernement de Dámaso Berenguer, Araúz de Robles plaidait, lors de plusieurs réunions publiques, en faveur de la monarchie et fustigeait les projets républicains, y compris ceux d’inspiration conservatrice.. Il offrit un soutien financier aux familles de ceux ayant péri dans le coup d’État avorté de Jaca de .. Il milita pour la construction de la ligne de chemin de fer La Roda – Tarazona, qui, devant franchir le massif de Moncayo, bénéficierait à sa région natale de Molina.
vignette|160px|Premier numéro d’Acción Española. Pendant les premiers jours de la République, proclamée en , Araúz rallia le Parti agrarien., sous l’étiquette duquel il se présenta (sans succès) aux élections de 1931 en représentation de la province de Guadalajara. Vers la fin de 1931, il cofonda l’organisation monarchiste alphonsiste Acción Española, et créa, tôt l’année suivante, le journal homonyme de ce mouvement.. Ne cessant d’être attentif aux questions sociales, Araúz contribua à mettre sur pied en 1932 le Premier Congrès de la Pensée sociale populaire. Dans les années 1931-1932, il prit part à plusieurs rassemblements monarchistes, de large éventail, souvent conjointement avec les dirigeants traditionalistes. Attiré par la fraction intransigeante du carlisme, il se rapprocha de la Communion traditionaliste. Dans les mois de 1933-34, Araúz participa à une série de réunions publiques et de conférences carlistes, adoptant parfois un ton révolutionnaire. En 1934, il rompit formellement avec les agrariens, faisant valoir, dans une missive à leur chef, José Martínez de Velasco, que les partis politiques et la démocratie inorganique n’étaient plus adaptés aux besoins de l’Espagne.
Carliste contre la Seconde République vignette|gauche|Réunion publique carliste (années 1930).
Araúz de Robles devint bientôt une figure montante du carlisme. Il remporta l’élection de 1933 sous la bannière carliste, pour la circonscription de Grenade, et sortit vainqueur du scrutin de 1936 (à nouveau en représentation de Grenade), à l’issue duquel il fut nommé secrétaire du groupe carliste (minoritaire) au parlement, mais son mandat lui fut retiré au motif d’irrégularités...
Comme membre de la Junta Nacional Carlista (Comité national carliste), il conspira contre la République et assista, immédiatement après l’assassinat de Calvo Sotelo, aux réunions qui se tenaient dans La Ferme, le domicile à Saint-Jean-de-Luz de la vicomtesse de La Gironde, militante monarchiste légitimiste française, qu’à l’aube du soulèvement du 18 juillet 1936 celle-ci mettait à disposition du prétendant don Xavier de Bourbon-Parme dans le but de favoriser une insurrection.. Sitôt la Guerre civile engagée, Araúz de Robles s’en alla rejoindre la Junta Carlista de Guerra basée à Burgos, dont il prit la tête de la section Guildes et Corporations., sorte de ministère carliste du Travail se vouant à mettre en place une structure syndicale apte à faire concurrence au système phalangiste. Araúz de Robles fut l’un des architectes de l’expédition des Requetés aragonais, qui permit à ceux-ci de s’emparer de Molina de Aragón début , et contribua plus tard à constituer le bataillon Requeté local, appelé Tercio de María de Molina.. Vers la fin de l’été 1936, Araúz de Robles s’employa à faire admettre le syndicat catholique Confederación Española de Sindicatos Obreros (littér. Confédération espagnole de syndicats ouvriers, acronyme CESO) par la Junta de Defensa Nacional, alors basée à Burgos.. Comme ce gouvernement franquiste provisoire avait interdit toute activité syndicale, les carlistes s’ingénièrent à contourner cette interdiction par la création en de l’Obra Nacional Corporativa, tentative d’édifier leur propre structure, avec à sa tête Araúz de Robles, qui s’efforçait d’en défendre l’intégrité face aux syndicats phalangistes. À cette époque, Araúz de Robles émergeait comme le « théoricien en chef du corporatisme » dans la sphère traditionaliste..
vignette|redresse|La bannière carliste.